vendredi 28 janvier 2022

Prise en charge psychosociale des enfants : « ... L’autisme est mal connu au Burkina Faso... », Boukary PAMTABA, Coordonateur de l’ABAPE

IMG 20180505 WA0002Le handicap physique n’est pas le seul frein au suivi scolaire normal des enfants. Un  trouble appelé autisme est tout autant un obstacle qui empêche les victimes d’avoir un cursus normal. Un obstacle qui n’est heureusement pas rédhibitoire grâce à des structures spécialisées. Au nombre de ces structures, il ya l’Association Burkinabè d’accompagnement psychologique et d’aide à l’enfance(ABAPE) qui depuis 2011, travaille à redonner de l’espoir aux enfants victimes d’autisme.

Combien sont-ils à connaitre l’autisme au Burkina Faso ? Très peu. Tant et si bien qu’il n’y a même pas de statistiques officielles sur la question. Tout juste si Boukary PAMTABA, psychologue, responsable du centre ABAPE sait qu’au niveau mondial, les statistiques  révèlent qu’un enfant sur cent cinquante (150) est touché par le fléau.  Le manque de structures dédiées à la prise en charge des sujets résulte de cette ignorance.

C’est ce  qui a emmené lui et cinq(05) autres collègues tous psychologues de formation à mettre sur pied  une structure associative  en 2011 et qui a mis en place un centre pour prendre en charge les enfants autistes et déficients intellectuels d’âge précoce c'est-à-dire de zéro à douze (12) ans. Les six(06) psychologues sont appuyées par huit (08) monitrices dans le centre qui reçoit une soixantaine de pensionnaires.

Depuis l’association a acquis un renom, mais aussi des soutiens. « Nous sommes en partenariat avec l’université française Marie-Curie la Salpêtrière  de Paris psychomotriciennes, qui chaque année nous envoie des bénévoles. Nous sommes aussi en partenariat avec orthophonistes du monde pour les renforcements de capacités,  parce que la prise en charge demande une équipe pluridisciplaire. En Afrique, nous manquons de spécialités », explique le coordinateur qui se désole que l’autisme soit encore considéré comme une honte. Pour en savoir davantage sur cette  problématique réelle mais occultée, Radars Info Burkina est  allé à la rencontre  du coordinateur au siège de l’ABAPE  sis à Wemtenga. L’intéressé  a bien voulu  lever un coin de voile sur le phénomène.

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                                                                     Enfants etteints de déficience intellectuelle (photo d'illustration)

 

Interview

 

Radars Info Burkina : Comment peut-on définir l’autisme ?

Boukary PAMTABA : Il s’agit d’ un trouble neuro-développemental  qui affecte l’enfant dans trois (03) domaines spécifiques à savoir les troubles de communication, de l’interaction sociale (les enfants autistes ont tendance à se replier sur eux-mêmes) et les troubles de comportement, car au-delà de leur pathologie, ces enfants présentent un trouble de comportement qui les emmène à être impulsifs, hyperactifs ou instables à cause du fait que leur environnement ne les comprend pas toujours.

 

IMG 20180505 WA0001RIB : Quelles sont les activités que vous menez au quotidien pour la prise en charge de ces enfants ?

BP : Nous avons un service pédagogique dont le  rôle est de permettre aux enfants de développer  des pré-requis de base académique parce que si l’enfant retrouve sa sérénité, il peut réintégrer le système classique. L’aspect pédagogique comprend trois niveaux qui sont le niveau 1, le niveau intermédiaire et le niveau 2.Le niveau 1 est relatif aux enfants qui n’ont pas la faculté d’appréhension du stylo et qui sont au stade du gribouillage, alors qu’au niveau intermédiaire, ils sont un peu plus autonomes, puisqu’ils peuvent faire certains dessins et le langage commence à être audible et les troubles de comportement commencent à s’estomper. Et lorsque l’on constate qu’ils peuvent écrire par imitation et sans l’assistance d’un adulte, ils passent au niveau 2 où ils seront capables de faire certains exercices comme les calculs et la lecture. Quelques uns pourront être inscrits au primaire du système classique. Nous menons aussi des activités psycho éducatives qui consistent pour un psychologue de suivre un enfant individuellement pour un objectif précis. Quant aux activités socioéducatives, elles se font en petits groupes de cinq à six avec des enfants dont les compétences sont variées et qui leur permettent d’interagir. Les activités psychomoteurs sont physiques et sportives et elles  permettent à l’enfant d’avoir une aisance corporelle, de coordonner ses actions et d’entreprendre son esprit de créativité, parce qu’il y a un lien prouvé entre le corps et le mental. Nous menons aussi des visites à domicile pour emmener les parents à s’approprier le style éducatif adapté à leurs enfants. Il faut dire que si ce qui se fait au centre n’est pas transposé à la maison, les enfants risquent de « rechuter ».Nous nous intéressons aussi à la manière dont l’environnement familial est organisé, puisqu’il faut adapter l’environnement aux besoins spécifiques de l’enfant.

 

RIB : En faisant quoi par exemple ?

BP : Par exemple, avec les troubles de langage, certains enfants ne peuvent pas demander de l’eau  avec un langage clair. La famille doit faire en sorte à ce que l’eau lui soit accessible ou bien comprendre ses besoins par rapport à ses réactions. Autre exemple, il y a des enfants qui refusent de rentrer dans les toilettes pour effectuer leurs besoins, c’est aux parents de prendre les dispositions idoines. Sans oublier ses relations avec son environnement dans lequel il devrait être en mesure d’interagir même si les parents ont plutôt tendance à cacher leurs enfants de peur des moqueries. Ce qui est doublement handicapant pour l’enfant. Nous conseillons les parents de permettre que leurs enfants interagissent avec d’autres enfants, parce que les enfants apprennent mieux entre eux.

 

RIB : Quelles sont les conditions d’adhésion au centre ?

BP : Notre objectif c’est d’aider les parents qui sont confrontés aux situations de handicap dont leurs enfants font face. C’est dire qu’il n’est pas à but lucratif. Toutefois, pour des raisons évidentes de fonctionnement, nous demandons une contribution des parents. Cette contribution dépend du type de handicap, les frais d’inscription oscillent autour de quarante mille (40 000) francs CFA par mois. Mais, nous les adaptons volontiers au pouvoir d’achat des parents qui souvent  ne peuvent pas faire face aux charges initiales.

 

RIB : Quelles sont les conséquences que la maltraitance des enfants peut avoir sur leur développement psychologique ?

BP : La violence physique a des répercussions psychologiques qui nécessitent une assistance de l’enfant. Nous les traitons à domicile.

 

RIB : Comment expliquez-vous que certaines personnes ont des aptitudes exceptionnelles à leur enfance  qu’elles n’arrivent pas à perpétuer par la suite?

BP : Tout ce que nous reproduisons dans la vie dépend de notre environnement de sorte que quand l’environnement est propice, les enfants adoptent des compétences adaptées à cet environnement, mais il est évident que si cet environnement est persécutant, quand la vie de couple tourne au vinaigre par exemple, cela aura un impact sur le rendement de l’enfant.

 

RIB : Es ce que les enfants issus de votre centre arrivent à s’intégrer normalement au système dit classique ?

BP : Nous avons intégré notre première promotion en classe préparatoire. Nous avons une maitresse qui appuie l’institutrice titulaire. Figurez-vous que les trois premiers de la classe sont tous des anciens pensionnaires du centre ABAPE. Je tiens à rappeler que tous les handicapés ne peuvent pas intégrer l’école classique mais, tous peuvent acquérir une forme d’autonomie susceptible de soulager les parents, parce que le suivi permanent est pesant pour ces derniers. Je précise qu’il n’ y a pas un temps fixe pour que le déclic se produise. Certains enfants y arrivent au bout d’un an passé ici. D’autres durent beaucoup plus longtemps.

 

Propos recueillis par Soumana LOURA

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