mercredi 4 février 2026

analyz uneLe jeudi 23 avril 2020, le ministre de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales, Stanislas Ouaro, a procédé au lancement de l’enseignement à distance. Il s’agit d’enregistrer les cours et de les diffuser sur des chaînes de télévision et des radios. Cette initiative vise à pallier l’arrêt des cours et à permettre aux élèves un apprentissage continu. Quelques enseignants font l’analyse de ce nouveau système.

L’enseignement à distance concerne les différentes classes d’examen (CM2, 3e et Tle) et sera diffusé sur sept chaînes de télévision et une cinquantaine de radios. Les cours seront dispensés dans les matières littéraires et scientifiques. Pour nombre d'enseignants, l’initiative des cours à distance est un projet mort-né parce que la faisabilité fait défaut. Une enseignante du primaire affirme que tous les élèves ne pourront pas bénéficier de ces cours. « Il y a des zones où il n’y a pas d’électricité et ce n’est pas tous les ménages qui disposent d’une télévision. Pour ma part, ça sera un peu difficile dans les familles où les conditions ne sont pas réunies ». Un autre enseignant du primaire, quant à lui, s’inquiète de l’efficacité du projet. « Est-ce que les élèves vont suivre les cours sans pouvoir poser leurs questions et arriver à comprendre ? Est-ce que les évaluations se feront sur la base de ce qui a déjà été enseigné en classe ou sur ce qui sera enseigné sur les ondes ?  Ou bien c’est tout le contenu qui sera évalué ? » s’interroge-t-il. analyz 2Pour lui, si les évaluations doivent se faire sur la base de tout le programme de l’année, les élèves ne pourront pas s’en sortir. Pour bien assimiler les cours, les élèves doivent faire des exercices, avoir des explications pour comprendre. Les cours à distance, par rapport à nos réalités et à notre contexte, ne seront pas d’un grand apport pour nos élèves, déclare un professeur de mathématiques d’un lycée privé. La preuve, nous rencontrions des difficultés  lorsque nous les enseignions en classe et ce n’est pas à distance que ces difficultés seront résolues renchérit-il. « Pour ma part, cette initiative est juste une plaisanterie. Les cours à distance ne constituent pas une solution ». Pour lui, vu l’évolution de la maladie, la solution serait de continuer dans la sensibilisation des populations et attendre le retour à la normale pour reprendre les cours en classe sinon les cours à distance constituent un gaspillage de finances. Aussi les élèves ne suivent pas ce qui déjà sur Burkina Info, nombreux sont ceux d’entre eux se croient en vacances. « Mon fils en classe de troisième par exemple ne suit  même pas les cours à la télévision. Si les conditions ne sont pas réunies, attendons le retour à la normale ». Mais comment les élèves pourront-ils suivre les cours avec les  nombreux délestages que connaît le Burkina Faso.

Elza Nongana (stagiaire)

chloro uneDepuis la rumeur attestant que la chloroquine traite le coronavirus, des individus se sont rués vers les pharmacies pour s’en procurer. Conséquence, rupture de stock dans toutes les pharmacies de la capitale. Le traitement des patients sous chloroquine se retrouve de ce fait interrompu. Comment ces patients arrivent-ils à supporter l’interruption de leur traitement ? Quelle solution pour la continuité de leur traitement ?

Toutes les pharmacies de la capitale connaissent une rupture de stock en chloroquine en cette période de coronavirus. Les patients sous traitement de ce médicament en ce moment souffrent alors le martyre. Une dame souffrant du lupus déclare faire le tour des pharmacies depuis plus d’un mois à la recherche d’un de ses produits pour son traitement sans gain de cause : « Moi particulièrement, je prends Immard (NDLR : nom de son produit), qui est un équivalent du plaquenil contenant de la chloroquine. J’ai constamment des douleurs articulaires actuellement et je n’arrive plus à vivre normalement, ni à vaquer à mes occupations. Je ne sors pratiquement plus ». Elle ajoute que son médecin traitant lui a prescrit un antidouleur et un produit contre la fièvre en attendant d’obtenir son produit. chloro 2Notre interlocutrice n’est pas la seule à vivre cette situation inconfortable ; une étudiante suivie au service de rhumatologie est dans le même cas. Suivant un traitement à la chloroquine depuis sa deuxième année d’université, ses examens n’ont pas encore révélé le mal dont elle souffre. Elle affirme néanmoins que son traitement réussi à calmer ses douleurs articulaires ainsi que ses malaises. « Actuellement, le plaquenil manque et ça joue beaucoup sur mon état de santé. Il y a des jours où je n’arrive pas à quitter mon lit parce que j’ai mal partout. Je suis allée voir mon médecin pour qu’il me trouve un équivalent ou une solution », nous confie-t-elle. D’après ces deux dames, les médecins ont tenté des négociations avec l’Etat burkinabè afin que les pharmacies continuent à ravitailler les patients sous chloroquine. Des négociations qui ont porté des fruits. De nouvelles ordonnances sont alors délivrées par les médecins spécialistes à leurs patients pour leur permettre d’avoir leurs produits en pharmacie. « Avec cette nouvelle ordonnance que j’ai, je suis allée à la pharmacie mais le produit n’est pas encore disponible. Le pharmacien a pris l’ordonnance pour enregistrer la commande et va me rappeler dès que le produit sera disponible », renchérit notre patiente lupique. En attendant que leurs produits soient sur place, les patients sous chloroquine devront prendre leur mal en patience.

Elza Nongana (Stagiaire)

cation uneLe porte-parole du gouvernement, lors du point de presse sur le Conseil des ministres du 22 avril, a affirmé que la date du 28 avril annoncée pour la reprise des cours était toujours d'actualité. Il a cependant précisé que la priorité du gouvernement était d'assurer la sécurité sanitaire des élèves et enseignants, d'où la prise de certaines mesures. Mais pour les syndicats de l'éducation, il ne saurait y avoir de reprise des activités sans une satisfaction préalable de certaines de leurs doléances.

Pour Souleymane Badiel, secrétaire général de la F-SYNTER, il n'est pas encore question d’une date de reprise des activités pédagogiques. La position des syndicats de l'éducation sur la question est, soutient-il, qu'il faut au préalable lever la mesure gouvernementale de coupure voire de suspension des salaires, en fin mars, de certains de leurs membres et réparer le préjudice subi par ces fonctionnaires. C'est seulement après cela que les acteurs dudit secteur pourront sereinement envisager la reprise des activités. En outre, la fermeture des écoles ayant été décidée pour limiter la propagation de la maladie, lorsqu'on parle de réouverture des classes, les syndicats se demandent bien quel est l’avis des techniciens du ministère de la Santé, à la lumière de l'évolution du Covid-19, sur la reprise des activités pédagogiques.

caationLes syndicats soutiennent par ailleurs que nul ne souhaite ni n'œuvre pour qu'il y ait une année blanche au Burkina. « Personne ne s’emploie à faire en sorte qu'il y ait une année blanche dans notre pays ; personne n'est dans cette logique. Toutefois, il ne s'agit pas non plus de reprendre les activités pédagogiques, juste pour les reprendre. Le plus important aujourd'hui pour notre pays, c'est la préservation de la santé des populations, au nombre desquelles il y a les élèves», argumente Souleymane Badiel. Si ce préalable est satisfait, affirme le secrétaire général de la F-SYNTER, il est évident que les acteurs de l'éducation qu'ils sont, s’ils sont consultés, feront des propositions sur ce qui peut être envisagé pour sauver l'année scolaire en cours.

Armelle Ouédraogo

gression uneLe Burkina Faso perd 2 places, se classant 38e sur 180 pays avec un score de 23,47 dans le classement mondial de la liberté de la presse, édition 2020, effectué par Reporters sans frontières (RSF). Le pays, qui était classé 36e en 2019, passe à la 38e place en 2020, soit une régression de 2 places. Pour avoir une lecture de cette situation, Radars Info Burkina s’est entretenu avec Boureima Ouédraogo, président de la Société des éditeurs de presse privée (SEP), et le journaliste d'investigation et écrivain burkinabè Atiana Serge Oulon.

Selon le président de la SEP, cette régression était prévisible. « Parmi les facteurs explicatifs de ce recul, il y a la révision du Code pénal intégrant des dispositions liberticides au nom de la lutte contre le terrorisme et l’absence incompréhensible de décrets d’application de la loi portant accès à l’information et aux documents administratifs. Si l’on y ajoute l’environnement économique de plus en plus précaire de la plupart des entreprises de presse, l’on ne pouvait pas espérer un meilleur classement. Je crois qu’occuper le 38e rang est une prouesse, au regard des réalités de la presse burkinabè », a-t-il avancé.

« Malheureusement, rien ne semble être entrepris par l’Etat pour accompagner ces entreprises en difficulté dont certaines ont fini par mettre la clé sous le paillasson. gression 2Certes, il y a encore la subvention à la presse privée et les lignes de crédits au niveau du Fonds d’appui à la presse privée (FAPP), mais elles ne semblent pas être des réponses structurantes et durables aux difficultés des médias. En outre, l’on peut noter un retour des velléités de contrôle de l’information et surtout des tensions permanentes dans les médias publics qui sont de nature à compromettre la liberté et l’indépendance des professionnels évoluant dans lesdits médias. Enfin, l’on peut noter que malgré les avancées, l’Affaire Norbert Zongo reste pendante et plusieurs organes de presse font l’objet de harcèlement et d’intimidations à travers des procès dont l’équité et l’impartialité sont plus que douteuses. Au regard de tout cela, je crois que la note et le classement du Burkina sont conformes à la réalité. Nous sommes en net recul. Et j’ai bien peur que ce ne soit le début de la fin de la forte percée du Burkina résultant des réformes opérées sous la Transition. Car, on ne voit rien venir avec ce pouvoir », a regretté M. Ouédraogo.

gression 3Pour le journaliste d'investigation Atiana Serge Oulon, cette place est bonne à prendre dans la mesure où le Burkina est dans le top 50 en matière de liberté de presse dans le monde. « Mais à défaut de progresser, le pays devrait garder le cap », a-t-il ajouté.

Quelles sont les perspectives pour le rayonnement de la liberté de presse au Burkina ? A cette question, Boureima Ouédraogo répond : « Il faut améliorer l’environnement juridique, institutionnel et économique de la presse. Cela veut dire qu’il faut d’abord opérer des réformes du Code pénal pour l’expurger des dispositions liberticides y inscrites au nom de la lutte contre le terrorisme, réviser les lois portant régimes juridiques de la presse écrite, en ligne et audiovisuelle ; adopter les décrets d’application de la loi portant accès à l’information publique et aux documents administratifs, etc. Cela permettra aux professionnels des médias d’accomplir en toute indépendance et sérénité leur tâche de collecte, de traitement et de diffusion de l’information. Ensuite, il faudra revoir les mécanismes d’appui aux entreprises de presse privée. Enfin, on devra travailler à instaurer une culture de la redevabilité et de la transparence dans la gouvernance quotidienne de l’Etat. »

M. Oulon, tout en estimant que l'Etat doit revoir sa copie en matière de réformes réalisées par l'exécutif, a affirmé que la liberté de presse s'acquiert par le courage, l'audace et la détermination des journalistes. « Il faut donc poursuivre la lutte, autant pour les journalistes que pour les défenseurs de la liberté de presse», a-t-il conclu.

Aly Tinto

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