jeudi 5 février 2026

prstbalimaLes instruits de l’ancienne génération ont exercé tout dans leur domaine professionnel. C’est le cas du professeur titulaire en sciences de l’information à la retraite Serge Théophile Balima. De journaliste à la télévision nationale, où il a fait des reportages même pendant la guerre Burkina-Mali, il devint ministre de l’Information avant de passer à la recherche pour devenir Pr titulaire. Dans le monde du journalisme, ce sont des milliers de professionnels qui sont passés à son école. Septuagénaire aujourd’hui, l’homme semble avoir toujours la fougue de servir le milieu de la presse burkinabè. Portrait

Né le 1er février 1949 à Bobo-Dioulasso, Serge Théophile Balima est aujourd’hui professeur titulaire à la retraite. Après le Baccalauréat philosophie-lettres, il est admis à faire du journalisme à Strasbourg en France. Après deux années dans cette université, il va chercher à poursuivre l’aventure dans une université pour convenance personnelle. « J’ai senti qu’il y avait un certain nombre de choses qui ne me convenaient pas. J’ai donc demandé à transférer mes dossiers à l’université de Bordeaux où avec un de mes camarades, aujourd’hui disparu, Yaya Drabo, nous avons fait un parcours sans heurts jusqu’au doctorat », a expliqué le professeur. Ce doctorat de troisième cycle n’étant pas suffisant pour lui, Serge Théophile Balima fera un doctorat d’Etat 10 ans après. De retour en Haute-Volta, il est affecté comme fonctionnaire de l’Etat à la télévision nationale où il va gravir tous les échelons jusqu’au poste de directeur de la télévision. A l’avènement de la révolution, le leader de cette révolution va l’appeler auprès de lui pour s’occuper des relations avec la presse internationale. « C’était un homme très organisé qui avait également bien organisé son service de communication et moi j’étais chargé des relations avec la presse internationale », renseigne-t-il.

Son poste à la présidence ne le dédouanait pas cependant de son travail à la télévision nationale où il continuait à servir, à la demande du président Sankara. « Cela m’a amené à faire beaucoup de reportages avec lui à l’extérieur et j’ai eu aussi l’opportunité de participer à des opérations de guerre avec le Mali, hélas, et on allait sur le front pour faire des reportages de guerre. Et chaque fois que je devais y aller, je faisais mes adieux aux membres de ma famille parce que je n’étais pas sûr de revenir vivant », raconte-t-il. Après la révolution, Serge Théophile Balima va se retrouver, par ce qu’il appelle « le jeu des circonstances ou un accident de l’histoire », ministre de l’Information et de la Culture puis ambassadeur du Burkina en France pour faciliter la compréhension entre Paris et Ouagadougou, qui n’était pas au beau fixe. Il va réussir sa mission à Paris qui fut tout de même périlleuse avec les assassinats qu’il y avait dans le pays et la grogne sociale. « C’était la période la plus difficile de ma vie parce que aussitôt arrivé à Paris, il y avait des problèmes avec Henry Zongo, Lengani et j’étais tout le temps interpellé par les Affaires étrangères de France qui ne comprenaient pas cette brutalité qui était utilisée comme méthode de gouvernement. Je n’ai pas eu de chance et encore y a eu la catastrophe avec l’assassinat du Pr Clément Oumarou et là aussi, j’ai été interpellé parce que j’étais en même temps délégué permanent du Burkina Faso auprès de l’UNESCO. Il fallait tout le temps aller s’expliquer sans pouvoir défendre les assassinats », se souvient-il.

C’est après cette période que le titulaire de deux doctorats décide de se lancer dans la recherche à l’université de Ouagadougou : d’abord comme assistant, puis maître-assistant, maître de conférences et enfin professeur titulaire.

Dans le combat pour la liberté de la presse, la période qui a le plus marqué le professeur était celle sous le Conseil national de la révolution (CNR), où certains révolutionnaires voulaient appliquer une sorte de centralisme démocratique pour faire taire les voix discordantes. « C’était un combat difficile, mais le capitaine Sankara était un homme très ouvert qui acceptait tous les points de vue », confie-t-il. Le Professeur ajoute qu’il l’avait d’ailleurs sympathiquement surnommé « le Parisien » à cause de ses habitudes vestimentaires. C’est d’ailleurs son intransigeance sur le bien-fondé de la pluralité des points de vue qui l’a conduit à la tête du ministère de l’Information et de la Culture, où il a aussitôt cherché à élaborer un code de l’information qui serait semi-libéral afin de permettre à l’initiative privée de se développer. C’est d’ailleurs sous son ministère que des médias comme L’Observateur paalga ont vu le jour et cela a ouvert la voie à d’autres médias.

A la retraite aujourd’hui, le Pr Balima se dit toujours disponible pour accompagner les professionnels à travers des avis, des conseils, etc. Il a d’ailleurs mis en place un bureau d’études conseil pour venir en appui aux structures qui ont besoin de réflexion et d’orienter leur communication.

Etienne Lankoandé

awameca uneLa Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) a organisé la 6e édition de la conférence et la cérémonie de remise de prix d’excellence intitulée « Excellence Conférence and Awards (WAMECA) » du 20 au 22 octobre 2022 à Accra, au Ghana. A cette grand-messe, placée sous le   thème  « L’autonomisation des médias et des femmes en Afrique », plusieurs journalistes ont été récompensés, dont Ignace Ismaël Nabolé dans la catégorie entrepreneuriat féminin. Radars Info Burkina s’est entretenu avec le lauréat.

Ignace Ismaël Nabolé, actuellement directeur multimédia à Faso7, a été distingué au WAMECA 2022 à Accra dans la catégorie entrepreneuriat féminin avec son article intitulé « Burkina Faso : Zalissa, amazone silencieuse ». Mais le lauréat a précisé que lorsqu’il écrivait l'article, en janvier 2021, il était journaliste à Burkina24. C’est un sentiment de joie qui a animé Ignace Ismaël Nabolé à la réception de ce prix. « Je suis heureux d'avoir été reconnu par mes pairs. Je suis d’autant plus au regard du nombre de personnes qui étaient en compétition. Dans les 9 catégories, ce sont plus de 950 candidatures qui ont été reçues par les organisateurs. Sortir donc finaliste puis lauréat, c’est plus qu’une fierté », se réjouit-il.

awameca 2Cependant, l’heureux gagnant estime que ce prix est aussi pour lui une invite à redoubler d’effort pour hisser le drapeau burkinabè plus haut. « C'est aussi un appel pour moi à travailler plus, à fournir plus d'efforts afin que ma plume porte plus et que le nom du Burkina Faso résonne encore dans plusieurs autres cérémonies de récompenses à travers le monde », a reconnu le lauréat. Derrière ce prix se cache un travail acharné. Ignace Ismaël Nabolé n’a pas hésité à expliquer sa procédure pour parvenir au résultat final. « C'est un sujet que j'avais identifié depuis 2020 en remarquant des femmes en circulation très tôt les matins chargées de sacs et qui rejoignaient notamment le marché de Baskuy, lorsque je faisais mon sport matinal », souligne M. Nabolé, concernant l’identification de son sujet.

Mais ce sujet ne sera réalisé qu’en 2021 à cause d’un manque de temps. « Etant chef du desk politique en 2020 et au regard de l'actualité, le temps me manquait pour la mise sur papier. J'ai, par la suite, eu un collaborateur en début 2021, Akim Ky, qui m'a rapidement prouvé son envie d'apprendre et de progresser dans le journalisme. Je lui ai donc dit de trouver une dame répondant au profil afin que l'on écrive l'article. C'est ainsi qu'il a repéré Zalissa et la magie s'est par la suite opérée », a expliqué le lauréat. Et de poursuivre ses explications en ces termes : « Pour le reportage donc, à moto, nous avons suivi Zalissa de son domicile derrière Karpala jusqu'à Koubri en la filmant. Le retour aussi a été filmé à partir de mon téléphone portable et j'ai fait le montage afin de produire la vidéo. Cette vidéo Mobile Journalisme (MOJO) a été accompagnée d'un texte. Le texte et la vidéo ont ensuite suivi le processus de correction avec le Rédacteur en chef Abdou Zouré à l’époque ».

A noter que trois Burkinabè étaient en lice dans les catégories Santé (Bassératou Kindo), Lutte contre la corruption (Lomoussa Bazoun) et Entreprenariat féminin (Ignace Ismaël Nabolé). Ce sont Bassératou Kindo et Ignace Ismaël Nabolé qui ont été primés.

La Media Foundation for West Africa (MFWA) organise la West Africa Media Excellence Conference and Awards (WAMECA), conférence sur l'excellence dans le journalisme en Afrique de l’Ouest. Cette conférence sur l’excellence est accompagnée d’une remise annuelle des prix, qui récompense les meilleures œuvres journalistiques en Afrique de l’Ouest. Il faut remplir certaines Conditions pour participer à la WAMECA. D’abord, les candidats désirant participer à la WAMECA doivent être des journalistes venant des pays de l'Afrique de l’Ouest. Ensuite, ils doivent travailler dans des médias audiovisuels ou web. Enfin, ils doivent s’exprimer en anglais, français ou portugais. Il faut noter également que le concours comprend 9 catégories : Télécommunications et technologies de l'information, Droits humains, Santé, Environnement et Autonomisation des femmes, pour ne citer que ceux-ci.

Flora Sanou

forcarm une« Forces armées nationales et populations : synergie pour la reconquête de l’intégrité du territoire national» : c’est sous ce thème que s’est tenue la cérémonie commémorative du 62e anniversaire des Forces armées nationales (FAN) ce 1er novembre 2022 à Ouagadougou. Un événement présidé par le colonel major Kassoum Coulibaly, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, représentant le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré.

Selon le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le colonel major Kassoum Coulibaly, le choix de ce thème se justifie par l’indispensable collaboration entre citoyens et Forces de défense et de sécurité (FDS) afin de constituer un bloc offensif, ou tout au moins défensif, contre tout ennemi de la patrie car sans le concours de tous les Burkinabè, cette lutte ne pourrait être gagnée. Le ministre, représentant le chef d’Etat, a rappelé les objectifs assignés aux FAN, notamment la reconquête, militairement parlant et dans les meilleurs délais, des parties du territoire national sous influence terroriste. A cet effet, l’officier supérieur de l’armée a invité les FAN et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à voler au secours des populations civiles en proie à la crise sécuritaire et humanitaire en leur assurant protection, voire assistance. Et de leur faire remarquer qu’ils ont une obligation de résultats.

forcam 2Par ailleurs, Kassoum Coulibaly n’a pas manqué de rappeler aux FAN qu’elles doivent  travailler à renforcer l’esprit de cohésion, sans lequel il leur serait impossible d’entraîner les populations dans une bonne synergie à leurs côtés. Il a tenu à rappeler que cette guerre ne dépasse pas les FAN et qu’elles doivent travailler au renforcement de l’esprit de cohésion.

« Cette guerre, faut-il le rappeler, n’est pas hors de notre portée, car je ne doute point du potentiel guerrier reconnu aux soldats burkinabè. Il nous faut seulement mieux nous organiser en nous ressourçant régulièrement dans les valeurs fondamentales qui organisent et cimentent la vie au sein des armées. Je vous invite donc à travailler au plus vite au renforcement de l’esprit de cohésion et à recentrer notre action sur les missions qui sont les nôtres et ce, avec professionnalisme », a-t-il martelé.

forcam 3À cette cérémonie, le mérite de 46 éléments de nos Forces de défense et de sécurité, dont une femme, a été reconnu. Ainsi, 5 éléments des FAN ont reçu la médaille d’honneur militaire, 21 la médaille militaire et 7 la médaille de la croix du combattant. On compte aussi 6 sapeurs-pompiers médaillés d’honneur et 7 récipiendaires de médailles commémoratives avec agrafe Mali.

Il faut savoir que la médaille d’honneur militaire récompense les officiers des armées de terre, de l’air et de la gendarmerie nationale qui se sont distingués par leur dévouement à la nation. Quant à la médaille militaire, elle récompense les militaires non officiers des armées de terre, de l’air et de la gendarmerie nationale dans l’exercice de leurs fonctions qui se sont distingués par la qualité de leurs services et leur dévouement à la nation. Elle peut être décernée à titre normal, exceptionnel ou posthume. La croix du commandant, elle, est destinée à récompenser les personnels et les unités militaires des forces armées nationales qui se sont particulièrement illustrés par leur bravoure au cours des opérations nationales ou qui se sont grièvement blessés, ou ont été portés disparus au moment du combat sur le territoire national ou au plan international. Concernant la médaille d’honneur des sapeurs-pompiers, elle récompense les personnels qui se seraient distingués par la durée et la qualité de leur travail à travers les actes ou services exceptionnels dans le corps des sapeurs-pompiers.

La médaille commémorative avec agrafe récompense les éléments des forces de défense et de sécurité ayant passé au moins 45 jours sur un théâtre d’opérations de maintien de la paix.

A noter également que parmi les récipiendaires, il y avait un soldat atteint de cécité, handicap survenu suite à des blessures au cours d’une opération militaire sur l’axe Ganzourgou-Djibo.

Flora Sanou

toussainChaque 1er novembre, les chrétiens catholiques célèbrent la vie des saints dans l’Eglise à travers des célébrations eucharistiques. Une dévotion particulière soumise aux fidèles, dira le Père Wenkuni Emmanuel Kientéga, religieux camillien et formateur au Juvénat Saint-Camille garçons, qui s’est confié au micro de Radars Info Burkina à l’issue de la célébration. Selon ce dernier, seul Dieu est saint et les hommes reflètent la lumière de Dieu. Interview

Qu’est-ce que la Toussaint ?

Comme son nom l’indique, c’est une fête de tous les saints. C’est la fête de tous ceux qui ont bien vécu et dont le témoignage est reconnu et attesté par l’Eglise et qui sont reconnus comme tels. On peut dire qu’il y a une multitude de saints connus et inconnus depuis l’ancienne alliance, l’Ancien Testament, le Nouveau Testament. Et jusqu’à la fin des temps, on aura toujours des gens dont le témoignage de vie reflètera la sainteté de Dieu.

Comment sont désignés ces saints que l’Eglise célèbre en ce jour ?

L’Eglise proclame quelqu’un saint après de nombreuses enquêtes, après des éléments factuels probants qui donnent la preuve que l’intéressé est déjà entré dans la félicité céleste au paradis. Ça, ce sont les saints que nous connaissons ; mais on peut dire que leur nombre est infime par rapport à la multitude de saints, comme le dit la Parole de Dieu, le livre des apocalypses, une multitude innombrable. Donc beaucoup de gens ont vécu saintement dans l’humilité, dans la discrétion. Donc c’est aujourd’hui qu’on célèbre toutes ces personnes, la sainteté de Dieu manifestée dans la vie des hommes. On proclame que c’est Dieu seul qui est saint mais, comme on le dit, Dieu est la source de la lumière et les hommes reflètent la lumière de Dieu. Le témoignage de ses saints permet aux hommes d’avoir des modèles pour pouvoir savoir que la sainteté est aussi possible et pouvoir aussi imiter Dieu. Dieu nous demande aussi d’être saints comme lui. C’est le sens de cette fête d’aujourd’hui.

Célébrer des saints, est-ce à dire qu’on prie les saints ou qu’on prie pour les saints ?

Nous prions Dieu et nous le magnifions à travers la vie des saints. Donc nous proclamons la beauté de Dieu que les saints reflètent. C’est comme un objet qui reflète la lumière du soleil. Ce n’est pas l’objet même qui est la source de sa lumière, sa lumière vient du soleil. Donc Dieu nous donne ces éléments auprès de nous, près de nous pour que nous puissions les imiter. Savoir que c’est possible aussi de refléter comme eux la sainteté. Ce sont des modèles, des exemples à imiter et avec la rédemption accomplie par Jésus-Christ. Dieu unit dans la même communion l’Eglise du ciel et l’Eglise de la terre. La célébration des saints permet d’être en communion avec ceux-ci et leur prière soutient la foi des chrétiens en marche pour qu’un jour ils puissent se retrouver ensemble dans la félicité céleste.

Pourquoi un 1er novembre qui coïncide avec la clôture du mois de Marie et le début du mois des âmes du purgatoire ?

Les solennités sont des temps forts où l’Eglise invite les fidèles à s’appliquer à une dévotion particulière. Le mois de novembre, nous constatons qu’en général on le commence par la célébration des saints, et le lendemain on commémore les défunts, c’est-à-dire qu’on implore Dieu pour les défunts. Ça veut dire que la prière commune des saints porte nos défunts qui sont en marche, qui doivent arriver au paradis mais qui ne sont pas encore totalement purifiés. Pour être au ciel, il faut être pur. Nous savons que nous pouvons quitter ce monde sans totalement être pur. Nous bénéficions de la grâce pour aller au paradis mais il reste quelques éléments de purification et c’est cela qui fait que nous prions beaucoup pour les défunts.

Quelles sont les activités prévues lors de la fête de la Toussaint ?

Aujourd’hui c’est la célébration, c’est la fête comme toutes les autres fêtes. L’activité principale, c’est la célébration eucharistique. Une célébration eucharistique solennelle propre où les textes sont choisis en fonction de notre foi en la résurrection des morts, en la vie éternelle, en la communion des saints. Donc c’est ça, la principale activité qui traduit notre foi. Les autres sont des activités festives qui se greffent à l’élément principal, et là chacun y va de son initiative. Sinon il n’y a pas d’activité standard en dehors de la célébration liturgique.

Quel est le message aux fidèles ?

Le message aux fidèles, c’est d’approfondir un peu leurs connaissances sur la doctrine chrétienne, sur un certain nombre d’éléments de notre foi, comme la prière des saints. Pour certains chrétiens souvent, ce n’est pas clair. Mais en essayant d’approfondir notre foi, nous vivons avec davantage de ferveur cette journée et profitons davantage de ces grâces. Il en va de même pour toutes les autres fêtes comme Noël, Pâques : il faut approfondir les éléments de la doctrine sociale, approfondir les éléments de la foi pour vivre avec ferveur et accueillir les grâces spirituelles ; c’est ça, l’essentiel.

Pourquoi parmi les chrétiens ce sont les catholiques uniquement qui fêtent la Toussaint ?

Nous célébrons la sainteté de Dieu et cela peut créer souvent des amalgames avec les chrétiens protestants qui croient que nous prions des saints, des êtres humains et non Dieu. Non, nous magnifions Dieu et les merveilles qu’il a accomplies dans la vie des êtres humains. Parmi les saints que nous vénérons, il y a la très sainte vierge Marie, un être humain qui a été choisi depuis des siècles par Dieu et préserver du péché pour pouvoir mettre au monde l’enfant de Dieu. Pour une telle mission, il faut être sans péché ; il faut être sans tache. Nous ne prions pas la vierge Marie, nous honorons de façon spéciale la merveille que Dieu a réalisé dans la vie de la très sainte vierge Marie. C’est peut-être ces nuances que certains n’arrivent pas à comprendre.

Etienne Lankoandé

emmazoungLe lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana ne sera pas mis en liberté provisoire. C’est en tout cas la décision rendue par la chambre criminelle de la Cour de cassation, la plus haute juridiction dans l’ordre juridique burkinabè, ce jeudi 27 octobre 2022 à Ouagadougou.

L’espoir de Me Paul Kéré d’une décision de la Cour de cassation qui aurait permis au lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana de respirer l’air frais de la liberté s’est estompé. En effet, la Cour de cassation n’a pas « cassé la décision de la chambre de contrôle du tribunal militaire », comme le souhaitait l’avocat du prévenu.

Après cette décision, Radars Info Burkina a joint au téléphone l’homme en robe noire pour mieux comprendre la décision de la juridiction suprême du Burkina. Selon lui, la demande du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana a été déclarée recevable par la Cour de cassation mais celle-ci a également déclaré la demande mal fondée.

« Ce jour 27 octobre, la chambre criminelle de la Cour de cassation a déclaré recevable le pourvoi formé par le colonel Zoungrana mais l'a déclaré mal fondé », a souligné l’avocat Kéré.

De l’avis de l’homme de droit, les juges n'ont pas voulu céder à la pression. « On pourrait être tenté de dire qu'en rejetant le pourvoi, les juges n'ont pas voulu céder à la pression des manifestants qui réclamaient la libération du lieutenant-colonel Zoungrana », a affirmé Me Kéré.

Ainsi, l’avocat estime que si toutefois cela est fondé, c’est que les hauts magistrats ont violé leur serment car ils devraient rester insensibles aux réactions de la rue et prendre leur décision en toute tranquillité.

« Si tel est le cas, le problème de l'indépendance des magistrats se pose avec acuité avec en toile de fond la violation par les hauts magistrats de leur serment car le magistrat doit rester insensible au son des sirènes de la rue et prendre ses décisions en toute sérénité. La refondation du système judiciaire est plus que nécessaire pour une bonne administration de la justice », a-t-il soutenu.

L'avocat attend donc la justification du juge concernant le rejet de la demande de mise en liberté provisoire, pour savoir la conduite à tenir. Il déclare : « Dans l'attente de la rédaction de l'arrêt de rejet du pourvoi, on peut dire juridiquement que le moyen du défaut de réponse à prétention est incontestablement un moyen de cassation ».

Par ailleurs, le 19 octobre dernier, Me Paul Kéré avait déclaré face à la presse qu’il entendait saisir la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Abuja, si jamais la Cour de cassation venait à donner un avis défavorable à la requête de la mise en liberté provisoire de son client.

Interrogé sur cet aspect, Me Kéré confie qu’après lecture de l’arrêt de la Cour de cassation, une éventuelle saisine de la CEDEAO serait envisagée.  

« Nous allons nous réunir pour envisager éventuellement la saisine de la CEDEAO. Et bien sûr après lecture de l'arrêt de la Cour de cassation », a déclaré Me Kéré.

Enfin, les sympathisants qui étaient présents à la Cour de cassation, espérant voir leur leader être libéré, disent être déçus de cette décision.

Abdoul Razakou Koanda, l’un des manifestants, peste : « Nous ne sommes pas contents. La justice burkinabè n’est pas là pour le peuple, elle est là pour l’argent. Elle ne fait pas son travail. Nous n’avons même pas de justice. Tout ce que nous voulons, c’est la libération du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. »

En rappel, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana a été incarcéré le 10 janvier 2022. Il est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’État et blanchiment de capitaux. Il a été mis en liberté provisoire le 2 février 2022, pour les faits d’atteinte à la sûreté de l’État. Cependant, il a été maintenu en prison pour les faits de blanchiment de capitaux.

Le 12 octobre dernier, sa demande de liberté provisoire avait été rejetée par la chambre criminelle du tribunal militaire.

Flora Sanou

crei iLa faîtière régionale des organisations professionnelles de l'économie informelle du Centre qu’est  le CREI-C a tenu une conférence de presse ce mercredi 26 octobre pour rejeter la nomination de Donatien Nagalo à la tête du ministère du Commerce. Pour Harouna Kaboré et ses camarades, ce n’est pas une personne à la probité morale irréprochable qui a été promue à la tête de ce département ministériel. Ils exhortent donc le président du Faso à vite « corriger cette erreur de casting ».

« Nous avons attendu avec impatience la mise en place de ce gouvernement censé relever les défis qui se posent à notre pays en général et à notre fragile économie en particulier », a souligné d'entrée de jeu Harouna Kaboré, secrétaire général du Conseil régional de l'économie informelle du Centre (CREI-C). Ce fut donc un choc pour le CREI-C, selon lui, d'apprendre et de constater que le portefeuille du commerce a été confié à Donatien Nagalo. D’après les conférenciers, ce dernier s'est « rendu coupable de faits d'escroquerie aggravée auprès de pauvres commerçantes de la capitale avec sa structure appelée SYNACOM-B ». En effet, précise Moussa Dabo, président du CREI-C, beaucoup de Burkinabè, particulièrement des Ouagavillois, ont été temoins de l'escroquerie organisée par ce dernier pour soutirer de l'argent à de vieilles personnes de l'économie informelle sous prétexte qu'il leur trouverait des financements. Des organisations ont même sollicité l'intervention du president du Faso à l'époque, Roch Marc Christian Kaboré, pour permettre aux victimes de rentrer en possession de leur dû.

Ils demandent donc à l’actuel président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré, ainsi qu’au Premier ministre, Me Apollinaire Kyélèm, de diligiter une enquête de moralité sur le fraîchement nommé ministre du Commerce, et d’en tirer toutes les conséquences, le cas échéant, en remplaçant ce dernier par un autre Burkinabè dont la probité morale est irréprochable.

Le CREI-C, pour sa part, dit suivre de près l'évolution de la situation. En tout état de cause, il prévient qu’il ne se laissera pas imposer un ministre.

Etienne Lankoandé

titure uneAprès le coup d’Etat du 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a été désigné président de la transition à l’unanimité le vendredi 14 octobre dernier par les forces vives lors des assises nationales. Il a prêté serment ce vendredi 21 octobre 2022. Radars Info Burkina a recueilli les avis de quelques citoyens sur la question. Pour la plupart de ceux que nous avons interrogés, cette investiture n’avait pas lieu d’être.

Michel Ouédraogo, citoyen lambda, s’est exclamé ainsi lorsque nous lui avons demandé son avis : « C’est quelle histoire ça ? C’est n'importe quoi ! Donc c'est légal maintenant, les coups d'État ?»  « Quand on fait un coup d'État, c'est qu'il y a urgence. Tu as fait ton coup d’Etat, il faut l’assumer. Cette question d’investiture, c’est pour faire plaisir à la communauté internationale, sinon nous n’en avions pas besoin », a-t-il ajouté. « Nous sommes contre cette théâtralisation du Conseil constitutionnel. Cela nous met en retard.  Il faut qu’on abandonne ces pratiques, qu’on se mette au travail et qu’on aille à l'essentiel », a conclu M. Ouédraogo.

Pour Ibrahima Traoré, président de l'Association des citoyens leaders (ACLE), c'est un acte anticonstitutionnel et ce n’était pas nécessaire. « Je pense que ce n'était pas nécessaire. C'est un président élu qui prête serment. Le capitaine Traoré a dit que tout est urgent, qu’il faut aller vite. C'est dans cette dynamique qu'il devait s'inscrire », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « En principe, il ne devait même pas avoir le temps d'organiser des assises, encore moins de se faire investir président ».

TITURE2« Les spécialistes en droit sont unanimes que c'est un forcing que les militaires font aux grands juges du Conseil constitutionnel. Vu le contexte, l'officier Traoré aurait dû faire l'économie de ce cinéma », a soutenu Ibrahima Traoré. Pour cet interlocuteur, il faut que le capitaine-président pose des actions fortes qui vont rassurer et donner davantage d'espoir aux Burkinabè. Ainsi, à son avis, le capitaine Traoré aurait dû se passer des assises, de l’investiture et même de l’ALT. « Ces questions d'assises nationales, d'Assemblée législative de Transition (ALT) et d'investiture vont contribuer à ralentir et à limiter sa marge de manœuvre sur le terrain. Il aurait dû faire l'économie de tout cela. Il allait alors être beaucoup plus opérationnel et efficace sur le terrain », a-t-il souligné.

Selon Larba Israël Lompo, président de l’association Œil d’Afrik, le coup d'Etat est déjà par essence une violation de la Constitution et cette prestation de serment est pour le nouvel homme fort du pays une manière de se réconcilier avec ladite Constitution. « Depuis la chute du mur de Berlin, la géopolitique a changé. Un président non reconnu par la Constitution, n'aura pas les mains libres pour exercer librement et légalement à un certain niveau le pouvoir d'Etat.

 Mais on a l'impression que les violeurs de la Constitution par coup d'Etat ne se rendent compte de l'importance de celle-ci que lorsqu'ils veulent entrer eux-mêmes dans l'exercice du pouvoir d'Etat.

C'est alors qu'ils apprennent que pour être reconnus à un certain niveau des obligations de la nation et devant la communauté internationale, il leur faut se réconcilier avec cette loi fondamentale qu'ils ont violée par le pouvoir des armes. Voilà pourquoi on observe toute cette mascarade de prestations de serment avec l'ultime promesse de devenir le défenseur acharné de cette même Constitution », explique-t-il.

titure3A son avis, cette prestation de serment de présidents issus de coups d’Etat est une manière de légaliser les coups d'État et c'est exactement pour ça qu'un coup d'Etat en appelle un autre. La loi fondamentale n'a de force que lorsqu'elle est loin des kalachnikovs. Ainsi, selon lui, l'armée burkinabè a besoin d'aller à l'école de l'armée sénégalaise. Car, dit-il, « on ne peut pas continuer à tolérer que la présidence continue à être le terrain de compétition du soldat le mieux entraîné ou le mieux équipé. Le véritable problème du Burkina Faso, c'est son armée qui pense que le pouvoir ne doit rester que dans les mains de ceux qui ont les armes parce que depuis les indépendances, elle ne cesse de traumatiser la Constitution, même si le politique civil aussi a failli », a longuement expliqué notre interlocuteur.

Selon le coordonnateur national de la Coalition nationale pour l’éducation pour tous au Burkina Faso (CNEPT-BF), Tahirou Traoré, dans un régime d'exception, une investiture comme celle du capitaine Ibrahim Traoré par le Conseil constitutionnel ne s'imposait pas. Mais étant donné qu'il y a une jurisprudence en la matière, on ne peut que faire le constat, selon M. Traoré.

Flora Sanou

sergetheophileLe monde des médias au Burkina Faso a célébré le jeudi 20 octobre 2022 la Journée nationale de la liberté de la presse. Pour le Professeur Serge Théophile Balima, outre des défis comme ceux relatifs à l’éthique, à la déontologie et au professionnalisme, il y a celui même de la sécurité du métier de journaliste qui est de taille. Faisant un rappel historique, le professeur titulaire de sciences de l’information et de la communication admis à la retraite depuis près de 8 ans raconte dans les lignes qui suivent les péripéties de la lutte pour la liberté de la presse au Burkina Faso.

Radars Info Burkina : A partir de quelle date la problématique de la liberté de la presse a commencé à se poser au Burkina Faso ?

Pr Serge T. Balima : Moi, je dirai que c’est même depuis les indépendances. Aussitôt que nous avons accédé à la souveraineté internationale, la question de la liberté de la presse s’est posée, d’abord à travers l’action syndicale qui devait être relayée à travers les canaux existants à l’époque. Ces canaux étaient d’abord officiels, mais à côté il y avait beaucoup de publications imprimées qui circulaient comme des feuilles d’information et permettaient aux militants d’accéder à l’information. Souvent ces publications faisaient l’objet de répression de la part du pouvoir, qui ne comprenait pas comment on pouvait promouvoir des informations qui remettaient en cause la pertinence de ses décisions dans certains domaines. Et au fur et à mesure, la presse privée est apparue avec le journal L’Observateur en particulier, qui a su s’affirmer sur la scène médiatique en ouvrant ses colonnes aux intellectuels. C’est une initiative qu’il faut saluer parce qu’à cette époque-là, les intellectuels écrivaient beaucoup. L’Observateur n’avait certes pas beaucoup de journalistes, mais ses productions étaient bien fournies grâce aussi à des interventions extérieures. Cette pluralité des idées de cet organe de presse lui a donné une certaine crédibilité à tel point qu’après la IIIe République sous la révolution, il y a une fraction relativement sectaire qui s’en est prise à ce quotidien. Evidemment cela a suscité l’émoi dans le milieu des défenseurs de la liberté de presse. Donc ça fait déjà quelques années, on peut le dire, que les gens se battent pour cette liberté de la presse, avec les Norbert Zongo par la suite et vous savez ce qui lui est arrivé, il a donné sa vie pour la liberté de la presse et depuis cette date le Burkina a fait beaucoup d’acquis et les pouvoirs ont compris qu’il fallait carrément céder cet espace à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont des idées et qui peuvent contribuer à l’amélioration de la gouvernance.

Radars Info Burkina : Après Norbert Zongo, est-ce qu’on a d’autres icônes du domaine qui se sont battues pour la liberté de la presse, même si elles n’y ont pas laissé la vie comme lui ?

Pr Serge T. Balima : Je pense qu’il faut penser à un certain Boniface Kaboré, qui avait créé un hebdomadaire à son temps et qui essayait de faire passer un certain nombre d’idées, notamment des idées syndicales. Je pense que nous pouvons citer également le doyen Edouard Ouédraogo qui s’est battu pour cela. Et en ce sens, il a été soutenu par l’un de ces frères, en l’occurrence Martial Ouédraogo, qui était un industriel à l’époque et qui a accepté d’investir dans le journal. Il faut rendre hommage à tous ces grands hommes. Il y a également Boureima Jérémie Sigué qui s’est battu pour la liberté de la presse, qui a beaucoup souffert à un moment donné sous la révolution et a dû même s’exiler quelques années, mais l’appel patriotique à son niveau a été tellement fort qu’il est revenu au Burkina et a créé son journal, Le Pays. La nouvelle Constitution d’alors, celle de la IVe République, a permis à ce journal de surtout développer un certain nombre d’idées démocratiques et tout cela, je crois, a contribué à assainir et à agrandir l’espace médiatique.

Radars Info Burkina : Comment appréciez-vous le niveau de la liberté de la presse aujourd’hui au Burkina?

Pr Serge T. Balima : Aujourd’hui, la liberté de la presse au Burkina est même plus qu’acceptable. Il faut être réaliste. Il ne faut pas rêver d’une liberté absolue, ça n’existe nulle part au monde parce que l’espace de liberté est aussi un espace de pouvoir ; c’est un espace d’enjeux de pouvoir, de lutte permanente, à tel point qu’il faut toujours rechercher des compromis existentiels, parce qu’il y a des proues de pouvoir qui s’exercent sur les médias, donc il y a comme une lutte d’influence. Cela fait qu’on a l’impression que parfois, on veut limiter la liberté des journalistes, mais en réalité c’est une lutte pour la conquête du pouvoir. Alors, il faut l’accepter comme telle mais, de manière générale, on peut dire qu’au Burkina Faso, nous avons quand même la liberté de la presse. Mais c’est un terrain qui n’est jamais définitivement acquis, il faut rester vigilant, éviter de commettre des fautes professionnelles graves qui pourraient donner raison aux détracteurs de la liberté de la presse. Donc ce qu’il y a à faire, c’est de demeurer exemplaire, de respecter la déontologie, l’éthique dans bien des cas, pour donner plus de dimension, plus de grandeur au métier et à tous ceux et toutes celles qui l’exercent.

Radars Info Burkina : Quels sont les défis auxquels les médias burkinabè font face au quotidien ?

Pr Serge T. Balima : Le premier défi, pour moi, reste la question de la formation. Ce n’est pas parce que certains n’ont pas fait des écoles de journalisme qu’ils ne sont pas formés en tant que tels. Mais la formation en journalisme, il y a deux voies. On peut se former directement par l’école, mais on peut se former aussi sur le tas, à partir du milieu professionnel, mais à condition d’avoir des encadreurs rigoureux qui vous apprennent non pas seulement à lire et à écrire, mais aussi qui vous apprennent à accéder à des types de méthodes, notamment le doute méthodique qui est l’un des piliers de la profession, et qui vous donnent un certain nombre d’enseignements qui permettent à ces gens qui ne sont pas passés par l’école d’avoir plus de rudiments pour exercer le métier. Et ceux qui sont passés aussi par l’école doivent se dire que la formation n’est jamais achevée en journalisme. Chaque année, le journaliste doit donc toujours se former, c’est-à-dire se cultiver, s’instruire davantage, accroître ses sources d’informations et savoir les respecter, savoir les exploiter et ça, c’est une formation permanente dans laquelle doit s’inscrire tout journaliste qui exerce la profession. Le deuxième défi qui relève plus de la vertu et de la morale, c’est l’humilité. Le journaliste doit être humble parce que c’est un serviteur qui n’a pour boussole que ses lecteurs, ses auditeurs et ses téléspectateurs. Seuls compte pour lui, en priorité, ces différents acteurs de la société que je viens de citer, et non pas les pouvoirs établis. Et ce comportement, qui relève plus de l’éthique, n’est pas toujours très bien assimilé par certains, qui préfèrent suivre dans bien des cas, les lignes de pouvoir, plutôt que de suivre les lignes de la société. Et je pense qu’il y a un choix à faire de la part du journaliste et c’est de toujours choisir l’intérêt du plus grand nombre, l’intérêt de la société, c’est cela qui doit toujours primer. Le troisième défi à relever, il est d’ordres social et économique, c’est-à-dire comment faire pour que le journaliste qui accède à ce métier puisse avoir une carrière accomplie jusqu’à sa retraite. Ça veut dire que le métier doit être suffisamment sécurisé, pour qu’il y ait un plan de carrière pour les journalistes, pour qu’ils puissent non seulement se nourrir et s’occuper convenablement de leurs familles à partir des revenus obtenus par l’exercice de ce métier, mais aussi connaître une certaine évolution dans l’échelle sociale à partir de l’exercice de ce métier. Et ça, c’est un défi majeur qui fait que tant qu’il n’est pas vraiment relevé, le journaliste s’expose toujours à de petites corruptions et aux per diem, à la « recherche du communiqué final » comme on dit ; or cela est de nature à dénaturer la profession de journaliste.

Interview réalisée par Etienne Lankoandé

 

jnlp uneLa célébration de la 24e édition de la Journée nationale de la liberté de presse (JNLP) s’est tenue ce jeudi 20 octobre 2022 à Ouagadougou. Certains acteurs du secteur de l’information se sont prononcés sur l’état de la liberté de la presse. Un rapport a également été présenté sur l’état de la liberté de la presse en 2021.

La liberté de la presse au Burkina Faso semble en régression, le pays occupant le 41e rang sur 180,  selon un classement de Reporter sans frontières. A l’occasion de la Journée nationale de la liberté de la presse, le rapport sur l’état de celle-ci courant 2021 a été présenté par le Dr Lassané Yaméogo, chercheur en information et communication au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST). Selon lui, ledit rapport indique une régression sans précédent de l’indice de la liberté de la presse.

Ce recul est dû aux actes de violation de la liberté de la liberté de la presse. Par exemple en 2021, il y a eu l’assassinat de deux journalistes espagnols à l’est du Burkina Faso, dans l’exercice de leurs fonctions. Toujours en 2021, il y a eu l’enlèvement d’animateurs de radio à l’Est et au Sahel.

A cela s’ajoutent le saccage des installations de radios communautaires et la coupure d’Internet intervenue en novembre 2021 ainsi qu’en janvier 2022. Au-delà de tout cela, il y a la question du traitement salarial des journalistes parce qu’une formation de qualité suppose qu’évidemment celui qui la porte à la connaissance de l’opinion soit indépendant des pouvoirs établis, des lobbies et des forces politiques établies.

jnlp2Malheureusement, il se trouve que le constat est qu’il y a une précarité qui met les journalistes dans une situation où l’exercice de la liberté de la presse se trouve un peu dévoyée. Face au contexte actuel du pays, il sied d’améliorer les textes et lois pour faciliter l’exercice du métier de journalisme, selon Abdoulaye Diallo.  « Les nouvelles autorités disent qu’elles veulent aller vite et nous leur demander d’aller vite pour faire adopter ces textes et lois que nous avons relues pour empêcher les lourdeurs administratives dont elles parlent afin que les journalistes ne soient plus bloqués et qu’ils aient plus facilement accès à l’information pour faire leur travail ; car, la matière première du journaliste, c’est l’information. Donc il a besoin d’y avoir accès », soutient Abdoulaye Diallo.

A son avis, quand on permet aux journalistes d’exercer le métier librement, c’est une sorte de pression qu’on leur met. Ainsi, la meilleure façon, le meilleur service qu’on puisse rendre aux journalistes, c’est de créer les conditions de liberté d’exercice de leurs fonctions, créer un environnement favorable à l’exercice du métier.

Interrogé sur la liberté d’expression des journalistes burkinabè, Boureima Salouka, journaliste-formateur, estime que le journaliste burkinabè est assez libre mais certaines contraintes l’empêchent d’être totalement libre dans le sens d’exercer convenablement son métier au service des citoyens. Parmi ces contraintes, il y a les conditions matérielles dans lesquelles les journalistes évoluent avec des salaires qui ne permettent pas de s’épanouir tant individuellement que professionnellement. Il y a aussi l’arsenal juridique souvent qui empêche les journalistes de donner les meilleurs d’eux-mêmes avec des restrictions, notamment avec cette situation sécuritaire qui est fortement dégradée.

jnlp3Enfin, il y a l’ensemble des contraintes liées à notre société où jusqu’à présent, nombreux sont des Burkinabè qui n’ont pas encore compris ce qu’est un journaliste, quels sont son rôle et son utilité. Ainsi, ils ont une tendance à vouloir régenter ces journalistes, à les menacer comme ce à quoi nous assistons ces derniers temps dans notre pays. Outre ces contraintes, d’autres facteurs entrent en jeu. En effet, selon Boureima Salouka, la situation est rendue difficile pour les journalistes en ce sens que la pratique journalistique au Burkina est beaucoup plus du journalisme institutionnel où malheureusement les hommes de médias sont à la remorque des autorités où les organisations de la société civile qui organisent à longueur de journée des conférences de presse où généralement il n’y a pas grand-chose à dire. Au regard de cela, « il faut que les journalistes se disent eux-mêmes que ce n’est pas aux autres de tenir le micro et la plume et d’écrire à leur place. C’est à eux de pouvoir déterminer c’est quoi une information, qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qui mérite d’être sur la place publique », a-t-il souligné.

Cependant, « cela est rendu difficile dans un contexte où on a l’impression qu’il n’y a pas d’autorité directe qui s’adresse aux journalistes en ce sens qu’il y a des évènements qui se passent où les journalistes ont besoin d’informations mais il n’y a pas de répondant. Cela laisse place à la rumeur et à tout ce qu’il y a comme désinformation qui contribue malheureusement à tout ce que nous avons comme problème aujourd’hui ».

Pour améliorer les conditions de travail des journalistes burkinabè, Boureima Salouka pense qu’il y a beaucoup de choses à faire.

« Il y a beaucoup de choses à faire pour améliorer les conditions de travail des journalistes parce que ce n’est pas uniquement au niveau des autorités qu’on travaille à améliorer le cadre juridique d’exercice du métier de journalisme », a-t-il avancé.

Pour lui, l’ensemble de ceux qui sont promoteurs de médias doivent réfléchir à des modèles économiques qui soient beaucoup plus innovants et adaptés à la réalité de notre pays pour permettre à ces entreprises d’être viables mais pas être viables dans le sens que de faire du profit et ne pas être au service des citoyens parce qu’être journaliste, c’est être au service des citoyens.

Par ailleurs, les journalistes ont eux-mêmes un grand effort intellectuel à faire :  celui d’être humbles, d’aller à l’écoute des citoyens et aussi d’accepter de s’engager à produire l’information de qualité de terrain et dans les langues nationales pour la majorité des citoyens qui ne comprennent pas français.

Flora Sanou

vdiassoSon parcours n’est pas un fait du hasard ! Dès le lycée, elle évoquait son rêve ardent de devenir un jour journaliste. Fascinée par la prestance de son homonyme Vanessa Mariam Touré, ancienne présentatrice vedette de la télévision nationale, elle s’était éprise de cette profession d’Homme de médias. Radars Info Burkina rend en ce 20 octobre, Journée nationale de la liberté de la presse, hommage à l’une des rares rédactrices en chef d’une télévision privée burkinabè. Flash-back sur le parcours de Vanessa Cailly Diasso, journaliste de formation et de profession, chef de la rédaction de Burkina Info.  

Candide, d'un tempérament calme, derrière sa relative timidité se cache une journaliste sympathique, cultivée et ouverte aux critiques. Dévouée à sa profession, Vanessa Diasso est une fierté dans le paysage audiovisuel du Faso, selon de nombreux journalistes et des patrons de presse. Son itinéraire force l’admiration.  Après l’obtention de son baccalauréat série A4, elle dépose ses valises au Niger et suit une formation à l’IFTIC, l’Institut de formation aux techniques de l’information et de la communication. Elle y alliera théorie et pratique en faisant notamment ses armes à la radio-école.

En 2011 étudiante à l’ULB, l’Université libre du Burkina, au cours d’une visite académique dans une chaîne de télévision, Vanessa Diasso est émerveillée par les installations et l’ambiance au sein du personnel.

C’est en 2012, après plusieurs stages, que la passionnée du petit écran obtient son premier contrat professionnel à la radio Oméga à Ouagadougou. Elle n’en démord pas et estime qu’un journaliste peut et doit être polyvalent. Sur les ondes radiophoniques, elle se donne du temps pour parfaire son écriture journalistique et sa diction. Savoir se faire écouter, entendre et surtout comprendre requiert un apprentissage minutieux et pointu. Vanessa a une prédilection pour le terrain. Elle a encore en mémoire ses reportages dans les encablures de l’Assemblée nationale avant et après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ayant renversé le président Blaise Compaoré.

La patience sourit aux ambitieux

Peu de temps après, elle fera partie des premières recrues en tant que journaliste reporter d’images (JRI) de la première et seule télévision d’information en continu à l’échelle nationale, Burkina Info. « Sur le plan professionnel, j’ai la chance d’avoir une franche et fructueuse collaboration avec mon Directeur général, Ismaël Ouédraogo, qui a un œil assez avisé sur le respect de notre ligne éditoriale. Il m’arrive par ailleurs de m’inspirer des productions académiques d’un aîné comme le Pr Serge Théophile Balima », affirme-t-elle. Maîtriser la caméra, réadapter l’écriture pour la conformer aux exigences des productions télévisuelles, elle y arrive avec dextérité. « Je devais également revoir ma garde-robe. Le code vestimentaire requis en radio n’est assurément pas le même en télé. L’apparence physique sur le petit écran est loin d’être un aspect à négliger», précise-t-elle.

A Burkina Info, elle reçoit en permanence le feedback des téléspectateurs. « Une fois j’ai présenté un journal et j’ai fait un petit commentaire avant de lancer un reportage relatif à des bébés siamois en difficulté. Un citoyen m’a confié qu’il a, par la suite, mobilisé spontanément son entourage pour une quête destinée à ces enfants », se remémore-t-elle. Des éloges, Vanessa en reçoit à la pelle, mais elle préfère humblement garder la tête sur les épaules.

Sa vie de journaliste n’est pas ponctuée que de journées heureuses. Elle doit affronter l’inattendu au gré du temps. Les risques liés au métier sont, de fait, quasi quotidiens. « Lors du putsch ayant porté le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba au pouvoir, le 24 janvier 2022, alors qu’avec un confrère nous filmions dans les environs du camp Sangoulé-Lamizana, des manifestants, dont des militaires en civil, nous ont interpellés sur un ton ferme et menaçant », se souvient-elle.

Rédactrice en chef et mère attentionnée

Depuis 2019, Vanessa Diasso est la rédactrice en chef de Burkina Info. Elle est au parfum de l’actualité et en quête permanente de scoops. Elle veille sur les productions de ses confrères et doit cumulativement présenter des sessions d’information et animer l’un des magazines phares de la télé, « 100% Info ». Ponctuée de reportages, d’entretiens et de débats parfois houleux, cette émission diffusée tous les dimanches de 19h à 20h30 sur Burkina Info est de plus en plus prisée par le public qui interagit avec la présentatrice sur sa page Facebook.

Mère de deux enfants, Vanessa Diasso nous a confié « Ma fille aînée me suit souvent en direct à la télé. Par contre elle s’étonne que je sois parfois à la fois sur le petit écran et à la maison auprès d’elle. Je lui explique alors le principe de la rediffusion. Elle est une grande fan de sa mère. » Et d'ajouter : « Mon plus grand rêve est de réaliser de grandes prouesses dans la presse burkinabè afin d’être à mon tour un exemple pour de futurs confrères et consœurs. »

Estimant être dans la dynamique de l’apprentissage, elle s’est inscrite cette année à l’École supérieure de journalisme de Lille en France.

Kandobi Yéda

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