Procès Thomas Sankara et 12 autres : Les « vérités » du général Diendéré à la barre
Jour 2 de l’audition du général Gilbert Diendéré ce mercredi 10 novembre 2021 au Tribunal militaire de Ouagadougou, délocalisé à la salle des banquets de Ouaga 2000. Il a fait face aux questions des avocats de la partie civile. Une fois de plus, la tension est montée et sur les faits du 15 octobre 1987, la vérité du général n’est pas celle qu’attendait la partie civile.
« Vous avez le droit de répondre ou de garder le silence. Mais si vous répondez, allez au bout de vos réponses. C’est le droit des avocats de vous poser des questions et de faire des observations pour éclairer le tribunal. Il n’y a pas de questions bêtes ou idiotes », a rappelé Me Urbain Méda à l’accusé Gilbert Diendéré. Ce dernier est principalement accusé d’avoir contribué à asseoir le Front populaire après les évènements du 15 octobre. Et justement, une question a été posée par la partie civile aux général Diendéré sur la légalité du CNR. « En quoi le CNR était légal ? Il n’y avait pas d’ordre légal à cette époque-là. Le CNR est venu aussi par un coup de force en 1983. Quand vous dites que le CNR était le régime légal, c’est que le Front populaire aussi était légal. Car ils sont venus de la même manière », a répondu ce dernier.
Cette question était relative à l’ETIR (l’Escadon de transport et d’intervention rapide) et à la FIMATS (la Force d’intervention du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité). Et selon Gilbert Diendéré, il se disait que ces deux camps avaient pour objectif d’attaquer le CNEC (le Centre national d’entraînement commando) afin de pouvoir atteindre le capitaine Blaise Compaoré. « Il se disait aussi que ces camps ont été créés pour contrer le CNEC, car on dit que le CNEC est acquis à la cause de Blaise », ajoute-t-il.
Plusieurs avocats de la partie civile ont fait remarquer que le général Diendéré n’a vu et ne s’est adressé le jour des faits qu’à des témoins qui sont morts.
« Arzouma Ouédraogo dit Otis est mort sur la route de Gaoua. Il a tenté de s’enfuir. Il a donc été abattu sur la route par les soldats qui l’escortaient pour la prison. Nabié Nsoni, Hamadou, Pathé Maïga et Karim Tapsoba (Ndlr; celui qui est venu enlever les corps de Thomas Sankara et de ses compagnons pour aller les enterrer) sont morts de maladie, Gaspard Somé est mort accidentellement sur la route de Djibo. Jean-Baptiste Lingani est mort suite aux événements de 1989 où il avait tenté de perpétrer un coup d’État contre Blaise », a expliqué celui-là même que l’on considère comme la « boîte noire » des événements du 15 octobre 1987. Et selon lui, ce n’est pas de sa faute s’ils sont morts. « Diéndéré n’est pas Dieu pour décider qui va mourir. S’il y a des morts, ce n’est pas le fait du général Diendéré », appuie Me Paul Kéré de la défense.
« Je m'attendais à un général-président qui s'assume, qui nous dit clairement les choses. Mais non, ce n'est pas le cas », fait remarquer Me Ferdinand Nzepa. « Maître, vous êtes venu avec une idée arrêtée. Si vous vous attendiez à ce que Gilbert Diendéré assume ce qu'il n'a pas fait, c'est non. Même si ce sont mes hommes qui ont commis cet acte d'indiscipline, je ne vais pas l'assumer parce que je suis général. Ils n'ont reçu l'ordre de personne », répond le général Gilbert Diendéré. Il poursuit : « Si vous vous attendiez à ce que je dise que c'est Blaise Compaoré qui m'a donné l'ordre de faire ça ou ça, je dis non non et non, deux points à la ligne ».
Selon Me Prosper Farama, le général Diendéré a toujours eu la même ligne de défense. « Votre ligne de défense semble me dire : ‘’Je n’y suis pour rien’’. C’est pour dire ‘’ça s’est passé au Conseil et ce sont mes éléments qui ont fait mais je n’en sais rien’’. David Ouédraogo a été tué au Conseil par vos éléments mais vous n’y êtes pour rien. Dabo Boukary a été torturé à mort au Conseil par vos éléments. Encore vous n’y êtes pour rien. Vos éléments ont fait le coup d’Etat le 16 septembre 2015, là aussi vous n’y êtes pour rien. Est-ce que vous ne pensez pas que cette ligne de défense est usée, mon général ? » questionne Me Farama. « Non elle ne l’est pas si c’est la réalité », répond Gilbert Diendéré. Mais entre-temps, la tension est montée d’un cran entre les deux hommes. Tout est parti de la restitution des faits. Selon Me Prosper Farama, le récit fait par l'accusé Gilbert Diendéré après qu'il a entendu les coups de feu depuis l'ENAM et qu’il a rebroussé chemin sur le Conseil de l'entente est ambigu.
« Vous m'en voyez désolé mais si avec les explications vous ne comprenez pas, cela me donne à dire que vous êtes borné », lance le général Diendéré.
« Avec tout le respect que je vous dois, quelqu’un qui vous écoute toute une année ne vous comprendra pas (...) si je suis borné, c'est que vous, vous êtes taré », réplique Me Prosper Farama, avocat de la partie civile, avant que le président du tribunal, Urbain Méda, ne recadre les deux hommes en les invitant à des propos courtois. Pour Me Guy Hervé Kam, « Golf » n’a rien fait pour empêcher la survenue des événements du 15 octobre 1987.
Mais le général dit avoir fait ce qui était en son pouvoir. Il évoque des informations qui mettent en cause des unités qui supportaient le camp Sankara. « Je pense que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est peut-être parce que les éléments de Blaise Compaoré ont appris que pendant que nous étions en réunion, Vincent Sigué de la FIMATS est allé acquérir de l’armements au camp de l’ETIR à Kamboinsin. Et moi-même j’ai vu ce matériel militaire au niveau du camp de la FIMATS après les évènements. Je me suis dit que c’est un élément de l’ETIR qui a donné ces informations aux éléments du Conseil », a souligné le général Diendéré. C’est, selon lui, ce qui a amené les éléments de Blaise à prendre les devants. En ce qui concerne le « complot » de 20h contre le camp de Blaise Compaoré, le général dit ne pas en avoir eu vent.
Questionné par Me Séraphin Somé sur les explications à donner aux familles en tant que chef de la sécurité des lieux où les 13 personnes ont été assassinées. Le général répond : « J’ai fait le nécessaire. J’ai fait tout mon possible. Je vous assure qu’aucun ennemi venant de l’extérieur ne pouvait attaquer l’intérieur du Conseil. Mais l’attaque est venue de l’intérieur et ça, personne ne pouvait contrecarrer cela ». Me Paul Kéré soutient que « Gilbert Diendéré a agi en bon soldat ».
L’interrogatoire de Gilbert Diendéré se poursuit le jeudi 11 novembre avec l’intervention de la défense.
Sié Mathias Kam
La 9e édition du Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP) se tient du 10 au 13 novembre 2021 à Ouagadougou sur le thème «Au carrefour des crises sanitaire, sécuritaire, politique et des mutations technologiques, construisons des médias résilients au service des citoyens africains». Au programme des activités figurent un colloque international, un concours et une exposition photos, caricature et dessin de presse, ainsi qu’une projection de films et surtout la soirée gala de récompenses. L'ouverture officielle du Festival a eu lieu ce 10 novembre au Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) sous le parrainage du président de l'Assemblée nationale, représenté par le vice-président Dramane Nignan.
D’après lui, il est inadmissible que 30 ans après la déclaration de Windhoek, qui consacrait l'indépendance, la liberté et le pluralisme dans les médias, l'on continue à harceler, à intimider et à violer allégrement les droits les plus élémentaires des journalistes.
L’audition des accusés du procès Thomas Sankara et ses 12 compagnons assassinés le 15 octobre 1987 se poursuit. A la barre ce mardi 9 novembre 2021, le général Gilbert Diendéré (lieutenant au moment des faits et chef de corps adjoint du CNEC) comparaît pour répondre de quatre chefs d’accusation : attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, recel de cadavre et subornation de témoin. « Je ne reconnais pas les faits », a-t-il plaidé. Ce premier jour de passage du général Diendéré a été houleux.
C'est alors que le général Diendéré, appelé aussi « boîte noire », aurait rebroussé chemin vers la villa "Togo" pour se changer, endosser une tenue militaire et ensuite rendre compte au commandant Jean Baptiste Lingani de ce qui s'était passé.
En ce qui concerne l’accusation de recel de cadavres, le général s’explique : « Je me demande pourquoi je suis mêlé à ça. Le 15 dans la nuit, les corps ont été récupérés par le régisseur de la MACO, Tapsoba Karim pour être enterré. C'est un ancien militaire du CNEC qui avait été nommé par le capitaine Thomas Sankara. Je n'étais pas au courant. Ce n'est que le lendemain matin que Tapsoba est venu me tendre une liste des noms des cadavres. Je ne connaissais pas les cadavres, à part Sankara que j'ai vu dans sa tenue de sport. Il m'a dit qu'il a écrit des étiquettes et les a déposées sur chaque tombe. C'est à partir de ces étiquettes que les tombes ont été identifiées par les familles et autres », se défend l’officier supérieur. Sur le fait que certains affirment qu’il aurait reçu l’ordre de Blaise Compaoré d’enlever lui-même les corps, le général est catégorique : « Blaise Compaoré a affirmé avoir donné des instructions. Il n’a nullement fait mention de mon nom dans le dossier ». Sur ce point, les échanges ont été tendus entre le parquet et le général Diendéré suite à une question du procureur militaire relative à une déclaration de Blaise Compaoré. « Allez-y vous adresser au capitaine Blaise Compaoré pas à Gilbert Diendéré », a répondu l’accusé au procureur. Cette réponse a suscité le courroux du procureur, qui a exigé « le respect de sa personne ». Sur ce, l’audience a été suspendue pour «permettre aux esprits de se calmer».
Même son de cloche dans un autre stand partagé par Levis Kaboré et Patrice Souly, vendeurs de vêtements prêt-à-porter. En face de ce stand se trouve celui de Sassane, venue du Niger. Elle vend des produits cosmétiques et de la tisane. Mais depuis qu'elle est arrivée, elle dit n’avoir encore rien vendu mais nourrit l'espoir que les prochains jours seront meilleurs. Le parrain de cette foire organisée en marge du FILEP, Aziz Bamogo, félicite les organisateurs et invite la population à y participer massivement. «En premier lieu, je félicite les organisateurs pour cette innovation, parce que les années antérieures il n'y avait pas de foire. Je pense que c'est une façon d'ouvrir les préoccupations liées à la liberté de la presse à la population de façon générale de faire partie du FILEP qui est devenu une sorte de marque de la ville de Ouagadougou. Je voudrais aussi saluer la participation des nombreux pays de la sous-région que j'ai pu voir à travers les expositions (...). Ce qu'il faut, c'est encourager la population à se rendre à la foire pour voir ce qui est proposé, mais aussi pour pouvoir échanger avec les acteurs de la presse », a-t-il insisté. Quant au FILEP lui-même, il se tiendra du 10 au 13 novembre prochain.
Après avoir été suspendu le jeudi 4 novembre dernier, le procès Thomas et ses 12 compagnons a repris ce lundi 8 novembre 2021 au tribunal militaire de Ouagadougou, délocalisé à la salle des banquets de Ouaga 2000. 7e accusé à être auditionné, Mori Aldiouma Jean-Pierre Palm était de nouveau à la barre pour répondre aux questions de la partie civile. Il lui est reproché d'être à l'origine du sabotage de la table d'écoute qui était à la gendarmerie et contenait des stockages audio sur la préparation du coup d'État contre le Conseil national de la révolution (CNR). L’accusé ne reconnaît pas les faits. Quant à Tondé Ninda Pascal, dit Manga Naaba, soldat de 1re classe, qui lui a succédé à la barre, a reconnu partiellement les charges qui pesaient contre lui, à savoir subornation de témoin.
« Il tente de manipuler le tribunal », a lancé Me Olivier Badolo. En effet, l’accusé Mori Aldiouma Jean-Pierre Palm a esquivé toutes les questions ayant trait à la chose politique car, a-t-il affirmé, « j’ai été mis dans la politique malgré moi ». Cette double face intrigue la partie civile d’autant plus que le capitaine Palm au moment des faits était membre du Conseil national de la Révolution (CNR) et qu’il a occupé des postes stratégiques avant et après le coup d’État du 15 octobre 1987. « Capitaine de gendarmerie que vous étiez à l’époque, vous entendez des coups de feu et vous ne cherchez pas à savoir ce qui se passe ? Vous ne cherchez pas à vous rendre à la gendarmerie ? » questionne Me Farama. « J’étais en tenue civile, sans arme et en plus, je ne savais pas pourquoi ça tirait. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Quand il y a des coups de feu, le premier réflexe enseigné, c’est de se planquer et ensuite voir d’où vient le danger pour envisager la possibilité d’intervention. Mais je ne suis pas Rambo », a répondu l’accusé.
Tondé Ninda dit Pascal, alias Manga Naaba, était le deuxième inculpé à passer à la barre ce lundi. Soldat de 1re classe à la retraite, il était le chauffeur de Gilbert Diendéré jusqu’à sa retraite. Il est accusé de subornation de témoin.
Les choses vont vite du côté de la salle des banquets de Ouaga 2000, où se tient le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons. Trois accusés ont été auditionnés ce jeudi 4 novembre 2021. Le médecin-commandant Alidou Jean Christophe Diebré reconnaît avoir « établi, signé et délivré trois certificats de décès portant la mention « mort naturelle » en janvier 1988, soit trois mois après le drame du 15 octobre 1987, à trois veuves, dont Mariam Sankara. Médecin-chef de l’infirmerie de la présidence du Faso, le colonel major Hamado Kafando a, lui, « établi, signé et délivré un certificat de décès avec mention ‘’mort accidentelle’’ » en 1991. Les deux toubibs sont poursuivis pour faux en écriture publique. Mori Arzouma Jean Pierre Palm, capitaine au moment des faits, quant à lui, est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Ce dernier a affirmé avoir fait 16 ans sous le régime de Blaise sans travailler alors qu’il était payé.
« Pour moi, ce n'était pas un papier qui devait se retrouver sur la place publique. Je l'ai établi dans un but précis. C’était pour que les ayants droit aient leurs droits, c'est tout. J'ai mis la mention ‘’mort accidentelle’’, car tout le monde avait connaissance des évènements du 15 octobre 1987 », soutient-il à la barre. Tout comme le Dr Diébré, il n'a pas eu recours à une autopsie avant de conclure que c'est effectivement "d'un accident" que Bonaventure Compaoré était mort. En outre, tout comme son collègue, il a été formel : il a établi un certificat de décès et non un certificat médical de décès. Pour l'avocat de la famille Compaoré, Me Olivier Somé, la mention « mort accidentelle » "banalise" la mort de Bonaventure Compaoré comme si c'était un homicide involontaire. « J'ai établi un document pour aider la famille. Mon acte ne constitue pas une infraction car la mort est réelle, donc le document est sincère », a conclu le médecin-chef.
Le procès Thomas Sankara et 12 autres a repris ce mercredi 3 novembre au tribunal militaire, délocalisé pour la circonstance dans la salle des banquets de Ouaga 2000. Aujourd’hui, c’était au tour de la défense de prendre la parole pour poser ses questions à son client Bossobè Traoré. Faut-il le rappeler, le sieur Traoré est accusé de complicité de coup d’État et de complicité d’atteinte à la sûreté de l’État. De l’avis de la partie civile, c’est lui la taupe qui aurait fourni tous les renseignements nécessaires au commando qui a assassiné Thomas Sankara et ses compagnons ce jeudi noir du 15 octobre.
Selon lui, le type de fusil utilisé par le commando Arzouma Otis Ouédraogo est un fusil à pompe. Le parquet fait remarquer que ce type de fusil a des balles de type chevrotine (munition composée de grenaille de plomb).Ce sont des fusils de calibre 12-76mm. L’accusé est catégorique : c’est l’arme qu’a utilisée « Otis » pour abattre ses collègues Der Somda et Abdoulaye Gouem et lui tirer sur le bras. Pourtant, le parquet a affirmé que selon l’expertise balistique, les balles retrouvées sur les corps de Der Somda et Abdoulaye Gouem étaient de calibre 7-62mm. « Un fusil à pompe ne peut pas tirer une balle de calibre 7-62mm. Seuls les fusils d’assaut de type kalachnikov ou des fusils HK G3. Donc ce n’est pas un fusil à pompe que tenait Otis », a déclaré le parquet. Il a également fait remarquer que le rapport du Centre national d’entraînement commando (CNEC) dressé par Bossobé Traoré montre clairement qu’il a été touché au coude par une balle qui lui a traversé tout l’avant-bras et est ressorti à la main droite. Pourtant, l’accusé maintient qu’il a été blessé alors qu’il était couché au sol avant de prendre la fuite. Pour le parquet, cette version n’est pas plausible car étant à plat vendre, le tir ne saurait avoir son bras puis sortir par sa paume, selon toute vraisemblable, le tir a été effectué de dos.
Pour la défense ce matin, l’évacuation de Bossobè Traoré n’avait rien d’exceptionnelle. De plus, pour l’avocate de l’accusé, Me Maria Kanyili, il n’était pas de mèche avec ceux qui ont perpétré le coup d’État comme le laisse entrevoir la partie civile. Me Maria Kanyili a fait des observations à la suite de son interrogatoire : « Il n'est pas le seul survivant. Ses deux chefs, à savoir Laurent Ilboudo et Drissa Sow, sont vivants et ils n'ont rien eu pendant l'attaque. Il n'avait pas de moyen personnel de communication, mis à part une Motorola qui était l'apanage de ses chefs. S'il était informé du coup d'État et qu'il avait fourni les informations comme les autres le prétendent, il ne serait pas allé au service ce jour-là mais aurait trouvé un motif pour s’absenter. Son évacuation en France a suivi toutes les procédures normales et un ordre a même été signé par le ministre de la Santé d'alors. Il n'a pas bénéficié de largesses pour être évacué en France. Il était le seul blessé. C'est en 2004 qu'il a été indemnisé à la suite de la Journée du pardon avec bien d'autres ». C’est ainsi que prit fin l’audition de Bossobé Traoré.
Le procès Thomas Sankara a repris ce mardi 2 octobre 2021, à la salle d’audience délocalisée de Ouaga 2000. L'interrogatoire de l'accusé Nabonsseouindé Ouédraogo s’est poursuivi. La parole est revenue à la partie civile en début d'audience. L’accusé soutient n’avoir pas participé à l’attaque contre Sankara. Ce soldat de 1re classe confie s’être abrité de 16h à 9h du matin dans une piscine au moment de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons. Le sergent en service au CNEC au moment des faits, Bossobé Traoré, lui a succédé à la barre. Il est le seul de la garde rapprochée du président Thomas Sankara à être mis en accusation. On peut retenir que les déclarations de ces deux accusés ont été les plus floues depuis le début du procès.
Il précise être resté dans cette cachette jusqu’au petit matin à 9h car les tirs n’avaient pas totalement cessé. « Le matin quand je suis sorti de la cachette, j'ai rallié le domicile de Blaise Compaoré sans demander un quelconque renseignement à un frère d'armes. C'est du domicile de Blaise que j'ai appris ce qui s'était passé », ajoute-t-il. Il poursuit après insistance du président du tribunal : « C'est Hyacinthe Kafando qui m'a informé de l'assassinat du président Thomas Sankara et ce n'était plus un secret ». Suite à ces déclarations, la partie civile, par l’entremise de Me Prosper Farama, s’est interrogée : « Comment un commando juste après le départ de ses chefs, entend des tirs mais ne court pas à la rescousse de ces derniers mais cherche un refuge. Mieux il reste dans sa cachette jusqu'à 9h pour ensuite aller retrouver ses mêmes chefs en danger le lendemain au domicile de Blaise Compaoré ? Comment étiez-vous sûr de les retrouver au domicile de Blaise Compaoré ? »
L'accusé réplique qu'un soldat en cas de coup de feu doit chercher un refuge, être prudent. « Non seulement vous vous contredisez, mais il n’y a pas de cohérence dans ce que vous dites », réplique Me Farama à l’accusé. « Soit vous mentez, et vous mentez mal, soit c’est un manque de respect », a poursuivi l’avocat, après avoir relevé plusieurs contradictions dans les réponses fournies par l’accusé. « Vous essayez de vous défendre mais votre stratégie de défense est bancale », conclut Me Farama. Pour le moment, c’est le seul accusé qui, contrairement aux autres, faisait partie du service de sécurité de Thomas Sankara.
Il y a 7 ans, le peuple burkinabè a décidé de prendre son destin en main. Après 27 ans de règne sans partage, Blaise Compaoré, qui voulait modifier la Constitution de son pays afin de se maintenir au pouvoir, est chassé. C’était le 31 octobre 2014. À la faveur de l’insurrection populaire qui a balayé le régime Compaoré, de nombreux changements sont intervenus dans le pays. A l’occasion de l’an VII de l’insurrection, Radars Info Burkina s'est entretenu avec Xavier Belemgnegré, journaliste et rédacteur en chef de la Radio nationale, au sujet de cet épisode de l’histoire politique du Burkina.
«Quand vous regardez un peu au niveau des médias publics, par exemple, il y a un espace de liberté maintenant. Les journalistes de ces médias ont acquis davantage de liberté dans le cadre de leur travail au quotidien. La Radio nationale était plus ou moins la voix du gouvernement. Mais depuis 2014, les choses ont évolué. Vous avez des émissions interactives où on critique le gouvernement. Donc c'est encore un bonus pour la démocratie», a-t-il déclaré. La liberté d'expression est également un acquis pour les Organisations de la société civile (OSC ), car celles-ci ont un espace pour exiger une certaine fermeté dans la gouvernance. Même la réorganisation de l'Autorité supérieure de contrôle d'Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) et la relecture de ses textes sont à mettre à l’actif de l’insurrection.
L’interrogatoire des accusés dans le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et ses 12 compagnons s’est poursuivi ce jeudi 28 octobre 2021 au tribunal militaire de Ouagadougou. Après le militaire-chauffeur Yamba Elysée Ilboudo qui a plaidé « coupable » avant que son avocate le fasse plaider « non coupable », le caporal Idrissa Sawadogo a été appelé à la barre pour être auditionné. « Je ne reconnais pas les faits », a-t-il déclaré ce jeudi 28 octobre. Aussitôt qu’il a fini, le troisième accusé est passé à la barre. Il s’agit du soldat de 1re classe Nabonswendé Ouédraogo. Lui non plus ne reconnaît pas les charges qui pèsent contre lui. Aucun de ces deux comparants n’a corroboré les propos tenus par Yamba Elysée Ilboudo à la barre. Ils sont même allés jusqu’à traiter celui-ci de « malade ».
Il était chargé de la sécurité rapprochée du ministre de la Justice d’alors, Blaise Compaoré, et au moment des faits le soir du 15 octobre 1987, il était de garde au Conseil de l’entente. Selon ses dires, il aurait reçu l’ordre de son chef Hyacinthe Kafando, peu après 15h, de se rendre au domicile de Blaise Compaoré pour y renforcer la sécurité. Il dit s’être exécuté mais précise qu’une fois arrivé sur les lieux, sans y avoir pénétré, il a entendu des coups de feu, donc a rebroussé chemin pour Tanghin-Dassouri pour voir sa maman vers 17h. Toujours selon l’accusé, par cette visite qui a duré une quinzaine de minutes, il voulait simplement prendre des nouvelles de sa génitrice malade. « La maman d’Idrissa souffrait de tension et si cette dernière avait pris connaissance des tirs qui avaient eu lieu au Conseil, elle pouvait s’en inquiéter », a soutenu son avocate, Me Aouba Zaliatou.
A sa suite, l’accusé Nabonswendé Ouédraogo est passé à la barre. Soldat de 1re classe, commando du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô, il est poursuivi pour les mêmes chefs d’accusation que ces deux prédécesseurs, à savoir complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et assassinat. L’accusé a plaidé non coupable et ne reconnaît pas les faits. « Personnellement, ça m’a surpris (ndlr l’assassinat de Thomas Sankara). Je n’étais au courant de rien », a-t-il confié. Il dit qu’il était au poste de garde 520 le 15 octobre 1987. C’était le poste de garde du pied-à-terre de Blaise Compaoré au Conseil de l’entente. C’est de là, poursuit-il, qu’il a aperçu Hyacinthe Kafando qui était au bas de l’étage avec des hommes en train de causer à côté d’un véhicule. Peu après, ils ont démarré et vers le secrétariat du Conseil de l’entente où se tenait une réunion avec Thomas Sankara, il a entendu des tirs. Nabonswendé Ouédraogo dit alors s’être abrité avec d’autres pour se protéger des balles. Il a tout de même précisé n’avoir pas vu ou entendu Hyachinte Kafando donner des ordres à Idrissa Sawadogo, contrairement à ce que celui-ci a affirmé pendant son audition. Mieux, il ajoute qu’ils étaient trois soldats de garde au Conseil et qu’Idrissa Sawadogo n’en faisait pas partie à sa connaissance. « Ce qu’Elysée Yamba a dit est très grave. Je lui ai dit que ses déclarations peuvent nous envoyer en prison. Depuis ses déclarations, je ne lui adresse plus la parole. Je le fuis pour éviter qu’il vient dire ce que je n’ai pas dit. Je ne sais pas comment qualifier ses déclarations. Il est malade », a-t-il lâché. L’avocate d’Idrissa Sawadogo, Me Aouba Zaliatou, a souhaité que la chambre puisse faire recours au détecteur de mensonge si cela est nécessaire.










