Eco : Geoffroy Vaha, journaliste/économiste, se prononce

vaha uneLe président français dans la capitale ivoirienne où il célèbre la fête de Noël a fait des annonces « majeures » avec le président ivoirien sur le franc CFA et son passage à l’Eco. Des annonces qui selon eux répondent aux critiques formulées par rapport à l’ingérence de la France dans la gestion de cette monnaie. Pour comprendre les enjeux de ces réformes, Radars Info Burkina a tendu son micro à Geoffroy Vaha, journaliste, chef du desk économique de 3tv et Wat Fm.


Radars Info Burkina : Alassane Ouattara       et Emmanuel Macron ont fait des annonces importantes par rapport au franc CFA, comment vous appréciez le contexte des annonces ?

Geoffroy Vaha : Pour moi, c’est une victoire importante d’étape. Car ces décisions ne sont pas forcément l’émanation des chefs d’Etat mais le fruit des mouvements de jeunes et des populations africaines qui mettent assez de pression sur la politique générale française en Afrique.

RB : Emmanuel Macron et Bruno Lemaire, son ministre des Finances, ont affirmé que ces réformes répondent aux critiques de la jeunesse africaine, croyez-vous en cela ?

GV: Bien évidemment ! Il y a eu trop d’annonces et de tâtonnements autour du CFA et de l’Eco. Il aurait fallu la pression des jeunes pour que la France et les chefs d’Etat africains abordent cette question avec beaucoup de sérieux.  Au niveau de la CEDEAO, il y avait eu beaucoup de débats d’abord autour de l’idéologie car derrière une monnaie, il y a une vision et une philosophie. Celle du CFA posait problème. 

vaha 2RB : Quelle est donc l’idéologie de la nouvelle monnaie l’Eco ?

GV : Il y a des chefs d’Etat de l’UEMOA, dont Alassane Ouattara, qui souhaitent maintenir une monnaie qui est toujours liée à la France avec parité fixe et des critères de convergence  avec l’euro et les pays comme le Nigeria et le Ghana qui ont leur propre monnaie qu’ils ont entretenue avec beaucoup de sacrifices et qui leur assure une certaine santé économique. Ces deux pays de la CEDEAO n’accepteront pas de renoncer à cette souveraineté monétaire pour revenir dans un espace qui est sous contrôle de la France. Ils l’ont posé comme préalable

RB : Comment vous analysez les réformes qui ont été annoncées ?

GV : Il est vrai qu’il y a eu des changements majeurs, notamment le changement de nom du franc CFA qui devient Eco, le retrait des administrateurs de l’UEMOA, ce qui veut dire qu’il y en avait, contrairement a ce qu’avait dit le président ivoirien. Ces réformes sont certes importantes mais elles ne sont qu’une victoire d’étape car  dire que la France ne nommera plus d’administrateur ne signifie pas qu’elle ne sera plus présente.

RB : Pensez-vous que ces réformes permettront enfin au Nigeria et au Ghana d’intégrer la monnaie unique ouest-africaine ?

GV : En fait il y a deux Eco, il y a d’abord le franc CFA version Eco, dont les dirigeants de l’UMOA souhaitent maintenir la parité fixe uniquement avec l’euro et avec un arrimage avec la France.  Alors que le Ghana et le Nigeria veulent une monnaie  avec une philosophie africaine arrimée avec une parité à plusieurs autres monnaies. Vous voyez que les positions sont tranchées. Et pendant que les débats sont en cours à Abuja, l’UEMOA, via Alassane Ouattara, annonce d’autres réformes en disant que les autres nous rejoindront quand ils seront prêts. Si c’était vraiment pour la monnaie unique , ils se seraient accordés sur la date de sa mise en œuvre avec la CEDEAO. Comme l’a dit un grand économiste, je pense que le franc CFA n’a fait que changer de nom.

Propos recueillis par Péma Néya