dimanche 1 novembre 2020

Fédération burkinabè de football : « Ceux qui sont satisfaits de notre gouvernance sont de très loin les plus nombreux », Sita Sangaré

sta uneLe Colonel Sita Sangaré, à la tête de la Fédération burkinabè de football (FBF) depuis 2012, passera le témoin en août 2020. Dans une lettre datée du 10 mars 2020, le chef d’état-major général des armées, le Général de brigade Moïse Miningou, avait marqué son accord pour la candidature à la présidence de la FBF du Colonel Sangaré. Mais cette autorisation a été par la suite annulée par une dernière lettre du Gal Miningou adressée à l’intéressé. Il invoque des « raisons de service » pour justifier ce refus. Dans une interview que l’actuel président de la FBF a accordée à Radars Info Burkina, il affirme qu’en termes de bilan au cours de ses deux mandats, « ceux qui sont satisfaits de notre gouvernance sont de très loin les plus nombreux ».

 

Radars Info Burkina (RB) : Quel est, en ce qui vous concerne, votre plus grande satisfaction en termes de résultats sur le terrain et votre déception en tant que dirigeant du football burkinabè ?

Sita Sangaré (SS) : Sur le plan des résultats, incontestablement, les Coupes d’Afrique des Nations (CAN) de 2013 et de 2017 m’ont procuré beaucoup de satisfaction. Particulièrement celle de 2017, même si on a été troisième et deuxième en 2013. En 2017, j’ai eu des témoignages des acteurs les plus importants du football qui m’ont avoué que le Burkina était à leurs yeux, et de très loin, la meilleure équipe de cette CAN. Cela a été une satisfaction pour moi de savoir que le Burkina Faso, un petit pays aux ressources limitées, a pu damer le pion aux « grandes nations du football ». Quant à la série des déceptions, c’est vrai que nos deux tentatives de nous qualifier pour la Coupe du monde en 2014 et en 2018 m’ont assurément laissé un goût amer. Parce que j’ai eu le sentiment que nous avions à chaque fois les moyens de nous qualifier. Je rappelle qu’en 2014, nous avons battu au Burkina l’Algérie 3-2 à la phase des play-offs. Au retour, l’Algérie, dans des conditions dantesques, nous a éliminés en gagnant 1-0. Je rappelle que Charles Kaboré avait marqué un but parfaitement valable qui a été refusé pour des raisons que seul l’arbitre peut avancer. Ensuite en 2018, alors que nous étions très bien partis, un fait assez curieux a remis en selle le Sénégal, c'est-à-dire faire rejouer le match Sénégal vs Afrique du Sud. 

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Cela a plombé le moral de nos jeunes joueurs car c’était une décision carrément inédite que près d’un an après les faits, on décide de faire rejouer un match qui a véritablement relancé le Sénégal, qui par la suite s’est qualifié. A cette période, nos Etalons étaient vraiment prêts à aller en Coupe du monde. Ce sont là mes plus grands regrets.

RB : Vous avez sûrement lu à travers des médias une accusation vous concernant. On parle de malversations financières que vous souhaiterez cacher, c’est pourquoi vous aviez souhaité avoir un nouveau mandat. Que répondez-vous à cela ?

SS : Je réponds que c’est puéril et dangereux. C’est vrai que nous sommes dans un monde de passion mais n’oubliez pas non plus que nous sommes dans un contexte d’élection ou chacun avance des arguments. Déjà, c’est vrai qu’en ce qui concerne le football, il y a des fantasmes. Les gens pensent qu’il y a toutes sortes de ressources au niveau de la fédération, tant et si bien qu’on jette l’opprobre facilement sur ceux qui l’animent. En ce qui nous concerne, nous avons pris l’engagement de ne pas quitter sans réaliser un audit, pas seulement sur ces 4 dernières années. Car il y a un audit qui a été commandité sur la période de 2012 à 2020 et qui sera déposé avant notre départ pour vous dire que nous n’avons rien à cacher. Je voulais que les acteurs du football sachent raison garder et arrêtent de se livrer à ce genre de critiques faciles. Je rappelle que nous sommes dans un Etat de droit et qu’il faut éviter de lancer de telles accusations sans le moindre fondement. En ce qui nous concerne, nous avons la conscience tranquille. Je suis sûr que l’audit commandité édifiera tout un chacun.

RB : Pourquoi l’état-major n’a pas accepté votre candidature ? Un autre fait, apparemment vous aviez le Ok et un autre message vient dire que ça ne sera plus possible. Comment vous expliquez cela ?

sta 3SS : Je pense qu’il n’est pas utile de remuer le couteau dans la plaie. Moi, je suis un militaire discipliné. Je n’ai pas de commentaire à faire sur des décisions qui ont pu être prises. Je peux vous assurer seulement qu’en bon soldat, je suis là. Je suis un homme de devoir et interpellé. J’étais prêt à continuer à apporter mon concours. Si l’état-major ou d’autres structures supérieures pensent que je peux être plus utile ailleurs, je me mets au garde-à-vous et je suis prêt à accomplir toute mission pour le salut de notre peuple.

RB : C’est comme si vous allez avoir peut-être d’autres charges qui vous arrangeront mieux que la FBF ?

SS : Je puis vous assurer qu’en ce qui me concerne, je suis peut-être jeune, dans un mois, j’aurai 51 ans, mais je pense plus à l’avenir de mes enfants qu’au mien propre. Cela me fait 30 ans de services bien accomplis même si je suis toujours disponible à aider mon pays, je ne me bats pas pour occuper une quelconque position. Cela ne m’intéresse pas du tout.

RB : Est-ce que vous estimez être un incompris dans votre gestion de la FBF soit par vous, par la hiérarchie ou peut-être même des médias malgré les résultats inédits en 2013 et en 2017 ?

SS : Je pense plus aux médias. Parce que partout où je pars au Burkina, j’ai des témoignages extraordinaires de satisfaction. Au niveau des acteurs de football, je puis vous assurer également qu’il n’y a pas de problème. Vous savez, le football est un monde de passion. Il est donc facile de se faire manipuler. C’est pourquoi j’appelle la presse à se contenter des faits et à ne pas déborder. Je vous dis que nous sommes très satisfaits de ce que nous avons fait. Tous les actes que nous avons posés, nous les avons faits en notre âme et conscience pour le développement du football dans notre pays. Vous ne pourrez jamais empêcher que des gens disent qu’ils peuvent faire mieux. Souvenez-vous que même dans le domaine religieux, aucun prophète de Dieu n’a été épargné par ses contemporains. Les gens les ont toujours été vilipendés et cela n’enlève rien aux messages qu’ils ont donnés. Nous, nous sommes satisfaits et je pense que ceux qui sont satisfaits de notre gouvernance sont, et de très loin, les plus nombreux. D’après le Professeur Laurent Bado, dans une population donnée, la proportion des imbéciles est une constante. Vous ne pouvez pas empêcher des gens de se croire meilleurs, mais l’histoire nous jugera. Je pense que l’histoire retiendra qu’à un moment donné, notre groupe a écrit les plus belles pages de notre football. En cela, nous n’avons pas de mérite particulier parce que c’est le rôle de chaque Burkinabè d’essayer d’apporter le meilleur qu’il peut pour le rayonnement de son pays. Cela, nous l’avons fait et nous n’avons aucune amertume sur le plan parce que nous n’avons fait que notre devoir. Ceux qui veulent venir, nous leur disons de faire attention. Ils peuvent essayer également à leur niveau d’apporter leur pierre mais il faut éviter les attaques gratuites car on est toujours rattrapé par ses propres turpitudes.

Propos  recueillis par Richard Tiéné

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