jeudi 5 février 2026

prcs uneL’audition des témoins dans le cadre du procès Thomas Sankara et 12 autres a pris fin ce 11 janvier au tribunal militaire, délocalisé à la salle des Banquets de Ouaga 2000.  Le colonel major à la retraite Moussa Diallo, par ailleurs magistrat militaire,  et le journaliste Stephen Smith sont les derniers à avoir fait leur déposition par visioconférence. Si le journaliste a dit ne pas savoir grand-chose du coup d’Etat qui a coûté la vie au père de la Révolution burkinabè, le magistrat militaire, lui, a donné plus de détails sur les tragiques événements du 15 octobre 1987.

Très proche de Thomas Sankara, au moment des faits il était le commandant du 5e groupement de gendarmerie et par ailleurs adjoint du commandant  de la gendarmerie nationale, avec pour supérieur hiérarchique Ousséni Compaoré (ancien ministre de la Sécurité, ndlr). Le colonel major Moussa Diallo, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a déclaré au cours de son audition en tant que témoin que le  général Gilbert Diendéré était bien au Conseil de l’entente pendant l'attaque dudit lieu et  que lui, Moussa Diallo, a même passé un coup de fil à  Gilbert Diendéré à  la demande d'un Nigérien, du nom de Moussa Ganda, qui était dans son bureau. Pendant que les deux hommes communiquaient, la ligne a été interrompue. Il ajoute qu’ensuite il a rappelé au standard et celui qui a décroché a dit simplement "ça tire ici", et lui-même entendait les tirs. Pour le colonel major, le concepteur du coup d'Etat est Blaise Compaoré ; Gilbert Diendéré en est le superviseur  et les exécutants sont Hyacinthe Kafando et ses hommes.

msdd 2Toujours d’après Moussa Diallo, à un moment donné la gendarmerie avait mis sur écoute Blaise Compaoré et cela a permis d'intercepter certaines informations relatives à l'assassinat de Thomas Sankara. Et quelques jours avant le 15 octobre, un certain  Jonas Somé a appelé Blaise pendant qu'il était à Pô pour lui dire de passer à l'action, sinon les gens allaient finir par savoir ce qui se tramait. msdd 3Cependant il précise que lorsqu'il a voulu faire écouter l’élément sonore à Thomas Sankara pour l’en convaincre, celui-ci n’a pas voulu, arguant qu'il était déjà au courant. De même, la gendarmerie avait un élément infiltré parmi les opposants vivant en Côte d'Ivoire. C'est ainsi que Jean Claude Kamboulé, qui était leur responsable,  avait déclaré que le président Houphouët-Boigny lui a dit un jour de se calmer car Blaise allait bientôt prendre le pouvoir au Burkina Faso.

En ce qui concerne la thèse d'un complot qui se préparerait le 15 octobre à 20h contre Blaise Compaoré et ses hommes, le magistrat militaire répond que   c'est insensé et ridicule  d’y croire, car personne n'osait attaquer Blaise Compaoré à cause de Thomas Sankara justement. Quant aux rumeurs selon lesquelles ce sont des éléments incontrôlés de Blaise Compaoré qui sont allés attaquer le Conseil de l’entente, le colonel major à la retraite martèle que c'est une insulte à l'intelligence populaire, car si tel avait vraiment été le cas, il y aurait eu des enquêtes et les auteurs auraient été  condamnés. Or, il n’en a rien été, ceux-ci  sont restés à leurs postes et sont même devenus plus tard de hauts responsables de l'Administration. 

Après l’audition du témoin Moussa Diallo par visioconférence, ce fut celle du journaliste Stephen Smith, à l'époque correspond du journal Le Monde et de Radio France internationale (RFI). Il a été le premier journaliste à avoir Blaise Compaoré au téléphone juste après le coup d'État du 15.  Il affirme que la tension entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré était réelle, mais ne dit ne pas avoir des informations sur l'implication d'autres pays dans ce coup d’Etat. L'audience est suspendue et reprend demain mercredi avec la présentation des pièces à conviction et ensuite la parole sera donnée aux victimes.

Barthélémy Paul Tindano

slfd uneL'audience du procès Thomas Sankara et ses compagnons a repris ce lundi 10 janvier à la chambre criminelle du tribunal militaire, délocalisé pour la circonstance à la salle des banquets de Ouaga 2000. Deux témoins, à savoir le Sénégalais Fall et le Français Tery Secretan, ont fait leurs dépositions par visioconférence. Ensuite, le président du tribunal a fait lire le procès-verbal de feu Salifou Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale, entendu en 2016 avant sa mort en 2017.

Il était le chef de cabinet du capitaine Blaise Compaoré au moment des faits. Lui,  c'est le regretté Salifou Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale burkinabè. Dans le procès-verbal lu ce lundi 10 janvier, feu Salifou Diallo déclare que  le 15 octobre 1987, il devait prendre part à la réunion au cours de laquelle Thomas Sankara et ses 12 compagnons ont été tués. Mais il précise qu’il se trouve que Sankara l'avait appelé et lui avait dit d'aller prendre une copie du document que lui, Salifou Diallo, avait rédigé à la demande du père de la révolution lui-même. Dans  ce document, il était question de la formation d'un parti politique qui regrouperait les différentes organisations qui composent le Conseil national de la révolution. C'est pendant qu’il était au domicile de Blaise Compaoré, ajoute le défunt, que les tirs ont commencé au Conseil de l’entente. Et Blaise a dit que c’était les éléments de Thomas Sankara qui tiraient sur les siens. Dans son P-V, «Gorba» ajoute qu'après l'assassinat de Thomas Sankara,  Blaise Compaoré soutenait que la garde rapprochée de ce dernier préparait un coup contre lui  à 20h. slfd 2C'est la raison pour laquelle ses éléments sont allés pour les arrêter, mais les choses ont mal tourné. Une thèse que Salifou Diallo a défendue aussi pendant longtemps avant de savoir que ce n'était pas le cas. Selon lui, en 1988 Blaise Compaoré l'a envoyé auprès  d'un ancien chef d'État avec une enveloppe scellée. Lorsqu'il est arrivé, ledit chef d'État a ouvert l'enveloppe et lu la note qu’elle contenait devant lui. Après après avoir fini il  aurait lancé  : « C'est ce qui arrive à ceux qui s’attaquent aux vieillards ; il reste le bâtard d'Accra».  Et ce chef d'État l’aurait mis en garde contre  ce qu'il venait de dire.

Ces propos de Salifou Diallo sont mis en doute par la partie civile. Malheureusement, l'intéressé n'est plus vivant pour répondre aux questions que celle-ci aurait bien voulu lui poser. «Ce que Salifou Diallo a dit,  nous le pensons, ne cadre pas totalement avec la vérité parce que tous les gardes de Blaise Compaoré ont dit que Salifou Diallo faisait partie des personnes qui, le 15 octobre, ont été le plus en contact avec Blaise Compaoré. slfd 3En outre, quand il dit qu'il est allé remettre une correpondance à un chef d'État, sous entendu Houphouët Boigny, qui l'aurait ouverte devant lui, disant clairement que c'est ce qui arrive à ceux qui s'en prennent aux vieillards, je pense que si Blaise Compaoré envoie voir un chef d'État avec ce genre de missive qui parle de l'assassinat de Thomas Sankara, c'est que lui aussi est un homme de confiance de Blaise Compaoré », a déclaré Me Prosper Farama.

Avant la lecture de ce procès-verbal, deux témoins, cités par la partie civile,  « sont passés à l'écran » pour répondre aux questions du tribunal. Aziz Fall, l’un d’entre eux, est du Collectif justice pour Thomas Sankara. Il dit avoir trouvé plusieurs éléments dans ses recherches qui  prouvent que l'assassinat de Thomas a été un complot international. Selon lui, Ablassé Ouédraogo, qui a été ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, a certainement connaissance de certains documents. Le second, Tery Secretan, journaliste réalisateur, a beaucoup côtoyé le défunt président ghanéen Jerry John Rawlings. C'est lui également qui a transcrit la déposition de Rawlings. Selon lui, les Occidentaux étaient contre Rawlings et Sankara parce que le premier donnait un exemple de lutte contre la corruption au deuxième. Et à un moment donné, le Burkina Faso avait atteint l’autosuffisance alimentaire, ce qui a inspiré également le Ghana qui était en difficulté.

L'audience est suspendue et reprend demain mardi avec le témoignage de Moussa Diallo et la présentation des pièces à conviction.

Barthélémy Paul Tindano

mitt uneÀ la lumière des procès-verbaux des dépositions des témoins absents, notamment les dépositions des Ghanéens mais  des hommes de confiance du président Thomas Sankara du Burkina Faso, on est en droit de penser à un complot international. Plusieurs éléments permettent d'en déduire, même si les exécutants sont des Burkinabè. Retour sur les dépositions lues le mercredi 5 janvier 2022.

Depuis 1985, la mort du père de la Révolution burkinabè était devenue imminente, étant donné que les hostilités ont commencé dès le début de la Révolution en 1983. Dans sa déposition, Étienne Zongo, l'aide de camp de Thomas Sankara au moment des faits,  déclare que Blaise Compaoré disait tout à Honoré Nabéré  (Ancien chef d'état-major général des armées, ndlr) en ce qui concerne le projet d'assassinat de Thomas Sankara. En effet, il soutient que le 15 octobre 1987 il était à Fada avec Naberé pour avoir des informations, malheureusement il est arrivé à Ouagadougou 15 mn après la fin des coups de feu au Conseil de l’entente. Selon l'aide de  camp du capitaine Thomas Sankara et Jerry John Rawlings, ancien président du Ghana, Thomas Sankara faisait trembler même des grandes puissances. mitt 2Dans sa déposition lue le mercredi 5 janvier, Rawlings fait savoir qu'une fois Thomas Sankara l'avait invité à prendre part à la commémoration de l’anniversaire de  la Révolution à Bobo-Dioulasso. Et dans son discours, Thomas Sankara avait dit qu'il va travailler à ce que le Burkina Faso et le Ghana deviennent un seul pays. C'est à partir de ce discours qu'il a su que Thomas Sankara avait signé son arrêt de mort. Car la France ne veut pas entendre qu'un pays francophone et un pays anglophone vont s'unir. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé au Togolais Gilchrist Olympio, fils du premier président Sylvanus Olympio,  qui voulait unir le  Togo et le Ghana. C'est avec ce Gilchrist même que Blaise Compaoré a comploté pour attaquer le Togo en 1986. Nordor Kelly, ancien ambassadeur du Ghana au Burkina Faso, souligne également que le discours que Sankara a tenu envers l'ancien président français François Mitterand en 1986 l'a mis en danger. De même, lors d'une cérémonie, l'ambassadeur des États-Unis de  l'époque,  Léonardo, a pris son adjoint en aparté pour lui dire que les jours de Thomas Sankara étaient comptés, mais c'est après la mort de Sankara qu'il a appris cela.

Étienne Zongo, quant à lui, dit qu'en 1987, avant le 15 octobre, il a croisé Blaise à Paris qui était allé voir Jacques Foccart,  le Monsieur France Afrique, alors que ce dernier détestait Thomas Sankara.  Et c'est là que lui, il s'est   dit que c’est fini pour Sankara, car c'était les services secrets français qui protégeaient  Blaise et lui assuraient  que  s'il tuait Sankara, il n'y aurait rien comme procès, car ce sont eux qui «ont fait» Lumumba du Zaïre, Sylvanus Olympio du Togo et Marien NGouabi du  Congo  et rien ne s'est passé. mitt 3Étienne Zongo   continue en disant que le 8 octobre Blaise a invité Sankara chez lui, prétendant qu'il était malade. Mais en réalité c'est là-bas que les  Hyacinthe Kafando l'attendaient pour l'abattre et c'est à ce moment qu'un journaliste français du nom de Stephan Smith l'a appelé dire qu'il a entendu que Thomas Sankara a été assassiné et qu'il voulait se rassurer avant de passer  l'information.

En ce qui concerne les pays qui sont impliqués dans l'assassinat de Thomas Sankara, les dépositions de  Jerry John Rawlings, Nordor Kelly, Étienne Zongo et Sikata Kodio sont unanimes, la Côte d'Ivoire et le Togo sont certes au premier plan, mais  la France, les États-Unis et la Libye y  sont aussi pour quelque chose. L'ambassadeur Kelly soutient que le rôle de Kadhafi est mystérieux dans l'affaire. Une chose qui peut se comprendre avec  la déposition de Rawlings où il dit  que 2 ou 3 jours après la mort de Sankara, Kadhafi l'a invité pour  qu'ils échangent sur l'avenir de la Révolution en Afrique. A sa surprise, il y trouve  Blaise qui a essayé d'expliquer qu'il n'est pas responsable de la mort de Sankara. Quant à Kadhafi, il a tenté de calmer tout le monde en disant que la Révolution doit continuer même sans Sankara. À la fin de la réunion, Kadhafi demande qu'ils prennent une photo de famille. Mais le Ghanéen a refusé catégoriquement, car prendre une photo de famille avec Kadhafi et Blaise serait cautionner l'assassinat de Thomas Sankara aux yeux du monde entier. Surtout qu'il était l'un du trio de la Révolution en Afrique avec Sankara et Kadhafi. Selon l'aide de  camp de Thomas Sankara, au moment des tensions entre Sankara et Blaise, à l'époque   l'ambassadeur de Libye Madani lui aurait signifié qu'ils ont choisi Blaise au lieu de Sankara.  Toujours selon Étienne Zongo, Thomas Sankara était détesté dans la sous-région. Ainsi, une fois lors d'un sommet des chefs d'Etat de la Cédéao à Abuja, la présidence tournante devait revenir au Burkina Faso, mais la plupart des pays membres n'étaient pas pour. Cela a provoqué des tensions pendant une heure avant que le calme ne revienne. Et ce jour-là, feu Norbert Zongo était de la délégation burkinabè. Lui aussi aurait  dit en aparté   que Thomas Sankara ne devrait  pas prendre la présidence car il serait tué.  

Barthélémy Paul Tindano

audd uneLa lecture des procès-verbaux des dépositions des témoins décédés a pris fin ce 5 janvier au tribunal militaire. Ce sont les dépositions de Valère Somé, ancien ministre de Thomas Sankara, d’Étienne Zongo, aide de camp du président Thomas Sankara, de Jerry John Rawlings, ancien président du Ghana et proche de Thomas Sankara, de Nordor Kelly, ancien ambassadeur du Ghana au Burkina Faso, et de Sikato Kodio, ancien officier ghanéen qui ont été lues ce mercredi.

Sauf erreur, on peut dire que depuis le début de ce procès, il n'y avait pas encore eu de revélations comme celles faites aujourd'hui. En tout cas, pas sur les instigateurs du coup d'Etat sanglant du 15-Octobre. Personne n'avait encore, de façon explicite, cité le nom de l'ancien président Blaise Compaoré. Les cinq témoins dont les dépositions ont été lues sont unanimes : c'est Blaise Compaoré qui est à l’origine du coup d’Etat du 15 octobre 1987 qui a coûté la vie au père de la Révolution burkinabè, le capitaine Thomas Sankara, et à d'autres personnes. Feu Étienne Zongo, qui était à cette époque-là aide de camp du président Thomas Sankara, révèle dans sa déclaration posthume que Blaise est le cerveau du coup d'Etat qui a coûté la vie au père de la Révolution burkinabè. Il ajoute par ailleurs  que la guerre de Noël survenue en 1985 était un complot visant à assassiner le président Thomas Sankara, de même que l'incident survenu entre le Togo et le Burkina Faso dont les autorités togolaises ont accusé Thomas Sankara d'être responsible.  Et de préciser que les autorités togolaises étaient au courant de ce qui se tramait. Étienne Zongo précise par ailleurs que tous ces incidents avec les pays voisins étaient planifiés par Blaise Compaoré. Selon cet aide de camp du capitaine Thomas Sankara, Blaise Compaoré voulait prendre le pouvoir depuis 1983.

audd 2Dans le procès-verbal d’Étienne Zongo lu,  celui-ci déclare que lorsque les éléments de  Blaise Compaoré sont venus de Pô  le 4 août pour libérer Thomas Sankara, Blaise a dit à Vincent Sigué que lorsqu'ils vont libérer Thomas Sankara, c’est lui Blaise Compaoré qui sera le président et Thomas Sankara son Premier ministre. Mais devant la réaction de Sigué qui voulait se désengager, Blaise Compaoré est revenu à la raison en rassurant Vincent Sigué qu'il ne prendrait pas le pouvoir. Étienne Zongo  a ajouté par ailleurs que c'est à cause de cela que Blaise voulait éliminer Sigué parce qu'il avait alerté Thomas Sankara et qu'il savait tout sur Blaise. Un témoignage qui concorde avec la déposition de Valère Somé, un autre compagnon de Thomas Sankara, qui lui non plus ne vit plus. Toujours selon Étienne Zongo, Blaise Compaoré projetait de tuer Thomas Sankara à Tenkodogo quelques jours avant le 15 octobre, et tout avait  été planifié pour cela. audd 3D'ailleurs, Blaise Compaoré, Henri Zongo et Jean Baptiste Lingani y avaient devancé Sankara et lorsque ce dernier est arrivé,  aucune autorité n'est allée l'accueillir. Même propos de la part de Valère Somé qui affirme que ce jour-là, lui  il est revenu de Tenkodogo avec Alpha Condé, l'ancien président guinéen qui, lui aussi, affirme que Sankara a été exflitré car il risquait d’être assassiné.

Dans sa déposition, celui qui a été l'une des têtes pensantes du CNR déclare que les civils, notamment les intellectuels, ont été impliqués dans le coup d’Etat du 15 octobre 1987. Il affirme par ailleurs  que dans la matinée du 15 octobre, il a tenu une rencontre avec Thomas Sankara et l'ordre du jour portait, entre autres, sur les démarches à entreprendre pour réconcilier Sankara et Blaise  mais aussi sur les sanctions à prendre contre Jean Pierre Palm et Jean Marc Palm, car ce sont ces deux là qui ont attisé les tensions entre Sankara et Blaise. Selon Valère Somé, les deux Palm sont fortement impliqués dans l'assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune. Ainsi, Blaise a travaillé à mettre ses hommes de confiance souvent au premier plan. Par exemple lui Valère était à Pô et animait la vie politique du CNR, mais entre-temps Blaise l'a remplacé par Salif Diallo qui a mis Blaise en confiance.  Concernant les tracts qui circulaient,  le chercheur affirme que c'est Pierre Bidima qui en était responsable.

Barthélémy Paul Tindano

trll uneAprès une suspension d’une dizaine de jours, le procès Thomas Sankara a repris ce mardi 4 janvier 2022 au tribunal militaire, délocalisé à la salle des banquets de Ouaga 2000. Cette journée a été consacrée non seulement à la lecture des procès-verbaux des témoins absents mais aussi au passage à la barre des témoins cités par l'accusé Jean Pierre Palm.  Cependant, le passage desdits témoins à la barre n'a pas permis d'obtenir d'informations nouvelles.

Ils étaient 4 témoins à se succéder à la barre ce mardi 4 janvier au tribunal militaire dans le cadre du procès Thomas Sankara. Éric Palm, frère cadet de l'accusé Jean Pierre Palm, Guy Albert Yaméogo, adjudant-chef major de gendarmerie à la retraite,  Idrissa Zampaligré, conseiller des affaires économiques à la retraite,  et Biékoua Romain Ko, également   adjudant-chef major de gendarmerie à la retraite, cités par l'accusé Jean Pierre Palm comme témoins, ont fait leurs dépositions à la demande des avocats de la défense. Après le passage des trois premiers, le président du tribunal militaire a lancé avec ironie que s'il n'avait pas autorisé la comparution de ces témoins, la défense aurait insisté sur cela mais «voilà trois témoins, zéro information».

trl 2Biékoua Romain Ko, le dernier à avoir comparu, a dit entretenir des relations d'amitié avec Jean Pierre Palm. Il affirme qu'après les évènements du 15 octobre, qu’il a suivi de loin, le 16 il s’est rendu au domicile de Jean Pierre Palm, qu’il a conduit au Conseil et ensuite à la gendarmerie avant de le ramener chez lui. L'adjudant-chef major dit avoir  pris cette initiative seul. Car son bureau étant face au domicile de Henri Zongo, il a vu ses gardes du corps qui lui ont fait savoir que leur chef était en réunion avec des officiers. C'est après cela qu'il est allé chercher Jean Pierre Palm qui était à son domicile. Il précise que c'est sur son insistance que Palm a accepté car au départ il n’était pas partant. Avant le passage des témoins, le tribunal a procédé à la lecture des procès-verbaux des dépositions des témoins absents, au nombre de 10. Ce sont : Paul Sawadogo, Rasmané Tiendrébéogo, Jean Romain Somé, Adama Zongo, Kaba Kambou, Ousmane Guiré, Adama Ouédraogo,  Dioueté Kambou, Dramane Paré et Oumarou Koama. trl 3Mais avant la lecture des procès-verbaux,  dès le matin, le parquet est revenu sur une lettre  envoyée par la partie civile demandant la comparution de témoins supplémentaires en plus de ceux de la liste des témoins de départ. Pour le parquet, on ne peut pas ajouter de témoins autres que ceux cités dans la liste, conformément à l'article 119 du Code de justice militaire. Même son de cloche du côté de la défense. Pour les avocats de la défense, la lettre adressée au parquet par la partie civile est nulle même dans sa forme, car la personne qui l’a signée dit collaborer avec le cabinet de Maître Sankara alors que ce cabinet n'existe pas. Pour eux, Maître Bénéwendé Stanislas   Sankara n'est pas en fonction actuellement comme avocat ;  par conséquent, une demande venant de son cabinet ne saurait être recevable. Pour ce qui concerne le fond de la lettre, les avocats de la défense demandent à se concerter davantage avant d'y répondre. Après le rejet de la demande de la partie civile, le tribunal a procédé à la lecture des procès-verbaux des témoins absents.

L'audience, qui a été suspendue, reprendra demain mercredi par la lecture des procès-verbaux des dépositions des témoins qui ne sont plus de ce monde : Valère Somé, Étienne Zongo, Jerry John Rawlings, Skata Kodio et Nordex Kelly. Le lundi 10  janvier, auront lieu  les dépositions par visioconférence. Quant à la présentation des pièces à conviction, elle se fera le 11  janvier et la parole sera donnée aux victimes le 12 janvier. Après cela, le tribunal marquera une pause avant de reprendre le 24 janvier 2022 par les plaidoyers des différentes parties.

Barthélémy Paul Tindano

mark uneL'année 2021 s'achève au Burkina Faso avec ses douleurs consécutives aux innombrables  deuils. C'est une année que les Burkinabè n'oublieront pas de si tôt au regard des bilans macabres enregistrés presque chaque semaine, surtout ces deux derniers mois. Mais malgré ces moments difficiles, les Burkinabè sont restés résilients. De grands rendez-vous internationaux ont ainsi pu être tenus avec succès au Faso. Radars Info Burkina revient sur certains  événements qui ont particulièrement marqué les Burkinabè au cours  de 2021.

L'année 2021 a débuté par la formation du gouvernement Dabiré II, précisément le 10 janvier, à l'issue des élections législatives et présidentielle qui ont porté Roch Marc Christian Kaboré au pouvoir pour un deuxième mandat. Cette période a connu également une baisse considérable des cas de contamination au Covid-19. Même les attaques terroristes ont connu une accalmie. Mais les mois qui ont suivi ont été marqués par des mouvements sociaux, notamment  les séries de manifestations des élèves, surtout ceux du lycée Philippe Zinda Kaboré. Ces manifestations ont même conduit à la fermeture dudit établissement. Puis les attaques ont repris et on a note des enlèvements de civils et de militaires. Certaines localités sont tombées sous le contrôle des groupes armés. Parmi celles-ci figurent trois communes de la Kompienga et Mansila, dans le Yagha. Mais les Burkinabè n'étaient pas encore au bout de leurs peines. En effet, le 5 juin une attaque de grande envergure cible des civils et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à Solhan, province du Yagha dans la région du Sahel. Bilan officiel : 132 morts parmi lesquels des femmes et des enfants. Le porte-parole du gouvernement précisera que les assaillants étaient jeunes dont certains âgés de 13 à 14 ans. mark 2Toujours dans le Sahe, le 18 août un convoi composé de civils, notamment des commerçants et des fonctionnaires, escorté par des VDP et gendarmes tombe dans une embuscade à Boukouma, sur l'axe Arbinda Gorgadji. 65 civils et 15 gendarmes sont tués. Mais les <<hommes sans foi ni loi>> comme on les appelle ne comptaient pas s'arrêter là. En effet,  le 14 novembre le détachement de  gendarmerie d'Inata fut la cible d'une attaque meurtrière d’une envergure que ce corps n'avait jamais connue. 57 tués dont 4 civls. Cette attaque suscite une indignation populaire sans précédent. Des manifestations sont organisées spontanément dans plusieurs villes du pays en soutien aux Forces de défense et de sécurité (FDS). A cette même période, un convoi militaire français en provenance de la Côte d’Ivoire et en partance pour le Mali est bloqué à Kaya durant plusieurs jours  avant  de pouvoir continuer sa progression après moult négociations.  Pendant ce temps, la situation sécuritaire nationale empire dans le province du Lorum comme dans le Sourou par ailleurs. C'est ainsi que le 23 décembre un convoi de commerçants  escorté par des VDP tombe dans une embuscade sur l'axe Ouahigouya-Titao. Le bilan macabre qui en résulte est lourd : 41 personnes tuées dont le célèbre VDP de Titao, Soumaïla Ganamé dit Ladji Yoro. Mais en réalité ce nombre n'est pas exhaustif.  Car de Barsalogho à Tankoalou en passant  par Madjoari, Toeni et Dablo, on compte des morts, sans oublier le nombre de déplacés internes qui se chiffre à plus de 1 million 400 000 personnes à travers le pays. Mais malgré ce tableau sombre, les Burkinabè sont restés résilients. mark 3Plusieurs événements d'envergure internationale ont ainsi pu être tenus dans le pays avec succès et  sans incident majeur.  A ce propos, on peut citer le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO),  le Tour du Faso,  la Nuit des Kundé, le Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP ) ainsi que les Nuits atypiques de Koudougou  (NAK). Sans oublier le procès Thomas Sankara qui  a débuté cette année, 34 ans après l'assassinat du père de la révolution burkinabè.

Sur le plan international, des Burkinabè se sont illustrés positivement par leurs exploits. C'est le cas de l'athlète Hugues Fabrice Zango, médaillé de bronze aux Jeux Olympiques Tokyo 2020, et d’Iron Biby, à l'état civil  Cheick Ahmed Sanou, recordman mondial en “soulever de bûches’’, qui a soulevé une charge de 229 kg. 2021 aura été l'année de tous les problèmes pour les Burkinabè. Mais en dépit de ces multiples difficultés, le Pays des hommes intègres n'a pas courbé l'échine et en est même, on peut se permettre de le dire, sorti fortifié. L'année 2022 s'annonce avec beaucoup d'espoir pour les Burkinabè.

Barthélémy Paul Tindano

mpoul uneComme tous les ans, mois de décembre rime avec festivités de Noël et du Nouvel An. Dans un contexte marqué par une crise à la fois sécuritaire et sanitaire au Burkina Faso, Radars Info Burkina a fait immersion ce 31 décembre dans quelques marchés à volaille pour recueillir les avis des commerçants et de leurs clients.

En ce tout dernier jour de l’année, les petits plats sont mis dans les grands pour rendre le réveillon de la Saint-Sylvestre agréable. Pour ce faire, chacun accourt dans les marchés afin de s’offrir de quoi grignoter. Au marché à volaille de Bendogo, où Abdoul (nom d’emprunt) fait le commerce, ce dernier ne cache pas son enthousiasme pour ce jour capital car il espère faire de bonnes affaires. Pour ce commerçant, c’est le meilleur jour pour vendre au-delà même des jours ordinaires, sauf que, déplore-t-il, le marché est morose cette année et tous les clients crient à l’insécurité et à la cherté de la vie. « A pareil moment en 2019, par exemple, j’avais déjà écoulé une centaine de gallinacés. En 2020, nos ventes ont un peu baissé et cette année encore plus. Je ne dis pas que rien ne s’achète, mais ce n’est pas ce qu’on espérait malgré le difficile contexte », commente-t-il.

mpoul 2Au marché de Saaba, où Moussa Nikiéma aussi vend de la volaille, ce dernier est enthousiasme. Il assure que depuis hier, les clients affluent à la recherche de poulets, de pintades et autres gallinacés à acheter. D’après lui, les clients ne manquent pas, certes, mais on voit bien que le pouvoir d’achat des uns et des autres a beaucoup diminué. A l’en croire, même pour un poulet de 3000 F, certains clients négocient un rabais. Mais, optimiste, M. Nikiémal espère boucler la journée en faisant une bonne recette.

mpoul 3Si un communiqué de la mairie interdit la vente de volaille en dehors des marchés et yaars, dans la rue, les vendeurs de volaille ont foulé aux pieds cette mesure, prenant d’assaut les abords des grandes artères où ils ont dressé des tentes de circonstance pour écouler leur marchandise. Amidou (nom d’emprunt) est l’un de ceux-là. Dans un espace qu’il a loué, ce dernier vend ses gallinacés et espère qu’il les aura tous écoulés avant la tombée de la nuit. « Nous sommes là juste le temps d’une journée. Ces poulets viennent de ma ferme. Interdire la vente de volaille aux abords des voies se comprend, mais si le maire pouvait faire une dérogation à cette mesure juste le temps d’une journée, cela nous arrangerait vraiment », a-t-il souhaité.

Les prix varient d’un vendeur à un autre et d’un lieu à un autre : 3 000 F, 3 500 F, voire plus. Il y a la possibilité chez certains vendeurs de faire plumer sur place les gallinacés achetés moyennant une modique somme. « Le pays est en guerre, certes, mais on peut s’offrir au moins un poulet pour célébrer la nouvelle année », a déclaré Inoussa Yaméogo, un client.

Sié Mathias Kam

rdrr uneAu Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga I ce mardi 28 décembre 2021, Inoussa (NDLR : Il s’agit d’un nom d’emprunt) a été condamné à 18 mois de prison et à une amende de 250 000 F CFA pour escroquerie. Opérateur de vidéosurveillance, ce jeune homme a plumé plus de trente personnes en faisant de faux recrutements pour le compte d'une société minière basée à Banfora, ce qui lui a rapporté environ 2 millions de francs CFA . C'est suite à la plainte d'une de ses victimes que la gendarmerie a mené des enquêtes qui ont permis de mettre au frais cet arnaqueur.

À la barre ce mardi 28 décembre au TGI Ouaga I, le prévenu Inoussa refuse de répondre directement aux questions du tribunal et ne cesse  de dire aux juges de demander au plaignant, Jacques (NDLR : C’est également un nom d'emprunt), s’il veut en savoir davantage. Selon les propos que nous avons pu obtenir d’Inoussa, puisqu'il refuse de parler, il a  été contacté par un certain Traoré qui lui a proposé de l'embaucher comme comptable dans une société minière basée à Banfora. Inoussa lui aurait dit qu'il n'a pas le niveau, mais Traoré lui a répondu que cela ne posait pas problème. Appelé à la barre, le plaignant a précisé qu’Inoussa et lui ont été  des camarades de classe. Et un jour Inoussa le rencontre à Ouagadougou et l’informe qu’il est comptable dans une société minière. rdrr 2Il ajoute que souvent la société en question lance des recrutements. C'est alors que Jacques lui demande de lui faire signe si la société lance un avis de recrutement. Trois jours après, alors qu'il était en province, Jacques reçoit un appel d’Inoussa lui disant que la mine procède à des recrutements, en précisant même les postes concernés. Alors Jacques lui envoie son dossier pour le poste d'agent de sécurité. Par la suite Inoussa lui dit que les candidats à ce poste sont nombreux et que pour être sûr d'avoir l'emploi, Jacques devra payer 100 000 F. N'ayant pas la totalité de la somme et étant donné qu'il est un ami d’Inoussa,  celui-ci lui envoie 75 000 F, puis 12 500 F pour la tenue et bien d'autres sommes que lui-même ne se rappelle plus. Mais Inoussa le fera tourner en rond, jusqu'à lui dire qu'en réalité il y a une digue dans la localité de Banfora qui a cédé, donc un véhicule ne peut pas passer. Jacques est resté dans l'attente jusqu'à ce qu'Inoussa l'appelle et lui donne une date de départ pour la mine en précisant qu'il y a un car qui va venir directement  prendre ceux qui sont retenus. D’après Jacques, le jour du départ, à sa grande surprise, ils étaient nombreux à la  gare STAF de Larlé et parmi eux il y avait une femme. Mais le car promis par Inoussa n'est jamais arrivé. C'est alors que Jacques a porté l'affaire à la gendarmerie. Mais Inoussa a toujours nié les faits en prétendant que c'est le nommé Traoré, qu'il dit n'avoir jamais vu, qui l'a trompé. À la question du président du tribunal de savoir s'il y a une digue qui a cédé, le prévenu  répond par la négative. Selon le procureur, Inoussa veut leur faire croire qu'il est lui aussi une victime. Or les faits d'escroquerie sont constitués, car 33 personnes en ont été victimes et l’accusé a empoché environ 2 millions de francs CFA en plumant ces malheureux. En outre, il lui est rapproché de s’être attribué des qualités qu'il n'a pas. Par ailleurs le nommé Traoré dont il fait sans cesse cas n'existe pas. En définitive, le tribunal a condamné l’accusé Inoussa à 18 mois de prison et à une amende de 250 000 F pour escroquerie.

B. P. T.

ladjyoro uneTué le 23 décembre 2021 lors d'une embuscade tendue par des hommes armés à quelques encablures de Titao, Ladji Yoro, de son vrai nom   Soumaïla Ganamé, a été inhumé le dimanche  26 décembre au secteur 11 de Ouahigouya. La mort de cette icône de la résistance citoyenne aux  terroristes dans le Lorum a provoqué une onde de choc à l’échelle nationale ; en témoignent les différents hommages qui lui sont rendus. Sa disparition est un coup dur pour le reste de sa troupe et les FDS qui tentent de sécuriser cette partie du territoire. Radars Info Burkina s'est entretenu avec Drissa Traoré, analyste politique et journaliste à Canal 3, sur les défis que devront relever les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) dans le Lorum sans Yoro.

Selon Drissa Traoré, Ladji Yoro,  qui était le chef des Volontaires pour la défense de la patrie de la province du Lorum, a fait subir de nombreux revers aux terroristes par son héroïsme, souvent attribué à des pouvoirs mystiques.   « Sa détermination et son engagement dépassaient l’entendement humain d’autant plus qu’il prenait d’énormes risques avec peu de moyens de lutte mis à sa disposition. Souvenez-vous qu’il avait, dans une vidéo devenue virale sur la toile, interpellé l’Etat sur leurs moyens de combat assez dérisoires.  Cela avait suscité un tollé. Je ne sais pas si l’Etat avait pu rectifier le tir mais toujours est-il que de façon générale, les VDP combattent avec un type d’armes qui leur permet difficilement de prendre l’ascendant sur l’ennemi. On ne savait pas comment le combattant Yoro se débrouillait, mais il arrivait toujours, malgré les moyens de combat dérisoires, à opposer une résistance farouche à ceux qui nous endeuillent au point que d’aucuns lui avaient attribué des pouvoirs mystiques », a-t-il déclaré. ladjyoro 2A son avis, les chefs des groupes armés vont profiter de la mort de Yoro pour ragaillardir leurs combattants. « Il faut le rappeler, l’attaque a coûté la vie à une quarantaine de personnes, VDP comme civils, selon le communiqué officiel sans autre précision. On ne sait donc pas exactement le nombre de VDP tombés avec leur chef. Cela dit, perdre une figure de la résistance comme Ladji Yoro amène à reconsidérer un certain nombre de choses du point de vue dispositif. Il appartient pour l’heure à la hiérarchie militaire de remonter le moral des VDP qui sont les supplétifs de l’armée », a ajouté le journaliste. ladjyoro 3D’après ce dernier, il faut revoir la manière de solliciter les VDP afin qu'ils soient plus efficaces. Car  laisser des supplétifs civils de l’armée comme les VDP en première ligne des escortes dans ces zones rouges alors qu’ils sont moins armés et moins entraînés que les  soldats, ça pose problème. « Certainement que les stratèges de cette guerre, bien qu’elle soit asymétrique, ont une explication à cela.  Mais sans pointer du doigt qui que soit, j’estime qu’un des principaux défis, c’est de revoir la manière d’impliquer les VDP, qui ne sont pas aussi aguerris que nos soldats dans cette lutte contre le terrorisme », a-t-il conclu.

En rappel, Ladji Yoro a été enterré au cimetière d’Oufré à Ouahigouya après avoir reçu les hommages du gouvernement et des autorités régionales du Nord. Il a été fait chevalier l'ordre  de l'Etalon à titre posthume.

Barthélémy Paul Tindano

prcc 1Le président du tribunal militaire, Urbain Méda, a accédé à la requête du parquet à la reprise de l’audience du procès de ce jeudi, conformément à l’article 119 du Code de justice militaire, en autorisant la lecture de la déposition des témoins qui ne se sont pas présentés pour cause de maladie. Pour les témoins absents mais dont on ignore la cause de l’absence, ils seront entendus lorsqu’ils seront retrouvés. Les dépositions de plus de dix témoins absents ont été lues par le greffier en chef.

Adolphe Yao Da était du service des renseignements généraux à la gendarmerie nationale. L’intéressé étant absent, sa déposition a été lue par le greffe. Il ressort de son procès-verbal que le Discours d’orientation politique (DOP) du 2 octobre 1986 à Tenkodogo a constitué le compte à rebours pour, vaille que vaille, donner la mort à Thomas Sankara. Selon lui, Jonas Somé, étudiant en médecine et responsable des Comités de défense de la révolution (CDR) des universités, avait pris à partie le capitaine Thomas Sankara en s’attaquant aux principaux points de son discours pas encore prononcé, obligeant le capitaine à improviser un autre discours en réponse à l’étudiant. Pour le témoin, cet incident de Tenkodogo est le point de départ du scénario du coup du 15 octobre 1987.

prcc 2Une autre déposition lue fut celle de l’adjudant-chef major à la retraite Karim Dagano, en service sur la table d’écoute de la gendarmerie nationale. Il a déclaré également avoir écouté une conversation téléphonique entre l’étudiant Jonas Somé et Blaise Compaoré. Le premier aurait dit au second qu’il fallait passer à l’acte.

La déposition de Yssoufou Diawara, sociologue du développement, a également été lue. Dans ladite déposition, ce témoin revient sur une confidence que Thomas Sankara lui aurait faite le 9 octobre 1987 lorsqu’il s’est entretenu avec lui. « Thomas m’a dit que Blaise a tenté à deux reprises d’attenter à sa vie à Bobo-Dioulasso, puis à Tenkodogo. Il m’a dit aussi qu’il ne serait jamais le premier à tirer sur Blaise », peut-on retenir de sa déposition. Pour l’ancien ministre des Sports sous la révolution, Abdoul Salam Kaboré, également témoin, Thomas Sankara s’est laissé avoir par la ruse de Blaise Compaoré. Selon lui, Blaise Compaoré ne croyait pas en la révolution et cela s’est confirmé après sa prise du pouvoir. Il confie dans son audition qu’un hélicoptère venu du Togo attendait à l’aéroport avec pour mission de faire sortir Blaise Compaoré du pays au cas où le coup d’Etat échouerait.

L’audience reprend le mardi 4 janvier 2022.

Sié Mathias Kam

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