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water uneSitué à quelques encablures du rond-point de la Transition, Naboudin est un quartier précaire communément appelé non-loti. Dans cette partie de la ville de Ouaga, comme dans tous les autres quartiers précaires d’ailleurs, préoccupations sont les mêmes : avoir son chez-soi sans pour autant être inquiété de déguerpissement du jour au lendemain. Malgré cette angoisse qui hante ses résidants, il faut reconnaître que cette zone est le théâtre d’un vivre-ensemble et une cohésion surprenante.

 

Naboudin, un quartier précaire qui abrite des centaines de Burkinabè. En sillonnant les ruelles de ce quartier qui, de prime abord, est très calme, notre attention est attirée par un attroupement de femmes. Des rires à gorge déployée et  les pleurs de quelques enfants sont audibles. Il a suffi d’un « bonjour » de notre part pour recevoir un « bonjour » collectif en retour. Ces braves dames qui sont, comme à l’accoutumée, en quête de « l’or bleu » se retrouvent à la fontaine tous les matins.

Une vingtaine de bidons sont alignés afin de s’approvisionner en eau. Ce moment est, comme qui dirait, « la matinale » dans les non-lotis. C’est le moment privilégié pour s’enquérir des dernières nouvelles du quartier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que  la communication est au rendez-vous dans les non-lotis. Et après que nous nous sommes présentée comme étant journaliste, les langues commencent à se délier, chacune de nos nombreuses interlocutrices voulant exposer son problème.

« Je réside dans ce quartier depuis plus de vingt ans. Depuis tout ce temps, il n’y a pas eu de changement, hormis l’augmentation du nombre de résidants. À plusieurs reprises, des autorités municipales sont venues ici pour, soi-disant, nous écouter et trouver une solution à nos problèmes. Hélas ! Ce n’était que pour avoir nos voix aux élections», nous raconte Mme Sienou, gérante de la borne-fontaine du quartier.

water 2Alors qu’elle n’a même pas fini ses récriminations, la parole lui est retirée par Amina Daga, une cliente venue chercher de l’eau. « Nous avons duré dans cette zone. Mais certains ont quitté ailleurs et sont venus payer des parcelles sans même que nous ayons obtenu une pierre. Les autorités ont vendu plusieurs parcelles aux riches dans cette zone sous nos yeux comme si nous, nous n’étions pas des Burkinabè», déplore sur un ton colérique cette dernière.

C’est donc dire que le calme et les rires de Naboudin cachent en réalité des années de frustrations, de déceptions et de colère des riverains. Selon eux, ils sont des oubliés de la nation. Raison pour laquelle ils sont si unis et se soutiennent mutuellement dans les moments difficiles.

Un peu plus loin, nous rencontrons M. Zoungrana, un doyen du quartier.  Barrière linguistique oblige, celui-ci fait  appel à son voisin immédiat qui accourt aussitôt. Le respect que les deux voisins se témoignent est digne d’un lien familial. Après tout, ne dit-on pas en Afrique que « la première famille, c’est le voisinage » ?

Dans les non-lotis, la vie n’est certes pas facile vu les multiples menaces qui planent, mais les résidants ont le sens de la cohésion et de la solidarité. Selon ces derniers, il ne faut pas se rejeter ; bien au contraire, on doit se soutenir mutuellement. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra s’en sortir.

Edwige Sanou

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