samedi 6 mars 2021

Ressources minières au Burkina : « J’appelle à la construction d’une coalition patriotique pour l’appropriation nationale du secteur minier », Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo

mniere uneEn marge de la 15e édition de ses Journées nationales du refus de la corruption (JNRC), tenues sur le thème « Transparence et recevabilité dans la gestion des ressources minières au Burkina Faso », le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a organisé ce mercredi 9 décembre  à Ouagadougou un panel d’experts sur ledit thème. La communication du Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, directeur exécutif de l’institut Free Afrik, a porté sur le sous-thème  « Ressources minières : Que gagne le Burkina ? Que perd le Burkina ? » Selon cet économiste-chercheur, le Burkina Faso profite très peu du métal jaune alors qu’il paie un lourd tribut à l’exploitation artisanale et industrielle de l’or aujourd’hui.

 « A la faveur de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, il y a eu dans notre pays des réformes fondamentales dont nous jouissions des bénéfices qui ne sont pas encore aussi amples mais qui vont l’être je l’espère », a d’abord relevé le Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo. Il s’agit du Code minier de 2015 qui permet au Burkina d’avoir une fiscalité de 27,5% désormais sur le bénéfice des sociétés industrielles. Un Code minier qui permet de prélever désormais 1% du chiffre d’affaires  de toutes les sociétés minières (17 mines industrielles à ce jour) pour servir le financement de l’investissement local à travers le Fonds minier de développent local.

En outre, il y a la loi anti-corruption qui est « la meilleure en Afrique ». « Il faut saluer le mérite du REN-LAC qui, depuis,  permet d’éveiller les consciences contre la corruption dans  notre pays et de renfoncer l’arsenal juridique à travers cette loi qui est son œuvre majeure», a-t-il souligné.

Pour lui, le secteur des ressources minières peut être décisif pour notre trajectoire économique dans le bon sens comme dans le mauvais. Le bénéfice national tiré de cet secteur qui est en essor depuis au moins 12 ans est extrêmement faible.

mniere 2Pour ce qui est de la création de richesse que peut engendrer l’exploitation d’une ressource minière, dans notre pays nous avons une situation dans laquelle la valeur ajoutée tirée de ce secteur était de l’ordre de  de 6 % en 2018. « La croissance économique de notre pays n’a pas changé depuis que nous exploitons les mines. Cela veut dire que si les mines ont pris de l’essor, c’est peut-être et possiblement au détriment d’autres secteurs.  L’essentiel des biens et services achetés par les sociétés minières n’est pas acheté, n’est pas fabriqué, n’est pas commandé au tissu économique national et en conséquence la valeur ajoutée est faible », a expliqué l’économiste-chercheur.  

Au niveau des emplois, les sociétés industrielles minières créent des emplois (autour de 16 000) au Burkina aujourd’hui. « L’effet sur des emplois décents est très faible », a-t-il dit.

En ce qui concerne les recettes fiscales, elles sont tirées au 6e du secteur minier. Les mines rapportent moins aux recettes de l’Etat que la TVA. « Parce que nous avons une fiscalité régressive. Notre fiscalité favorise les autres à notre détriment », a-t-il poursuivi.

L’Etat du Burkina n’est actionnaire qu’à 10% dans les sociétés minières en termes de bénéfices commerciaux.

En plus, le Burkina a un faible bénéfice sur l’arrimage aux centres de formation,  aux universités de l’activité de prospection et d’exploitation.

Nous exportons notre potentiel de développement par le fait que nous n’avons pas d’ambitions d’avoir une économie industrielle minière réelle, selon le Dr Ouédraogo.  

Au niveau local, il y a la réalisation d’infrastructures socioprioritaires au bénéfice des populations mais de l’avis du directeur exécutif de Free Afrik, il faut qu’on organise la mise en œuvre ambitieuse du Fonds miner de développement local car un des grands problèmes, c’est qu’il y a eu marchandage dans l’application de ce fonds, si bien qu’il n’a pas reçu l’essentiel de ce qu’il devrait recevoir.

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S’agissant de l’évaluation des pertes, d’abord les dégâts environnementaux sont incommensurables tant par l’exploitation artisanale que par celle industrielle de l’or. « Toutes les sociétés minières n’approvisionnent pas le fonds de réhabilitation environnementale. Quand elles payent, la réparation n’est pas immédiate », a-t-il regretté.

Sur le plan de la gouvernance, toujours selon le Dr Ouédraogo, des interférences politiques au plus haut de l’appareil d’Etat ont indiqué à des sociétés minières très explicitement à qui elles devaient donner la fourniture minière sur aucune base de compétitivité  de l’entreprise locale. «Ce qui est très dangereux pour le pays », a-t-il indiqué.  

Le développement d’une économie de rente comme dans les mines peut induire une sorte de délaissement des autres secteurs. « Là où il y a l’orpaillage, il y a moins d’éducation. C’est très grave».

Les pertes doivent également être évaluées au niveau de l’insécurité. A l’en croire, aujourd’hui par exemple  à l’est du Burkina, l’or alimente le financement du terrorisme.

Ainsi donc, « notre pays profite mais très peu et il paie un lourd tribut à l’exploitation artisanale et industrielle de l’or aujourd’hui », a soutenu le Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo.

Le principal bénéficiaire, c’est l’investisseur étranger. « Le deuxième plus gros bénéficiaire, ce sont les élites politiques, administratives et économiques  capturées (économiquement, idéologiquement et culturellement) par ces investisseurs étrangers. Ces élites sont rentrées dans l’industrie de la fraude avec les investisseurs étrangers dans les mines », a-t-il détaillé.

Il a fait savoir que cette sous-performance n’est pas liée à la faiblesse de l’expertise nationale. L’expertise nationale n’est pas suffisante mais jusqu’aujourd’hui encore l’essentiel de l’exploration minière est fondée sur l’héritage du travail de la première génération des géologues. Aujourd’hui, le Burkina dispose suffisamment de compétences aux niveaux public et privé pour avoir une appropriation nationale du secteur des mines.

Pour maximiser le bénéfice du secteur, l’enjeu, c’est de savoir si la propriété capitalistique est nationale ? Est-ce qu’il y a une stratégie d’industrialisation et comment on partage l’ensemble des bénéfices ? Enfin, quelle est la qualité de la gouvernance du secteur ?

« J’appelle à la construction d’une coalition patriotique pour l’appropriation nationale du secteur minier. Nous pouvons le faire en faisant en sorte qu’il y ait une loi très claire pour bannir de façon explicite le conflit d’intérêt dans le secteur. Le conflit d’intérêt est le principal poison du secteur », a conclu l’économiste-chercheur. 

Aly Tinto

 

 

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