jeudi 13 juin 2024

Affaire investisseurs en trading : Leur association souhaite une rencontre tripartite gouvernement-traders-investisseurs

investrading uneLa situation des investisseurs en trading est cette épineuse question qui semble ne pas trouver de réponse depuis près de quatre ans. Même si le gouvernement parle d’escroquerie aggravée, de délit d’apparence, de soustraction frauduleuse à l’impôt, de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, les investisseurs, eux, sont convaincus qu’il ne s’agit pas d’une arnaque. Où se situe véritablement le problème ? Pourquoi la cessation de paiements de plusieurs investisseurs ? Edmond Somé, membre de l’association des investisseurs, apporte des éléments de réponses dans cette interview qu’il a accordée à Radars Burkina.

Radars Burkina : Quel est le mode de fonctionnement de votre investissement ?

Edmond Somé : D’abord je voudrais vous dire que nous sommes des milliers de victimes. Parmi les investisseurs, il y a des ministres, des avocats, des magistrats, des comptables, des banquiers, des politiciens, des FDS (militaires, gendarmes, douaniers, policiers, etc.) des enseignants, des agents de santé (médecins, infirmiers et autres) et des commerçants. Ce n’est pas qu’on se soit engagé comme des gens qui ne savent rien.

Le mode de fonctionnement est que tout investisseur devrait suivre des procédures : déposer le capital dans le compte de la société en banque, présenter le reçu de dépôt des fonds dans les comptes indiqués, choisir le type d'investissement (kama kolo ou forex), choisir le type de paiement (dépôt mensuel ou dépôt à terme), lire, approuver et signer le contrat.

Cependant, certains hommes d'affaires influents et certaines personnalités (députés, ministres, gradés de l’armée, banquiers) et des commerçants ont convenu de la possibilité de déposer directement l’argent dans les agences des sociétés de trading et les banques venaient les soirs dans ces sociétés récupérer les fonds pour dépôt. Ils n’ont pas voulu déposer eux-mêmes l’argent en banque.

 C’est sur cette pratique que le gouvernement s’est basé pour dire qu’il y a un manque de traçabilité et que ce sont de gros montants (100 millions, 1 milliard). Sinon 5 millions, 10 millions, quand tu connais la provenance de ton argent, tu déposes directement en banque sans problème parce qu’en déposant l’argent en banque, on demande l’origine et on sait qui a fait le dépôt. C’est pour cela que le gouvernement parle de « blanchiment d'argent ou complicité de blanchiment », « financement du terrorisme ou complicité de financement du terrorisme ».

Radars Burkina : Quel est le véritable problème des investisseurs en trading actuellement ?

Edmond Somé : Depuis que nous nous sommes engagés, toutes les sociétés de trading payaient convenablement les investisseurs. Tout le monde a été payé, donc ce n’est pas de l’arnaque. D’ailleurs, les responsables des sociétés de trading n’ont jamais dit qu’ils ne peuvent pas payer. Ils tiennent toujours le discours qu’ils ont la liquidité pour payer.

Tout fonctionnait bien sans qu'un seul investisseur se plaigne, depuis la période 2016-2017 jusqu’à 2019 où subitement, avant fin juillet, le gouvernement interdit l'activité parce qu’il estime que les sociétés n’ont pas les compétences nécessaires, qu’elles n’ont pas les attributions, la légalité de lever les fonds (cela est réservé aux banques).

 Les sociétés ont alors demandé au gouvernement de leur permettre de payer au moins les capitaux aux investisseurs, vu qu’elles ont des engagements avec ces derniers. Ce fut un refus catégorique et le gouvernement a bloqué les comptes. Les responsables ont été mis en prison. Nous avons rendu visite à certains qui nous ont dit clairement que c'est le gouvernement qui refuse qu'ils nous paient. Ils ont la liquidité. Ils sont solvables.

Sinon, jusqu’à ce que le gouvernement dise d’arrêter, les sociétés de trading n’ont jamais été mises en défaut de paiements ; il n’y a jamais eu d’insatisfaction. Et jusqu'à présent elles ont la capacité de nous rembourser. Un seul feu vert du gouvernement et nous serons payés avec contrôle des sources des capitaux.

Radars Burkina : Que dites-vous de la procédure judiciaire ?

Edmond Somé : On a libéré les responsables des sociétés de trading sans informer notre conseil. Des enquêtes ont été faites par un juge d’instruction. Après l’expertise nous n’avons pas eu les résultats. Il a fallu que l’expert et notre conseil arrivent dans le bureau du juge d’instruction pour que celui-ci nous remette les conclusions de l’expertise. Les conclusions de l’expertise indiquent que les sociétés de trading ne sont pas solvables. C’est vrai qu’on parle de séparation des pouvoirs, mais le gouvernement peut toujours influencer les décisions.

C’est lui qui a permis que ces sociétés de trading s’installent au Burkina pour travailler. Il est forcément responsable, coupable, donc qu’il s’assume !

On a déjà le terrorisme, il ne faudrait pas qu’on permette à des individus de nous terroriser, ils nous terrorisent depuis trois à quatre ans.

Radars Burkina : Que suggérez-vous au gouvernement pour résoudre rapidement le problème qui n’a que trop duré ?

Edmond Somé : Dire qu’on s’est fait arnaquer, c’est faux. Depuis longtemps, nous avons souhaité une audience avec le gouvernement mais cela ne nous a pas encore été accordé. Nous souhaitons vraiment une rencontre tripartite gouvernement-traders-investisseurs pour connaître les tenants et les aboutissants et trouver une solution à l’amiable, car un mauvais arrangement vaut toujours mieux qu’un bon procès.

Propos recueillis par Flora Sanou

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