lundi 17 mai 2021

Lutte contre le terrorisme au Sahel : Takuba, une force de trop ?

takuba uneLe 27 mars 2020, 11 pays européens ont signé une déclaration politique commune officialisant la création de la Task-force Takuba pour lutter contre les groupes terroristes dans la région du Liptako-Gourma. Six pays sont annoncés comme contribuant à l'opération (France, Belgique, Danemark, Estonie, Pays-Bas, Portugal). Takuba, une force de trop au Sahel dans la lutte contre le terrorisme ? Pour avoir des éléments de réponse à cette question et sur certains aspects opérationnels de cette force, Radars Info Burkina s'est entretenu tour à tour avec la présidente de l'Africa Security Sector Network, également experte sécurité en Afrique de l'Ouest et Centrale, le Dr Niagale Bagayoko, et le journaliste et écrivain burkinabè Atiana Serge Oulon.

La force Takuba devrait atteindre sa capacité opérationnelle initiale à compter de juillet 2020. <<J'ai accueilli avec prudence l’annonce de la mise sur pied de cette force qui réunira des unités des forces spéciales des différents pays européens. Il me semble qu'il s'agit d'une réponse partielle de niveau tactique aux enjeux de sécurité au Sahel. Alors qu'aujourd'hui ce dont on a vraiment besoin, c’est plutôt d’une vision stratégique. Donc j'ai toujours eu certains doutes quant à l'ampleur de l'impact qu'aura une telle force. Oui, des forces spéciales peuvent aider à gérer le type de conflictualité auquel on a affaire au Sahel. Mais attention, les forces spéciales par définition sont des unités qui agissent d'habitude dans des cadres extrêmement nationaux. Donc les faire travailler en interopérabilité dans un cadre multinational sera un défi et, d'autre part, il ne faut pas surévaluer l'impact de ces seules forces spéciales pour faire changer l'équilibre des forces au Sahel>>, a d'entrée soutenu l'experte en sécurité Dr Bagayoko.

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Selon le journaliste Atiana Oulon, il a été <<surpris et étonné de cette énième initiative internationale, notamment française, pour le Sahel. La France se sentant seule au Sahel, elle veut plus d'engagement international à ses côtés, faute d’avoir l'appui de l'ONU, des Etats-Unis>>.

Peut-on considérer que cette force est de trop au Sahel ? A cette question, le Dr Bagayoko répond que Takuba ne doit pas être vu comme un dispositif supplémentaire. <<Cette force va s'inscrire dans le cadre du dispositif d'ordre et déjà existant. Elle va être déployée au sein de la coalition pour le Sahel. Cependant, elle sera intégrée au commandement de l'opération Barkhane ; l'idée de la coalition pour le Sahel étant de mettre en place une force qui travaillera de manière complémentaire, beaucoup plus intégrée entre la Force conjointe du G5-Sahel et la force Barkhane. En plus, il est important de mentionner le fait que ces forces spéciales sont aussi amenées à former et à travailler de manière très étroite avec les armées des Etats membres du G5-Sahel>>.

takuba 3Mais M. Oulon apprécie autrement l'arrivée de Takuba : <<Depuis 2012, on multiplie les idées et projets afin de contrer l'hydre terroriste. Tous ces projets ont-ils des résultats probants sur le terrain ? Le doute est permis au regard des incidents sécuritaires qui caractérisent la vie des populations>>.

En ce qui concerne la particularité de Takuba, le Dr Bagayoko a expliqué que vu qu'elle sera composée de forces spéciales, <<il faut être extrêmement attentif à la façon dont ces opérations se traduisent, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l'homme. Il y a des problèmes qui se posent aujourd'hui quant aux comportements des forces de défense et de sécurité au Mali, au Niger, au Burkina Faso. Il ne faudrait justement pas que le fait d'intervenir de manière couverte favorise de nouvelles exactions>>. En outre, à l'en croire, l'un des défis qu'aura à surmonter cette force sera celui linguistique, auquel s'est d'ores et déjà heurtée la Mission de formation de l'Union européenne au Mali (EUTM), déployée dès 2013 au Mali. <<C'est essentiel pour favoriser l'interopérabilité. Il est enfin très important de mentionner que même si cette force est dite européenne, il s'agit en réalité d'une initiative européenne proposée par la France mais qui a été créée en dehors des instruments de la politique étrangère de l'Union européenne. Aucun instrument de financement européen ne sera mobilisé pour fiancer la force Takuba>>, a conclu l’experte.

Aly Tinto

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Excellent pertinent article

  Eric Délèze
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