lundi 8 août 2022

13e jour d’interrogatoire du général Diendéré : « Vous ne pouvez pas affirmer que ceux qui vous ont aidé sont coupables et clamer dans le même temps votre innocence », Me Yanogo

diend uneA l’audience de ce mardi 18 décembre 2018, les avocats de la partie civile ont clos leurs questions et observations au général de brigade Gilbert Diendéré, considéré comme le cerveau du coup d’Etat du 16 septembre 2015. Après trois semaines d’interrogatoire, ils estiment que le général 2 étoiles, bien qu’il réfute sa responsabilité dans la planification et l’exécution du pronunciamiento de septembre 2015, est le chef d’orchestre et le planificateur central de l’arrestation des autorités de la Transition et du changement forcé de régime en septembre 2015. Si la partie civile clame que les éléments contenus dans le dossier démontrent à suffisance le rôle joué par Golf dans les évènements du 16 septembre 2015 et jour suivant, la défense, elle, reste convaincue qu’en prenant les devants au lendemain de l’arrestation des autorités de la Transition, le président de l’éphémère Conseil national de la démocratie (CND) a évité le pire au Burkina Faso ; cela, eu égard aux sombres desseins du Premier ministre d’alors, Yacouba Isaac Zida.

Les avocats de la partie civile, dans la suite de leurs questions et observations au général Gilbert Diendéré, sont restés droits dans leurs bottes : pour eux, l’accusé, contrairement à ses affirmations, a bien panifié et exécuté le coup d’Etat de septembre 2015. Partant de la logique de celui-ci qui est que les auteurs du putsch sont ceux qui ont arrêté Michel Kafando et ses ministres, Me Yanogo en tire la conclusion de la culpabilité du président du CND. En effet, il estime que du moment où la hiérarchie militaire a voulu que ceux qui ont commencé l’action prennent les devants et que le général a décidé de prendre les rênes, c’est la preuve qu’il fait partie des exécutants et n’était donc pas étranger à ce coup de force. « Pour nous, le général fait partie de l’action et l’a poursuivie avec sa déclaration. Pour nous, cette déclaration qui a été rédigée par le général et lue à la télévision est la cheville ouvrière, la pièce maîtresse du coup d’Etat », a-t-il déclaré.

Si le général et sa défense estiment qu’à ce procès le parquet applique une justice à double vitesse, car n’ayant pas inculpé la hiérarchie militaire qui, selon eux, a pourtant posé des actes matériels dans la consolidation du putsch, la partie civile, elle, estime que même si cela est avéré, l’absence du général Pingrenoma Zagré et de ses pairs dans le box des accusés n’ôte pas, pour autant, la responsabilité pénale du général. « Ce n’est pas parce que tous les complices et tous ceux qui ont facilité la consommation du coup d’Etat ne sont pas là que vous n’êtes pas responsables. Il n’y a pas une cause d’irresponsabilité pénale, parce que tout le monde n’a pas été appréhendé, donc l’absence de la hiérarchie à la barre ne dédouane aucunement le général. Vous ne pouvez pas affirmer que ceux qui vous ont aidé sont coupables et clamer dans le même temps votre innocence », a martelé Me Yanogo. Dans cette même veine, Me Séraphin Somé soutient que suivant la logique de l’accusé, le commandement militaire n’est pas le seul absent à la barre. Outre l’absence de ces grandes figures du commandement militaire au moment des faits, il estime qu’il y a aussi le général Diomandé de la Côte d’Ivoire, le colonel Macéra du Togo, certains membres de la famille de Golf, en l’occurrence son fils Serge Ismaël Diendéré qui a aussi posé des actes tendant à la consolidation du coup de force perpétré contre les autorités de la Transition en septembre 2015. « Si l’on avait dit à la partie civile d’établir une liste des accusés, on allait avoir une liste différente de celle qu’on a aujourd’hui. Il ressort de ce dossier que même le fils du général, Serge Ismaël Diendéré, a posé des actes entrant dans le cadre de la consolidation du coup d’Etat, mais il n’est pas là dans le box des accusés. D’autres membres de sa famille devaient aussi être là, mais on ne le crie pas sur tous les toits. Le général Diomandé, l’homme qui a fourni l’armement et l’argent, n’est pas non plus là. Où est le général Diomandé ? Le colonel Macéna du Togo qui a donné les moyens pour parfaire l’action n’est pas là. Mais le général ne s’en plaint pas. L’idéal pour la recherche de la vérité aurait été qu’ils soient là », a-t-il expliqué.

diend 2Sur le fait que le présumé chef des putschistes réclame la libération de ses coaccusés, Me Séraphin Somé assimile cela à une opération de communication du général pour mieux se faire voir par ces hommes. « Aujourd’hui quand vous dites ‘’même si vous voulez, gardez-moi 100 ans, mais libérez les petits’’,  c’est une opération de charme et de communication pour dire à ces petits, je mouille le maillot pour vous, je prends votre défense, alors sachez quoi dire en retour », a-t-il souligné.

Pour son 13e jour à la barre, le présumé cerveau du coup de force de septembre 2015 a insisté de nouveau sur la volonté du Premier ministre de l’époque, le colonel Yacouba Isaac Zida, de rester au pouvoir au-delà de l’échéance prévue pour la Transition. Il a confié au tribunal qu’un des candidats à l’élection présidentielle de 2015, et pas les moindres, lui a fait savoir que le Premier ministre lui a proposé de le soutenir financièrement et avec la fraude électorale afin qu’il remporte l’élection. En contrepartie, le candidat élu devait non seulement lui attribuer le poste de Premier ministre, mais aussi lui laisser la liberté de placer ses hommes aux ministères des Mines et des Infrastructures. Et selon le général, cette proposition indécente aurait été faite également à d’autres candidats dont il ignore les identités.

A l’audience de ce jour, Me Mamadou Sombié, un des avocats de la défense, a fait cas de recel en ce qui concerne le matériel de maintien de l’ordre héliporté par le président du Conseil national de la démocratie (CND) pour empêcher tout débordement lié aux manifestations pendant les évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants. Pour l’homme à la robe noire, ce matériel de maintien de l’ordre est un corps de délit eu égard au fait que certains de leurs clients sont inculpés pour cette infraction. Provenant d’une infraction, il devait, selon Me Sombié, être mis sous scellés. « Il y a un cas de recel et aucune poursuite n’est engagée contre les personnes qui détiennent ce matériel », a-t-il fait remarquer avant de demander au parquet de lui dire où se trouve actuellement ce matériel. S’appuyant sur le livre « Le Général Diendéré parle » du journaliste d’investigation Serge Atiana Oulon traitant notamment de l’insurrection populaire d’octobre 2014 à la page 111,  l’homme à la robe noire se convainc que depuis trois semaines, l’accusé à la barre ne fait que relater la réalité des faits, en ce qui concerne le contexte qui a conduit les hommes de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) à la « faute » le 16 septembre 2015.

Il faut noter que dix mois après l’ouverture de ce procès emblématique, les avocats de la défense sont toujours persuadés que l’instruction a seulement été faite à charge. « Nous sommes dans un déni de réalité des faits. Aujourd’hui, nous constatons qu’on ne retient que les éléments qui plaisent suivant la position dans laquelle on se trouve dans ce procès. Il y a des raisonnements affabulatoires. Il y a trop d’affirmations et pas de démonstrations. Or, c’est de la démonstration que la religion du tribunal sera construite. Il y a de l’affabulation logique inachevée et partisane et une justice à double vitesse de la part du parquet », a noté Me Dieudonné Bonkoungou.

Quoi qu’il en soit, la partie civile estime, au regard des pièces contenues dans le dossier, avoir les éléments nécessaires qui font état de la culpabilité avérée de l’ex-chef d’état-major particulier de la présidence du Faso. De l’attentat à la sûreté de l’Etat à la trahison, en passant par les meurtres, coups et blessures volontaires et l’incitation à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, Me Séraphin Somé et ses pairs sont convaincus que le général de brigade n’est pas blanc comme neige dans cette affaire. Toutefois, ils n’ont pas manqué de dire leur déception du comportement de l’accusé qui, comme Pilate, se lave les mains de ce qui est arrivé dans l’après-midi du mercredi 16 septembre 2015 au Conseil des ministres. « En tant que général, nous croyons qu’il allait reconnaître les faits, expliquer, demander pardon et dire d’excuser les petits, car c’est qui lui qui les y a entraînés. Pour moi, il ne s’est pas défendu, où il ne pouvait pas se défendre », a regretté Me Séraphin Somé. Mais pour le président du CND, n’en déplaise à la partie civile, il n’a fait que relater les évènements tels qu’il les a vécus et ressentis. « Ils (les avocats de la partie civile) ne peuvent pas concevoir que le général dise autre chose. Ils veulent que je vienne dire ce qu’ils ont dans la tête. J’ai dit ce que j’ai fait. Ce que je n’ai pas fait, je ne vais pas le dire », a rétorqué l’officier supérieur face à cette observation de la partie civile. Et son conseil Me Olivier Yelkouni Olivier d’ajouter : « Ce qu’il faut retenir, c’est que le général a cité les actes qu’il a accomplis, qu’il a eu à poser. Il a par exemple reconnu que c’est lui qui a fait lire la déclaration du CND. Si ces actes se trouvent qualifiés d’infraction pénale, il en assume la responsabilité. Voilà sa position. Ce qu’il n’a pas posé comme acte, on ne peut pas diend 3l’obliger quand même à assumer cela… On peut plaider coupable et à la fin être acquitté, ou bien plaider non coupable et être condamné ».

Inexorablement, cet interrogatoire fleuve du présumé cerveau du coup d’Etat de septembre 2015 est en train de se refermer. Après lui, un autre général sera face au juge Seydou Ouédraogo et à ses pairs. Il s’agit du général Djibril Bassolé, qui est inculpé notamment pour des appels téléphoniques avec Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, tendant à consolider le coup de force perpétré, selon l’instruction, par Gilbert Diendéré et ses hommes.

Candys Solange Pilabré/ Yaro

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