jeudi 29 octobre 2020

La Haute-Volta rebaptisée Burkina Faso : « J’ai décidé d’écrire au Quid pour leur dire que c’était bien Burkinabè parce que ce n’est pas du français », Mélégué Maurice Traoré

hvt une4 août 1984 - 4 août 2020 : il y a 36 ans que le capitaine  Thomas Sankara, après une année de prise du pouvoir, renommait l’ancienne Haute-Volta Burkina-Faso, le «Pays des hommes intègres », pour rompre avec le passé colonial. Le drapeau, l’hymne national, la devise ont connu également des changements. Radars Info Burkina a approché Mélégué Maurice Traoré, homme politique et diplomate de carrière, et Armand Son, sociologue, pour une lecture du changement de dénomination du pays et de son impact sociopolitique.

 «Quand le nom a été changé, j’étais premier conseiller à l’ambassade du Burkina Faso à Washington aux Etats-Unis. Mais nous avons vécu cette situation comme toutes les structures de l’administration burkinabè, de manière divisée dans les ambassades d’ailleurs parce qu’on ne savait pas quelle était l’origine du changement, ni par quel mécanisme le changement avait été opéré.

Il a fallu un peu de temps pour qu’on ait tous les éléments en la matière. Le gouvernement n’a pas expliqué aux ambassades d’où venait ce changement. A Washington, nous avions beaucoup de demandes des universités qui voulaient savoir pourquoi ce changement de nom, et qu’est-ce que ce nouveau nom apportait. On n’était pas en mesure de répondre. On a pris un peu de temps dans les ambassades pour pouvoir répondre aux interlocuteurs de nos missions diplomatiques », a d’abord expliqué Mélégué Traoré.

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Selon lui, en matière de dénomination des Etats il ne faut pas chercher une logique. Les sources dans ce domaine sont tellement diversifiées qu’il n’y a pas  de critère absolu.

Pour Monsieur Traoré la portée de ce changement a été grande par la suite. «Le changement, c’était un des symboles de la Révolution. Ca fait partie des vecteurs du changement. Ensuite l’autre portée, à partir du moment où on a eu un nouveau nom, les Voltaïques d’avant ont été amenés à se concevoir autrement. On a présenté la dénomination comme participant de la nouvelle existence du Burkina Faso. Certains expliquaient à l’époque que c’était une nouvelle indépendance qu’on acquérait », a-t-il indiqué.

Pour le diplomate, c’est très ambitieux d’imaginer que tout un peuple soit intègre. « La preuve, par la suite le fait de s’appeler pays des hommes intègres ne rend pas aujourd’hui les Burkinabè plus intègres que les autres dans la sous-région. On crée sa propre valeur mais ça ne vient pas du nom qu’on porte », a-t-il soutenu.

«Jusqu’aujourd’hui, on continue d’appeler le Burkina Faso le pays des hommes intègres. Mais cette dénomination n’a été réelle que sous la Révolution. Aujourd’hui nous ne pouvons pas dire que nous sommes toujours un pays des hommes intègres parce que la corruption est devenue une gangrène. S'ajoutent  à cela  les détournements de fonds et l‘injustice », a relevé, pour sa part, Armand Son.

Mélégué Traoré est revenu sur des faits ayant entouré le changement de dénomination du pays.  « En français, il n’y a jamais è à la fin des mots. C’est pour cette raison que dans les ordinateurs il est toujours écrit  Burkinabé. Léopold Sédar Senghor, meilleur grammairien de l’Afrique, a publié plusieurs articles pour critiquer le fait qu’on mette è a la fin. Par la suite le Quid, un document sérieux qui paraît chaque année, a essayé en 1984 de corriger le terme en écrivant au pluriel Burkinabais. J’ai décidé d’écrire au Quid pour leur dire que c’était bien Burkinabè parce que ce n’est pas du français. Donc on ne peut pas appliquer la règle de la grammaire française au nom », a-t-il souligné.

Il a fait savoir qu’avec ce changement de nom, le pays a présidé le Conseil de sécurité pour une deuxième fois suivant la règle de l’ordre alphabétique. 

«Jusqu’à ces changements avec la Révolution, le Burkina Faso était plutôt un objet et non pas un sujet en matière de relations internationales. On rasait les murs aux conférences internationales. Mais à partir de la Révolution, on marchait la tête haute », a conclu Mélégué Maurice Traoré.  

Aly Tinto

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