jeudi 5 février 2026

petraor uneTrois témoins étaient à la barre ce 18 novembre dans l’affaire Thomas Sankara et autres. Il s’agit des Prs Jean-Marc Palm et Etienne Traoré et du Dr Arsène Bongnessan Yé.

Le Pr Étienne Traoré, responsable syndical au moment de l’assassinat de Thomas Sankara, est venu témoigner de ce qu’il sait de l’exécution de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons. Son témoignage, il l’a livré après celui du Pr Jean-Marc Palm, témoin convoqué par la partie civile. A la barre, Etienne Traoré a dit se rappeler qu’au matin du 16 octobre 1987, c’est-à-dire le lendemain du coup d’État du 15, Blaise Compaoré l’a fait appeler pour lui expliquer ce qui s’était passé. « Le 15 octobre, les premiers coups de feu m'ont trouvé dans une station d'essence. J'ai rallié le domicile d'un grand frère jusqu'au matin. Vers 7h, Blaise Compaoré a envoyé Victor Sanfo me chercher. Je suis allé le trouver seul dans son bureau et il n'avait pas l'air triste. Il m'a expliqué qu'ils s’étaient tirés dessus et que Thomas Sankara était mort », a confié le Pr Traoré. C’est ainsi que Blaise lui aurait confirmé la mort de son ami Patrice Zagré dans cette fusillade. « Blaise Compaoré m'a dit ce même 16 octobre, quand il m'a reçu, que Gilbert Diendéré a levé la main et ses hommes ont compris qu'il fallait attaquer, donc ils l'ont fait », a-t-il ajouté. Pour M. Traoré, la thèse de l’accident était plausible et vraie. C’est ainsi qu’il donna son accord pour poursuivre le processus de révolution en occupant le poste d’inspecteur d'État.  Mais un événement viendra diviser les deux collaborateurs : l'assassinat de Jean Baptiste Lingani en 1989. « J'ai demandé à voir Blaise et il a refusé. C'était la première fois que Blaise refusait de me voir et il a envoyé Salif Diallo me parler. Ç’a été l'élément clé de notre séparation », a soutenu le témoin à la barre. C'est après une introspection qu'il dit s’être rendu compte du complot ourdi par Blaise Compaoré. petraor 2« Blaise complotait. Si j'avais su qu'il avait des problèmes avec le CNR je n'allais jamais aller avec lui. Je me suis trompé. En réalité, l'assassinat de Thomas était prémédité. J'ai compris en fait que Chantal, l'épouse de Blaise, avait une mission : diviser Thomas et Blaise. Elle a été envoyée par le président ivoirien d'alors Félix Houphouët Boigny qui voulait éliminer Sankara. Elle a été pour beaucoup dans la détérioration des relations entre les deux hommes. Blaise a trahi notre confiance », a rapporté le Pr Étienne Traoré.

A sa suite, c’est le médecin-militaire Arsène Bongnessan Yé qui est passé à la barre. Il était directeur des services de santé au moment de la Révolution. Selon le récit du Dr Arsène Bongnessan Yé, les événements du 15 octobre l’ont trouvé dans son bureau en tenue de sport. C’est le coup de fil d’un de ses amis qui aurait attiré son attention. « Je me suis empressé d’endosser une tenue militaire pour rallier ma base au camp Guillaume Ouédraogo », dit-il. Il dit qu’il y est resté jusqu’au petit matin avant de rallier le Conseil de l’entente pour avoir de plus amples informations. « Avez-vous senti ces évènements venir ? » demande le président du tribunal. « Si quelqu’un qui était membre du CNR dit qu’il n’a pas senti le coup venir, c’est qu’il y a problème. On était informé qu’il y avait des divergences. J’ai personnellement rencontré Thomas et Blaise ; tous deux m’ont assuré qu’il n’y avait rien mais je savais que ce n’était pas vrai », a-t-il répondu. « Je regrette la façon dont les choses se sont terminées. Pour des divergences, le problème aurait pu être réglé autrement », déplore le Dr Yé.

L’audition d’Arsène Yé se poursuivra le lundi 22 novembre. Après lui, sont attendus à la barre Boukari Douamba, Patrice Ouédraogo et Victor Zongo.

Sié Mathias Kam

img uneLa phase des témoignages se poursuivit dans le procès Thomas Sankara et ses 12 compagnons tués le soir du 15 octobre 1987. Après « le lion », ce fut au tour de Pierre Ouédraogo, secrétaire général des Comités de défense de la révolution (CDR), et Basile Guissou, ancien ministre des Relations extérieures et de la Coopération sous la révolution, de faire leurs témoignages ce mercredi 17 novembre 2021.

Basile Guissou, appelé à la barre, a fait des révélations sur Mori Aldiouma Jean Pierre Palm. Mais avant, il a soutenu n’avoir pas été surpris par les événements du 15 octobre. « Je suis de ceux qui n’ont pas été surpris par les évènements du 15 octobre 1987. La tension politique était réelle, intenable au sein du gouvernement », confie-t-il. Selon lui, le coup du 15 octobre est « l’aboutissement de tout un combat contre la révolution ». « C’est depuis ma terrasse que j’ai appris le coup d’Etat et là j’ai su qu’il y avait un changement en notre défaveur », affirme le témoin. Après une chasse à l’homme, il est finalement arrêté et torturé durant 4 mois sur avis du commandant de la gendarmerie à l’époque, Mori Aldiouma Jean Pierre Palm. « Il se permettait de venir superviser notre torture, sourire aux lèvres et avec sa cigarette le gaulois », confie le Pr Guissou. Sur ce témoignage, une confrontation a eu lieu entre l’accusé et le témoin. « Je n’ai jamais ordonné de torture ni torturé ou assisté à une chose pareille », a réfuté à la barre Palm. Mieux, pendant son audition, il avait affirmé qu’il ne savait rien des groupuscules politiques composant le CNR ; or ce soir, il les a cités. img 2« J’ai fait arrêter Basile Guissou, Firmin Diallo, Valère Somé, Charles Somé, tous membres de l’Union des luttes communistes (ULC), sur ordre du commandant Jean Baptiste Lingani », énumère-t-il. « Ce qui est sûr, mon époux, Diallo Firmin, a été torturé à la gendarmerie. Dans la nuit du 31 décembre, c’est Jean-Pierre Palm qui m’a appelée pour que je vienne chercher mon mari. Je ne pouvais pas l’amener car il ne pouvait pas marcher, il était blessé partout. On l’a envoyé à l’hôpital, tous ses vêtements étaient collés à son corps. J’ai caché ses habits pour les laver pour que les enfants ne voient pas cela. Que le même Jean Pierre vienne dire que les gens n’ont pas été torturés est faux », déplore Mme Diallo née Bénon Thérèse. Mais avant le témoignage de Basile Guissou, deux témoins avaient fait leur récit des événements.

Boukary Kaboré avait indiqué que le coup d’État a été savamment préparé et bien orchestré. Aujourd’hui à la barre, il lui a été demandé de détailler comment cela a été préparé. « Avant le coup d’État, ils donnaient de fausses informations (des tracts pour dire que Sankara déviait de la révolution, qu’il était Peuhl-Mossi et qu’il n’était pas fiable), ils intoxiquaient. Ils ont créé un climat malsain avant le coup d’État à tel point qu’il y avait la suspicion entre la garde rapprochée de Sankara et la garde présidentielle. On sabote, on intoxique et on exécute », a expliqué Boukary Kaboré. 

img 3A sa suite, Pierre Ouédraogo a livré sa version des faits. C’est à 22h qu’il dit avoir appris la mort de Sankara après les coups de feu. « De mon bureau, c’était impossible d’entendre les coups de feu avec les vitres fermées. Il fallait maintenant savoir ce qui s’était passé. Ce n’était pas des incidents de tirs. Nous avions pensé que c’était une attaque extérieure venue du côté de l’université. Mais non, c’était une action coordonnée, minutieusement planifiée qui faisait que l’ensemble des forces qui étaient capables d’apporter une réponse à une attaque au Conseil de l’entente étaient pratiquement neutralisées. Ceux qui étaient au Conseil ne pouvaient pas faire face à la puissance de feu de l’ETIR ; cela montre que l’attaque a été préparée parce qu’au dernier moment, l’ETIR a été miné de l’intérieur et finalement son chef tué », témoigne-t-il. Il précise avoir été emprisonné puis radié de l’armée après les tragiques évènements d’octobre 87. « J’ai été libéré par Gilbert Diendéré. Et après ma libération, j’ai été radié de l’armée et reversé comme enseignant à Fada », souligne-t-il. Suite à son récit, le témoin est revenu sur la « répression » suite aux événements du 15 octobre 1987. « Ceux qui ont eu la chance ont été emprisonnés ou radiés de l’armée et ceux qui ont eu moins de chance ont été assassinés », a-t-il conclu.

L’audience se poursuit demain jeudi 18 novembre avec le témoin Domba Jean Marc Palm, frère aîné de Jean Pierre Palm.

Sié Mathias Kam

ppromo uneLe ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l'Action humanitaire, à travers le Secrétariat permanent du Conseil national pour la promotion du genre  (SP/CONAP Genre), veut nouer un partenariat actif avec les Organisations de la société civile  (OSC) intervenant sur le genre au Burkina Faso et renforcer leurs capacités en matière de budgétisation sensible au genre et aux droits de l'enfant. Ce partenariat va contribuer à la mise en œuvre de la Stratégie nationale genre (SNG) adoptée par le Burkina Faso. Pour y parvenir, une  rencontre de concertation est prévue chaque année  avec les OSC afin d'harmoniser les efforts. Le rendez-vous annuel de 2021 a débuté ce lundi 15 novembre à Ouagadougou.

Cette rencontre va permettre non seulement  de développer une synergie d'actions entre les différents acteurs, mais aussi de renforcer les capacités des OSC en matière d’une Budgétisation sensible au genre et aux droits de l'enfant  (BSGDE). Selon la représentante de la ministre en charge du Genre, le rapport de la Politique nationale genre (PNG), dont l'échéance est arrivée en  2019, a révélé des insuffisances dans les programmes des OSC, notamment en termes de budgétisation sensible au genre et aux droits de l'enfant. ppromo 2D'où la nécessité de cette concertation. “Au demeurant,  vos activités de sensibilisation, de formation et de plaidoyer à travers votre rôle de veille et d'interpellation contribuent à un éveil des consciences pour une plus grande sensibilité à la dimension genre. Nonobstant ces multiples efforts déployés et les acquis engrangés,  certaines de vos réalisations échappent au suivi de l'institution de tutelle du genre, ce qui donne l'impression que rien n'est fait alors que la réalité est tout autre. C'est pourquoi  des cadres de concertation ont été institués pour non seulement faciliter les échanges, mais aussi améliorer la collaboration, gage d'une bonne capitalisation de nos différentes actions”, a rappelé Ursule Kaboré/Bouda.

Les inégalités entre hommes et femmes sont très visibles au Burkina Faso et constituent un obstacle au développement socio-économique et il faut lutter contre le phénomène, selon Assétou Sawadogo née Kaboré,  secrétaire permanente du CONAP Genre. “S’agissant des inégalités, je pense que c'est un secret de Polichinelle de dire que les inégalités sont toujours légion dans la société burkinabè. Vous savez aussi qu'elles ne sont pas l'apanage des femmes ; les hommes en sont victimes aussi. Mais dans le contexte actuel burkinabè, elles pèsent beaucoup plus sur les femmes que sur les hommes”, a-t-elle souligné.   La représentante du Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG) a salué l'initiative. Pour elle,  elle vient à point nommé et va renforcer la synergie d'actions entre l'État et les ONG et associations pour la réduction des inégalités au Burkina Faso. Adoptée pour 2020-2024, la SNG vise à favoriser l'instauration de l'égalité entre les sexes et l'autonomisation des femmes et des filles au Burkina Faso grâce à la mise en œuvre d'actions concrètes à tous les niveaux par les différents acteurs dans les secteurs et domaines prioritaires du développement national.

Cette activité est rendue possible grâce au soutien technique et financier du Fonds commun genre (FCG) et de la GIZ.

Barthélémy Paul Tindano

rcrud uneCe mardi 16 novembre 2021, le centre-ville de Ouagadougou a été le théâtre d'une manifestation des jeunes de plusieurs mouvements. Ces jeunes déplorent l'inaction du gouvernement face aux attaques qui se multiplient de jour en jour. Ils réclament également la démission du président Roch Marc Christian Kaboré. Rond-point des Nations unies,  palais royal du Mogho Naaba et place de la Nation ont été les lieux importants lors de cette marche.

Les manifestants étaient essentiellement des jeunes, issus de plusieurs mouvements. On pouvait voir des organisations comme mouvement carton rouge, mouvement des jeunes d'action, sauvons le Burkina-Faso. Selon les manifestants, <<trop c'est trop >> et il faut que les morts cessent. << Nous sommes sortis parce qu’il y a eu trop de morts.Nous sommes sortis pour un changement radical. Nous ne sommes pas sortis pour nous-mêmes, nous ne sommes pas sortis pour l'opposition ; nous sommes sortis en tant que citoyens du Burkina Faso. Et nous allons continuer la lutte. Nous allons la continuer parce que trop, c'est trop. rcrud 2On a besoin de tout le monde pour soutenir cette lutte-là>>, a déclaré Sayidou Zongo, un manifestant. En provenance de la place de la Nation, les manifestants ont été stoppés devant le Conseil économique et social (CES ) par la Compagnie républicaine de sécurité (CRS). Après quelque temps d'échange entre la CRS et les responsables des manifestants, ces derniers ont bifurqué et pris l'avenue Kwame Nkrumah jusqu'à la station Totalenergie. De là, ils ont pris l'avenue de la cathédrale pour ensuite aller chez le Mogho Naaba Baongo. Devant la cour royale, une délégation est allée livrer le message des manifestants au chef suprême des Mossé. rcrud 3Selon Abdoulaye Zongo, un des responsables, le Mogho Naaba a affirmé son soutien aux manifestants tout en leur conseillant de marcher pacifiquement sans casser ni brûler. <<Vu la situation actuelle, nous sommes partis voir le Mogho Naaba ce matin. Depuis avant-hier, nous on a vu qu’à Inata des gendarmes sont tombés. On est sorti ce matin montrer à ceux qui dirigent aujourd'hui-là qu'on en a marre de leur gestion. On a demandé au Mogho Naaba de les interpeller>>, a-t-il déclaré. 

Les marcheurs ont rallié le rond-point des Nations unies en passant par la place de la Nation. Pendant cette manifestation spontanée, certains manifestants étaient devenus incontrôlables. Difficile de les contenir devant le palais royal ou encore au grand marché, où certains ont voulu pénétrer. D'autres, quant à eux, demandaient aux commerçants de fermer leurs boutiques. Une manifestation non préparée au cours de laquelle  les manifestants ne parlaient pas d’une même voix. En effet,  ces jeunes n’arrivaient pas à s’entendre sur la conduite à tenir pendant la manifestation. Pendant que certains voulaient continuer à bloquer les voies,  d'autres n'étaient pas de cette avis. Certains jeunes soutiennent qu'il y avait des infiltrés parmi les manifestants qui voulaient saper la lutte. 

Barthélémy Paul Tindano

lelion uneLes premiers témoins ont été entendus ce mardi 16 novembre 2021 dans la suite du procès Thomas Sankara et ses 12 compagnons tués le 15 octobre 1987.

Daouda Traoré, colonel major à la retraite, lieutenant au moment des faits, a été le premier témoin à comparaître. Après avoir juré de « dire la vérité, rien que la vérité », il a donné sa version des faits. Il a commencé son récit par son affectation dans la ville de Fada N’Gourma comme chef d’unité du bataillon d’infanterie de Fada. Chose, selon lui, qui n’a pas été de son goût. Car, dit-il, il avait foulu faire un stage à Cuba, mais cela a été refusé par Thomas Sankara. Daouda Traoré était membre d’une commission de contrôle au sein du Conseil national de la révolution (CNR). A ce titre, il a convoqué Blaise Compaoré pour l’entendre sur les tracts qui circulaient en son temps sur Thomas Sankara. « On lui a dit qu’il semblait qu’il tenait des réunions avec des groupuscules. Il a dit qu’il n’avait rien contre Sankara et qu’il ne prendrait pas une brindille contre lui », a déclaré le témoin. « Quand Blaise Compaoré m’a dit que Sankara était mort. J’ai crié », ajoute-t-il. A l’écouter, le lendemain, il avait décidé d’aller à Fada mais Blaise y a opposé un refus. « Il m’a dit : ‘’Surtout pas, tu ne bouges pas de Ouagadougou’’ », confie-t-il avant de déduire qu’il risquait d’être assassiné à Fada s’il y était allé.

lelion 2Daouda Traoré dit avoir été interpellé à plusieurs reprises par Blaise Compaoré afin qu’il rejoigne leurs rangs et ajoute que son refus lui a valu d’être détenu, avec d’autres frères d’armes, pendant 6 mois au Conseil de l’entente. Il dit s’en remettre à Dieu, car il lui a épargné trois fois la vie au cours de la semaine qui a suivi le 15 octobre. C’est finalement Mori Aldiouma Jean Pierre Palm, indique-t-il, qui est venu les libérer tout en les avertissant en ces termes :  « Vous savez ce qui vous a amenés ici. Ne faites plus cela sinon vous serez renvoyés ici. »  « J’étais accusé de participation passive au complot de 20h. Et ils ont dit : ‘’vous êtes radié de l’armée’’ », cite-t-il. D’après le témoin, « Blaise Compaoré avait un problème avec la révolution et avec Thomas Sankara. Blaise s’est servi des frustrations de certains camarades pour réaliser son complot », indique-t-il.

Dans son témoignage, Boukary Kaboré, dit « le lion », a chargé Blaise Compaoré ; toutefois, il pointe aussi la responsabilité du président Sankara. « Thomas a refusé que j'arrête Blaise. Il m'a dit que si je touche à un cheveu de Blaise, lui et moi, c'est fini », a-t-il confié. Selon lui, Blaise Compaoré cherchait un moyen d'assassiner Sankara, lui « le lion », Michel Koama de l'ETIR ainsi que Vincent Sigué de la FIMATS. « J'étais au courant du coup de Blaise Compaoré. Thomas Sankara aussi en était informé. Je le lui ai dit et il m'a dit de laisser faire… », a rapporté « le lion ». Selon Boukary Kaboré (capitaine au moment des faits), Blaise n'osait pas arrêter Sankara. Sous ses yeux, Sankara a été arrêté sous le régime des présidents Saye Zerbo et Jean Baptiste Ouédraogo, mais finalement il a été libéré et les commanditaires ont eu tous les problèmes. « Son assassinat a été minutieusement préparé et savamment exécuté », a affirmé le témoin. « Comment expliquez-vous l’absence de réaction de la garde de Thomas Sankara ? » demande le président du tribunal. « C'est Thomas qui empêchait la garde d’agir. Il ne voulait plus de garde. Donc c'est comme s'il s'était suicidé », a-t-il révélé.

L’audience a été suspendue et reprendra demain par « une confrontation » entre l'accusé Gilbert Diendéré et le témoin Boukary Kaboré. Ce dernier a cité Gilbert Diendéré comme ayant fait partie du coup. Selon lui, Gilbert Diendéré était bel et bien informé des tensions entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré. Mieux, il avait un parti pris, chose que Diendéré a niée à la barre.

Sié Mathias Kam

 

nvmbr uneL’audition des accusés dans le procès Thomas Sankara et ses 12 compagnons, assassinés le 15 octobre 1987, se poursuit au Tribunal militaire de Ouagadougou. A la barre ce lundi 15 novembre 2021, il y a avait deux accusés : Albert Pascal Sibidi Belemlilga et Diakalia Démé. Au moment des faits, ils étaient adjudants-chefs. Ils sont accusés de complicité d'attentat à la sûreté de l'État. En outre, on leur reproche d'avoir pris part à l'attaque de la FIMATS (Force d'intervention du ministère de l'Administration territoriale et de la Sécurité) le même soir après le coup d'État du 15 octobre 1987 et d’avoir contribué à asseoir le Front populaire.

« Je ne reconnais pas les faits », a plaidé à la barre le premier accusé qui comparaissait ce lundi, en l’occurrence Albert Pascal Sibidi Belemlilga. Selon sa version des faits, le 15 octobre 1897 vers 15h30, il était au Conseil de l’entente sur le terrain de volley-ball pour une séance d’entraînement. « Les coups de feu ont éclaté et j’ai fait un placage au sol. Après les tirs, j’ai rejoint mon unité pour savoir la conduite à tenir. C’est là que le chef de peloton, Bernard Kaboré, m’a instruit d’aller me mettre en tenue militaire et de les rejoindre au camp CRS, où il y avait la FIMATS », raconte-t-il. Dans sa narration des évènements, le comparant soutient n’avoir commis aucun acte de violence qui puisse l’incriminer dans cette affaire. nvmbr 2Il confie même n’avoir tiré aucun coup de feu à Ouagadougou le 15 octobre et jours suivants. A l’en croire, certes il est allé à la FIMATS, sur instruction de Bernard Kaboré, mais le camp avait été désarmé avant qu’il n’arrive sur les lieux. « C’est là qu’il (Bernard Kaboré) m'a dit de prendre l'axe. Prendre l'axe consistait à faire la patrouille sur la ligne camp CRS-Kologh Naaba-Station BP pour repérer tout mouvement afin de rendre compte », confie-t-il. Toujours selon Albert Pascal Sibidi Belemlilga, c’est en chemin qu’il a croisé le lieutenant Gaspard Somé, qui lui a annoncé le coup d’Etat et la mort de Thomas Sankara. « Je lui ai dit que j’étais attristé et il a fait sortir de sa voiture une bouteille de whisky qu’il m’a tendue et j’ai bu pour me remonter le moral. Il m’a aussi confié qu’il venait de tuer son chef de corps Michel Koama au niveau de l’Escadron de transport et d’intervention rapide (ETIR), à son domicile pendant qu’il s’habillait. Il a compris que j’étais trop démoralisé et m’a tendu à nouveau la bouteille de whisky et j’ai encore bu pour retrouver mes esprits », raconte-t-il. Là encore, Gilbert Diendéré a été cité par M. Belemlilga comme étant le commanditaire de l’assassinat de Michel Koama. « Gaspard Somé m’a dit qu’il partait rendre compte au Conseil de l’entente. Selon moi, c’est à Gilbert Diendéré qu’il allait rendre  compte », a-t-il soutenu.

Lui a succédé à la barre  Diakalia Démé, adjudant-chef major à la retraite, en service à l’EMC au moment des faits. Relevant du même peloton que son prédécesseur et étant venu à Ouagadougou pour les mêmes raisons sportives, la version des faits de Démé et celle de Belemlilga sont proches. Il a plaidé également non coupable et nie toute implication dans les événements du 15 octobre 1987. Son interrogatoire se poursuit demain 16 novembre 2021 avec notamment l’intervention des avocats de la défense.

Sié Mathias Kam

ddec uneCe samedi 13 novembre 2021 s'est tenue la conférence inaugurale de la fête de l’indépendance 2021. C'était à Ziniaré, chef-lieu du Plateau central, en présence de plusieurs fils et filles de ladite région. Il s’est agi pour le représentant du Premier ministre, le ministre d'État Zéphirin Diabré, d'expliquer aux forces vives de cette région le thème de la célébration des 61 ans d’accession à l’indépendance de notre pays, à savoir « Réconciliation nationale et cohésion sociale : devoir et responsabilité de tous pour un développement durable du Burkina Faso ».

« Là où il y avait l'entente, on sent qu'il n'y a plus d'entente ; là où il y avait l'harmonie, on sent qu'il n'y a plus d'harmonie et là où il y avait la stabilité et la concorde, il y a eu des blessures qui ont du mal à se cicatriser », a précisé Zéphirin Diabré à propos du thème choisi. Et comme la commémoration de l'indépendance nationale est un moment pour réfléchir sur « d'où on vient et où on va », il est clair, poursuit M. Diabré, qu'on ne peut pas faire l'économie de tous ses problèmes qui nous assaillent. « C'est le moment de parler d'un besoin de réconciliation nationale et de cohésion sociale », a-t-il indiqué.

« Quand on parle de réconciliation, c'est qu'il y a eu une situation de crise légère ou profonde qui fait que deux personnes ou deux groupes qui étaient ensemble et parlaient le même langage se regardent en chiens de faïence et donc elles/ils doivent se réconcilier. C'est un processus pour se remettre ensemble », a expliqué le ministre de la Réconciliation nationale. A en croire Zéphirin Diabré, il s'agit d'établir un nouveau contrat social en faisant table rase de la haine pour ramener la confiance et la fraternité. Pour ce qui est de la cohésion sociale, M. Diabré explique qu’il s’agit de faire cohabiter toutes les personnes dans un même univers. L’objectif, « c’est de mettre tout en œuvre pour que ce qui avait été fait ne se reproduise plus », a-t-il souligné.

ddec 2Plusieurs catégories de réconciliations ont été citées par le ministre d'Etat. Il s’agit de la réconciliation politique, de la réconciliation sociocommunautaire  à la suite de conflits liés à l'exploitation minière ou à la suite de conflits entre agriculteurs et éleveurs, de la réconciliation socio-administrative, de la réconciliation économique et financière et de la réconciliation citoyenne. « Ces grandes catégories qui rythment la démarche de la réconciliation nationale seront examinées à travers la vision qui est de faire du Burkina Faso une nation réconciliée avec elle-même à travers le triptyque Vérité-justice-réconciliation », a-t-il confié. ddec 3Ce processus de réconciliation n’est pas le premier du genre dans notre pays. C’est pourquoi le ministre Diabré a invité la population au « pardon sincère » pour éviter qu'on revienne sur les mêmes griefs à l’avenir.

« Que ceux qui ont fait [du tort] demandent pardon, que ceux à qui on a fait [du tort] acceptent le pardon et qu'on oublie ce qui s'est passé pour se remettre ensemble et repartir de l'avant ; c'est cela, la réconciliation nationale. Que chacun fasse l’effort d’aller vers l’autre pour un Burkina Faso véritablement uni », a exhorté Zéphirin Diabré.

Cette conférence d’explication marque le départ d’une série d'autres dans toutes les provinces du Plateau central, en prélude à la fête du 11-Décembre.

Sié Mathias Kam

afilep uneCe vendredi 12 novembre 2021 au Centre national de presse Norbert Zongo  (CNP-NZ), s'est tenu un panel sur le thème «Pourquoi et comment investiguer sur la crise sécuritaire au Sahel ?» C’était à l'occasion du 9e festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP). Les administrateurs Sadou Sidibé et Kalifara Séré  du Burkina Faso  ainsi que le journaliste nigérien Ibrahim Manzo Diallo ont décortiqué ce thème à la satisfaction des festivaliers, au 3e jour du Festival. On retient de leur exposé qu'il faut investiguer sur la crise sécuritaire pour accompagner les États dans la lutte contre le terrorisme et le faire avec beaucoup de précautions.

Les pays sahéliens font face aux attaques des groupes armés depuis quelques années. Et à côté de cette guerre non conventionnelle se mène une autre : celle de la communication ou de l'information. C'est en droite ligne de cela qu’a été tenu, à l’occasion de l’édition 2021 du FILEP, le panel sur ce thème très à propos : «Pourquoi et comment investiguer sur la crise sécuritaire au Sahel ?»

afilep 2Selon les panélistes du jour, l'information en temps de guerre est très importante, car elle permet non seulement  de mieux comprendre les causes du conflit, mais aussi de savoir ce qui se passe réellement sur le terrain afin de prendre les mesures qui siéent. Selon le journaliste d'investigation Ibrahim Manzo Diallo, l'investigation est un devoir moral, bien que ce ne soit pas  une tâche facile. En effet, outre les risques d’enlèvement et d'assassinat auxquels sont exposés les hommes des médias de part des terroristes,  les textes réglementant la collecte, le traitement et la diffusion de l’information dans les États ne favorisent même pas le travail des gratte-papier. Pourtant, très souvent,  les informations données par le commandement militaire ne reflètent pas la réalité du terrain. Ce sont donc les journalistes qui peuvent donner la bonne information.

Pour faire de l'investigation, il faut  une bonne collaboration entre militaires et journalistes. Et les derniers cités doivent travailler avec la plus grande prudence tout en respectant l'éthique et la déontologie de leur profession. En outre, les journalistes   ne doivent pas se contenter de relayer les communiqués et les informations erronées diffusées sur les réseaux sociaux.  Pour Kalifara Séré, l'argument sur lequel un article de presse peut démoraliser les militaires n'est pas valable, car les militaires ne perdent pas si facilement le moral. Les panélistes du jour ont conclu en affirmant que la guerre imposée par les terroristes aux paisibles populations ne saurait être remportée par les seuls militaires. En définitive, les États doivent faire des réformes en termes de défense et de sécurité en tenant compte des spécificités des contextes   afin de garantir la sécurité des populations.

Barthélémy Paul Tindano

fillep uneLe Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP), édition 2021, bat son plein à Ouagadougou. Plusieurs activités sont au programme, dont des panels sur des thématiques d'actualité. Ce jeudi 11 novembre, au Conseil burkinabè des chargeurs (CBC),  il était question des projets médiatiques à l'ère de la digitalisation. Trois panélistes, à savoir  Laurent Bigot de la France, Moussa Sawadogo du Burkina Faso et Roland Adéboyo Alayé du Bénin, ont   donné des éclaircissements sur les principes du journalisme. On en retient que les réseaux sociaux ne sont pas une fatalité pour les médias traditionnels, mais une aubaine à condition qu’on les utilise à bon escient.

Avec l'avènement  des  smartphones et grâce à   Internet,  n'importe quelle personne devient «journaliste». De fausses informations sont relayées sur les réseaux sociaux à longueur de journée. C'est ce qui a nécessité la réflexion sur le thème «Quels projets médiatiques à l'ère de la digitalisation? »

fillep 2Pour Moussa Sawadogo,  enseignant en communication et journalisme, les médias traditionnels doivent saisir l'opportunité que les réseaux sociaux leur offrent tout en respectant l'éthique et la déontologie du journalisme. «lnternet offre des perspectives aux médias pour élargir leurs zones de diffusion. Cela permet d'atteindre plus de personnes  au-delà même des frontières. Mais en même temps,  ces opportunités-là ne sont pas sans danger», a-t-il fait remarquer. Selon l'universitaire, les journalistes doivent être plus prudents dans l’utilisation des réseaux sociaux. «Le bon journaliste, ce n'est pas seulement  celui qui maîtrise les réseaux sociaux mais celui qui, en plus de maîtriser  les réseaux sociaux, respecte sa mission sociale ainsi que les questions  d'éthique et de déontologie. L’objectif, c'était d'attirer l'attention des journalistes sur le fait que les réseaux émettent dans l'immédiateté  et qu’il faut faire attention à la  course au scoop. Souvent on ne prend pas le temps de vérifier les choses», a-t-il déploré.

fillep 3Mais comment y arriver ?  A ce propos, les panélistes sont unanimes : il faut des formations adaptées à la réalité du contexte. «Il y a beaucoup de choses sur les réseaux sociaux mais le journaliste ne doit pas utiliser ces réseaux comme n'importe qui pour véhiculer des rumeurs. Les médias  sociaux  sont des contenants dans lesquels le journaliste doit mettre un contenu. Et ce contenu-là doit rester journalistique et conserver  les valeurs du journalisme.» Le Béninois  Roland Adéboyo Alayé a également partagé l'expérience de son pays où des radios communautaires sont arrivées à s'adapter au contexte d'Internet. Un sentiment de satisfaction pour les festivaliers, pour qui le panel a été très enrichissant en informations et en propositions visant à sortir de la crise. «Ce qui a été beaucoup plus intéressant, c'est que les panélistes ont amené les journalistes à se remettre en cause.  Le journalisme est un métier noble qui requiert beaucoup de discernement, qui nécessite qu'on fasse le recoupement des informations reçues avant de les  publier. Si un journaliste n'est pas suffisamment outillé, il peut donc constituer non seulement un danger pour lui-même,  mais aussi pour la société dans laquelle il se trouve», a déclaré  Kadidja Fofana, journaliste venue du Mali

Barthélemy Paul Tindano

golf uneL’audition de l’accusé Gilbert Diendéré a pris fin ce jeudi 11 novembre 2021 au tribunal militaire de Ouagadougou. Le parquet a repris la parole avant qu’elle ne soit donnée à la défense.

La procureure militaire est revenue sur des déclarations du général Diendéré à un journaliste (Martens Lido) où il expliquait les évènements du 15 octobre 1987. Il aurait dit : « Il était question d'arrêter Thomas Sankara, mais la situation a dégénéré et il y a eu mort d’hommes ».

Gilbert Diendéré reconnaît avoir parlé à ce journaliste mais précise : « Il ne m'avait pas dit que c'était pour aller le mettre dans un livre ou un journal. S'il me l'avait dit, je n'allais pas parler de ça. En tant que militaire, j'ai un devoir de réserve ». Il ajoute que « le journaliste a mal retranscrit ses propos », tenus dans une causerie à bâtons rompus. « Quelles sont les corrections que vous auriez apportées ? » lui demande le président du tribunal. Il répond : « S'il m'avait dit son intention, j'allais lui dire de ne pas mettre cela dans un livre ou un journal. J'allais lui dire de ne pas en tenir compte ».

« Quels propos alliez-vous changer ? » reprend le président du tribunal. « Tous ses propos. Ce que j'ai dit, ce sont des informations que j'ai eu après. Mais il a écrit comme si c'était moi qui l’affirmais », réplique Gilbert Diendéré. La procureure militaire Pascaline Zoungrana a fait des observations. Elle soutient que le général Diendéré n’a cessé de répéter qu’il a convoqué la réunion du 15 octobre 1987 au matin. S’il l’a fait, déduit-elle, c’est que les éléments qu’il a convoqués étaient ses hommes. En outre, elle fait remarquer qu'en réalité, il en était le meneur, le donneur d'instructions, même s'il était l’adjoint de Blaise Compaoré dans le commandement du CNEC.

golf 2A une question du président du tribunal, Me Urbain Méda, sur les attributions d’un chef et d’un adjoint dans la hiérarchie militaire, elle répond : « En cas d’absence du chef de corps, l’adjoint a le commandement du corps, donc les mêmes attributions que le chef à son absence ». À cette réponse de la procureure, Gilbert Diendéré affiche un sourire avant de renvoyer la magistrate à ses « documents d'apprentissage, car elle ne maîtrise pas la chose militaire ». Il affirme que n’étant qu’adjoint, il n'avait aucun pouvoir de prendre des décisions tant que le chef (Blaise Compaoré) était dans le pays. Il devait lui rendre compte et attendre ses instructions. « Il n'y a pas deux chefs dans un bateau », a-t-il dit.

A la question de Me Abdoul Latif Dabo, l’un des avocats du général Gilbert Diendéré, qui a demandé pourquoi le général n’avait pas fui après les événements du 15 octobre 1987, « Golf » a répondu : « Le Conseil de l’entente abrite des hommes qui sont sous ma responsabilité. Pourquoi je vais fuir alors que je suis à côté sans chercher à savoir ce qui se passe ? Prenons l’exemple que ce soit des mercenaires et admettons que je me réfugie dans mon village à Yako et qu’ils arrivent à exterminer mes hommes. Ils vont dire que je suis au courant de quelque chose et chercher à me retrouver pour régler mon compte. Admettons aussi que mes hommes arrivent à résister, à les exterminer. Moi, je suis à Yako. Est-ce que je peux revenir dans ma caserne dire à mes hommes que je suis leur chef ? Ils vont m’abattre ».  Me Olivier Yelkouny, aussi avocat du général Gilbert Diendéré, est revenu sur la préoccupation de Me Prosper Farama de la partie civile la veille sur la ‘’tenue léopard’’ que porte le général Gilbert Diendéré. Celui-ci a déclaré qu'il a entendu le chef d'état-major affirmer que cette ‘’tenue léopard’’ est celle de l'armée burkinabè. golf 3Et Me Yelkouny en déduit que son client porte la tenue militaire parce qu’il n’a pas été radié de l’armée. « Il n’est pas en train de purger une peine. Il n’est qu’en détention provisoire », a-t-il indiqué avant de demander au général Diendéré de revenir sur l’historique de cette tenue. C’est là qu’il affirme : « Cette tenue militaire a été introduite par le capitaine Thomas Sankara en 1974. Elle a été perfectionnée par le capitaine Blaise Compaoré. En portant cette tenue, je me fais le descendant de ces deux hommes pour qui j’ai du respect ». Il poursuit avec un aveu à la barre. « Si cette tenue est celle du front, alors je suis prêt à aller au front », a-t-il avoué. « Cette attitude est assez inquiétante et elle révèle que l’accusé semble ne rien regretter et qu’il n’a aucun remord. Nous pensons que cela est triste », a commenté Me Ambroise Farama, avocat de la partie civile.

Le parquet a demandé au général s’il n’avait pas conscience d’avoir failli à sa mission de sécurisation. La réponse de Diendéré est nuancée. « Il y a eu quand même un problème qu’on n’a pas pu éviter. Je ne peux pas dire que j’ai totalement failli. Mais j’ai un pincement au cœur du fait qu’un endroit dont j’avais la responsabilité ait connu un tel drame. Donc je reconnais qu’il y a eu un manquement mais dire que c’est de ma faute, je ne peux pas le faire », a-t-il dit.

Le parquet a poursuivi dans ses observations en évoquant des attitudes d’incompréhension par rapport au système de sécurisation au sein du Conseil de l’entente. Le parquet a trouvé curieux l’attitude du piquet d’intervention « resté inactif face à la fusillade du 15 octobre 1987 ».

« Nous estimons qu’il y avait des défaillances bien voulues, bien pensées au niveau des piquets d’intervention », a déclaré le parquet. A cela Me Paul Kéré de la défense a demandé que les débats se mènent sur les faits du 15 octobre 1987. « Je voulais que madame Sankara qui est dans la salle comprenne que parmi les avocats de la défense, il y a des sankaristes. Il y a des gens qui ont comme idole Thomas Sankara. Il faut que nous menions le débat autour de la responsabilité personnelle du Général Diendéré. Hyacinthe Kafando était un dieu au sein du Conseil de l’entente. Il foulait aux pieds les décisions de Diendéré. Ce qu’il faut retenir de ce dossier, c’est que des éléments incontrôlés et isolés sont venus commettre l’irréparable. Et la responsabilité personnelle est condamnable, selon le Code pénal. Il faut que nous n’ignorions pas les principes fondamentaux et les éléments historiques afin d’aller au bout de ce procès historique », a indiqué Paul Kéré. « Nous sommes satisfaits des trois jours d'interrogatoire de notre client. Ses droits ont été respectés », a conclu Me Abdoul Latif Dabo.

En rappel, le procès Thomas Sankara et 12 autres n'est qu'à l'étape des auditions. Il ne reste plus que trois accusés qui passeront à la barre avant que les témoins à charge ou à décharge viennent eux aussi faire leurs dépositions. L'audience a été suspendue et reprendra le lundi 15 novembre 2021. C’est Belemlilga Albert Pascal Sibidi qui est attendu à la barre lundi. Cet adjudant-chef au moment des faits est accusé d'attentat à la sûreté de l'État.

Sié Mathias Kam

  1. Les Plus Récents
  2. Les Plus Populaires
  1. Articles vedettes