dimanche 27 novembre 2022

Augmentation prix des hydrocarbures : « Un État responsable, dans une situation de crise, devrait faire supporter  les variations des coûts au niveau international par le budget de l’Etat et non par le consommateur final »  (Moussa Diallo, SG de la CGT-B)

diallLe 18 août 2022 le gouvernement burkinabè a, dans un décret, annoncé l’augmentation des prix des hydrocarbures de 35F pour le super 91 et de 30F pour le gas-oil.  Suite à cette hausse, l’Unité d’action syndicale (UAS) a, dans une déclaration en date du 25 août 2022, exigé du gouvernement l’annulation de cette augmentation et le retour immédiat aux prix d’avant-19 août. Cependant, cette déclaration semble être passée comme du vent car jusqu’à présent il n’y a pas eu de changement. Ainsi, Radars Info Burkina s’est posé certaines questions : Le gouvernement est il en mesure d’annuler l’augmentation comme l’exige l’UAS ? Ne serait-il pas de trop pour le budget de l’Etat qui a d’autres priorités et pas des moindres ?  L’UAS peut-elle obtenir gain de cause ? Comment ? La baisse des prix des céréales n’est-elle pas plus urgente que celle des hydrocarbures ? Dans cette interview,  le Secrétaire général de la Confédération générale   du travail du Burkina (CGT-B), Moussa Diallo, s’est prononcé sur les questions susmentionnées.

Radars Info Burkina : Pensez-vous que le gouvernement soit en mesure d’annuler cette augmentation comme vous l’exigez ?

Moussa Diallo : Nous pensons que c’est possible. Primo, cette augmentation intervient dans un contexte où le prix des hydrocarbures sur le marché international est en baisse et nous sommes étonnés que le gouvernement prenne en compte seulement une  variable, à savoir le cours du dollar, pour justifier cette dernière augmentation. Quand on observe dans la sous-région, beaucoup de pays sont allés dans le sens de la diminution ; d’autres ont même pris des mesures d’accompagnement pour maintenir les prix à l’étape actuelle. Donc nous sommes un peu surpris que notre gouvernement aille dans le sens de l’augmentation des prix des hydrocarbures pendant que la tendance est baissière au niveau international.

Secundo,  il est bien possible de le faire, car depuis 2006 nous avons proposé la révision de la structure des prix des hydrocarbures qui devrait permettre, de notre point de vue, de faire supporter la variation des coûts du baril du pétrole sur le marché international par tous les acteurs.

En effet, quand un seul consommateur final paye 1 litre de super 91 à la pompe, l’Etat a 248 F CFA au compte des taxes et impôts sur les produits pétroliers. En outre,  chaque acteur impliqué dans l’importation et la commercialisation des hydrocarbures a des marges bénéficiaires payés par le consommateur.

Ainsi, nous avons estimé que l’État devrait tenir compte de ces marges, faire une concession sur ce montant et diminuer à 148 FCFA comme effort.

Cette proposition de l’UAS a l’avantage d’opérer une diminution significative, structurelle et durable des prix des hydrocarbures en vue de soulager les souffrances des populations.

 Maintenant s’il y a des efforts à demander aux consommateurs parce que la situation internationale l’oblige, on peut les consentir. Malheureusement tous les gouvernements successifs depuis 2006 ont décidé de protéger les intérêts des autres acteurs, sauf ceux du consommateur final.

Radars Info Burkina : Ne serait-il pas de trop pour le budget de l’Etat qui a d’autres priorités et pas des moindres ?

MD : De notre point de vue, l’économie de marché devrait plutôt nous amener à voir la chose autrement. Quand on prend les hydrocarbures, ce sont des marchandises qui sont stratégiques pour l’économie nationale. Les entreprises qui produisent utilisent de l’énergie, pour transporter les marchandises, il faut du carburant. Donc si les prix des hydrocarbures augmentent, ça se répercute de façon systématique sur les prix des autres marchandises. Cela entraîne une baisse du pouvoir d’achat de la population en général. De ce fait, nous estimons qu’un Etat responsable, dans une situation de crise, surtout celle que nous vivons au Burkina Faso actuellement et dans le monde en général, c’est de faire supporter ces variations des coûts au niveau international par le budget de l’Etat. C’est ce qui permettra de maintenir le pouvoir d’achat des populations et de maintenir aussi l’économie nationale.

Le taux d’inflation actuel est insoutenable non seulement pour l’économie nationale mais aussi pour les consommateurs que nous sommes.

Radars Info Burkina : Pensez-vous pouvoir obtenir gain de cause ? Si oui, Comment ?

MD : Cette déclaration est pour nous une interpellation. Nous voulons attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité de prendre en compte la souffrance de notre peuple dans la prise de décisions. Cependant, si rien n’est fait, ne soyez pas étonné que les populations prennent leurs responsabilités à un moment donné, même si l’Unité d’action syndicale ne réagit pas.

Pour ce qui est de l’UAS, nous l’avons dit dans la déclaration, des actions pourraient être engagées seule ou avec d’autres organisations sur cette question mais aussi bien d’autres questions que le gouvernement semble incapable de régler. Faut-il vous en donner la primeur, l’UAS vient d’adopter une plateforme revendicative de lutte portant sur trois axes principaux dont l’axe de l’insécurité, l’axe de la vie chère et l’axe des libertés individuelles et collectives. En temps opportun, vous aurez le contenu de cette plateforme et les actions que nous comptons mener pour sa satisfaction.

Radars Info Burkina : Est-ce qu’exiger la baisse des prix des céréales, des fournitures scolaires n’est pas plus urgent que  celle des hydrocarbures ?

MD : C’est naïf de croire qu’on peut diminuer les prix des céréales, des fournitures scolaires, en gardant inchangés ceux des hydrocarbures car il faut bien du carburant pour transporter ces marchandises. Et si le gouvernement n’est pas soucieux de cette situation, ne demandons pas aux commerçants de ne pas augmenter leur prix. Donc l’augmentation des prix des céréales et des fournitures sera une conséquence directe de celle des hydrocarbures. Du reste, dans la plateforme revendicative de l’UAS en cours d’adoption, nous avons non seulement demander une diminution des prix des produits de grande consommation, mais aussi et surtout le contrôle efficace et efficient des prix et de la qualité des produits de première nécessité.

Radars Info Burkina : Quelle lecture faites-vous du refus de la délégation spéciale  à accorder le sit-in de la faîtière des consommateurs pour dénoncer cette même augmentation du prix des hydrocarbures ?

MD : C’est une remise en cause des libertés de manifester. Cette pratique est devenue courante depuis un certain temps avec la perturbation des manifestations du mouvement M30 Naaba Wobgo, du Front patriotique et l’incendie du véhicule de Serge Bayala, et nous dénonçons cela.

Un État doit protéger ses citoyens contre toute forme de violence et non les priver de leurs droits.

Pour terminer, je voudrais juste inviter les travailleurs à se mobiliser parce que l’évolution dangereuse de la situation nationale commande que nous puissions renforcer nos rangs et aller en ordre de bataille. Nous ne pouvons pas continuer à observer en spectateur tout ce qui se passe en termes de remise en cause des conquêtes des acquis des populations en général et des travailleurs en particulier.

Flora Sanou

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