jeudi 2 décembre 2021

Journée internationale du droit d’accès à l’information : « 4 ans après, la loi N°051- 2015/CNT portant droit d’accès à l’information est en train de tomber en désuétude et c’est extrêmement grave», dixit Boureima Ouédraogo

inff uneLe 28 septembre est reconnu Journée internationale du droit d’accès à l’information. En 2015, le Burkina Faso est devenu le 7e  pays d’Afrique de l’Ouest et le 17e  à l’échelle de notre continent à avoir voté la loi sur l’accès à l’information. Cependant, 4 ans après l’adoption de la loi N°051- 2015/CNT  sur le droit d’accès à l’information, celle-ci n’est toujours pas entrée en vigueur. Radars Info Burkina est allé à la rencontre de Boureima Ouédraogo, président du comité de pilotage du Centre national de presse Norbert-Zongo, pour savoir ce qu’il en pense ainsi que les actions menées pour interpeller le gouvernement afin qu’il enclenche le processus de mise en œuvre de ladite loi.

La loi N°051- 2015/CNT, portant droit d’accès à l’information publique et aux documents administratifs, a pour objet d’abord de rendre effectif le droit d’accès à l’information publique et aux documents administratifs, ensuite de créer des mécanismes ou des procédures pour une application effective du droit d’accès à l’information. En outre, elle vise à s’assurer que les organismes de service public, conformément à l’obligation de promotion du droit d’accès à l’information, créent, organisent et maintiennent l’information sous une forme et de manière à faciliter la jouissance dudit droit afin de contribuer à promouvoir la transparence, la reddition des comptes, la bonne gouvernance et le développement.

«Nous avons pensé que c’était une loi suffisamment révolutionnaire dans le contexte du Burkina Faso et nous l’avons tous applaudie. Malheureusement jusqu’à présent, aucun décret d’application de cette loi n’a été pris. Pire, la loi prévoyait une institution de recours. Si vous avez besoin d’une information dans une administration et qu’on vous la refuse, vous avez une structure auprès de laquelle vous pouvez introduire un recours pour protester contre le fait que l’administration vous refuse ladite information.  Mais cette structure dénommée Autorité nationale d’accès à l’information publique (ANAIP) n’a jamais été mise en place. Donc c’est une loi pratiquement handicapée, malheureusement sans aucune béquille pour lui permettre de commencer à marcher en attentant qu’on ait le décret d’application. Elle est en train de tomber en désuétude  et c’est extrêmement grave », indique Boureima Ouédraogo.

inff 2L’absence  de loi d’application  et d'agents d’exécution met en difficulté les journalistes dans le cadre de la collecte et du traitement de l’information, selon M. Ouédraogo.

« Le plus dramatique est qu’on a une administration qui a une culture du secret. Même l’information qui devrait être rendue publique ne l’est pas. Quand vous la demandez, les agents de l’administration ont tendance à recourir préalablement  à l’autorisation de leur supérieur hiérarchique avant de vous donner l’information. Ainsi pour une information banale, vous pouvez être obligé d’attendre qu’on en réfère à un ministre. C’est la preuve aussi qu’on a une administration qui n’a pas encore la culture de la transparence ni l’obligation d’informer l’opinion.  Si on y ajoute les questions de mal gouvernance qui font que nos gouvernants sont moins enclins à la transparence et à la recevabilité, cela pose effectivement un sérieux problème  d’accès à l’information, qu’il s’agisse du journaliste ou du citoyen tout court», s’offusque M. Ouédraogo.

Pour lui, le revers de ce genre de pratiques, c’est qu’elles poussent certains journalistes à vouloir effectivement se contenter des rumeurs sans s’imposer un recoupement des informations. « Ce n’est pas forcément de leur faute. Si l’information n’est pas accessible, on a plus ou moins tendance à balancer le peu qu’on a», argumente-t-il.

Des actions ont été menées pour interpeller le gouvernement afin qu’il enclenche le processus de mise en œuvre de la loi susmentionnée.

«Nous avons discuté à plusieurs reprises avec des responsables au plus haut niveau de l’Etat. Nous avons toujours posé le problème. Malheureusement on a l’impression que cela tombe toujours dans l’oreille d’un sourd. Pire, non content de ne pas mettre en œuvre la loi sur l’accès à l’information, on révise le Code pénal pour créer de nouvelles restrictions », précise Boureima Ouédraogo.

Le Burkina Faso est 36e sur 180 pays en matière de liberté de la presse, selon les chiffres de 2019.

Aly Tinto (Stagiaire)

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