jeudi 2 décembre 2021

Société : Qui sont les propriétaires des chambres de passe à Ouagadougou ?

passs uneLes critiques contre les professionnelles du sexe se sont très souvent limitées aux prostituées. Pourtant, derrière ces filles que l’on aperçoit quasiment à poil les soirs sur nos avenues, se cache une industrie du sexe détenue par des hommes d’affaires et politiques puissants. Qui sont les propriétaires des chambres de passe dans la capitale du cinéma ? Radars info Burkina s’est intéressé à ce sujet.

Si certaines personnes ont choisi d’investir dans l’immobilier, le transport ou le commerce, d’autres ont eu l’ingénieuse idée d’investir dans le sexe. Un secteur où des hommes issus de la classe aisée bâtissent discrètement et secrètement un empire financier.

Il est 19h et nous sommes à Dapoya, l’un des quartiers de Ouagadougou où les chambres closes et les domiciles se côtoient. Nous nous approchons du parqueur en nous faisant passer pour un étranger en quête d’une chambre d’hôtel. « Non non, ici ce n’est pas un hôtel !» nous lance-t-il. « Mais on fait quoi ici alors ? » avons-nous répliqué. « Patron, c’est chambre de passe. Si tu veux plus d’informations, va voir le gérant», nous rétorque-t-il.

Nous nous dirigeons vers le gérant, assis derrière un comptoir, avec plusieurs clés et des paquets de condoms sous la main qu’il distribue aux filles qui défilent avec leurs clients. Après quelques minutes de patience, il a enfin le temps de nous accorder un peu d’attention. « Mon frère, ici c’est pas un hôtel. Y’ a des filles ; si tu veux entrer, l’heure c’est 2 000 francs CFA. Ou bien y’a d’autres qui résident ici ;  tu peux négocier avec elles. Si vous vous êtes accordés, tu peux passer la nuit  avec elle», nous indique-t-il.

Nous sommes donc conduit dans la chambre d’une jouvencelle. Des odeurs de parfum nous accueillent à la porte. A l’intérieur de la chambre, plusieurs produits de beauté sont alignés. Au pied du lit, sa valise ainsi que d’autres affaires personnelles sont classées. Le sol est carrelé et il y a une douche interne. Le bâtiment de l’auberge lui-même est de construction récente. Sa qualité fait penser à la fortune déboursée par le propriétaire qui est certainement convaincu de son retour sur investissement.

passs 2Eve est le nom que nous attribuons  à l’occupante de ce studio. Après les salutations d’usage, très brèves, elle nous pose ses conditions « Un coup, c’est 5 000 francs. Si tu veux passer toute la nuit, c’est 40 000. Si tu veux attendre que je finisse et qu’on termine la nuit ensemble, c’est 20 000. Moi-même je paye la chambre à 7 000 par jour.»  

Nous lui proposons de passer toute la nuit avec elle. « Tu vas payer 40 000 ? » nous interroge-t-elle. « Oui, je vais même  ajouter 10 000 pour que ça fasse 50 000 », lui répondons-nous. « C’est vrai ? » nous interroge-t-elle  avec un large sourire qui traduit sa joie face à notre proposition.

Nous profitons de cette joie pour lui lancer une question piège : « Votre auberge est propre ; à qui appartient-elle ? » Aussitôt, notre interlocutrice enjouée nous donne le nom du promoteur de ce bâtiment destiné uniquement à l’activité sexuelle (Ndlr : Nous avons choisi de ne pas divulguer son identité). « Il s’appelle… c’est un homme d’affaires. Il a plusieurs pharmacies. Tu connais pharmacie… ? Ça lui appartient. » Après qu’elle nous a révélé l’identité du propriétaire, nous proposons de sortir pour lui faire un transfert mobile money. Nous profitons de cette occasion pour nous échapper.

Nous nous retrouvons par la suite dans une autre auberge du même quartier. Le gérant nous confie que son patron est un homme d’affaires devenu conseiller municipal. Un habitant du quartier, exacerbé par la montée en puissance de la prostitution, nous explique : « Je connais presque tous les propriétaires des chambres de passe d’ici car je vis depuis plusieurs années. On ne peut rien contre eux. Le plus écœurant, c’est que des hommes politiques comme des députés ou des conseillers municipaux soient propriétaires de chambres closes. Il y a aussi des commerçants et des hommes  de tenue qui en sont propriétaires.»

Les conséquences de la prostitution sont connues (maladies sexuellement transmissibles, dépravation des mœurs…). Depuis toujours, des luttes sans succès sont menées contre ce métier considéré comme le plus vieux du monde. Une immersion dans l’univers des chambres closes permet de mieux comprendre les raisons de ces échecs.

En effet, des barons politiquement puissants et économiquement stables ont décidé de bâtir leur fortune dans les entrailles des filles et de la morale. La lutte contre la dépravation des mœurs, si elle se veut sincère et efficace, doit inclure les promoteurs des chambres ainsi que tous les proxénètes qui font fortune dans l’industrie du sexe.

Péma Néya

 

 

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