La 16e édition du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) a été reportée à une date ultérieure, selon un communiqué émanant du ministère de l’Artisanat, juste à une dizaine de jours de l’évènement. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce report n’est pas sans conséquences pour les acteurs de cet évènement, lesquels le voient d’ailleurs d’un mauvais œil. Ceux à qui la rédaction de Radars Info Burkina a tendu son micro au lendemain de cette décision ministérielle disent espérer qu’une nouvelle date non éloignée sera rapidement trouvée afin de limiter le préjudice des exposants qui ont engagé de lourds investissements dans le cadre de cette biennale.
Le SIAO ne se tiendra plus du 26 au 6 novembre 2022. Ainsi en a décidé le ministère burkinabè de l’Artisanat, qui l’a fait savoir par un communiqué en date du 18 octobre 2022. L’absence d’un gouvernement en serait la raison, selon ledit communiqué. Une épine dans le pied de plusieurs exposants et acheteurs, qui pour certains trouvent que la raison invoquée est pas discutable.
« On vit ce report très difficilement », nous a confié Mme Zongo née Traoré Cécile, propriétaire de la boutique le Rônier, spécialisée dans les tee-shirts ethniques et la création artisanale. « Hier quand nous avons appris la nouvelle à la boutique on s’est tous assis par terre, tellement on était dépassé », a-t-elle poursuivi. Selon elle, les conséquences sont énormes, parce qu’il y a eu des engagements qui ont été pris de part et d’autre pour produire des articles à l’occasion du SIAO. A la question de savoir ce qu’elle avait engagé comme dépenses, Mme Zongo répond : « Je ne vais pas donner de détails mais c’est beaucoup de millions de F CFA. Toutes nos marchandises sont déjà arrivées, les stands également sont réglés ». Et de s’interroger : « S’il n’y a pas de SIAO, comment on fera avec notre marchandise ? Comment nous allons nous justifier auprès des banques qui ont accepté de nous accompagner ? »
Pendant que nous échangeons, un membre de l’administration du SIAO, reçoit un message vocal d’un acheteur allemand. Ce dernier lui confie que ses boutiques étaient vides et qu’elle comptait sur le SIAO pour se ravitailler. Avec le report elle n’était plus certaine de pouvoir y prendre part parce que son programme jusqu’en 2023 est déjà tracé. Selon le membre de l’administration qui a reçu le vocal, c’est un acheteur fidèle des différentes éditions du SIAO et à chaque SIAO, elle arrive avec plusieurs centaines de millions pour ses achats. Un autre membre de cette même administration abonde dans le même sens en ajoutant que les clients des artisans viennent en majorité de l’extérieur. Beaucoup d’acheteurs potentiels profitent du SIAO pour faire de gros ravitaillements, selon notre.
Pour Mme Zongo/Traoré Cécile, leur souhait était que les dates initiales qui avaient été annoncées soient respectées. Cela n’étant pas possible au regard des raisons avancées par le communiqué, elle souhaite que ce soit juste un décalage de quelques semaines afin l’évènement bisannuel se tienne le plus tôt possible. Néanmoins, elle plaint le sort des non-nationaux. « Pensez aux exposants qui viennent de l’étranger. Certains ont déjà leurs marchandises sur place, d’autres ont les leurs qui sont en train d’arriver. Que feront-ils si la nouvelle date n’est pas proche ? » se demande-t-elle. Elle nous a confié être à sa 7e participation au SIAO. « A chaque SIAO on a des contacts d’exposants et d’acheteurs avec qui on échange continuellement. Il y a un Marocain que je connais qui est venu la semaine dernière réserver environ huit stands ; sa marchandise est même déjà sur place. Ce dernier fait comment ? », se demande-t-elle. Elle souhaite alors que le Burkina garde à l’esprit que cet évènement a une notoriété internationale et tienne compte de cette donne. « C’est un salon qui est reconnu comme le plus grand salon artisanal en Afrique, il faut vraiment qu’on arrive à garder cette notoriété. Mais si on va d’annulation en report (2020 et 2022), ça va jouer malheureusement sur la notoriété de l’évènement et les années à venir on aura moins de participants », a-t-elle averti. Selon les services chargés de l’organisation de la biennale, toutes les conditions étaient réunies pour la tenue de la 6e édition. A la date du 18 octobre, ce sont près de 650 stands d’exposition, sur un total de 720, qui ont été pris par les exposants qui sont de 21 pays différents dont le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Madagascar, le Maroc, l’Algérie, le Japon, l’Inde, le Pakistan, l’Iran, etc. Quant aux acheteurs professionnels, ils sont de 8 pays que sont le Canada, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Angleterre, les Etats-Unis, la Suisse et la Belgique.
Les sympathisants du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, en détention depuis janvier 2022, ont tenu une conférence de presse aujourd’hui, mercredi 19 octobre 2022, à Ouagadougou. Objectifs : attirer de nouveau l’attention des autorités politiques et judiciaires pour un traitement diligent du dossier Emmanuel Zoungrana et inviter la population à la solidarité morale envers l’accusé.Me Paul Kéré, membre du conseil de l’officier militaire, a pris part à cette conférence. En raison de la réaction peu courtoise de l’avocat à la question d’un journaliste, la conférence s’est terminée en queue de poisson.
Après la déclaration liminaire des sympathisants, lue par leur porte-parole en la personne d’Hervé Kiswensida Zoungrana, place aux questions des journalistes. Mais auparavant, Me Kéré s’est exprimé. Dès l’entame de son intervention, l’avocat du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana a prévenu les journalistes qu’ils ne sauraient rien du contenu du dossier de son client parce que c’est un secret d’instruction qui doit être respecté en ces termes : « Je voudrais porter à la connaissance des journalistes que la procédure judiciaire est secrète et que vous ne saurez absolument rien du fond du dossier parce qu’il faut respecter le secret de l’instruction. »
Ensuite, l’auxiliaire de justice a dit sa disponibilité à répondre aux éventuelles questions des journalistes. « Je suis à votre disposition, au nom de la liberté de la parole de l’avocat. Je suis à votre disposition pour toute question que vous aurez à poser, sauf le fond du dossier que je ne vais pas évoquer avec vous » : tels ont été les propos de l’avocat Kéré avant les questions des hommes de médias.
Les deux premières questions, posées par un journaliste de la télévision BF1, ont porté essentiellement sur le refus de la chambre de contrôle du tribunal militaire d’accorder la liberté provisoire au lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana et la solidarité morale dont les conférenciers ont fait cas dans leur déclaration.
L’avocat a répondu à ces deux questions. Ainsi, il a dit attendre une décision favorable de la Cour de cassation le 27 octobre prochain qui, nécessairement, va « casser la décision de la chambre de contrôle du tribunal militaire » sur la question de la liberté provisoire de son client. Il entend donc saisir la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Abuja si jamais la Cour venait à donner un avis défavorable à la requête de mise en liberté provisoire de son client car, selon lui, un certain nombre de moyens ont été soulevés et lorsqu’une juridiction de fond ne répond pas à des prétentions, c’est un moyen de cassation.
Quand ce fut le tour du journaliste Sékou Zongo de la Radiotélévision du Burkina (RTB) de poser sa question, celui-ci, qui était à la porte au regard de la petitesse de la salle qui n’a pas pu contenir les journalistes, a voulu savoir le lien qui existe entre les conférenciers et le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. Mais illico presto, la question a été qualifiée « d’inutile » par l’avocat, qui a même refusé d’y répondre et cela, de manière discourtoise.
De ce fait, on est en droit de se demander si la question du journaliste Sékou Zongo de la RTB, à savoir « quel lien existe entre les organisateurs de la conférence et le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana », n’est pas une interrogation qui touche le fond du dossier, au regard de la réaction de l’avocat qui l’a qualifiée d’inutile et a même refusé d’y répondre.
En tout cas le moins qu’on puisse dire, c’est que cette réaction de Me Kéré n’a pas du tout été du goût des journalistes, lesquels ont d’ailleurs unanimement, et de façon solidaire, décidé de quitter la salle.
Par ailleurs, alors que les journalistes vidaient la salle de conférences, Me Kéré exprimait aux conférenciers toute sa solidarité et disait être prêt à s’assumer. « Quelle est l’utilité de savoir la nature des relations entre le LCL Emmanuel Zoungrana et vous ? Je suis solidaire de vous et je l’assume », a-t-il-martelé.
C’est donc en queue de poisson que s’est terminée cette conférence de presse.
Au soir du 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré et ses hommes ont déclaré avoir été trahis par le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba car celui-ci, malgré la dégradation de la situation sécuritaire, a relégué au second plan la lutte contre le terrorisme « au profit d’aventures politiques ». C’est ce qui a justifié le coup d’Etat, ont-ils dit, afin de poursuivre leur idéal commun, notamment la restauration de la sécurité et de l’intégrité du territoire. Ainsi, après sa désignation comme président pour conduire la transition, le capitaine Ibrahim Traoré sera-t-il en mesure de relever les défis du moment ? Quel espoir pour le Burkina avec le capitaine Ibrahim Traoré ? Ousmane Paré, journaliste et écrivain, a accordé une interview à Radars Info Burkina ce mardi 18 octobre 2022 sur le sujet.
Radars Info Burkina : Présentez-vous à nos lecteurs.
Ousmane Paré : Je suis Ousmane Paré, journaliste et écrivain.
Radars Info Burkina : Le 14 octobre, le capitaine Ibrahim Traoré a été désigné président de la transition lors des assises nationales. Ainsi, quel espoir peut-on avoir pour le Burkina avec le capitaine Ibrahim Traoré dans la lutte contre le terrorisme ?
OP : On espère parce que c’est notre pays, parce qu’il faut qu’il y’ait une solution. Mais je crois qu’il ne faut pas aussi tomber dans l’optimisme béat de beaucoup de personne juste parce que c’est un militaire. C’est la même chose que nous avons vue avec le lieutenant-colonel Paul Henri Damiba. Donc de mon point de vue, l’attitude qu’il faut observer en pareille circonstance, c’est que personne à lui seul ne peut résoudre la crise à laquelle nous faisons face, quelle que soit sa bonne volonté. En outre, on n'impose pas à tout le monde d’aider quelqu’un parce qu’on pense que c’est la personne idéale. Il revient à la personne de trouver des moyens pour mobiliser l’ensemble des forces civiles et militaires autour d’elle pour réussir le combat.
De plus, c’est à la population de comprendre qu’elle a un rôle à jouer. Quand je dis un rôle à jouer, ce n’est pas l’admiration encore une fois insouciante : c’est le dernier rempart, donc il faut que tous, nous le soutenions, non ! Mais il s’agit de se dire que la personne a besoin de nos critiques, de nos observations. Elle a besoin qu’on lui indique le chemin à suivre. C’est ainsi qu’ensemble on pourra résoudre le problème. En même temps aussi, la situation est assez délicate parce que vous avez un militaire qui était au front, qui a laissé le front pour venir prendre le pouvoir à Kosyam. Cela induit plusieurs choses. En effet, il était avec des forces spéciales (les cobras) et on craint que ce ne soit la même chose avec Damiba qui avait amené des forces spéciales à Kosyam pour assurer sa sécurité.
Si le capitaine IB Traoré fait la même chose, ce sera encore grave parce que ça veut dire que toutes les unités qui ont été formées récemment pour aller au front seront en train de faire autre chose que la guerre. Aussi, ce n’est pas évident que ce soit demain la veille, pour que les forces spéciales rejoignent le terrain de façon efficiente. Et si les cobras reviennent à Ouagadougou, vous voyez le vide que ça laisse ! Quand on regarde la situation, on a des raisons d’avoir peur de ce qui va arriver demain.
Radars Info Burkina : Les gens ont tendance à comparer le capitaine Ibrahim Traoré à feu le capitaine Thomas Sankara. Les défis actuels sont énormes. Est-ce que le capitaine IB Traoré sera capable de relever ces défis avec une jeunesse qui veut aller vite et qui est très pressée de voir des résultats dans l’immédiat ?
OP : Il faut que le capitaine Ibrahim Traoré change, qu’il comprenne d’abord l’urgence, qu’il comprenne la pression qu’il y a sur lui, qu’il évite de faire la politique et qu’il fasse la guerre. C’est aussi simple que ça. J’entends des gens faire des comparaisons qui n’ont absolument rien à voir. Ce n’est pas parce qu’on est militaire qu’on est comme Thomas Sankara. Ce n’est pas parce qu’on a 34 ans qu’on est Thomas Sankara, et ce n’est pas parce qu’on a fait un coup d’Etat qu’on est Thomas Sankara. Le capitaine Ibrahim Traoré est un Burkinabè comme tout autre qui a pris le pouvoir pour des raisons qu’on ne connaît pas. Ce n’est pas parce qu’il a dit que Damiba a dévié qu’effectivement c’est pour cela qu’il a fait le coup d’Etat. Donc je crois que pour être utile au capitaine Traoré, c’est de mettre la pression, se dire qu’il n’y a pas de personne idéale, qu’il suffit seulement d’aider la personne, de la comprendre, non ! La personne a besoin non seulement de notre soutien, mais aussi de notre critique. Il faut que les gens se disent que le capitaine Traoré n’est pas différent des autres et que c’est ensemble qu’on va pouvoir résoudre le problème. Ensemble, parce que c’est à la population de s’organiser pour aussi indiquer le chemin à suivre à travers des mécanismes assez performants. Par exemple que l’Assemblée législative de Transition (ALT) qui sera mise en place ne soit pas une assemblée de réseau, une caisse de résonance du gouvernement qui sera mise en place. Mais que l’ALT soit capable de se mettre au-dessus du gouvernement pour critiquer quand il le faut, faire des observations quand il le faut.
Le coup d’Etat a eu lieu en fin septembre-début octobre. Ça fait pratiquement plus de deux semaines. Est-ce que vous voyez quelque chose sur le terrain ? Absolument pas ! Hier, avant-hier presque chaque jour, les gens continuent de mourir sur le terrain. Qu’est-ce qu’on fait par rapport à ça ? Ce n’est pas parce que c’est le capitaine Ibrahim Traoré qu’on ne doit pas lui mettre la pression ! C’est la même pression qu’on doit continuer à exercer sur lui en lui rappelant tous les jours que les gens continuent de mourir au front, que les gens sont en train de mourir de faim, que les organes ne sont pas sur le terrain pour mener le combat et qu’il n’a rien à faire à Ouagadougou, si ce n’est être au front. Et c’est là qu’il y a l’urgence, et c’est là où il est attendu. Donc ça veut dire qu’il doit aller plus vite, mettre en place un gouvernement et laisser les questions politiques aux hommes politiques et aller mener le combat.
La grande urgence, c’est la question militaire. Est-ce qu’aujourd’hui il sera capable de se mettre au-dessus de tous ses supérieurs hiérarchiques pour s’imposer afin de mener le combat ? Est-ce qu’il sera suffisamment crédible pour mener les hommes au front, pour faire en sorte que des forces spéciales comme les « mambas verts » du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana aillent au combat, que ses hommes à lui, « les cobras » aillent au front ? Ou bien est-ce qu’il va créer de nouvelles unités ? Comment ça va se passer ?
Les dernières mesures que l’ancien président Damiba avait prises, notamment celles relatives au groupement central des armées, comment se fera le déploiement ? C’est ça, l’urgence aujourd’hui. On n’attend pas vraiment autre chose.
Encore une fois, moi je ne suis pas dans l’espoir béat, dans l’optimisme juste parce que c’est un jeune. Je le considère comme toute autre personne qui a fait un coup d’Etat pour des raisons qu’on ne connaît pas et à qui on demande tout simplement d’aller au front. Salif Diallo du MPP disait à ses camarades du parti qu’eux n’auraient pas la chance de fuir comme Blaise Compaoré. La chance que Damiba a eue, lui, Ibrahim Traoré, ne l’aura peut-être pas. Il faut donc qu’il se départe des questions politiques et qu’il aille au front pour mener le combat.
Radars Info Burkina : Le capitaine Ibrahim Traoré est un homme de terrain, un militaire qui ne maîtrise pas l’appareil politique. Est-ce qu’il ne sera pas influencé par les hommes politiques qui l’entoureront dans sa gestion, cela d’autant plus que souvent, ces derniers prennent des décisions dans leur propre intérêt ?
OP : Cela n’est pas à exclure. C’est pourquoi on lui demande de se mettre au-dessus de ces considérations, parce qu’il aura affaire à des hommes politiques. Il aura à gérer le pouvoir d’Etat ; or la gestion du pouvoir d’Etat est une affaire purement politique. Comment est-ce qu’il saura se mettre à l’écart pour s’occuper en priorité des questions sécuritaires ? Ce que les Burkinabè veulent, c’est la lutte contre l’insécurité. S’il se laisse manipuler, il va le payer cash comme Damiba. Mais s’il arrive à se mettre au-dessus de la mêlée et à satisfaire les populations, il sortira grandi.
L’une des décisions issues des assises nationales tenues le 14 octobre 2022 à Ouagadougou est l’exercice d’un mandat gratuit pour les députés. Au lendemain de ce conclave, Radars Info Burkina a recueilli les avis d’Abdoulaye Tao, directeur de publication de l’hebdomadaire économique L’Economiste du Faso, et d’Ibrahima Traoré, président de l’Association des citoyens leaders (ACLE).
Pour Abdoulaye Tao, directeur de publication de L’Economiste du Faso, le fait de ne pas rémunérer les députés de la transition permet de dépolluer l’Assemblée de ceux qui y vont juste pour les avantages du poste. Maintenant, il faudra regarder le profil de ceux qui seront désignés, à savoir si ce sont des hommes et des femmes capables d apporter un plus au débat parlementaire.
De plus, selon lui, cela participe à la réduction du train de vie de l’État dans une certaine mesure tout en rappelant que nous sommes dans un pays en guerre et en transition. « C’est un sacrifice qu’on leur demande. Et j’espère que le nouveau gouvernement en tiendra compte également », a-t-il souhaité.
A la question de savoir le profil qui pourrait être le mieux apte pour prendre les rênes de la présidence de l’Assemblée législative de transition, voici sa réponse : « Qu’importe d’où il vient, pourvu qu’il fasse ce que la loi lui permet de faire : entre autres, contrôler l’action du gouvernement , voter des lois adéquates qui nous permettent de préparer l’après-transition», a-t-il conclu.
Selon le président de l'Association des citoyens leaders (ACLE), Ibrahima Traoré, il faut les bonnes personnes à la place qu'il faut. Et la gratuité du mandat des députés peut contribuer à avoir ceux qui viennent pour servir véritablement la nation. « Nous sommes très contents de cette décision des Assises nationales. Du reste, nous avions décrié et dénoncé le fait qu'ils soient rémunérés à la sortie des assises sous l'égide de lieutenant-colonel Damiba. Nous le disons et nous le répétons : tant qu’il y a l'argent en jeu, rarement vous obtenez les bonnes personnes. Très souvent, les gens ne viennent pas pour servir mais pour se servir. C'est lorsqu'il n'y a pas à manger que ceux qui viennent pour servir trouvent de la place. C'est la réalité de notre pays. Et c'est triste et malheureux. Quand tu les vois crier sur tous les toits, soit on a mangé les laisser, soit ils lorgnent un intérêt égoïste quelque part. C'est ce qui doit nécessairement changer », a-t-il souligné.
Cela ne va-t-il pas impacter le choix des députés et leur efficacité dans le travail ? « Pas du tout. Au contraire, ce rendez-vous avec l’histoire ne doit plus être monnayé entre copains politiques et OSC », répond Ibrahima Traoré. Et d’ajouter : « Nous estimons que les frais de session vont leur permettre de tenir et de bien conduire les activités de législation sous la transition ».
« Si c'était cela l'objectif, c'est mieux de gouverner par ordonnance. C'est juste dire aux gens que cette transition va être différente de celle de M. Damiba et de celle de 2014.
Ils vont venir pour travailler et non pour se remplir les poches et préparer les joutes électorales d'après-transition », scande M. Traoré à la question de savoir si l’objectif de cette décision était de réduire le train de vie de l’État.
Mais ce mandat gratuit ne va-t-il pas occasionner des détournements de fonds ? « Non », telle a été la réponse du président de l’ACLE.
« Nous ne le pensons pas. Il y a des détournements de fonds qui se faisaient bien que les mandats soient rémunérés. Si détournement il y a, cela n’est nullement lié à la gratuité du mandat. Peut-être que certains peuvent avoir le malin plaisir d’occasionner des sessions ou de jouer sur la durée de session pour espérer bénéficier davantage de frais de session. Sinon, nous ne voyons pas ce que cela peut entraîner en termes de détournements de deniers publics », a-t-il soutenu.
« Le seul baromètre pour nous, c’est d’être animé d’une ferme volonté de changement radical, d’avoir le sens du sacerdoce, d’avoir une conviction de doter ce pays de réformes structurelles, de lois et d’institutions à même de faire du Burkina Faso un État-nation. Les gens souffrent, il faut un changement fondamental et susciter l'espoir au sein de la population et surtout de la jeunesse qui croupissent dans le désespoir total en voyant leur pays disparaître sous l’emprise du terrorisme », a-t-il terminé.
Le Système éducatif burkinabè est confronté à plusieurs problèmes. Tahirou Traoré, coordonnateur national de la Coalition nationale pour l’éducation pour tous au Burkina Faso (CNEPT-BF), en dépeint certaines des réalités.
Selon lui, les problèmes rencontrés par notre système éducatif sont de trois ordres qui sont : le problème d’accès, la qualité et enfin le problème de gouvernance.
D’abord l’accès à l’éducation constitue le premier problème. Il est vrai que des efforts ont été faits par le gouvernement pour améliorer et accroître l’accès de tous les enfants, sans distinction de sexe, à l’école. Mais aujourd’hui le Burkina a un taux d’alphabétisation d’environ 54%. Ainsi, jusqu’à présent, près de la moitié des enfants burkinabè n’ont toujours pas la chance d’aller à l’école, explique Tahirou Traoré.
Ensuite, le deuxième problème est relatif à la qualité de l’éducation avec son corollaire de problème d’achèvement, ce qui démontre que la qualité des apprentissages ne permet pas à tous les enfants d’avoir la moyenne qu’il faut pour passer d’un cycle ’’A’’ à un cycle ‘’B’’.
En effet, les taux d’achèvement sont bas. Au niveau primaire, par exemple, pour les enfants de 6-7 ans qui entrent à l’école, le taux d’achèvement est d’environ 62%. C’est dire que sur 100 élèves qui entrent au Cours préparatoire première année (CP1), environ 63 parviennent au Cours moyen deuxième année (CM2) et près de 40 élèves n’atteignent pas le CM2.
Au niveau du post-primaire, c’est-à-dire de la 6e à la 3e, sur 100 élèves qui entrent en 6e, seulement 36 atteignent la classe de 3e, soit un taux d’achèvement de 30 à 40%.
Au niveau secondaire, sur 100 élèves inscrits en seconde, il n’y a que 20 qui arrivent en classe de terminale. Ces taux d’achèvement relèvent de l’efficacité interne.
Pour ce qui est de l’efficacité externe (la fin du cycle), la plupart des apprenants, même ceux ayant un niveau universitaire, n’ont pas de compétences réelles pour se prendre en charge dans la vie à cause des enseignements basés sur la théorie. Donc le système d’enseignement au Burkina constitue en lui-même un problème.
Hormis ce taux d’achèvement, les taux de succès aux examens sont aussi faibles. A l’école primaire, les élèves n’ont plus la moyenne et cela se perçoit en dents de scie au fil des années.
Par ailleurs, au niveau de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle, il n’y a pas de chiffre aujourd’hui qui indique le nombre d’adultes alphabétisés sur les effectifs globaux de la population. Or chaque année, à peu près les mêmes personnes sont alphabétisées et ces dernières tombent rapidement dans l’illettrisme, c’est-à-dire l’analphabétisme de retour (ils ont appris mais comme ils ne travaillent pas avec ce qu’ils ont appris, ils retombent à zéro).
« L’Etat burkinabè a opté de faire faire », souligne M. Traoré. « Au lieu que l’Etat lui-même prenne en charge l’alphabétisation comme dans le système formel, ce sont les opérateurs en alphabétisation qui prestent pour travailler à sa place et il n’y a pas de suivi pour s’assurer que les choses se passent comme il se doit. Tout ce qui a été englouti comme milliards en 2-3 ans, c’est de l’argent qui a été dépensé pour rien ».
Enfin, le problème de gouvernance couronne le tout. En effet, selon le coordonnateur, tout ce qu’on constate comme inefficacité est dû aux choix politiques, à la gouvernance. « Quand on ne fait pas de bons choix, on a le plus souvent des difficultés et c’est au niveau des politiques éducatives », a-t-il déclaré.
Par exemple il y a eu le Plan décennal de développement de l’éducation de base (PDDEB) qui a couru de 2000 à 2010. Son objectif était d’accroître l’accès à l’éducation. A ce niveau l’on peut dire qu’il y a eu des progrès car le taux d’alphabétisation est passé de 40% à 70%, souligne-t-il. Cependant en termes de qualité, il y a eu une grande perte, déplore-t-il.
De 2012 à 2021, le Programme de développement stratégique de l’éducation de base (PDSEB) a été mis en place. Son objectif, c’était d’améliorer la qualité de l’éducation mais les indicateurs ont plutôt chuté, à en croire le coordonnateur Traoré.
Par exemple en français, le nombre d’élèves qui peuvent obtenir la moyenne sur 100 apprenants n’atteint pas 50%. En mathématiques c’est encore pire, selon Tahirou Traoré, car dans les classes de 6e et 5e, 28% seulement peuvent avoir la moyenne.
Pour lui, ces difficultés sont liées à la gouvernance, c’est-à-dire au choix des politiques, à leur mise en œuvre, à la coordination et au suivi-évaluation. « Il n’y a pas de cohérence entre les défis du système éducatif burkinabè et les activités qui sont retenues pour être mises en œuvre.
Le budget de l’éducation a été multiplié à l’infini alors que dans le même temps sa qualité chute de façon vertigineuse. Les ressources allouées à l’éducation sont dépensées dans des activités qui ne permettent pas d’améliorer la qualité de l’éducation. Beaucoup d’argent est investi pour peu de résultats », a conclu Tahirou Traoré, coordonnateur national de la Coalition nationale pour l’éducation pour tous au Burkina Faso.
Certains couples séparés en viennent à être opposés sur la garde de leur(s) enfant(s). Généralement, c’est le père qui assure la prise en charge des enfants lorsque leur garde est confiée à la mère. Que dit la loi à ce propos sur les charges ? Entretien avec maître Abdoul Sawadogo.
Radars Info Burkina : A qui revient la garde de l’enfant en cas de séparation des parents ?
Abdoul Sawadogo : Pour la garde des mineurs non émancipés, l’article 516 du Code des personnes et de la famille dispose que lorsque la filiation de l’enfant est établie à l’égard des deux parents, il n’y a pas de problème ; la loi laisse le loisir aux parents d’aménager les questions de garde. Ils peuvent choisir entre eux celui ou celle qui assurera la garde de l’enfant. Lorsqu’ils n’arrivent pas à s’entendre, le parent le plus diligent saisit le juge pour qu’il tranche la question. Le juge va donc voir certaines conditions que les parents remplissent. Il décidera donc d’attribuer la garde soit à la mère soit au père en tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant.
En cas de décès, s’il y a un conjoint survivant, c’est ce dernier qui assure la garde de l’enfant. Mais si celui-ci n’est pas apte à le faire pour des raisons professionnelles, éthiques, de santé ou de bonnes mœurs, on peut attribuer la garde à une tierce personne de la famille en tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant. Par exemple, on ne va pas attribuer la garde d’un enfant à une mère prostituée ou à un acteur de cinéma s’ils n’ont pas le temps de s’occuper de l’enfant ! Mais lorsque la filiation est établie à l’égard d’un seul parent, c’est ce parent-là qui assure l’autorité parentale sur l’enfant et, partant, la garde de ce dernier.
Radars Info Burkina : Peut-il arriver que la mère verse une pension pour son enfant ? Si oui, dans quel(s) cas ?
AS : L’une des innovations majeures du Code des personnes et de la famille, c’est de ne pas faire de distinction entre entre l’homme et la femme. Dans plusieurs de ses dispositions, ledit Code a désigné les deux entités (père-mère) par le terme « conjoints » ; Dans le cas des couples mariés, lorsque c’est la mère qui assure la garde de l’enfant, elle peut faire une demande judiciaire afin que le père soit condamné à lui verser une pension alimentaire. Si c’est le père qui assure la garde de l’enfant, il peut lui aussi demander au juge de condamner la mère à lui verser une pension alimentaire parce que dans tous les cas, la loi dispose que ce sont les père et mère qui s’occupent de l’enfant. Le père peut aussi décider d’assurer tout seul toutes les charge de l’enfant lorsque la garde de celui-ci lui revient. Il en est de même pour la mère. C’est en fonction des revenus du parent que la pension alimentaire est fixée. Donc la mère peut bien être condamnée à payer une pension alimentaire.
Radars Info Burkina : L’enfant peut-il choisir de vivre chez l’un de ses deux parents ?
AS : L’ensemble des textes relatifs à l’enfant ont décidé que le juge attribue prioritairement la garde de l’enfant à sa mère lorsque celui-ci a moins de 7 ans, car on suppose qu’à cet âge l’enfant est toujours petit et que la mère est plus apte à s’occuper de lui. Mais c’est juste une préférence, ce n’est pas une obligation pour le juge d’aller dans ce sens. Comme je l’ai dit, lorsque la mère en elle-même ne présente pas toutes les garanties pour assurer un plein épanouissement à l’enfant, on ne peut pas lui attribuer la garde de l’enfant.
Lorsque l’enfant a au moins 15 ans, il est possible de recueillir son avis dans le choix de la garde. Les parents mêmes doivent en tenir compte. Lorsqu’ils n’arrivent pas à s’entendre et qu’ils entament une procédure pour l’attribution de la garde de l’enfant, le juge peut appeler l’enfant parce qu’il estime qu’il a une certaine maturité pour savoir chez lequel des deux il souhaite aller. Toutefois, cela reste simplement un avis. Lorsque l’enfant décide d’aller vivre chez son père alors que ce dernier n’a pas un foyer pour l’accueillir ou qu’il voyage beaucoup, le juge peut décider de ne pas tenir compte de l’avis de l’enfant parce que ça ne va pas garantir son épanouissement. Il peut se retrouver à être seul sans personne pour le canaliser en cas de débordement. Dans un tel cas de figure, le magistrat sera plus enclin à attribuer la garde de cet enfant à sa mère. Dans tous les cas, lorsque la garde est attribuée à l’un des parents, l’autre a forcément un droit de visite et d’hébergement.
Radars Info Burkina : Quelle est la procédure à suivre pour réclamer la garde d’un enfant ?
AS : Lorsque les parents n’arrivent pas à s’entendre sur la question de la garde, ils saisissent le tribunal civil. Autrement dit, l’un des parents, à travers une demande, saisi un juge aux affaires familiales et la procédure va suivre son cours. Dans tous les cas, les parents doivent discuter pour se comprendre parce que lorsqu’on en vient à saisir les tribunaux pour le cas des enfants, en Afrique cela peut être mal vu.
« Il n’y aura jamais 2 Sankara au monde, il n’y en aura qu’un seul. De même, il n’y aura jamais 2 Ibrahim Traoré au monde. » C’est ce qu’a clamé le Comité international du mémorial Thomas Sankara au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue ce jeudi 13 octobre à son siège à Ouagadougou. Il s’est dit engagé à assurer la transmission du flambeau de la révolution à la jeunesse qui fait montre de courage dans la lutte pour la libération. Cette conférence se tient en prélude à la célébration du 35e anniversaire de l’assassinat du père de la révolution et de ses compagnons, passés à 28 à la lumière du procès.
« Cette 35e année de l’assassinat du président Thomas Sankara et de 28 de ses compagnons est placée sous un double signe : celui de la justice rendue dans le dossier de l’assassinat et celui de l’augmentation croissante des héritiers se réclamant de l’idéal de Thomas Sankara », a déclaré en guise d’introduction le colonel à la retraite Pierre Ouédraogo, président du comité international du mémorial Thomas Sankara. S’agissant du premier signe, il note que la tenue jusqu’à son terme du procès Thomas Sankara et ses compagnons a été une grande victoire des luttes multiformes de 35 ans. Grâce à ce procès, d’après lui, les noms et les visages de ceux qui ont commandité, planifié, exécuté le coup d’Etat du 15 octobre ou qui en ont bénéficié sont désormais connus. Pour ce qui est du second signe, l’officier supérieur à la retraite trouve que l’heure est venue pour les anciens qui ont encore la chance d’être de ce monde de passer le relais à la jeunesse, d’où le thème « Passer le flambeau de la révolution à la jeunesse » qu’ils ont choisi pour ce 35e anniversaire. Il ajoute que le comité a lancé une initiative mensuelle depuis le 4 août 2022 dénommée « A la découverte de la révolution démocratique et populaire (RDP) » pour que les anciens expliquent aux jeunes les grands rêves et surtout ce qui a été réalisé de manière concrète durant les 4 années de la Révolution démocratique et populaire (RDP).
Interrogé sur la capacité de cette même jeunesse à porter le flambeau, le colonel lance Ouédraogo a répondu : « La jeunesse d’aujourd’hui est meilleure ; c’est juste une question d’organisation pour permettre à cette jeunesse de montrer de quoi elle est capable. J’aurais voulu avoir la jeunesse d’aujourd’hui pendant la révolution. La jeunesse continue de faire l’histoire et est vraiment à féliciter ».
Concernant le cas du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à l’âge de 34 ans, le colonel n’a pas manqué de préciser que l’histoire ne se répète jamais deux fois de la même manière. « Il n’y aura jamais 2 Sankara au monde, il n’y en aura qu’un seul. De même, il n’y aura jamais 2 Ibrahim Traoré au monde », a-t-il martelé. « Le capitaine Ibrahim aura l’occasion de faire ses preuves », a renchéri Jean Hubert Bazié, co-animateur de la conférence, qui a ensuite demandé aux Burkinabè d’éviter de chercher du 100% dans les comparaisons ou de prendre du 2% pour du 100%. Quant au colonel Pierre Ouédraogo il est allé plus loin en déclarant : « Si Sankara revenait aujourd’hui, il n’allait pas agir de la même façon qu’en 1983. C’était quelqu’un d’extrêmement intelligent et il l’a dit, il faut savoir inventer l’avenir et il sait faire avec le contexte ». Pour lui, Ibrahim Traoré doit se garder de commettre les mêmes erreurs qu’eux pendant la révolution.
Pour la journée du 15 octobre, le contexte politique et sécuritaire impose au comité des activités a minima, selon les animateurs de ce point de presse. Il sera organisé une cérémonie de dépôt de gerbes de fleurs et un recueillement le samedi 15 octobre à partir de 15h, ont-ils précisé.
« Avec les réseaux sociaux, le journaliste qui était le personnage central dans la diffusion de l’information devient par moments une personne qui se fait dépasser par d’autres acteurs. Et lorsque vous commencez à entrer dans une course folle, alors que vous n’avez pas les mêmes obligations, vous risquez de vous retrouver piégés », a indiqué le journaliste Geoffroy Vaha, directeur de rédaction de WAT FM et 3TV, dans cette interview sur le rôle de la presse en temps de crise qu’il a accordée à Radars Info Burkina.
Radars Info Burkina : Comment peut-on qualifier la crise sociopolitique que nous vivons au Burkina ?
Geoffroy VAHA : On est au moins dans une double crise. D’abord une guerre contre un terrorisme avec une expansion qui empêche le contrôle d’une bonne partie du territoire national. Il y a aussi la crise d’un coup d’Etat dans un coup d’Etat. Le contexte, il est celui de l’incertitude. Le MPSR qui est dans une sorte de recadrage, avec ce qu’il a qualifié de déviation avec Damiba, nous replonge dans des assises nationales qui devraient déboucher sur une charte nouvelle et la désignation d’un président. Donc la situation sécuritaire reste préoccupante mais même une crise peut constituer une opportunité pour peu qu’on prenne de bonnes décisions.
Radars Info Burkina : Est-ce que la presse Burkinabè a une part de responsabilité dans la survenue de cette crise que nousvivons?
Geoffroy VAHA : Avant d’y arriver, parlons de la presse de façon générale. Notre rôle en tant que média ou journaliste a évolué dans le temps. A un moment donné de notre époque, on était de simples témoins des conflits. Maintenant quand on dit un journaliste, il est perçu comme un acteur à part entière de ces crises. Parce que nous sommes des témoins de l’histoire, nous racontons notre époque, nous réagissons aux évènements et nous reflétons les divers courants de l’opinion publique. Aujourd’hui les médias exercent une influence sur l’opinion publique, sur la vie politique, sociale, culturelle et économique. Pour ce qui est du cas burkinabè, il faut dire qu’on a une presse assez responsable et qui, dans l’ensemble, fait un travail assez remarquable. Une presse qui a permis aux populations de savoir les décisions prises par les autorités pour elles, de décrypter l’impact ou les enjeux possibles et aussi permettre aux dirigeants, pour peu qu’ils aient été un peu attentifs, d’entendre la perception de la masse pour ce qui est des différents choix qu’ils font. Cela a été un rôle que les médias burkinabè ont bien assumé. Mais pour parler de responsabilité, dans la crise, moi je parlerai plutôt du rôle des médias parce que c’est un acteur.
Radars Info Burkina : Pourtant certains disent que ce sont nos démissions passées qui nous rattrapent. Vue sous ce contexte, est-ce que la presse burkinabè n’a pas, par le passé, démissionné sur certains aspects de la vie politique au Burkina ?
Geoffroy VAHA : Non je pense que la presse burkinabè a été à tous les rendez-vous. Beaucoup de choses ont changé après Norbert Zongo, qui est un journaliste dont on connaît l’engagement. Aujourd’hui on pourrait citer des journalistes qui continuent de porter ce flambeau. Et on a une presse qui est assez diversifiée et cette pluralité d’offre aux téléspectateurs, aux lecteurs et aux auditeurs leur donne un bon panel de choix pour se faire une idée d’un certain nombre d’éléments. Néanmoins, c’est clair que rien n’est parfait, donc il y a des éléments qu’on doit parfaire. Mais quand on regarde bien on a une presse aujourd’hui où on a beaucoup de jeunes qui sont venus, mais pour peu que vous ayez cinq ans ou dix années d’expérience au Burkina Faso, vous avez déjà connu des éléments assez sensibles et ça, ça aguerrit notre presse.
Radars Info Burkina : Sur la distribution de la parole, est-ce que la presse au Burkina ne pèche pas très souvent ?
Geoffroy VAHA : Il y a peut-être la nécessité de poser la question de la qualité des personnes qui interviennent sur les plateaux ou auxquelles on donne souvent la parole. Mais je crois qu’il y a là aussi un devoir de vérité qu’il faut avoir. C’est que la nature a horreur du vide. Je suis d’accord que par moments, on trouve sur certains plateaux des experts, des personnes qui sont montrées ainsi. Mais la réalité aussi pour moi, c’est symptomatique de ce que nous avons comme offre. Il y a aussi souvent la pluralité des médias que nous avons, qui se battent sur le même vivier d’experts ou de personnes-ressources que nous avons, c’est vraiment une bataille pour les avoir sur des plateaux. Et dans cela, il y a aussi la difficulté à convaincre par moments les uns et les autres de venir parce que certains sont craintifs ou assez réticents. Et comme je le dis, la nature souvent a horreur du vide, mais pour moi ce n’est pas une excuse pour qu’on aille prendre tout le monde ou n’importe qui et qu’on le brandisse comme un expert ou une personne-ressource. Ça fait que quelquefois on finit par fabriquer des personnes qui au fond, quand on regarde, ne sont pas à la hauteur. Et quelquefois ça biaise le débat. Mais quand c’est comme ça aussi il y a le retour du bâton, parce que la vocation d’un média, c’est d’être lu, d’être écouté, d’être vu. Et quand vous suivez des gens sur des plateaux et qu’à la fin on s’aperçoit qu’il n’y avait pas de substance, vous perdez forcément en audience et ça vous déconstruit. Donc c’est une obligation pour chacun d’être sélectif. Je ne dirai pas ne pas donner la parole à tout le monde, parce que c’est aussi biaiser l’approche, mais donner la parole aux personnes qui sont vraiment liées au sujet. Mais il faut aussi inviter les personnes qui ont la capacité, l’intelligence et la profondeur pour aborder ces sujets d’être ouvertes aux médias.
Radars Info Burkina : Parfois une Nation et l’extérieur peuvent être en guéguerre (l’exemple du Mali). Dans ces conditions, quelle doit être la position de la presse ?
Geoffroy Vaha : Sur ça il faut dire que c’est aussi une question de ligne éditoriale de chaque média. Ce qu’on voit souvent avec les médias occidentaux lorsqu’ils sont dans des genres de bagarres rangées avec d’autres pays, je ne sais pas s’il faut appeler ça de la com ou pas, mais on est dans une sorte de pensée unique où il y a le camp qu’ils ont choisi. Donc l’autre est diabolisé. Mais en même temps, vous verrez des presses indépendantes qui, elles, diront : attention, il faut dire un certain nombre de vérités, notre politique n’est pas forcément la bonne, donc ils relativisent. Et je crois que chacun se positionne selon la ligne qui est la sienne. Mais est-ce qu’il faut s’imbriquer dans une sorte de pensée unique qui est ce que la presse soutient ? Je ne crois pas que ce soit ce qui serve le plus les intérêts de ceux qui sont nos auditeurs, de ceux qui sont nos lecteurs tous les jours. Ils ont besoin d’avoir la vraie information, la bonne grille de lecture des décisions qui sont prises. Est-ce que mentir parce qu’on veut servir une certaine cause, c’est servir à la fin ? Je pense que c’est la question qu’il faut se poser. Notre rôle, c’est d’informer et cela va aussi avec une certaine sincérité. Mais en même temps on peut dire parce que nous sommes dans une situation de crise, qu’est-ce qu’on peut faire ? Le journaliste aussi a un rôle qui est celui de savoir apaiser. Et ça c’est des éléments qui sont possibles. Et quand je dis apaiser, vous pouvez avoir une approche qui est dans le ton de celui soit qui minimise ou qui amplifie. Et cela a servi dans plusieurs démocraties.
Maintenant pour revenir aux guerres entre pays, on a un exemple simple. Quand vous regardez la crise qu’il y a entre la Côte d’Ivoire et le Mali aujourd’hui, si les médias commencent à amplifier les choses, vous verrez que ce sont des lecteurs, qui sont des populations, qui commenceront à être remontés. Et ça peut être dangereux pour les Maliens qui vivent en Côte d’Ivoire ou pour les Ivoiriens qui vivent au Mali. Donc il y a quelquefois l’approche de l’apaisement qui peut continuer à se faire sur la véracité des sujets.
Radars Info Burkina : Avec les réseaux sociaux, l’information est difficile à recadrer. Quelles sont les difficultés auxquelles fait face la presse burkinabè dans ce cas ?
Geoffroy VAHA : Parlant des réseaux sociaux, je ne dirai pas qu’il s’agit d’un désavantage, mais plutôt d’un avantage à maîtriser et à savoir exploiter pour servir la typologie de média dans lequel vous êtes. Aujourd’hui toutes les presses ont leur prolongement sur les réseaux sociaux. Maintenant le journaliste, qui était le personnage central, devient par moments une personne qui se fait dépasser par d’autres acteurs. Et lorsque vous commencez à entrer dans une course folle, alors que vous n’avez pas les mêmes obligations, celle de recouper l’information, d’en avoir le clair mot et l’exactitude, contrairement à quelqu’un qui va lancer des alertes et qui trois fois dira des mensonges et pour une fois dira vrai, vous, journaliste, vous ne pouvez pas vous permettre cela. Si vous faites la guerre de la célérité avec les autres, vous risquez de vous retrouver piégé. Et c’est l’erreur souvent que commettent beaucoup de presses aujourd’hui. La solution dans ce contexte est que le média devait se positionner comme l’outil de vérification de l’information qui est donnée. On dira : j’ai vu ça sur la toile mais est-ce que tel média l’a relayé ? S’il ne l’a pas encore dit, il faut faire attention.
Radars Info Burkina : Autres difficultés de la presse burkinabè ?
Geoffroy VAHA : Nous avons les 20 millions de Burkinabè qu’on souhaite voir nous regarder ou nous écouter. Et le problème est qu’on se partage ceux qui sont les annonceurs parce que le modèle économique, c’est d’avoir un programme qui est intéressant et vendre quelques plages de programmes parce que vous êtes assez suivi. Mais il y a un marché qui est tellement fragmenté avec beaucoup de journaux qui sont créés qu’il est difficile dans ce modèle économique que beaucoup s’en sortent. Et dans ce cas de figure si le journaliste n’est pas bien traité, si le technicien n’est pas bien traité, ça va se ressentir sur son travail. Donc ça devient une limite objective dans ce qu’ils produisent chaque jour en termes de qualité.
L’audience pour statuer sur la libération du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana s’est tenue à huis clos, ce 12 octobre 2022, au tribunal militaire de Ouagadougou. La demande de mise en liberté provisoire de l’officier a été rejetée par la chambre de contrôle dudit tribunal.
Selon Me Paul Kéré, l’un des avocats du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, ce dernier ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. « Il n’y a aucun élément à charge qui prouve que le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana a détourné un seul centime lorsqu’il était chef de corps du 12e régiment à Ouahigouya », a-t-il indiqué. De plus, à l’en croire, le blanchiment de capitaux n’est pas une infraction autonome mais sous-jacente, c’est-à-dire qu’elle émane d’une infraction principale. Cette infraction principale est le détournement de deniers publics, chose que ne reconnaît pas son client, a ajouté Me Kéré.
Par ailleurs, il estime que le blanchiment de capitaux ne peut justifier la détention de cet officier à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA). Il dit donc attendre la notification du juge pour en savoir davantage sur la raison du refus de la liberté provisoire à son client.
En rappel, le LCL Emmanuel Zoungrana est incarcéré depuis janvier 2022. Il est poursuivi pour cinq chefs d’accusation, dont l’atteinte à la sûreté de l’État et le blanchiment de capitaux. Il a été mis en liberté provisoire le 2 février 2022 pour les faits d’atteinte à la sûreté de l’État. Cependant, il a été maintenu en prison pour les faits de blanchiment de capitaux. Une première demande de liberté provisoire introduite par Zoungrana avait été rejetée par le tribunal militaire.
Ainsi, les avocats du LCL Emmanuel Zoungrana avaient saisi la Cour de cassation le 22 septembre 2022 et le dossier a été mis en délibéré le 27 octobre prochain.
Les activités reprennent lentement dans les compagnies de transport de la ville de Ouagadougou après un bref arrêt dû au second coup d’État qu’a connu le pays. Les responsables de certaines compagnies de transport ont remarqué une baisse du nombre de voyageurs, tant au niveau national que dans la sous-région. Leur souhait est que cette quiétude perdure afin que les activités reprennent normalement.
La vie dans les différentes compagnies de transport a repris son cours et les visiteurs sont occupés entre réservation de tickets, retrait ou envoi de colis. Les différents agents sont à leur poste afin que les visiteurs puissent obtenir ce pour quoi ils sont présents.
On aperçoit également des voyageurs qui ont déjà pris leur ticket et attendent le prochain départ. «Je me réjouis que les activités aient repris ; j’effectue les voyages pour mon commerce donc ces trois jours ont été difficiles pour moi. Je pense que tout est rentré dans l’ordre et qu’il n’y a plus de quoi s’inquiéter. Les nouvelles autorités nous ont bien dit de vaquer à nos occupations », affirme Alidou Samandoulgou, un voyageur assis sous le hall et attendant le car qui le conduira à destination.
Roland Yaogo, responsable administratif de TSR (Transport Sana Rasmané), indique que les activités à leur niveau ont été arrêtées le 1er octobre 2022 lorsqu’ils ont été informés de la situation du pays par les réseaux sociaux.
« Il y a des cars qui sont sortis le 30 septembre mais qui n’ont pu arriver à destination que dans la matinée du 3 octobre parce que les entrées des villes étaient bloquées par des manifestants », précise Roland Yaogo.
Pour Adama Coulibaly, directeur des opérations de TCV et TCA, les 72h qui ont suivi le coup d’État, les conducteurs des cars ont rencontré des difficultés parce que de nombreuses voies étaient barricadées. « Il est arrivé que des bus passent la nuit en cours de route parce les sorties et entrées de presque toutes les villes étaient bloquées. Le passage était quasi impossible. Bien qu’on ait annulé le couvre-feu, il y a des passagers qui ont dormi en cours de route », explique-t-il.
Il poursuit : « Il y a des voyages qu’on a annulés ; par exemple, le couvre-feu a été annulé à la dernière minute alors qu’on avait des départs de nuit dans la sous-région qui étaient déjà annulés. »
Selon Adama Coulibaly, directeur des opérations de TCV (Transport confort voyageurs) et TCA (Transport continent Afrique), dans l’ensemble, le coup d’Etat a joué sur leurs activités. « Nous avons enregistré des pertes parce que personne ne savait ce qui allait se passer donc des voyages ont été annulés. Il y avait également la fermeture des frontières, donc on a fait 4 jours sans sortir, c’était vraiment un manque à gagner », a-t-il affirmé.
Les compagnies de transport TCV et TCA ont repris leurs activités après l’annonce de l’ouverture des frontières le 4 octobre 2022, mais les voyageurs se comptent sur les doigts d’une main, surtout pour la destination sous-régionale.
Les deux responsables des compagnies de transport compatissent après l’attaque de Gaskindé. Ils appellent les autorités à équiper convenablement les FDS pour garantir une sécurité totale de la population.
« Il va falloir prendre plus d’engagement, de précautions pour que cela n’arrive plus. Les camions ont brûlé, il y a eu des morts et c’est choquant mais, si personne ne s’était engagé à y aller, ça allait donner le même résultat de l’autre côté parce qu’on a toujours des frères et sœurs qui y sont et qui ont besoin d’aide. Notre part, c’est de nous mobiliser, d’aller ravitailler ces habitants en vivres. L’armée doit pouvoir faire un effort de sécurisation pour assurer cette mission», interpelle Amadou Coulibaly.