samedi 31 octobre 2020

Atelier de la forge : « Sans culture fondamentale, on ne peut assurer une vraie éducation », KPG, conteur professionnel

cnteurL’oralité au cœur de la cité ; un moment où l’écoute, le chant et la parole s’entremêlent, se heurtent, créent une énergie apaisante, celle de l’univers fantastique de la terre rouge du pays des hommes intègre : tel est le concept de « l’Atelier de la forge » initié par le conteur professionnel Pengdwendé Gérard, dit KPG. Nombre de thèmes y sont abordés par « Pakisd Naba kisk-rem de l’inamovible enclume ». Radars Info Burkina s’est entretenu avec lui le jeudi 14 mai 2020. Lisez plutôt.

Radars Burkina : Le conte a-t-il encore sa place dans une société dominée par les TIC et l’éducation classique ?

Kientéga P. Gérard : Il a toujours sa place parce qu’il s’adapte. Que ce soit dans le monde numérique ou à la télé, nous avons vu que le conte s’est adapté à travers les dessins animés et les films. Parce que le conte, ce sont des histoires que l’on raconte et les histoires, on les retrouve un peu partout dans toutes les productions artistiques. On profite du numérique pour pouvoir faire passer le conte qui est universel et transversal. Mais je conviens avec vous que le conte, dans sa façon d’être racontée, peine à s’installer. On a laissé ce domaine.

RB : Quel est l’objectif « du conte à l’école » que vous avez initié ?

KPG : C’était un devoir pour nous parce qu’on a remarqué que la plupart de nos enfants n’avaient pas de rêves ou du moins rêvaient de héros qui nous viennent d’ailleurs. Il a fallu qu’on fasse un travail toponymique, de réhabilitation de notre histoire mais aussi de nos héros pour permettre à nos enfants de rêver à partir de leur propre histoire et de leur propre culture. Aujourd’hui, sans culture fondamentale, on ne peut pas cultiver une vraie éducation. C’est la raison pour laquelle on a mis sur place « Le conte à l’école » parce que comme on dit, pour sauvegarder un patrimoine, une culture, il faut le (la) confier aux enfants. Nous, on s’est dit que le conte est important car c’est le canal de transmission que nos ancêtres ont utilisé et que nous continuons d’utiliser. Toutes les théories s’inspirent du conte. La structure du conte fait qu’on peut éduquer une vie et toute la société avec. Donc pour structurer la vie de l’enfant, le conte est incontournable.

RB : Vous êtes le fondateur du centre culturel « Koombi solidarité ». Quelles sont les activités que vous menez dans cet établissement ?

KPG : D’abord, le conte à l’école fait partie des activités de ce centre. C’est un centre de formation destiné aux enfants et aux jeunes non scolarisé ou déscolarisés, ou alors scolarisés en milieu rural. Vu la situation, on a commencé ici, c’est-à-dire à Ouagadougou, mais nous allons nous étendre dans les autres régions. L’objectif du centre est de valoriser notre culture et le conte. Ses autres activités, c’est la danse par l’appropriation des différents types de danses qui existent au Burkina, la musique et la confection d’instruments de musique. Il y a aussi des activités de tournées en Afrique, en Europe, aux Etats-Unis, etc.

RB : Comment vous est venue l’idée de « l’Atelier de la forge » ?

KPG : C’est un projet qui existait depuis longtemps mais qui tardait à voir le jour. C’est un projet métaphorique où on traite la symbolique de tous les outils de la forge. En tant que forgeron moderne, conteur, ce qu’on peut faire, c’est bien évidemment forger les mots, modeler les histoires, les transformer et en même temps les rassembler pour en faire une histoire afin de permettre à la population de les écouter et d’entretenir la cohésion sociale. Dans « l’Atelier de la forge », nous travaillons sur les mythes, les légendes, les épopées, les fables. D’ailleurs, nous avons écrit une fable contemporaine qui s’inspirait de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et qui est intitulée Kosyam.

RB : Le mooré est beaucoup présent dans vos créations. Est-ce un fait du hasard ?

KPG : Ce n’est pas un fait du hasard. C’est bien normal pour nous. Parce que moi quand je réfléchis, je le fais d’abord dans ma langue, c'est-à-dire en mooré, et ensuite je traduis cela en français. Cette gymnastique me ralentit à un certain moment puisque je suis obligé de réfléchir doublement. Ce qu’il est important de souligner ici, c’est que le mooré vient renforcer et donner une autre forme poétique au français que je parle. De toute façon, je suis moaga et tout ce que je véhicule, ce sont des valeurs mossé.

RB : « Ragaandé », un disque de contes sorti en janvier 2016, a reçu un accueil positif du public. D’autres disques suivront-ils ?

KPG : « « Ragaandé », c’est effectivement un projet de conte et de musique que nous avons créé avec un groupe de musique en France. La production a été assurée par moi-même. C’est un spectacle très riche en contenu. Nous avons vendu près de 3000 disques. Nous en sommes fiers parce que c’est une production personnelle. Il y a beaucoup de créations, notamment dans la base de données de « l’Atelier pakisd Naba kisk-rem de l’inamovible enclume », qui attendent d’être produites. Malheureusement pour faire un disque, il faut en avoir les moyens. Si nos projets culturels ne sont pas défendus comme il le faut, c’est parce que les gens ne connaissent pas leur culture. 

Propos recueillis par Obissa

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