Des ambassades et missions diplomatiques étrangères au Burkina Faso éprouveraient des difficultés à encaisser les recettes de formalités administratives sur des comptes étrangers en francs CFA, ou à transférer ces ressources vers l’extérieur. Selon certains acteurs économiques, ces obstacles seraient liés aux restrictions introduites par la nouvelle réglementation régissant les relations financières extérieures des États membres de l’UEMOA, adoptée fin décembre 2024 par le Conseil des ministres de l’Union.
À l’occasion de la première session du Conseil national du crédit, consacrée à l’analyse de la conjoncture économique et financière du Burkina Faso le 19 mars dernier, le Directeur national de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Armand Badiel, a tenu à rassurer l’opinion publique en apportant des éclaircissements sur le sujet.
Une réglementation modernisée, non restrictive
Selon le patron de la Banque Centrale au Burkina Faso, l'affirmation selon laquelle de nouvelles restrictions ont été mises en place est une « opinion qui n’est pas fondée ». Le Règlement n°06/2024/CM/UEMOA du 20 décembre 2024 vise avant tout à adapter le système aux évolutions technologiques et aux standards internationaux, notamment la 6ème édition du Manuel de la balance des paiements du FMI.
La nouvelle réglementation a procédé à la « clarification des concepts et revu à la hausse les seuils de domiciliation des opérations », a-t-il indiqué. Si des difficultés persistent, elles seraient dues à une « interprétation erronée » des dispositions par les banques intermédiaires agréées, et non à une volonté de restreindre les flux financiers.
Diplomates et expatriés : le rappel des règles
Concernant les ambassades, leur statut de diplomate leur confère des privilèges qui demeurent inchangés. Le transfert de leurs recettes est considéré comme une « transaction courante » s'effectuant librement sous la responsabilité des banques commerciales.
Un autre point spécifique a été abordé : la domiciliation et le transfert des salaires des employés expatriés. Le Directeur national a expliqué que certains employeurs souhaitent verser ces rémunérations en devises directement sur des comptes à l’étranger. Or, conformément aux règles internationales, un salarié expatrié est considéré comme résident dès lors que son contrat atteint ou excède un an.
L’article 4 du Traité de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) stipulant que le franc CFA est l’unique unité monétaire légale, le paiement en devises entre résidents est interdit. « La réglementation ne prévoit aucune dérogation en la matière », a précisé M. Badiel. Ainsi, les expatriés résidents doivent percevoir leur salaire en FCFA sur un compte local. Ils conservent néanmoins la liberté de transférer les sommes souhaitées vers leur pays d’origine, sur présentation des justificatifs de revenus.
Disponibilité des devises : des indicateurs au vert
Pour apaiser les craintes liées à la disponibilité des devises (Euro, Dollar, etc.), Armand Badiel s'est voulu rassurant. Il a rappelé que la BCEAO n'exécute pas directement les ordres de paiement des agents économiques ; cette tâche incombe aux banques intermédiaires. L’institution d’émission n’intervient qu'en soutien, lorsque les devises disponibles au niveau des banques sont insuffisantes pour couvrir les opérations du jour. À ce titre, toutes les demandes conformes ont toujours été satisfaites.
Pour preuve de la solidité du système, le Directeur a révélé que plus de 500 milliards de FCFA de dividendes ont été transférés à l'étranger ces dernières années sans aucun incident.
Enfin, pour dissiper les doutes sur la stabilité de la monnaie, il a souligné que l’UEMOA se trouve dans une « position très confortable ». Les réserves de change sont actuellement évaluées à plus de sept mois d’importations, soit plus du double de la norme internationale minimale de trois mois.
Flora SANOU
Radarsburkina.net











