FESPACO 2021 : « Je pense qu'au sortir de ce FESPACO, on va encore avoir beaucoup de force pour aller de l'avant », Dr Jacob Yarabatoula, enseignant chercheur à l'université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou
L’interview ci-dessous a été accordée par Richard Tiéné, correspondant de la Deutsch Welle au Burkina, au Dr Jacob Yarabatoula, enseignant chercheur à l'université Joseph Ki-Zerbo, à la faveur de la 21e édition de la fête du cinéma africain.
Richard Tiené : Le Burkina, malgré tout, arrive à organiser le FESPACO. Alors, comment expliquez-vous ce que d'aucuns qualifiaient de miracle, c’est-à-dire le fait d'arriver à organiser cet événement dans un contexte sanitaire et sécuritaire très délicat ?
Jacob Yarabatoula : D'abord il faut saluer la tenue effective de ce festival, car le contexte sécuritaire et le contexte sanitaire n'étaient pas favorables à un tel événement d'envergure internationale. Voir des hommes et des femmes quitter leurs pays, faire confiance au Burkina Faso en foulant le sol du Faso, c'est vraiment un signe de courage et de résilience. Cela encourage aussi le peuple burkinabè à ne pas reculer face à cette adversité. Maintenant comment est-ce-qu'on peut expliquer tout ce qui nous arrive avec tout ce que se nous faisons? Je pense qu’il faut comprendre ce qui nous arrive comme étant inscrit justement dans la durée et qu'il faut continuer de vivre, continuer d'exister, continuer de faire des choses. Je pense qu'au sortir de ce FESPACO, on va encore avoir beaucoup de force pour aller de l'avant. Ce qu'il faut dire également, c'est que pendant que nous sommes là, il y a des familles qui sont meurtries, qui font le deuil de la disparition des leurs. Et ça c'est aussi le paradoxe. Au moment même où nous fêtons le cinéma et où nous célébrons le succès de ce festival, il y a aussi des problèmes à l'intérieur de notre pays. Ouagadougou peut être bien sécurisée, mais il faut faire en sorte que cette sécurité vaille sur l'ensemble du territoire national.
Richard Tiené : On vous voit à quelques mètres de stands du chapiteau du MICA, alors qu'est-ce vous pensez du MICA aujourd'hui ?
Jacob Yarabatoula : Moi, je pense que le marché de l'industrie du cinéma est une belle vision, encore pour cette édition je pense que c'est l'engouement qui fait peut-être défaut. Mais peut-être qu’au soir justement de ce MICA, on pourra tirer des leçons sur combien de films on a eu à vendre, combien d'acheteurs ont pris des films burkinabè ou africains, combien de producteurs se sont intéressés. Mais je pense aussi que c'est peut-être la restriction à l'entrée du site du FESPACO qui pose problème. Parce qu'il faut avoir un badge pour avoir accès. Alors que tout le monde n'a pas de badge. Mais on me dira que tout le monde n'est pas acheteur. Si on pouvait ouvrir l'espace à tout le monde, cela permettrait des interactions utiles. Il y a aussi la dimension préparation, organisation des acteurs de ce MICA ; je pense qu'il y a eu de l'hésitation par rapport à la tenue, donc ça se sent un peu dans l'offre, ça se sent aussi dans la façon de faire des acteurs à l'intérieur de ce marché. Certains semblent ne pas être totalement prêts, semblent ne pas avoir beaucoup de choses à donner avec la manière et les outils qui vont avec, le minimum de paperasse, le minimum de supports, etc. Je pense que tout cela est lié un peu à l'hésitation de départ et pourrait expliquer un peu le caractère relatif de la participation, de l'engouement que nous pouvons constater.
Tiené : Quand vous venez au MICA, c’est pour quoi exactement ? En d’autres termes, qu'est-ce qu'un chercheur vient chercher au MICA ?
Jacob Yarabatoula : Moi, je viens voir comment s'organisent les producteurs, les vendeurs et quelles sont les faiblesses de la démarche des acteurs. Il y a des métiers qui sont organisés, mais si quelqu'un a plusieurs métiers à la fois, je pense que la chaîne de valeur peut avoir un problème. Par exemple, si quelqu'un est à la fois réalisateur, producteur et distributeur, cela pose problème. Quand on vient au MICA, on voit l'organisation des filières, ce qui nous permet de comprendre un peu comment le marché, l'économie du cinéma s'organise. En venant ici en tant que chercheur, je mets en lien toutes ces structures qui sont dans la chaîne de production du film avec la recherche. Souvent on cherche à savoir qui est producteur ici, qui est distributeur au Burkina, qui distribue les films du Burkina. On cherche mais on ne trouve pas. Après ça on voit qu'il y a une sorte de concentration justement des métiers entre les mains d'une seule personne, d'une seule structure pour éviter de dépenser trop d'argent. Alors que nous pensons que plus on s'organise, plus on spécialise les acteurs et mieux on a des services de qualité.
Richard Tiené : Merci pour cet entretien accordé à la DW.
Après le clap de lancement, les projections de films ont démarré dans les salles de ciné de Ouagadougou. Dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 ocotbre, les cinéphiles ont découvert à l’institut français le film « Thomas Sankara, l’humain » du réalisateur burkinabè Richard Tiéné, en lice dans la « section Burkina ». Ce film a ému plus d’un cinéphile.
L’une des particularités de ce documentaire est qu’il allie bien une chorégraphie savamment préparée, avec de la musique contemporaine et du slam et du rap. Pour Oumar Sidibé, ce film est trop vrai. « On a vu un beau film de témoignage mais j’aurais bien voulu que ce documentaire aille au-delà des témoignages. Par exemple, évoquer les dérives de la révolution », dit-t-il. « C’est le premier film sur Thomas Sankara que je regarde et je me rends maintenant compte de la grande perte pour le Burkina spécifiquement. A entendre tous ces témoignages j’ai de la peine », a lâché Marie Delayve. Selon le réalisateur, le format imposé pour le Fespaco ne permettait pas de tout évoquer. Dans le format 2h 30 mn initial de la série, tous les points sont évoqués, du début de la révolution à sa fin en passant par l’inhumation de Thomas Sankara. Même le procès qui vient de débuter sera inclus. « Humain » parce que l’homme avait des qualités et des défauts, c’était un être comme chacun de nous, décrit le réalisateur sur le titre de son documentaire.
« Le film a été réalisé sur fonds propres, ce qui a mis sept ans. Aucun financement n’est venu d’ailleurs, parce que Thomas Sankara défendait un idéal contre l’impérialiste », conclut Richard Tiéné.
Durant deux jours, à travers le cadre Fespaco Doc Days, les documentaristes africains se sont penchés sur la diffusion des documentaires africains à l’échelle africaine. Occasion offerte pour une Master Class du cinéaste sénégalais Ousmane William Mbaye.
Les jeunes documentaristes ont des défis à relever, selon ce dernier. Il s’agit pour eux de s’investir dans les documentaires de type portraits politiques. « Ma génération a été traumatisée par les assassinats des indépendances. Si on ne comprend pas ces assassinats des années 60, on ne peut pas comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui. C’est pour cela que les jeunes documentaristes doivent faire le portrait de nos leaders qui ont échoué ou ont été assassinés », a-t-il justifié son choix. Toujours selon Ousmane William Mbaye, le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme, c’est de comprendre le mécanisme culturel de notre société. « Si le terrorisme nous menace, c'est parce qu'on a négligé notre culture et il faut revenir à cela », dit-il. En marge de cette Master Class, des bouts de réalisations de documentaires d’Ousmane William Mbaye ont été projetés au grand bonheur des acteurs du cinéma présents. Cette Master Class a été modérée par Aboubacar Demba Cissokho.
En marge de la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), une table ronde sur la circulation des films documentaires en Afrique s’est tenue le mercredi 20 octobre. Les échanges entre réalisateurs, producteurs et diffuseurs ont porté sur les mécanismes de diffusion des réalisations africaines sur les chaînes de télévision africaines. Radars Info Burkina s’est entretenu avec le réalisateur Michel Zongo.
A l’ère du numérique, ce n’est ni plus ni moins qu’un combat par l’image qui qu’il est donné de voir et l’Afrique ne saurait rester en marge de cette révolution. « On bascule dans le monde de l’image. Nos esprits et nos cerveaux sont préparés aux visuels. On regarde les choses et on les mémorise. C’est cela, l’éducation aujourd’hui. On parle de l’éducation à l’image, il faut que les Africains commencent à s’approprier leur imaginaire, à envahir leur environnement d’images venant de leur continent, venant de leur pays et de leur environnement », a martelé le réalisateur Michel Zongo.
Ce manuscrit traite de plusieurs thématiques, allant des témoignages à l’historique même du Fespaco. Dans cette première partie, on trouve également les créations, les évolutions et les défis du Fespaco. Selon les dires du Pr Michael Martin, propriétaire de la maison d’édition du livre, ce projet est né au moment même de la célébration du cinquantenaire du Fespaco pour marquer l'histoire du cinéma africain.
Cette thématique de décolonisation est, selon Gaston Kaboré, une libération mentale et non une lutte contre les autres Nations. Toujours selon ce pionnier du cinéma burkinabè, la décolonisation, c'est réaliser des films qui parlent des Africains. Des films propres aux Africains. « On parle de cinéma africain mais il y a une diversité. C’est de cette diversité qu’il s’agit. Le cinéma n'est pas un luxe mais un besoin pour les Africains pour nous affranchir. La décolonisation culturelle ici n'est pas un enjeu mais un retour à nos sources. Par exemple, le retour des films dans nos langues nationales », explique-t-il. La version française de ce manuscrit fait 785 pages et est inspirée des trois versions déjà existantes en anglais, qui font plus de 600 pages. A en croire Gaston Kaboré, la deuxième partie sera prête avant le Fespaco 2023. 1 000 exemplaires sont déjà disponibles au prix de 35 000 FCFA au siège du Fespaco. En rappel, c’est en 1969 que le Fespaco a vu le jour sous le nom de « Premier festival de cinéma africain de Ouagadougou » sous l’impulsion de Salimata Selembéré, Louis Thiombiano et bien d’autres. Il se déroule tous les deux ans à Ouagadougou.
«Ethereality», c'est le film de la réalisatrice rwandaise Gahigiri Kantarama, projeté le mardi 19 octobre au Grand Méliès à l'Institut français de Ouagadougou. En compétition dans la catégorie court métrage, ce film relate le vécu de la diaspora africaine. Malgré la distance, ces Africains vivant à l'étranger gardent un profond attachement à leur continent.
<< Le message principal du film est un message de souveraineté, d'unité et d'identité de mes personnages. S'ils ont été déplacés depuis 20 ans, 40 ans mais essaient de vivre et de créer quelque chose qu'ils ont perdu, c'est une bonne chose>>, a déclaré la réalisatrice. Gahigiri Kantarama dit avoir réalisé ce film après une expérience qu'elle a vécue en contact avec les autres Africains de la diaspora, surtout qu'elle même fait partie de cette diaspora. <<Ces personnes m'ont ouvert leur coeur, leur univers, et plusieurs années après, j'ai compris qu'en fait je parlais aussi de moi-même et de mon parcours, car j'ai dû quitter le Rwanda il y a longtemps>>, a-t-elle conclu. Gahigiri Kantarama n'est pas à son premier film. En effet, elle a réalisé son premier long métrage de fiction, <<Tapis Rouge>>, en 2014. Ce film sorti en salle en Suisse en 2015 et en France en 2017, a été récompensé à plusieurs reprises, notamment du prix du Meilleur long métrage francophone en 2014 au Festival international du film de Genève et de la Meilleure mise en scène en 2015 au Festival du film de Chelsea à New York. La réalisatrice a travaillé avec un autre réalisateur rwandais, Kivu Ruhorahoza, sur un thriller, <<Tanzanite>>. Elle est également actrice dans “The Mercy of the Jungle” de Joël Karekezi, sorti en 2018. Un film qui a remporté l'Étalon d'or au FESPACO 2019.
Débuté le 16 octobre 2021, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) bat son plein. Lundi nuit, les cinéphiles ont eu droit au long métrage du réalisateur burkinabè Boubacar Diallo « Les trois lascars ».
« Le message, c'est juste vous décourager, vous les hommes, avec vos histoires de deuxième bureau ou tchiza. Le réalisateur a voulu dépeindre cela sur un ton comique et il a eu raison, vu l'engouement. Les gens ont aimé », a poursuivi Aïda Nianda, épouse d'un des lascars dans le film. Halidou Sawadogo, dit Payangdé, acteur comédien, a quant à lui très positivement apprécié ce long métrage. « C'est formidable. C'est une première, on n’est pas habitué à la comédie dans ce genre de festival. Le film est totalement réussi, l'acteur et cinéphile que je suis a totalement apprécié ce film », s'est-il réjoui.
Si le public a adoré le film, un long chemin lui reste à faire : retenir l’attention des membres du jury. L’acteur comédien soutient : « Une chose est de faire aimer son film au public et une autre est de le faire apprécier du jury. C'est lui qui a le dernier mot. Si le film ne répond pas aux critères du jury, le public peut crier mille et une fois sur le montage mais ça ne passera pas ».
Depuis le clap d’ouverture du 27e FESPACO le 16 octobre, les projections de films se succèdent. Dans la soirée du lundi 18 octobre, c'est <<Oliver Black>> du jeune réalisateur marocain Tawfik Baba qui a été projeté au Ciné Burkina. L'auteur croit en ses chances de remporter l'Etalon d'or.
“Oliver Black” a été projeté dans de nombreux festivals internationaux et a remporté de nombreux prix, dont celui du meilleur long métrage international au Festival de cinéma de Alter do Chao au Brésil et le prix du meilleur film international au Festival international de cinéma de Lleida en Espagne.
Il a également raflé le prix du meilleur acteur grâce à son héroïne, Hassan Rishoy, et celui de meilleur acteur assistant, remporté par l’acteur sénégalais Modu Nabaw, lors de la 21e édition du Festival national du film de Tanger.
« Le Fespaco est une réalité. Il est un patrimoine de tout notre continent et de la diaspora. C'est un héritage de notre culture aux sources intarissables. Nous sommes un même peuple, nous vivons les uns chez les autres », a déclaré Abdoulaye Diop, ministre sénégalais de la Culture. Le Dr Fonyama Elise Thiombiano/Ilboudo, ministre de la Culture, a salué ses devanciers et s’est engagé à poursuivre leur œuvre. Elle n’a pas manqué de rendre hommage à l'ensemble des artistes burkinabè et du monde qui contribuent à émerveiller les peuples par leurs créations. « Le thème se veut un faisceau de rassemblement de tous les acteurs du cinéma. La tenue de cette édition nous donne l'occasion de réfléchir sur le devenir du cinéma africain. Et la contribution de la diaspora est la bienvenue. La flamme allumée depuis 1969 doit toujours briller », a-t-elle dit. Selon la ministre de la Culture, les difficultés dans le monde du cinéma, il y en a. « Nous devons ensemble relever le défi du manque de financement, des difficultés de diffusion des films », a-t-elle énuméré.
Après ces différentes interventions, place au clou de la cérémonie d’ouverture, à savoir le clap de départ donné par le chef de l’Etat, qui ouvre officiellement la compétition pour la conquête de l’Etalon d’or. « Aujourd’hui, toute l’Afrique a les yeux rivés sur le Burkina. Le thème qui a été choisi vise à voir quelles sont les difficultés, les contraintes, les perspectives du cinéma africain. C’est un thème qui est important et il faudra que l’ensemble des acteurs du monde se penchent sur ces difficultés pour lever le verrou qui empêche le cinéma africain de prospérer », a martelé le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré.
Dans quelques heures, le palais des Sports de Ouaga 2000 va vibrer au rythme du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Sur le plan technique, tout est fin prêt et la compagnie « Faso danse théâtre » de Serge Aimé Coulibaly, pour sa part, promet un spectacle à la hauteur de cet événement culturel majeur. Radars Info Burkina a fait le constat des préparatifs de ladite compagnie dans la soirée du jeudi 14 octobre.
Selon le chef d’orchestre de ce «show» artistique, Serge Aimé Coulibaly, le rendez-vous sera respecté. «C'est vrai que nous avons eu quelques soucis au début concernant le matériel, qui n'est pas arrivé tôt, mais tout est rentré dans l’ordre», a-t-il d’ailleurs assuré. Hervé Kouamé, technicien vidéo venu spécialement de la Côte d'Ivoire pour la circonstance, affirme qu’il n'y a pas à s'inquiéter. «En ce qui concerne notre domaine, tout se passe bien. Nous avons presque fini», a-t-il lancé.
Situation sécuritaire oblige, les forces de défense et de sécurité burkinabè veillent au grain pour que cette grand-messe du cinéma africain se déroule dans la quiétude. En rappel, cette édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou se tient du 16 au 23 octobre. Le thème retenu est : «Cinéma d'Afrique et de la diaspora, nouveaux talents, nouveaux défis».










