#Cinéma : Oumar Dagnon remporte le prix du public et la mention spéciale du jury au « festival du film » en Côte d’Ivoire
Le producteur-réalisateur scénariste burkinabè Oumar Dagnon s’est adjugé le prix du public et une mention spéciale du jury, à la 12e édition du Festival International du film des Lacs et Lagunes en Côte d'Ivoire avec son film long métrage : « Djugu, le mal de l'ombre », le samedi 23 novembre 2024. Il dédie le trophée aux forces de défense et de sécurité (#FDS) qui se battent jour et nuit pour le retour de la paix dans notre pays et aux populations burkinabè qui font preuve de résilience dans ce contexte difficile. Le réalisateur annonce l’avènement d’un nouveau film pour le grand bonheur du public. Il donne plus de détails dans cette interview accordée à Radars Info Burkina.
Radars Info Burkina : Dans ce contexte sécuritaire que notre pays traverse, que représente cette distinction pour vous ?
Oumar Dagnon : Pour nous cette distinction, c’est une victoire d’étape. Le film avait déjà commencé à avoir les lauriers ici au Burkina notamment le prix de la meilleure interprétation masculine et le prix de la meilleure interprétation féminine burkinabè au Sotigui Awards 2024. Une semaine après, nous remportons le prix du public au FESTILAG et la mention spéciale du jury. Quand nous avons reçu ce prix à Abidjan, nous l’avons dédié à toutes nos forces de défense et de sécurité, à toute la population burkinabè résiliente, qui traverse actuellement une situation un peu compliquée. Dans la salle, plusieurs personnes étaient émues de voir qu’on dédiait ce trophée à nos compatriotes Burkinabè. C’est avec beaucoup d’émotion, beaucoup de plaisir et on se dit que ça ne fait que commencer, le meilleur reste à venir et on reste confiant pour la suite.
Radars Info Burkina : Sur quelle base avez-vous reçu la mention spéciale du Jury ?
Oumar Dagnon : Pour la mention spéciale du jury, le grand prix se jouait entre le film « Djugu, le mal de l'ombre », et un film centrafricain, donc ce n’était pas évident. C’était vraiment coincé jusqu’à la dernière minute et ça n’a pas été simple pour le jury pour se décider. Par fini, le grand prix a été attribué au film centrafricain et le jury nous a fait une mention spéciale pour dire reconnaître toute la qualité et la valeur du film. Donc on est passé à un doigt du grand prix. Mais ça ne va pas nous empêcher d’avancer. Nous devons toujours continuer à travailler parce que les festivals se suivent et ne ressemblent pas. Chaque festival a sa ligne éditoriale, les membres du jury n’ont pas forcément les mêmes regards dans les différents festivals. Le travail a été reconnu à sa juste valeur par le jury et c’est ça le plus important. La mention spéciale, c’est aussi une distinction.
Radars Info Burkina : Un film burkinabè qui remporte le prix du public en Côte d’Ivoire, comment percevez-vous cela ? Qu’est-ce qui a pu impacter le public ?
Oumar Dagnon : Pour le prix du public, déjà, il faut reconnaître que notre film avait été projeté comme film d’ouverture et il a tenu en haleine tous ceux qui étaient et qui sont jusqu’au bout. Ils ont vraiment apprécié le film, tout le monde en parlait. Avec cette tendance, même si on n’avait pas encore vu les autres films, on savait qu’on n’allait pas revenir bredouille. Le public a tranché et c’est « Djugu, le mal de l’ombre » qui a remporté le prix.
Remporter ce prix à Abidjan, il faut juste retenir qu’il n’y a que les frontières qui nous séparent. On a presque la même histoire. Le peuple du Burkina et celui de la Côte d’Ivoire, c’est la même famille. Aussi, le sujet traité dans ce film est universel. C’est un sujet qui parle de la jalousie en amitié et tout ce qui va avec. On en trouve partout. C’est vrai que dans le film, il y a un peu de dioula, du mooré, mais c’est sous-titré en français et le reste, c’est en français. Donc le public arrive à comprendre les émotions. Les gens ont suivi jusqu’au bout, ils sont restés scotcher à l’histoire jusqu’au bout et le film les a emportés et je pense que c’est ce qui nous a permis de remporter ce prix. Pour nous, le cinéma est universel, l’art est universel et l’art doit pouvoir s’exprimer partout où nous allons. Il n’y avait pas de barrière. Les Ivoiriens n’ont même pas vu ce film comme un film burkinabè. C’était juste un film qu’ils regardaient, qu’ils comprenaient et qu’ils aimaient.
Radars Info Burkina : Que peut-on retenir du synopsis du film « Djugu, le mal de l'ombre » ?
Oumar Dagnon : Ce sont deux amies avec une rivalité secrète de la part de Wendy parce que Noura n’a pas d’arrière-pensée. Wendy a des secrets dans l’ombre. Sa jalousie va se manifester quand Noura voudra se marier, elle sera à la base de l’assassinat du futur mari de Noura. Par la suite, Noura va quitter la ville de Bobo pour venir résider chez Wendy dans l’espoir d’avoir un nouveau départ. Après, elle tombe sur un homme très riche, aisé, élégant, ce qui ne plaît pas à Wendy. Ainsi, cette dernière veut tout faire pour séparer Noura de ce monsieur qui s’appelle Abdal dans le film. Elle va procéder par tous les moyens : le mysticisme, les envoutements, mais ça ne marchera pas. Donc la solution ultime à la dernière minute, c’était de liquider Noura qui est considérée comme sa meilleure amie, voire sa sœur. Cette tentative va échouer, ce qui va entraîner la chute de Wendy. À la fin, on la retrouvera dans l’asile de fous. Le résumé du synopsis, c’est jalousie-trahison-mysticisme. Cela démontre la somme réalité derrière une amitié en apparence parfaite. Ça interpelle les uns et les autres aujourd’hui de faire attention parce que notre ennemi n’est jamais loin, ça peut être la personne qui est avec nous tout le temps.
Radars Info Burkina : Il est annoncé la sortie d’un nouveau produit de votre industrie dans les prochains jours. Pouvez-vous nous en parler ? À quoi le public doit s’attendre ?
Oumar Dagnon : À partir du 1er décembre prochain, nous avons un film qui sort avec pour titre « Angèle », une coproduction entre wati-film et Abena production. « Angèle », c’est l’histoire d’une fille qui va quitter le village pour la ville dans l’espoir d’avoir une vie meilleure, mais qui sera confrontée aux dures réalités de la vie. Pourra-t-elle s’en sortir ou non ? Pourra-t-elle faire face à toutes les situations qu’elle rencontrera en ville. C’est la question à résoudre en venant voir le film. Vous serez plongé dans l’histoire d’Angèle, une jeune fille, qui face aux défis de la vie urbaine, se bat avec courage et résilience. C’est une œuvre émouvante qui a été écrite par Fati Ouédraogo, réalisée par moi-même. On invite le public à venir, je pense qu’il va beaucoup aimer. L’avant-première aura lieu le 1er décembre 2024 à 15h suivie de la programmation normale du 2 au 8 décembre 2024, aux séances de 18h30, 20h30 et 22h30.
Propos recueillis par Flora Sanou
Le rappeur burkinabè Prins mic a mis sur le marché de la musique un nouvel album, Catharsis, composé de 14 titres. Dans cet album, il aborde des faits de la société.

« Ce prix, je le dédie d’abord à toutes les personnes qui ont cru en moi. Le 9 janvier, je totalisais 10 ans de carrière en tant que maître de cérémonies. Et je dis merci à tous mes partenaires, à ma mère. Je dédie ce trophée à toutes les FDS du Burkina Faso », déclare pour sa part Freddy Lino. Rien ne présageait la tenue effective de l’événement au regard de la situation sociopolitique et sécuritaire du pays, mais ses organisateurs ont, une fois de plus, relevé le défi. Le promoteur des 12 PCA en tire donc légitimement un sentiment de satisfaction. « En toute franchise, cette 10e édition a été organisée avec beaucoup de difficultés, car nous avons traversé des situations très pénibles depuis pratiquement 4 à 5 ans. Le passage de 2021 à 2022 aussi nous a été encore plus fatal, avec nos forces de défense et de sécurité qui ne font que tomber. En 2022 il y a eu ce renversement sociopolitique qui a entraîné effectivement des couvre-feux à la même période justement où on organisait les 12 PCA. On a beaucoup hésité, se demandant s’il fallait carrément annuler l’événement ou bien le reporter. Aujourd’hui, je tiens sincèrement à remercier tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont soutenus, même les autorités qui ont accepté que cet événement se tienne ce soir. Les gens ont le cœur meurtri actuellement, donc nous avons voulu leur redonner un peu d’espoir et inciter l’ensemble des acteurs culturels à rester debout. Nous sommes confiants que la paix reviendra au Burkina Faso. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons placé cette 10e édition sous le signe de la paix et de la réconciliation », a souligné Hervé David Honla.
Avant les 12 PCA, les organisateurs ont décerné également des prix à 12 personnalités qui se sont distinguées au cours des 10 derniers années (NDLR : Lire encadré).
Les rideaux sont tombés sur la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) le samedi 23 octobre 2021 au palais des Sports de Ouaga 2000. C’est « La femme du fossoyeur » du Somalien Kadar Ahmed qui a remporté l’Etalon d’or de Yennenga. Cette cérémonie de clôture de la fête du cinéma africain a connu la présence de Roch March Christian Kaboré, président du Faso, de son homologue Macky Sall de la république du Sénégal, pays invité d’honneur, ainsi que de nombreuses autres personnalités.
Dans le palmarès officiel, l’Etalon d’argent est revenu au réalisateur haïtien Gessica Geneus pour son film « Freda » et l’Etalon de bronze est allé au réalisateur tunisien Meylan Bouzid pour son film « Une histoire d’amour et de désir ». S’agissant du pays hôte du Festival, dans la « section Burkina », le prix du meilleur espoir, décerné par le président du Faso, est revenu à Kiswensida Parfait Kaboré pour son film « Après ta révolte, ton vote » et celui du meilleur film burkinabè, « Les traces d'un migrant », a été obtenu par Delphine Yerbanga. Dans la « section fiction court métrage », Carine Bado a remporté le poulain de bronze avec son film « Zalissa ». Dans la « Section documentaire long métrage », le trophée est revenu à Moumouni Sanou qui a remporté l’Etalon d’or avec son film « Garderie nocturne ». Ce dernier affirme sa joie, à travers ce film qui évoque le visage caché des femmes méconnues ou marginalisées du fait de leur emploi, de recevoir cette distinction. « Recevoir ce prix est une satisfaction mais du coup, c’est une pression qui repose sur mes épaules pour aller chercher plus loin », a confié Moumouni Sanou.
Pour le président du Faso, ce FESPACO qui s’est tenu dans un double contexte d’insécurité et de pandémie de COVID-19 a tenu toutes ses promesses. « Tous les acteurs ont exprimé leur joie de prendre part à ce Festival. Cela nous ramène à nos responsabilités de gouvernants pour donner un peu plus de moyens à ce secteur pour le développer », a dit Roch Marc Christian Kaboré. Son homologue sénégalais, Macky Sall, dont le pays était l’invité d’honneur à cette édition, souhaite que le FESPACO continue à éclairer le cinéma africain. « Nous devons accompagner et financer le cinéma africain. Les Africains doivent avoir une part importante dans le financement du cinéma. C’est seulement à ce prix que nous aurons un cinéma libre qui parle de l’Afrique et d’abord pour les Africains. C’est pourquoi au niveau de l’Union africaine, l’idée de soutien à travers des fonds de promotion du cinéma a été mise sur la table pour que chaque pays accompagne ses cinéastes afin que la qualité de notre cinéma soit à la hauteur du cinéma mondial », a souligné Macky Sall. Ce dernier affirme quitter Ouagadougou très satisfait.
La 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) livre déjà les résultats des différentes compétitions. Dans la catégorie court métrage, le prix Thomas Sankara a été remporté par L'Egyptien Mohamed Keidr pour son film «Tuktuk». La remise du prix est intervenue dans la soirée du vendredi 22 octobre au ciné Canal Olympia. La créativité, les qualités techniques, la positivité et l'originalité, c'est, entre autres, ce qui a valu au réalisateur Keidr l'obtention de ce prix.
En l'absence du réalisateur, c'est la Tunisienne Leyla Bouzid, par ailleurs première réalisatrice à avoir remporté ce prix dès sa première édition en 2015, qui l'a représenté. Pour elle, recevoir ce prix est un honneur. «C'était quelque chose de très important. Depuis le lancement de ce prix, je me suis beaucoup intéressée à Thomas Sankara. C'était pour moi une manière de faire connaître Thomas Sankara sur le continent africain, l’en occurrence au Maghreb. Moi, je suis Tunisienne. On connaît Sankara dans mon pays, mais pas beaucoup. Ce prix m'a permis de le connaître et de faire rayonner cette grande figure partout», a-t-elle déclaré .
L’interview ci-dessous a été accordée par Richard Tiéné, correspondant de la Deutsch Welle au Burkina, au Dr Jacob Yarabatoula, enseignant chercheur à l'université Joseph Ki-Zerbo, à la faveur de la 21e édition de la fête du cinéma africain.
Richard Tiené : On vous voit à quelques mètres de stands du chapiteau du MICA, alors qu'est-ce vous pensez du MICA aujourd'hui ?
Après le clap de lancement, les projections de films ont démarré dans les salles de ciné de Ouagadougou. Dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 ocotbre, les cinéphiles ont découvert à l’institut français le film « Thomas Sankara, l’humain » du réalisateur burkinabè Richard Tiéné, en lice dans la « section Burkina ». Ce film a ému plus d’un cinéphile.
L’une des particularités de ce documentaire est qu’il allie bien une chorégraphie savamment préparée, avec de la musique contemporaine et du slam et du rap. Pour Oumar Sidibé, ce film est trop vrai. « On a vu un beau film de témoignage mais j’aurais bien voulu que ce documentaire aille au-delà des témoignages. Par exemple, évoquer les dérives de la révolution », dit-t-il. « C’est le premier film sur Thomas Sankara que je regarde et je me rends maintenant compte de la grande perte pour le Burkina spécifiquement. A entendre tous ces témoignages j’ai de la peine », a lâché Marie Delayve. Selon le réalisateur, le format imposé pour le Fespaco ne permettait pas de tout évoquer. Dans le format 2h 30 mn initial de la série, tous les points sont évoqués, du début de la révolution à sa fin en passant par l’inhumation de Thomas Sankara. Même le procès qui vient de débuter sera inclus. « Humain » parce que l’homme avait des qualités et des défauts, c’était un être comme chacun de nous, décrit le réalisateur sur le titre de son documentaire.
« Le film a été réalisé sur fonds propres, ce qui a mis sept ans. Aucun financement n’est venu d’ailleurs, parce que Thomas Sankara défendait un idéal contre l’impérialiste », conclut Richard Tiéné.
Durant deux jours, à travers le cadre Fespaco Doc Days, les documentaristes africains se sont penchés sur la diffusion des documentaires africains à l’échelle africaine. Occasion offerte pour une Master Class du cinéaste sénégalais Ousmane William Mbaye.
Les jeunes documentaristes ont des défis à relever, selon ce dernier. Il s’agit pour eux de s’investir dans les documentaires de type portraits politiques. « Ma génération a été traumatisée par les assassinats des indépendances. Si on ne comprend pas ces assassinats des années 60, on ne peut pas comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui. C’est pour cela que les jeunes documentaristes doivent faire le portrait de nos leaders qui ont échoué ou ont été assassinés », a-t-il justifié son choix. Toujours selon Ousmane William Mbaye, le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme, c’est de comprendre le mécanisme culturel de notre société. « Si le terrorisme nous menace, c'est parce qu'on a négligé notre culture et il faut revenir à cela », dit-il. En marge de cette Master Class, des bouts de réalisations de documentaires d’Ousmane William Mbaye ont été projetés au grand bonheur des acteurs du cinéma présents. Cette Master Class a été modérée par Aboubacar Demba Cissokho.
En marge de la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), une table ronde sur la circulation des films documentaires en Afrique s’est tenue le mercredi 20 octobre. Les échanges entre réalisateurs, producteurs et diffuseurs ont porté sur les mécanismes de diffusion des réalisations africaines sur les chaînes de télévision africaines. Radars Info Burkina s’est entretenu avec le réalisateur Michel Zongo.
A l’ère du numérique, ce n’est ni plus ni moins qu’un combat par l’image qui qu’il est donné de voir et l’Afrique ne saurait rester en marge de cette révolution. « On bascule dans le monde de l’image. Nos esprits et nos cerveaux sont préparés aux visuels. On regarde les choses et on les mémorise. C’est cela, l’éducation aujourd’hui. On parle de l’éducation à l’image, il faut que les Africains commencent à s’approprier leur imaginaire, à envahir leur environnement d’images venant de leur continent, venant de leur pays et de leur environnement », a martelé le réalisateur Michel Zongo.










