jeudi 2 décembre 2021

RADARS AU TRIBUNAL : D’orpailleur à infirmier par usurpation pour plus de 60 avortements clandestins

pplais uneRodrigue,  né en 1973, père de 6 enfants, orpailleur de profession, a comparu devant le Tribunal de grande instance (TGI) de Ouagadougou ce mardi 21 septembre 2021 pour avortement aggravé et usurpation de titre. Avec lui, Sali sa secrétaire est accusée de complicité d’avortement. Mousso, étudiante, célibataire sans enfant, et Rouki, mère d'un enfant et célibataire, appelées toutes les  deux à la barre pour avortement volontaire.

Selon les faits, Rodrigue aurait acquis une réputation dans l'avortement. Il aurait à son actif plus de 60 interruptions de grossesses. C’est une villa louée dans le quartier Kamboinsin qui lui sert de base pour commettre son forfait. Condamné à 4 ans de prison ferme en 2008, Rodrigue aurait appris l'art de la médecine en prison comme bénévole. Une fois dehors, il met cet acquis en pratique. Dans sa ‘’clinique’’ comme il l'appelle, la consultation coûte 2 000 F et 30 000 F par mois de grossesse pour la faire sauter. Rodrigue utilise des produits dont lui seul à la connaissance pour évacuer la grossesse de ses patientes, pire il introduit souvent des objets dans leur partie intimes. Sali lui servait de secrétaire, et de copine du coup. Son rôle : délivrer les tickets d'accès à l'opération concoctés par Rodrigue. Parmi ses victimes, au nombre de six trouvées sur les lieux au moment de son interpellation par la Brigade anticriminalité le 24 juillet dernier, figurent les deux suscitées, Mousso et Rouki.

Mousso pour débuter, elle affirme qu'elle a lâchement suivi un dénommé « binguiste » qui lui aurait promis ciel et terre mais au fil de la relation elle s'est rendu compte du mensonge de ce dernier mais était déjà en grossesse de un mois. Sans solution ni soutien parental, c’est au sein du campus de Koudougou où elle est étudiante qu'elle tombe sur l'information d'un réputé infirmier qui exécute l'avortement ni vu ni connu. Pour le cas de Rouki, mère d'un enfant, cette dernière affirme aussi être tombée dans les mailles d'un garçon qui a refusé la paternité de sa grossesse. Les deux se seraient rencontrés dans un maquis où elle exerce comme serveuse. Tout au long de la grossesse, cette dernière n’a cessé de vouloir mettre un terme à cette grossesse sans succès jusqu'à la rencontre du réputé orpailleur devenu infirmier spécialiste de l'avortement, Rodrigue.

pplais 2A la barre, Rodrigue, reconnaît tous les chefs d'accusation requis contre lui. Cet orpailleur a frauduleusement établi un cachet avec mention "infirmier à la retraite" dont il se servait pour cacheter ses ordonnances. Il soutient que ce sont ces filles-là qui le supplient de faire l'acte d'avortement et même que ces dernières ont déjà entamé le processus et lui n'est que le dernier rempart. Il ajoute que des parents viennent en pleurs le supplier de faire avorter leur enfant pour préserver leur image. Jusqu'à ce jour, soutient-il, aucun décès ni conséquences après l'acte n'a été signalé chez une de ces patiente et cela depuis 2018 qu’il le pratique.

Le procureur dans ses observations, a reconnu la prouesse de Rodrigue qui s'est fait une réputation en la matière en si peu de temps au point que des personnes viennent de partout pour faire l'avortement chez lui en un temps record souvent même en un seul jour. Pour le procureur, c'est inadmissible que dans notre société on puisse s'adonner à de tels actes. Même les agents de santé sont punis s'ils viennent à commettre de tels forfaits sans autorisation n'en parlons d’un usurpateur, précise le procureur. À Mousso l'étudiante, le procureur s'est étonné qu'à son niveau d'instruction, elle en arrive à prendre une grossesse non désirée. C'est elle qui devait conseiller les autres sur cette mauvaise pratique et voilà qu'elle même la commet, appuie-t-il. À Rouki, déjà mère d'un enfant, que la brigade a retrouvé en sang dans les locaux servant de ‘’clinique’’ à ce pseudo infirmier, le procureur observe là, les prouesses des deux personnes qui n'ont pas eu froid aux yeux pour arrêter 5 mois de grossesse. Avec tous les risques qui en cour. Pour le procureur, les faits sont extrêmement graves et on ne saurait les tolérer. Qui plus est, l'accusé reconnaît ses actes sans les regretter. À la suite de ses observations, il a requis de tous les garder dans les liens de la détention conformément à la réglementation en vigueur. Il a donc requis 10 ans de prison et 5 millions de F CFA d'amende, le tout ferme contre Rodrigue, 5 ans et 2 millions contre Sali sa secrétaire. Contre Mousso et Rouki, 12 mois dont 6 ferme et 250 000 F CFA d'amende avec sursis.

L'avocat de Rodrigue a plaidé en faveur de son client. Sans nier la culpabilité de son client, il affirme que le condamner à la peine maximale conformément à la loi ne permettra pas d'arrêter l'avortement. Il soutient que son client n'est nullement l'inventeur de l'avortement au Burkina, pire, c'est les parents même qui conduisent leur enfant chez lui. Et pour lui, s'il y a des cas comme celui de Rodrigue c'est parce qu'il y a des irresponsables, des familles qui répudient leurs enfants pour cause de grossesse. Même si le tribunal condamne ce dernier à la peine maximale, dehors l'avortement continuera, affirme-t-il. Et donc selon l’avocat, le tribunal devait être clément et appliquer la loi dans sa douceur.

A sa suite, l'avocate de Mousso a plaidé pour sa cliente étudiante sur qui déjà la culpabilité pèsera à jamais du fait de son avortement. Son statut d’étudiante sera à jamais entamé et sa vie en partie gâchée, ajoute son avocate. Elle soutient que la grossesse peut bel et bien être non désirée et que ça peut arriver à tout le monde par une simple erreur ou un oubli affirme l’avocate. A en croire l’avocate de Mousso, prendre une décision d'avorter est difficile car les mêmes risques qui existent dans l'accouchement existent dans l'avortement. Elle a demandé la clémence du tribunal surtout avec la rentrée universitaire qui se peaufine et a demandé une peine avec sursis comme le recommande la loi pour les détenus primaire afin que sa cliente puisse reprendre les cours.

Le tribunal dans son délibéré a reconnu tous les accusés coupables des faits à eux reprochés et a condamné en répression Rodrigue à 60 mois de prison dont 36 mois ferme et à une amende de 2 millions de F CFA ; les trois autres accusées, Mousso, Rouki et Sali à une peine d’emprisonnement de 12 mois et à 500 000 FCFA d’amende, le tout assorti de sursis.

S. M. K.

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