Me Apollinaire Kyélem, après sa nomination comme chef du gouvernement de la transition le vendredi 21 octobre 2022, a effectué sa première sortie médiatique sur les antennes d’Oméga Média le dimanche 23 octobre 2022. Lors de cet entretien, le Premier ministre Kyélem a donné la ligne directrice des actions de la transition. Ce lundi 24 octobre 2022, Radars Info Burkina a tendu son micro à Bernard Bougouma, chef du desk politique de la radio Wat Fm et de la télévision 3tv, chroniqueur et analyste politique. Pour lui, certaines intentions affichées par le PM ne sont pas surprenantes mais sur la question de la diminution du prix du carburant, c’est un risque pour ce dernier de l’avoir dit.
Après la première sortie du Premier ministre Me Apollinaire Kyélem de Tambèla, les questions qu’on pourrait se poser sont les suivantes : Est-ce du populisme ? Etait-ce vraiment opportun ?
Selon le journaliste Bernard Bougouma, le tout nouveau PM est allé trop vite en besogne car certains se posent la question de l’opportunité de son interview accordée à chaud. « Pour quelqu’un qui vient dans ces conditions pour commencer un boulot où ce qui est plus attendu ce sont les résultats, les actions, plutôt que des paroles ou des promesses, nous l’avons écouté avec intérêt mais nous nous posons la question de savoir si c’était nécessaire », ajoute-t-il.
« Concernant la question de la réduction des salaires des membres du gouvernement, je ne suis pas étonné que Me Apollinaire Kyélem de Tambèla veuille le faire. D’abord, c’est quelqu’un qui a un style de vie austère, à la limite ascétique. Ce n’est pas surprenant. Il avait même, en son temps, trouvé qu’un ministre comme Bassolma Bazié pour être cohérent avec les valeurs qu’il défend, avec ses principes de vie, aurait dû démissionner », explique Bernard Bougouma. Et d’ajouter : « C’est quelqu’un qui a de l’admiration pour Thomas Sankara. Si vous cherchez quelqu’un qui se réclame de Thomas Sankara dans les faits et gestes, c’est lui ; donc d’un point de vue du choix, le chef de l’Etat a été cohérent. Mais est-ce que le Premier ministre va pouvoir faire du Sankara à la place de Sankara ? La question reste posée. »
« Concernant la question du nombre de ministres, depuis 1987 ou 1990 au Burkina, il y a un texte qui ébauche les grandes lignes du développement du Burkina. Quand on prend les grandes tendances, sur ce point, il peut rapidement dégager les profils ministériels qui sont au nombre de 14 ou 15 (les grandes lignes du développement du Burkina). Si l’on doit suivre ce schéma, c’est possible qu’effectivement une quinzaine puisse faire l’affaire, même si ça va être lourd pour un pays comme le Burkina, qui est en voie de développement. Plus on a de ministres, plus ça demande d’argent. Donc diminuer le nombre de ministres en abrogeant le décret actuel fixant les salaires va participer à la réduction du train de vie de l’Etat. Mais est-ce que réduire le nombre de ministres va forcément réduire le train de vie de l’Etat si le peu de membres du gouvernement qu’on prendra viennent pour piller les ressources de l’Etat ? » s’interroge notre interlocuteur.
Selon Bernard Bougouma, même l’augmentation de leur salaire n’a pu empêcher que les ministres puissent dissiper de l’argent car la question des petites pistes qui permettent aux ministres d’avoir à côté de l’argent avec la complicité de ceux qui sont autour d’eux n’a pas été réglée. Conséquence, les autres agents qui sont dans l’administration et qui savent comment ça fonctionne en haut lieu savent que non seulement ils ont augmenté les salaires, mais aussi les circuits qui leur permettent d’avoir une entrée d’argent parallèle n’ont pas été vérouillés. Donc ce n’est pas la solution en soi, selon M. Bougouma, pour qui il faut revaloriser la fonction ministérielle en revalorisant le salaire des ministres tout en faisant de sorte que ceux-ci fassent convenablement leur boulot sans chercher des à-côtés.
A son avis, même si le Premier ministre abroge le décret actuel portant rémunération des membres du gouvernement, ça ne changera pas grand-chose si les autres canaux d’enrichissement ne sont pas taris.
Concernant la question du carburant, le PM a déclaré que le gouvernement verrait comment en réduire le coût. Sur ce point, Bernard Bougouma estime qu’au Burkina, quand on dit qu’on verra, c’est qu’on va le faire.
« Il y a un système de régulation et d’ajustement des prix logé à la primature, où un comité interministériel qui siège tous les trois mois regarde en fonction de l’évolution du cours du baril au niveau mondial s’il faut augmenter ou diminuer les prix. Mais comme la commission de fixation du prix ne siège que tous les trois mois, il y a des moments où le prix du baril augmente sur le plan international et au Burkina on n’augmente pas le prix du carburant ou au moment où le comité siège, le cours a diminué. Ainsi, quand vous affirmez sans ambages que vous allez voir comment réduire le prix, c’est risqué. C’est mieux d’évaluer la situation avec toute la sérénité qu’il faut afin d’ajuster le plus possible les prix. Quand ça ne dépend pas de vous, vous n’y pouvez rien. Il faut reconnaître que nous n’avons de pétrole au Burkina ; c’est un hydrocarbure qu’on importe, donc il faut être réaliste sur ces questions et dire la vérité aux Burkinabè pour qu’ils comprennent mieux », dixit Bougouma.
Pour l’atteinte des objectifs de la Transition, Bernard Bougouma pense qu’il faut savoir mobiliser les Burkinabè avec intelligence au-delà de toute considération ethnique, religieuse ou sociale, être juste et équitable dans la gestion de la chose publique. Il faut enfin, toujours selon lui, faire en sorte que chaque tendance puisse y trouver son compte.
Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) de Bala Sakandé se meurt, avec les démissions en cascade que le parti enregistre depuis sa chute. C’est le sort du CDP en 2014-2015 qui revient au MPP mais bien pire, mettant à nu les casseroles que traînent les partis au pouvoir au Burkina Faso. Qu’est-ce qui reste encore du MPP ? » S’interroge le journaliste Boukary Ouoba, rédacteur en chef de « Le Reporter » et analyste politique. Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à notre rédaction, le journaliste fait des révélations sur les mobiles de ces départs en masse.
Radars Info Burkina : Le MPP, ex-parti au pouvoir, connaît une vague de démissions sans précédent. D’abord en fin mars 2022 puis en septembre de la même année. Quelle lecture faites-vous de ces démissions ?
Ce qui arrive au MPP est ce qu'il y a de plus logique. Le parti s'est disloqué de la même manière qu'il s'était constitué en janvier 2014. Un parti politique, un vrai, se construit autour de valeurs et d'un idéal. Le MPP n'avait aucun idéal, aucune valeur, à part conquérir le pouvoir et en profiter. Je ne dis pas que tous ceux qui y étaient sont animés de cet esprit, mais c'est quand même l’impression dominante. Ce qui a été encore plus dramatique pour le MPP, c'est la disparition de Salif Diallo. Les Burkinabè ne le savent peut-être pas mais au sein du MPP et de ses amis et alliés, il y a des gens qui ont célébré la mort de Salif Diallo. Il était quand même celui qui semblait tenir la ligne du parti et qui pouvait imposer un minimum de rigueur aux camarades. Au décès de Salif Diallo, j'ai eu à dire à certaines personnes qui étaient proches du MPP ceci : « Je préfère le MPP mille fois avec Salif Diallo que le MPP sans Salif ». En réalité ce que nous voyons aujourd'hui, la décadence du MPP tout comme la décadence du pays, c'est la conséquence logique du MPP mais surtout d'un MPP sans Salif.
Radars Info Burkina :On se rappelle que le CDP avait subi le même sort après avoir perdu le pouvoir en 2014. Qu’est-ce cela révèle des partis qui ont été au pouvoir au Burkina Faso ?
Evidemment le MPP connaît, à quelques exceptions près, le même sort que le CDP. Le MPP a été fait d'une cote du CDP et c'est compréhensible qu'il y a une similitude entre ce qui arrive au MPP après la perte du pouvoir comme on l'a vu en 2014-2015 avec le CDP. La seule différence qui fait que le CDP a fait preuve de plus de résilience, c'est que le CDP avait plus d'enracinement au regard de son âge. Le MPP n'a pas atteint l'ancienneté que le CDP avait avant de perdre le pouvoir. L'autre chose qui explique que le CDP ait mieux résisté, c'est que l'image de Blaise fait plus autorité que l'image de Roch. En dépit du fait que Blaise est totalement diminué, et ça encore ce n'est que dernièrement que beaucoup de gens s'en sont rendus compte véritablement, beaucoup de gens croyaient encore à la capacité de rebondir du CDP à cause de Blaise. Mais le MPP on a vite compris qu'il ne pouvait pas trop se reposer sur Roch puisque vous auriez remarqué que même étant au pouvoir, Roch semblait faire plus confiance aux individualités qu'au parti. D'ailleurs c'est l’une des raisons de l'affaiblissement du MPP puisque certains camarades de Roch lui en voulaient de faire la promotion d'amis à lui au détriment même des camarades du parti.
Radars Info Burkina :S’il y avait des problèmes, pourquoi ces démissionnaires ne l’ont-ils pas relevé au début au lieu d’attendre que le parti perde le pouvoir avant de partir ?
En fait il n'y avait pas de problème ou plutôt le problème, c'était juste la forme de constitution du parti. Les gens adhèrent aux partis pour avoir des avantages et naturellement quand le parti perd le pouvoir, il n'y a plus d'avantages et c'est donc tout naturellement que les gens s'en vont. Quand la raison d'être n'est plus, il ne reste plus rien.
Radars Info Burkina : Que retenir de la classe ou des hommes politiques burkinabè au regard de cette situation et même de celles qui ont prévalu dans d’autres partis politiques ?
On va s'abstenir de donner des leçons de morale aux autres. C'est peut-être à chaque burkinabè d'avoir sa propre appréciation de la conduite de nos hommes politiques. Si je peux me le permettre, pour ce qui me concerne personnellement, c'est beaucoup de déception. Notre classe politique, nos hommes politiques sont eux-mêmes, certains, un danger pour notre démocratie. Vous avez remarqué l'attitude de certains au lendemain du coup d'Etat du MPSR ? Beaucoup avaient commencé à féliciter les militaires et à leur faire la cour. C'est indécent. Notre chance c'est que le MPSR même était très méfiant vis-à-vis de ces partis et n'a pas répondu aux appels de phares. Aujourd'hui, bien que les intentions des militaires soient claires sur la restauration d'un ancien ordre, que la situation indique clairement que les militaires ne sont pas à la hauteur de la situation sécuritaire, nos hommes et partis politiques sont aphones et atones. Sur cet aspect particulièrement, il y a des pays qui se distinguent positivement par rapport au nôtre. Regardez au Tchad, c'est aussi des militaires, des généraux qui sont au pouvoir et pourtant regardez comment ils sont malmenés par le jeune Succès Mara. Dans un pays où des partis politiques acceptent de se mettre en berne parce que des militaires ont pris le pouvoir par des voies non constitutionnelles, c'est dangereux, ces partis ne sont pas dignes de se revendiquer acteurs de la démocratie.
Radars Info Burkina : Le bureau politique du MPP a adopté une résolution qui consacre la dissolution du parti. Quel avenir voyez-vous pour ce parti ?
Je vois ça comme une mesure conservatoire pour sauver la face du bureau. Dans tous les cas, la saignée qui a commencé n'allait pas s'arrêter jusqu'à ce que le parti se vide totalement. C'est pour stopper ces départs que le bureau a pris cette décision. Mais je ne sais plus exactement ce qui reste de ce parti après la dernière démission de la centaine de militants parce que dans tous les cas, les démissionnaires de fait étaient les plus nombreux. Pour démissionner d'un parti on n'a pas besoin de faire une lettre de démission encore moins de la rendre publique comme les gens le font comme s'ils nous avaient consultés avant d'adhérer au parti. Le simple fait de s'abstenir de participer aux activités du parti, de ne plus cotiser pour le parti, ça équivaut à démissionner.
Radars Info Burkina : Est-ce que le directoire qui sera mis auprès de Roch et de Simon pourra sauver la situation ?
Je ne me pose véritablement la question si c'est vrai que la relance va se faire autour de Roch Kaboré et/ou Simon Compaoré. Moi, j'attends de voir sinon j'ai des doutes parce que cela n'a même pas de sens. Bala a pris le parti de force des mains de Simon Compaoré avec l'aide de Roch Kaboré. Cela a aussi contribué à fragiliser le parti et a même facilité le coup d'Etat sans résistance aucune. Comment vous pouvez penser que pour relancer le parti on veuille le faire avec Simon Compaoré, lui qu'on a pratiquement humilié ? Entre Roch et Simon, ce qui s'est passé a tout l'air d'une trahison même.
Le Burkina Faso, à l’instar des autres pays du monde, a célébré la Journée mondiale de la démocratie le jeudi 15 septembre 2022. En marge de cela, l’enseignant-chercheur Alkassoum Maïga, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, a déclaré : « La démocratie, si elle n'a pas une dose de dictature, ça va être l’anarchie. » C’était au cours d’un panel en lien avec la démocratie organisé par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) et ses partenaires. Question à mille balles : La dictature est-elle compatible avec la démocratie ? Radars Info Burkina a recueilli l’opinion d’Abdoul Karim Sango, ancien ministre de la Culture et par ailleurs président du Parti pour la renaissance (PAREN), sur le sujet.
Pour l’enseignant en droit constitutionnel Abdoul Karim Sango, démocratie et dictature sont deux concepts incompatibles.En effet, selon lui, là où il y a la démocratie on ne peut pas parler de dictature et là où il y a la dictature, on ne parle pas non plus de démocratie. Et d’ajouter que démocratie et dictature ne peuvent aller de pair.
La démocratie peut être définie comme un régime politique dans lequel tous les citoyens participent aux décisions publiques et à la vie politique de la cité. Selon Abraham Lincoln, c'est « le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple ». Abdoul Karim Sango, lui, définit la démocratie comme la liberté et la responsabilité à tous les niveaux, c'est-à-dire au niveau de l'État et des populations.
Mais chez nous, fait-il remarquer, le constat est tout autre car depuis 1990, l’accent est mis exclusivement sur la liberté au point que certains citoyens abusent de cette liberté et agissent comme si tout était permis.
De ce fait, il estime que l’assertion du Pr Alkassoum Maïga selon laquelle « la démocratie, si elle n'a pas une dose de dictature, ça va être l’anarchie » vise probablement à « dénoncer le désordre des systèmes politiques africains en général et burkinabè en particulier que l’on appelle maladroitement démocratie ».
Qu’à cela ne tienne, M. Sango n’adhère pas à l’idée d’une démocratie avec une dose de dictature et cela, il le martèle sans ambages : « Je ne crois pas à l’idée d’une démocratie avec une dose de dictature. Je crois plutôt à une démocratie dans laquelle les institutions sont définies selon notre culture et qui fonctionne véritablement. »
De l’avis du président du PAREN, pour un bon fonctionnement de l’Etat, il faut donc des citoyens responsables et conscients de leur rôle tant individuel que collectif car, a-t-il fait remarquer, la liberté sans la responsabilité va virer évidemment à l’anarchie, or ce n’est pas ce qui est souhaitable pour un État.
En 2014, cinq États du Sahel, à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, avaient décidé de fédérer leurs actions pour, entre autres, lutter contre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne. 8 ans plus tard, cette organisation qui peinait à fonctionner commence à fléchir. Le Mali voulant rompre toute relation avec la France, il a rompu avec le G5 Sahel qui est fortement soutenu par Barkhane. Le G5 Sahel faisait obstacle également à la transition malienne. Faut-il que le Burkina Faso reste membre de ce regroupement qui n’a presque pas produit de résultats ou devrait-il emboîter le pas à son voisin malien ? L’expert en sécurité Mahamadi Sawadogo nous en dit plus !
« Cette situation de retrait du Mali du G5 Sahel met mal à l’aise le Burkina Faso. Sur le plan militaire et stratégiquement, il est quasi impossible pour le Burkina de mener des opérations étant donné que le Burkina forme le fuseau central avec le Mali », affirme Mahamadi Sawadogo, expert en sécurité.
L’expert en sécurité rappelle que le G5 Sahel a trois fuseaux : le fuseau central, qui est composé du Burkina Faso, du Mali et du Niger ; le fuseau ouest, composé du Tchad et du Niger, et le fuseau est, qui regroupe le Mali et la Mauritanie.
Il explique que le fuseau central est le plus touché par la menace djihadiste, « alors qu’il y a un verrou, c'est-à-dire le Mali, qui a sauté, ce qui va compliquer la tâche aujourd’hui de mener des opérations sans pouvoir impliquer le Mali sous la bannière du G5 Sahel. Cela signifie qu’on ne pourrait pas aller au-delà des 50 km prévus, ce qui limiterait les opérations ».
Barkhane est l’un des partenaires privilégiés du G5 Sahel ; il est le bras logistique du G5 Sahel et comme il n’est plus disponible pour travailler avec le Mali, il serait difficile qu’il limite ses opérations au Burkina et au Niger.
« Le G5 Sahel est un mort-né malgré la volonté pour le Burkina Faso de le redynamiser »
Le Mali s’étant retiré de ce regroupement, il ne reste que quatre pays qui sont impliqués. Il faut aussi noter qu’à la dernière conférence du G5 Sahel, la Mauritanie était absente. Pour quelle raison ? On ne le sait trop. Le départ du Mali semble avoir refroidi l’engouement de la Mauritanie. Pour Mahamadi Sawadogo, « l’absence des deux pays est le signe que sur le plan institutionnel, le fonctionnement sera difficile».
S’il ne reste que 3 pays membres actifs, il faut songer, selon l’expert en sécurité, à changer la dénomination, car « le G5 Sahel était une organisation fermée, c'est-à-dire qu’au-delà des cinq pays, aucun autre pays ne pouvait être membre. Ils peuvent revoir, intégrer un autre pays, où bien changer carrément de dénomination ».
« Le Burkina gagnerait à se concentrer sur d’autres organisations comme l’initiative d’Accra, la CEDEAO où bien même à ‘’réchauffer’’ le Liptako Gourma pour pouvoir faire face à la lutte contre le terrorisme », conseille l’expert en sécurité.
Le Burkina Faso et le Niger comptent plaider pour le retour du Mali au sein du G5 Sahel, mais pour le spécialiste en sécurité il serait difficile pour le Mali de réintégrer le G5 Sahel parce que c’est Barkhane qui mène les opérations d’appui et aériennes. « Si le Mali accepte, il va aussi accepter que son territoire soit foulé encore une fois par Barkhane, chose que le Mali ne va plus concevoir », a-t-il affirmé.
Le G5 Sahel peut-il changer de partenaire ?
« Le G5 Sahel a pour ossature Barkhane ; il serait donc difficile de parler de changement de partenaires », selon Mahamadi Sawadogo.
L’expert en sécurité est convaincu que le mieux pour le Burkina Faso, c’est de laisser tomber le G5 Sahel et d’opter pour une autre organisation. « C’est vers cela que les autres pays sont en train de tendre. Par exemple l’initiative d’Accra, c’est cette organisation qui est en train de prendre le relais du G5 Sahel. Cette organisation a l’avantage d’avoir l’appui des pays côtiers, qui attirent beaucoup plus les bailleurs. La particularité de l’initiative d’accra, c’est qu’elle refuse tout financement extérieur. La meilleure solution, c’est de se rabattre sur l’initiative d’Accra, sinon ça va être difficile pour le G5 Sahel de ressusciter dans ses commissions », fait-il remarquer.
Mahamadi Sawadogo affirme que le G5 Sahel est une organisation mort-née, malgré la volonté du Burkina Faso de le redynamiser. « Cette organisation défend des intérêts institutionnels et non des intérêts stratégiques et opérationnels qui permettront au Burkina Faso de lutter contre le terrorisme », lance-t-il.
Pour Mahamadi Sawadogo, expert en sécurité, le Burkina Faso gagnerait à opter pour d’autres alternatives et à se faire à l’idée que sans le Mali, le G5 Sahel ne peut pas fonctionner, d’autant plus que le Mali occupe une place stratégique.
La France a beau avoir expliqué la bonne foi de sa présence en Afrique, plusieurs Africains, la jeunesse en particulier, ne la croient pas. En témoigne tout le mal que se donnent les autorités françaises pour redorer l’image de l’Hexagone en Afrique. Cela s’est ressenti au cours de la récente venue d’Emmanuel Macron en Algérie. Plusieurs panafricanistes, analystes ou journalistes ont une fois de plus décrié l’attitude de l’autorité française. Radars Info Burkina s’est intéressé aux publications de quelques-uns.
« Emmanuel Macron en Algérie. A la différence de la tournée qu’il vient de faire dans les colonies du Cameroun, du Bénin et de Guinée-Bissau, vous verrez qu’il va choisir ses mots avec grand soin. S’il y a des gens qui ont appris aux Français à les respecter, ce sont les Algériens », écrivait Natalie Yamb sur sa page Facebook le 25 août 2022. Pour elle, d’autres pays comme le Mali et la République de Centrafrique sont des obsessions pour le président français, car leur émancipation équivaut « à la fin irrévocable de l’abondance pour les élites françaises… L’indépendance se conquiert et le respect s’impose », conclut-elle.
Ce point de vie est, en partie, partagé par Sébastien Chenu, français et vice-président de l'Assemblée nationale, qui a déclaré sur Europe1 que ce voyage de Macron a été une humiliation pour les Français. En réalité, dit-il, « Emmanuel Macron est allé s'agenouiller encore une fois devant un pays qui ne reconnaît rien ». Pour lui, ce voyage en Algérie « n'a servi à rien, à part ouvrir la porte à une immigration » et la France « n'a rien à gagner dans ce voyage, pas même de gaz ». Une autre action a retenu l'attention de Sébastien Chenu : le bain de foule improvisé d'Emmanuel Macron dans les rues d'Oran. « Finalement on a vu, à travers Emmanuel Macron, la France humiliée, se faire huer, se faire insulter, quand on a entendu des Algériens dire au président de la France, va te faire foutre, one, two, three, viva Algérie», lance le vice-président de l'Assemblée nationale.
D’autres web journalistes n’ont pas manqué de réagir aux déclarations du président français en Algérie. En effet, le président français a accusé la Russie, la Chine et la Turquie de nourrir un sentiment anti-français chez les jeunes algériens et africains. Yingping, dans une revue publiée sur Ondes sur Seine, a qualifié cette accusation de regrettable, lourde et sans fondement. « Accuser d’autres pays n’aidera pas les choses. Aussi, on ne peut pas les accuser en se basant sur des observations personnelles », a-t-elle déclaré. Pour elle, il est temps d’arrêter de considérer l’Afrique comme la chasse-gardée d’un pays ou d’un autre.
Le ministre de l’Economie et des Finances, Seglaro Abel Somé, a été auditionné ce vendredi 2 septembre 2022 à Ouagadougou par la commission des finances et du budget. L’audition a porté sur l’ouverture de 230 comptes bancaires de façon illégale par des structures publiques. Selon le président de la Commission des finances et du budget (Comfib) de l’Assemblée législative de Transition (ALT), le Dr Yves Kafando, cette séance d’échanges avec le ministre de l’Economie fait suite à sa communication du 17 août 2022 au Conseil des ministres.
En effet, le ministre Somé a présenté trois rapports au Conseil des ministres du 17 août 2022 dont le troisième portait sur des comptes bancaires qui ont été ouverts dans des banques primaires. Au nombre de 230, ces comptes avaient été ouverts au profit des établissements publics.
Ainsi, à l’orée de l’examen de la loi de finances, exercice 2023, il était bon que la représentation nationale puisse échanger avec le ministre des Finances pour cerner les contours et les motifs qui ont amené les uns et les autres à ces types d’ouverture de compte, a expliqué le président de la Commission des finances et du budget (Comfib).
A en croire le président de la Comfib, ces comptes n’ont pas suivi la procédure agréée. En effet, ce qui est reproché à ces comptes, c’est que pour ouvrir un compte dans un établissement primaire, en tant que structures publiques, il faut au préalable l’autorisation du ministre chargé des Finances. Mais ces banques ont ouvert les comptes sans l’autorisation du ministre chargé des Finances alors que ces structures publiques utiliseront des fonds publics qui seront logés dans ces banques puisque ce sont des programmes et projets qui financent.
Aussi, le fonds public ressort du contrôle du ministre des Finances, donc il est nécessaire qu’il y ait au préalable une autorisation émanant du ministre des Finances, a indiqué le Dr Yves Kafando.
A sa sortie d’audience, le président de la Comfib dit être satisfait des échanges avec le ministre.
« Nous sortons ragaillardi au regard des échanges que nous avons eus avec le ministre, qui nous a donné les raisons qui ont motivé l’ouverture de ces comptes. Il ressort que certaines structures décident d’ouvrir des comptes afin de procéder à des exécutions budgétaires, des dépenses dans le cadre d’accélérer la procédure. Donc, ce n’est pas visiblement des comptes qui sont ouverts comme nous l’avons entendu. Nous avons cru que ce sont des comptes qui ont été ouverts et qui cachaient certaines pratiques. Mais le ministre nous a assuré qu’ils ont pu mener des investigations et que ces comptes existent depuis les années 2000 et contiennent plus de 68 milliards FCFA », a-t-il déclaré.
Des explications du président de la Comfib, on retient que ces comptes existent depuis les années 2000. En effet, bien avant 2015, les services du ministère de l’Economie ont effectué des missions dont certaines données ne se trouvaient pas dans leur base de données, à indiqué le Dr Yves Kafando.
De ce fait, « on peut dire visiblement que ces comptes ont été ouverts après les années 2015. En outre, courant 2000, il y a eu des contrôles qui ont abouti à la clôture de 86 comptes bancaires ; et en 2022, les services techniques du ministère de l’Economie ont travaillé pour assainir un peu ce phénomène. C’est ce qui a abouti, courant août, aux conclusions de 230 comptes ouverts illégalement », a révélé Yves Kafando.
Selon lui, des mesures conservatoires ont été prises afin de rapatrier ces fonds dans le compte du Trésor public pour que cela puisse être utilisé dans le cadre réglementaire.
Par ailleurs, la représentation nationale s’engage à accompagner le ministre de l’Economie et des Finances de sorte à pouvoir faire « germer » des lois pour durcir la procédure en la matière parce que les finances publiques sont des biens qu’il faut utiliser et cela doit s’encadrer dans la procédure, a-t-il conclu.
Quant au ministre de l’Economie et des Finances, le Dr Abel Seglaro Somé, interrogé sur les éventuelles sanctions qu’encourent les acteurs, il a répondue que les sanctions concernent essentiellement les banques fautives.
« Les sanctions prévues s’appliquent essentiellement aux banques et institutions financières qui procèdent à ces ouvertures sans vérifier l’autorisation au préalable. Ce sont des sanctions pécuniaires. Il y a un calcul qui est basé sur le solde des comptes. Une pénalité d’un certain pourcentage est appliquée et la banque devra la payer en fonction du nombre de comptes qu’elle possède », a-t-il précisé.
Pour ce qui est des agents du public, les sanctions seront définies selon les sanctions prévues dans le statut du fonctionnaire.
« Pour les agents publics, on peut envisager un ensemble de sanctions administratives. Si un agent ouvre un compte en connaissance de cause, la loi prévoit des sanctions. Aussi, dans les réflexions il pourrait être proposé de nouveaux types de sanctions en fonction du domaine concerné », a-t-il signifié. Pour l’heure, il s’agit d’une démarche pédagogique. Et d’après le ministre des Finances, les comptes qui ont été ouverts sans autorisation préalable du ministre de l’Economie pourraient subir deux sorts. « D’abord, dans la mesure où les structures et les banques concernées ont été saisies de la situation, elles sont en position de pouvoir justifier l’ouverture de ces comptes parce que l’autorisation est donnée sur la base d’un certain nombre de justificatifs », a expliqué Abel Somé. Et d’ajouter : « Pour les structures qui pourront produire ces justificatifs, nous allons procéder à la régularisation de ces comptes. Mais pour les autres structures qui n’auront pas des raisons, des motivations pour justifier l’ouverture, ces comptes seront fermés et les ressources déposées au trésor public ».
Par ailleurs, nous sommes actuellement dans une dynamique qui est un peu pédagogique dans la mesure où nous allons essayer de corriger un certain nombre d’insuffisance au niveau des textes parce que les sanctions sont prévues mais leur applicabilité posait quelques problèmes.
Mais avec les instructions et orientations données par le Conseil des ministres, il y aura une relecture des textes dans le sens de les corriger, de les améliorer et de faire en sorte que dorénavant les sanctions puissent être appliquées non seulement aux banques mais aussi aux structures ou aux responsables publics qui se livreraient à ce type de comportement à l’avenir, a précisé le ministre des Finances.
« Nous ne sommes pas là pour rejeter la faute à telle ou telle structure mais pour faire en sorte que les bonnes règles soient appliquées dorénavant », a-t-il conclu.
Le Front patriotique, ce regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile ayant récemment vu le jour, a tenu une conférence de presse ce 9 août à Ouagadougou. Objectifs : situer, d’une part, l'opinion publique nationale et celle internationale sur l'incident survenu le 4 août 2022 lors de la cérémonie de signature de sa charte et, d’autre part, dénoncer la naissance de « milices armées » visant à restreindre les libertés individuelles et collectives.
D’entrée, les conférenciers se sont prononcés sur les faits survenus le 4 août 2022. Ils disent avoir constaté ce jour-là la « présence frauduleuse » dans la salle où se tenait leur cérémonie d’Auguste Mohamed Koumsongo, député de l’Assemblée législative de transition (ALT) burkinabè, et de certains de ses acolytes, tous d’un «gabarit impressionnant» et organisés en bande. Ayant été identifiés comme des personnes venues pour semer le trouble et le désordre, ils ont été priés de sortir de la salle, d’après les conférenciers. C’est ainsi que mécontents d’avoir été mis dehors, les indésirables ont ramassé des cailloux dont ils comptaient se servir, toujours selon les conférenciers. A en croire ces derniers, ils s’en sont même pris physiquement à l’ancien président de l’Assemblée nationale Alassane Bala Sakandé, exerçant sur lui et sa garde des faits de violence dans le but d’attenter à leur intégrité.
Face à cette situation, le Front patriotique dit avoir fait recours à la police pour intervenir afin d’éviter que la situation dégénère. Cependant, celle-ci «a refusé de jouer un rôle préventif et s’est plutôt préparée à intervenir, comme si elle était bien informée du projet de sabotage de la cérémonie».
Les conférenciers disent avoir porté plainte contre Auguste Koumsongo et autres. « Les actes posés par Auguste Mohamed Koumsongo et sa bande sont constitutifs de faits d’injures publiques, de violence et voie de fait, de menaces sous conditions et d’empêchement de l’exercice de droits civiques, fait prévus et punis par les articles 323-1, 524-2 et 524-6 du Code pénal… De ce fait, nous avons porté plainte contre M. Auguste Koumsongo et autres et nous attendons la suite qui sera donnée à notre plainte», ont-ils précisé.
D’autre part, le Front patriotique dit condamner ce qu’il a qualifié de comportement trouble d’Auguste Koumsongo. Il exige sa destitution de l'Assemblée législative de Transition (ALT) sans délai car, selon lui, celui-ci n’est pas à son premier forfait. «Il nous revient par ailleurs que le sieur Auguste Koumsongo n'est pas à son premier forfait. Le 30 juillet 2022, il aurait aussi mis fin à une conférence de Yéli Monique Kam au mémorial Thomas-Sankara », ont affirmé les conférenciers.
C’est pourquoi le Front patriotique dit mettre l’ALT face à sa propre honorabilité : «Si des voyous créent la terreur et font l’apologie de la violence, il revient à l’ALT de donner la preuve qu’elle ne tolère pas des voyous en son sein.»
A la question de savoir si le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) était responsable de cet incident, voici la réponse du conseiller juridique du Front patriotique, Me Ambroise Farama : «A ce stade, nous n’allons pas attribuer la paternité de l’incident au régime du MPSR. Mais le constat que nous faisons, c’est que le patron de cette bande est membre de l’ALT.»
Toutefois, ce regroupement hétéroclite de partis politiques et d’acteurs de la société civile burkinabè «interpelle le gouvernement de la Transition sur sa responsabilité à garantir au peuple le respect des libertés individuelles et collectives et le tient responsable de toute atteinte à l’intégrité physique de ses membres, militants et sympathisants».
Après le coup d’Etat du MPSR en janvier 2022, dès mars on assiste à des vagues de démission au sein du MPP, l’ancien parti au pouvoir. Un groupe de démissionnaires va même jusqu’à créer son parti. La formation politique de Roch Marc Christian est alors secoué par des troubles. N’y a-t-il pas des risques de voir se former deux clans au sein de ce parti si les tensions perdurent ? Pour l’analyste politique Siaka Coulibaly, tous les partis politiques sont susceptibles de subir des bouleversements, c’est donc normal que le MPP connaisse aussi des dissensions internes.
Des militants du MPP sont mécontents de la gestion du parti par le président Bala Sakandé. Il lui reprochent de n’avoir pas été actif pour mobiliser une résistance populaire face au coup d’Etat du 24 janvier. Ceux-ci exigent donc la démission de l’ancien président de l’Assemblée nationale. Faut-il craindre la formation de deux camps au sein de ce parti ?
Pour l’analyste politique Siaka Coulibaly, les turbulences internes au MPP sont chose normale, après la perte du pouvoir en janvier par ce dernier. « Les divisions et contradictions expriment l’existence de courants politiques à l’intérieur du parti », explique-t-il.
Lors de la première session de l’année 2022 du bureau politique national, Bala Sakandé a reconnu ses erreurs et demandé pardon aux militants du parti. Mais même après son mea culpa, les démissions continuent au sein du parti.
« Il s’agit seulement d’attendre pour évaluer l’ampleur des démissions qui se font régulièrement. De toute façon, il y a une recomposition de la classe politique nationale en cours actuellement et elle va s’accélérer au fur et à mesure qu’on va s’approcher des élections », indique Siaka Coulibaly.
Cet analyste politique estime que tous les partis politiques sont susceptibles de subir des bouleversements. C’est donc normal que le MPP connaisse aussi des dissensions internes.
Joint par Radars Info Burkina, le Secrétaire général du Mouvement pour la libération totale et la reconstruction de l’Afrique (MOLTRA), Komla Kpogli, a donné sa lecture de la situation géopolitique et sécuritaire en Afrique de l’Ouest. C’est sans langue de bois que le géostratège togolais a fait des révélations sur le rôle de l’Occident dans l’avènement et la prolifération du terrorisme en Afrique subsaharienne qui n’a pour but que des intérêts géopolitiques. Interview
Radarsburkina.net : Quelles sont les causes exactes du terrorisme en Afrique de l'Ouest ?
Komla Kpogli : La destruction de la Libye, planifiée et exécutée par les Occidentaux, est la cause directe de ce qui se passe aujourd’hui dans cette sous-région. C’était prévisible. Mais ce serait vraiment une faute terriblement naïve de penser qu’il s’agissait là d’une erreur des Occidentaux. Ceux-ci ont prémédité cette destruction en ayant calculé ses conséquences, à savoir une prolifération des groupes terroristes dans ces espaces sans État. Là où il n’y a pas d’État capable d’assurer le minimum d’organisation, d’encadrement et de réponses aux besoins des populations, tous les crimes prospèrent. Ceux-ci, adossés à un fanatisme religieux, conduisent facilement au terrorisme. À force de conserver les soi-disant États africains que nous autres nous appelons « enclos coloniaux » car ce ne sont pas des États, les Africains sont rattrapés par le terrorisme. Nos populations vont payer très cher cette indifférence et ce laxisme collectifs vis-à-vis des « enclos coloniaux » dans lesquels nous jouons aux petits nationalistes coloniaux teintés de régionalisme et de tribalisme saupoudrés de religions importées. Dans ce contexte, ce terrorisme est un élément important sur lequel les Occidentaux fondent et entendent fonder leur présence en vue de contenir la puissance toujours grandissante de la Chine dans ces régions immensément riches. En réalité, ce sont les Occidentaux qui génèrent, laissent prospérer et alimentent ces groupes pour justifier leur présence militaire et stratégique dans ces régions pour mieux y surveiller et contrôler tous les mouvements des autres puissances (Russie et surtout Chine).
Considérant les pays africains comme des « pays de merde », Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique de 2017 à 2021, savait qu’une partie importante de la rivalité entre son pays et la Chine se jouait et se jouerait en Afrique. Énervés par l'omniprésence de Pékin sur le continent africain et de la perte d'influence économique de Washington sur ce gigantesque terrain minier et de consommation qu’est l’Afrique, les conseillers de l'administration Trump, sous la direction du guerrier John Bolton, alors conseiller à la sécurité nationale, ont concocté depuis fin 2018 une stratégie de reconquête susceptible de contrer la Chine en Afrique. L'axe principal de ce repositionnement américain sur l'échiquier africain est bâti sur la lutte contre le terrorisme. Il s'agit donc de prétendre la lutte contre Daech, l'État islamique, pour saper progressivement la présence chinoise en Afrique. Voilà pourquoi les États-Unis d'Amérique, à la tête d'une "coalition contre Daech" regroupant désormais 83 pays et organisations lors d'une visioconférence que les américains ont organisée le 15 novembre 2020 avec le Niger, le Nigeria, le Cameroun, le Tchad et la Guinée, conférence au cours de laquelle les USA ont annoncé "étendre les opérations sur le continent, à commencer par l'Afrique de l'Ouest".
En septembre 2020 déjà, sur la Télé CBS News, le futur Secrétaire d'État, Anthony Blinken, expliquait : « Je pense que Joe Biden vous dirait que nous devons commencer par nous mettre en position de force afin que la relation avec les Chinois progresse davantage selon nos conditions que selon les leurs ». L’État américain et ses cousins européens ont déjà fabriqué et alimenté des terroristes contre leur rival, la Russie (à l’époque l’URSS). C’était en Afghanistan dans les années 1980. Ils avaient facilité la fondation d’Al Qaeda qu’ils appelaient même des « Combattants de la Liberté » contre l’URSS. Ils avaient formé, équipé et conseillé Al Qaeda jusqu’à ce qu’il se tourne contre eux en 2001. Nous assistons donc à une stratégie identique dans cette Afrique où des « enclos coloniaux » font office d’Etats sous des tyrans et des dictateurs qui n’ont d’autres préoccupations que leur trône prétendument présidentiel.
Aujourd'hui les conditions sociopolitiques et économiques ont favorisé l'avènement de régimes militaires dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. Est-ce que ce sont les mêmes conditions qui ont amené les militaires au pouvoir au Mali, au Burkina et en Guinée ?
Oui, absolument. Mais, il faut réaliser que ces conditions économiques et sociopolitiques ne sont pas des causes, mais plutôt des conséquences. Elles sont les conséquences de l’absence totale d’États en Afrique. Ce qu’on appelle abusivement États en Afrique, ce sont des « enclos coloniaux » dessinés à l’équerre et au compas par les Occidentaux à la conférence de Berlin en fin 1884 et début 1885, puis ces dessins ont été concrétisés par des guerres coloniales conclues par des accords de partage territorial sur le sol africain entre puissances coloniales.
Tant que ces « enclos coloniaux », ces sortes de carcasse militaro-policière répressive soutenue par une administration paperassière et tracassière, ne vont pas être démantelés par des masses populaires africaines organisées sous la forme d’un tsunami populaire, c’est-à-dire une marrée humaine suffisamment puissante pour détruire tout ce cliquetis colonial sur son passage pour entamer la reconstruction de l’Afrique, nos peuples continueront à tourner en rond entre des périodes de coups d’État militaires et des fraudes électorales sanglantes. Il nous faudra triompher de la peur, de la désorganisation totale et de l’espérance sans initiative dans lesquelles nous baignons pour arriver à cela.
Quelles différences existe-t-il entre ces trois régimes ?
Seuls les militaires au pouvoir au Mali semblent avoir vraiment compris les enjeux qui font face à notre peuple. Au Burkina Faso et en Guinée, on sent que les militaires au pouvoir croient qu’ils peuvent jouer à un jeu qui composent avec le système qu’ils prétendent avoir renversé. Ils n’iront nulle part.
Lequel de ces trois pays a le plus de défis ou plus de poids sur les épaules, selon vous ?
Tous les « enclos coloniaux » ont des défis similaires : sortir complètement de la colonisation pour se reconstruire en vue d’échapper ainsi aux griffes de la domination. Pour le MOLTRA, c’est une responsabilité qui repose sur les épaules des peuples qui doivent impérativement s’organiser pour reprendre la maîtrise de l’espace géographique africain. Des militaires patriotes peuvent aider à cette tâche mais compter exclusivement sur les armées africaines qui ont perdu leur virginité politique pour avoir été jusqu’ici la colonne vertébrale de l’État « enclos colonial » africain, c’est se suicider. Le MOLTRA dit qu’il revient à notre peuple et à lui seul d’accomplir l’œuvre de sa libération et de sa reconstruction. Cela passe par la repossession de son pouvoir de décision confisqué.
De plus en plus de voix s'élèvent pour demander que la France parte au profit de la Russie, est-ce la meilleure solution ?
Les Africains doivent savoir qu’un peuple doit d’abord régler ses problèmes de désorganisation et de faiblesses internes puis construire un agenda national sous la houlette des dirigeants patriotes avant de se lancer dans la recherche d’un allié extérieur. Si tel n’est pas le cas, ce peuple quitte un maître pour un nouveau maître. Ses douleurs peuvent, peut-être, être amoindries sous la direction du nouveau maître mais cela ne soigne pas pour autant ses blessures. Voilà pourquoi le défi premier et actuel, c’est notre organisation interne pour faire tomber le système colonial actuel, ses structures et ses hommes. Les Africains doivent savoir qu’ils ont toutes les capacités pour réaliser cette révolution. Après cela, nous pourrons aller chercher des alliés. Les peuples affaiblis, désorganisés et qui ne fournissent pas les efforts nécessaires pour se redresser n’ont pas d’alliés mais des maîtres. Personne ne fait d’alliance avec les faibles. Les faibles, on les domine, on les vassalise. Telle est la loi de la politique internationale. La Russie ne fera pas entorse à cette loi. Rappelons-nous que la Russie a laissé les Occidentaux détruire la Côte d’Ivoire de Gbagbo et la Libye de Mouammar Kadhafi. Les Africains doivent comprendre que c’est uniquement eux qui ont intérêt à la libération et à la reconstruction de leurs terres. Pas les autres qui aspirent à les posséder dans le but de garder et de consolider leur position dominante sur la scène internationale qui n’est pas un endroit où on s’échange des cadeaux mais de compétition féroce des intérêts opposés. Le monde des bisounours est depuis longtemps dans les dessins animés, mais pas encore dans la vie réelle.
Mais est-ce que la Russie peut au moins constituer l'alternative aux solutions tant recherchées ?
Ce n’est pas aux Russes de vaincre nos dominateurs pour nous. La Russie joue pour ses propres intérêts comme tout pays qui se respecte dans ce monde. Chaque pays, chaque peuple doit affronter ses défis en devenant adulte après avoir fourni tous les efforts et sacrifices pour vaincre tout ce qui l’a maintenu dans la position d’enfant jusqu’alors. Les Africains ne doivent pas oublier qu’ils sont le peuple premier sur cette terre et qu’ils ne peuvent accepter éternellement être relégués au rang de petits enfants pleurnicheurs attendant un sauveur qui ne viendra pas. Seule la lutte du peuple libère le peuple. Rien d’autre. Plus vite nous comprendrons cela, mieux ce sera pour nous.
Voyez-vous un espoir avec notre jeunesse d'aujourd'hui par rapport au défis du moment ?
L’espoir est permis, car nous n’imaginons pas notre peuple finir au cimetière de l’Histoire comme d’autres peuples éteints et disparus pour n’avoir pas pu lutter comme il fallait. Mais si cet espoir est permis, il est conditionnel. Dès lors qu’il identifie ses problèmes et met en place un plan pour les régler, tout peuple peut espérer.
L’Afrique reviendra grand si et seulement si ses peuples décident de s’organiser pour mener le combat libérateur et entamer la reconstruction de l’Afrique sur la base des valeurs intrinsèques africaines revues sans complaisance à l’aune de notre parcours historique dans cette vallée humaine. Le but de ce combat, c’est de bâtir l’État capable de moderniser industriellement l’Afrique pour que notre peuple se maintienne comme un peuple libre avec une capacité de participation pleine et entière au commandement du monde. C’est un défi d’une gravité exceptionnelle. Est-ce que beaucoup le comprennent ? Pas du tout. Voilà pourquoi nous devons continuer, de toutes nos forces, à secouer l’Africain pour le sortir de son état de coma profond.
Face au terrorisme, quelle est la solution pour l'Afrique de l'Ouest ?
Il ne faut rien attendre de l’État « enclos colonial » africain dont la puissance se limite à la répression des populations aux mains nues qui s’opposent à ses crimes. Partant de là, il faut à court terme une mobilisation des Africains pour faire échec à la prolifération de ces groupes de criminels. Cela nous ramène encore à la question de l’organisation. Tous les villages doivent s’organiser, se lever et défendre leurs terres et leurs habitants. Nous sommes des descendants de grands combattants qui ont su organiser la résistance contre la terreur coloniale française, britannique, portugaise…Il ne doit pas être question de se résigner et capituler face à ces groupes. Il ne doit pas être question d’assister à l’égorgement massif et continu de nos enfants, de nos femmes et de nos parents. Il faut donc une reconnexion spirituelle et matérielle avec notre espace géographique pour y puiser des outils de cette guerre. La guerre contre ce terrorisme, c’est d’abord une question de maîtrise de l’espace. Et ce sont les populations qui habitent ces territoires qui doivent, avec leurs connaissances approfondies des lieux, s’y organiser afin de se défendre tout en gardant à l’esprit qu’il n’y a pas d’État africain capable de les protéger et les défendre véritablement.
À long terme, ce terrorisme ne sera vaincu que si les Africains construisent des Etats véritables, pourvus de tous les attributs et ayant pour mission première et permanente de protéger et sécuriser la vie des populations. Cela passe par l’organisation d’un tsunami populaire pour casser, détruire et enterrer définitivement les « enclos coloniaux » et leurs dirigeants qui s’appellent pompeusement des chefs d’État ou des élites dirigeantes. Déjà que les États véritables ont du mal à résoudre certains de leurs problèmes, comme celui du terrorisme sur leur territoire, rendons-nous compte que les anomalies territoriales, abusivement appelées États africains, « enclos coloniaux », garde-barrières entre les peuples, n’ont aucune capacité ne serait-ce que pour éradiquer les moustiques qui continuent de faire ravagent en Afrique. Les peuples sans États forts et bien organisés sous la conduite de dirigeants patriotes et avisés seront confrontés à des souffrances atroces en cette fin du 21e siècle et dans les siècles à venir. Si nous continuons à nous amuser et à ne pas penser le futur avec gravité et sérieux, nous sommes foutus.
La rencontre prévue entre l’actuel chef de la transition burkinabè, Paul Henri Sandaogo Damiba, et les anciens présidents du Faso ne s’est pas passée comme prévu. En effet, sur 5 ex-chefs d’Etat invités, seuls 2 ont répondu à l’appel, les autres ayant invoqué diverses raisons pour justifier leur absence. L’entrevue a tout de même eu lieu et l’écrivain journaliste Serge AtianaOulon estime que cela sonne comme un désaveu, un échec par rapport à ce qui avait été annoncé. Pour lui, le président de la transition a pu constater que les Burkinabè ne sont pas d’accord avec ce format de réconciliation, mais plutôt une réconciliation basée sur la vérité et la justice.
D’après le journaliste-écrivain Serge AtianaOulon, il y a eu de l’amateurisme, de l’impréparation dans l’organisation de cette réunion. « Cela sonne comme un fiasco, un échec dans la mesure où on ne peut pas imaginer qu’à ce haut niveau, on organise une rencontre et qu’on se retrouve avec des gens qui font défection. On peut se demander comment on peut produire un communiqué pour annoncer une rencontre à quelque 72h sans avoir pris les précautions pour que les questions de santé ou celles administratives ne constituent pas des obstacles», a-t-il affirmé.
Le journaliste écrivain ajoute que cette rencontre a conduit à amplifier les divergences entre Burkinabè. Ceux-ci se retrouvent plus que jamais divisés et cela ne favorise pas le processus de la réconciliation. « Il y a comme une confrontation en perspective des différentes forces sociales, politiques qui s’organisent puisqu’avec ce format, on a vu les sorties médiatiques des différentes composantes de la société, notamment dans le milieu syndical, de certaines Organisations de la société civile comme le MBDHP. Au niveau des partis politiques aussi, on a vu la réaction des uns et des autres, donc on peut dire qu’on s’achemine vers une sorte de bras de fer, voire d’opposition entre différents blocs et cela n’est pas de nature à permettre d’atteindre l’objectif de réconciliation », a-t-il précisé.
« Réconciliation ne signifie pas impunité »
Pour ce qui est de la réconciliation nationale, Serge AtianaOulon affirme que « la façon de conduire a toujours posé problème depuis plus de 20 ans puisqu’on n’est pas à la première expérience d’une réconciliation au Burkina. Il faut se rappeler la Journée nationale de pardon organisée en 2001 mais qui n’a pas permis d’apaiser les cœurs ».
C’est ce format que le président Damiba tente d’appliquer, selon le journaliste d’investigation et écrivain, et on assiste dans les autres composantes à « une organisation pour s’opposer à cette forme de réconciliation que le président Damiba tente de faire passer ».
Pour une réconciliation véritable, Serge AtianaOulon déclare qu’il n’y a pas de recette magique et tous les acteurs sont d’accord qu’on ne peut pas enjamber l’étape de la vérité et de la justice pour aller à la réconciliation. « Le schéma tracé par le ministère de la Réconciliation sous Roch Kaboré précise que ce ne sont pas des questions d’arrangements entre hommes politiques, mais c’était une vision beaucoup plus holistique, globale pour que tout le monde puisse se retrouver, parler, avouer les fautes afin que les victimes puissent pardonner », a-t-il poursuivi.
Il fait remarquer que c’est un travail de longue haleine parce qu’il ne s’agit pas de faire un passage en force ni d’imposer les choses d’autant plus que le pardon ne se force pas. « L’Etat crée les conditions afin que les différentes parties se regardent, puissent discuter. Ce processus ne doit pas être comme un passage en force avec un agenda caché », a-t-il conclu.