Assises nationales : « C’est du temps et de l’argent perdus, le capitaine Traoré aurait dû s’en passer et gouverner par ordonnances » (Me Apollinaire Kyélem, avocat au barreau du Burkina)
Les assises nationales sont annoncées pour les 14 et 15 octobre prochains. Nombreux sont les Burkinabè qui souhaitent que le capitaine Ibrahim Traoré sursoie à la tenue desdites assises et qu’il conduise lui-même la transition. Maître Apollinaire Kyélem de Tambèla est de ceux-là. L’avocat fait du reste des suggestions pour la bonne marche de la transition.
D’abord, Me Apollinaire Kyélem dit ne pas voir l’utilité de la tenue de ces assises nationales parce que c’est un peu précipité et il pense que les autorités actuelles en sont conscientes. « Nous sommes déjà à quelques heures de ces assises. Qui seront ceux qui vont y participer ? » s’interroge Me Kyélem. Il fallait du temps pour savoir quels sont les corps représentatifs de la société afin de les inviter, sinon on se retrouvera à refaire la même chose que sous le président Damiba aux assises passées. Ce sont les mêmes têtes qui risquent de revenir et même si ce n’est pas le cas, ce sont les mêmes organisations qui vont faire venir leurs représentants. Or, telles que les choses se passent, les vraies couches de la société ne sont pas représentées, fait remarquer notre interlocuteur.
Pour lui, au moins 80% des Burkinabè sont des paysans (éleveurs, agriculteurs) qui ne savent pas ce qui se passe aux assises, pourtant ce sont eux qui constituent les forces vives de la nation. « Est-ce qu’ils auront leur mot à dire dans les assises nationales ? Est-ce qu’on pourra intervenir dans les langues nationales pour que ceux-ci puissent s’exprimer ? Est-ce qu’il y aura un système de traduction à travers les principales langues parlées au Burkina pour que les représentants du monde paysans puissent venir exprimer leurs préoccupations dans leurs langues pour se faire comprendre ? » demande-t-il.
C’est là le vrai problème, selon l’avocat, car on risque de reproduire les mêmes erreurs : les mêmes qui sont là, les intrigants, les opportunistes sont là chaque fois à l’affût, quel que soit le régime, pour avoir des places ; les mêmes laissés-pour-compte seront laissés pour compte. « Si cela arrivait on n’aboutirait pas à un changement car si ce sont les mêmes qui prennent part aux assises, ils prétendront exprimer les aspirations du peuple alors qu’ils ne défendent que leurs propres intérêts.
« Sous le président Damiba, ceux qui étaient à l’Assemblée législative de Transition et au Conseil d’orientation et de suivi de la transition, ce sont les mêmes activistes, parfois des désœuvrés qui ne vivent que de ça, qui sont accrochés à chaque changement de régime pour essayer de trouver leur place au soleil. Ce sont des préoccupations égoïstes. Ma crainte est que cela risque de nous conduire au même résultat », a-t-il indiqué.
L’homme en robe noir dit être de ceux-là qui pensent que le capitaine Traoré doit rester à la tête de l’Etat pour conduire la transition. « De mon point de vue, ces assises n’étaient pas importantes. Je trouve que c’est du temps et de l’argent perdus. Je pense que le capitaine Traoré aurait dû s’en passer et gouverner par ordonnances », a-t-il martelé. Et d’ajouter qu’il faut une personne de vision pour diriger le Burkina. « A mon avis, ce qu’il nous faut actuellement, c’est un despote éclairé, c’est-à-dire quelqu’un qui a une vision pour le pays, qui n’a pas d’ambition personnelle en tant que telle, qui n’est pas orgueilleux, qui est assez humble mais qui sait ce qu’il veut pour le pays avec tout le leadership nécessaire comme ce fut le cas de l’ancien président Thomas Sankara », a-t-il indiqué
« Il faut une révolution dans ce pays pour que chacun y trouve son compte, pour que chacun se sente intéressé par la marche du pays. Pour y arriver, il faut supprimer le cadre actuel de la société où il y a des super Burkinabè et des Burkinabè moins que rien car même si on n’est pas un pays riche, on produit suffisamment pour avancer mieux si la répartition est bien faite. Il faut une révolution pour extirper toutes ces sangsues, ces inconscients qui se fichent de la misère du peuple. Il faut plafonner la rémunération dans les sociétés d’Etat à 500 000 FCFA ou 1 000 000 FCFA maximum. Celui qui estime que cela ne lui convient pas, qu’il s’en aille. J’encourage le capitaine Ibrahim Traoré à se pencher sur cet aspect parce que c’est ce qui va créer la citoyenneté et qui fera que nous aurons une nation », a suggéré Me Kyélem, connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche.
Selon lui, il nous faut refonder notre société en élaborant une Constitution conforme à nos réalités car pour lui, nos sociétés appliquent des Constitutions issues de l’histoire des peuples occidentaux. Ainsi, il faut que ceux qui se disent constitutionnalistes quittent la paresse intellectuelle car pour Me Apollinaire Kyélem, ils sont constitutionnalistes pour des Constitutions étrangères à notre société, ils ne sont que des répétiteurs.
Flora Sanou
Tout comme beaucoup d’autres domaines, celui de la culture subit de plein fouet les conséquences de l’insécurité que vit le pays. Le coup d’Etat de ces derniers jours est venu modifier le calendrier culturel alors que certaines activités avaient été programmées. Pour certains artistes, plusieurs activités au programme au cours du week-end du 30 septembre au 2 octobre 2022 ont été automatiquement reportées. Bien qu’ayant subi les conséquences de ce putsch, ces artistes espèrent de meilleurs lendemains avec ces nouvelles autorités.
Après avoir subi le saccage de manifestants le 1er octobre 2022, l’institut français de Ouaga, celui de Bobo et l’ambassade de France ont mis la clé sous le paillasson. Cette fermeture a sans conteste des répercussions sur plusieurs secteurs de la vie économique du pays, dont le monde culturel. Certains artistes ont confié à Radars Info Burkina que la fermeture de l’institut est certes un manque à gagner, mais n’est pas supérieure à la volonté du peuple burkinabè qui aspire à un changement radical.
Le mercredi 5 octobre 2022, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) a adopté un acte fondamental qui a été lu à la télévision nationale burkinabè. L'on retient de cet acte, entre autres, que le capitaine Ibrahim Traoré est désormais le chef de l’État, chef suprême des forces armées nationales, et que la Constitution, suspendue le 30 septembre 2022, est rétablie. Au lendemain de l’adoption de ce texte, Radars Info Burkina a approché quelques citoyens pour avoir leur point de vue.
Il s’est creusé un écart de compréhension entre la CEDEAO et les populations de ses pays membres. La posture qu’adopte cette institution sous-régionale à chaque évènement politique majeur d’un de ses pays membres est incomprise par les populations, qui se montrent de plus en plus hostiles à elle. Du Burkina Faso au Mali en passant par la Guinée, c’est l’ensemble des citoyens de l’espace communautaire qui s’indignent des décisions de ladite communauté. En tout cas le moins qu'on puisse dire, c'est que beaucoup d’interrogations requièrent des réponses.
Le mouvement Hamasciach in You, qui signifie « l’amour du prochain en toi », estime qu’il faut que toutes les couches sociales (coutumiers et religieux) fassent un sacrifice pour apaiser les aïeux. C’est de cette façon que les autorités, selon lui, parviendront à reconquérir les localités occupées par les terroristes. Toujours selon ledit mouvement, il faut travailler à réconcilier le peuple burkinabè par la mise sur pied d’une commission « vérité-réconciliation » ou passer par une justice traditionnelle pour instaurer un climat paisible.
Le délibéré du procès Kamao a été rendu ce mardi 4 octobre à la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga I. Poursuivi pour « outrage à un dépositaire de l’autorité publique », il a été reconnu coupable et condamné à 6 mois de prison ainsi qu’à une amende de 300 000 FCFA, le tout avec sursis.
Pour ce faire, tout le conseil, de concert avec l’accusé, ira devant les juridictions internationales s’il le faut car n’ayant pas l’intention de s’en tenir à la décision des juges, a informé Guy Hervé Kam. « Nous sommes sûr que dans cette affaire, nous n’en resterons pas là. S’il faut aller devant les juridictions internationales, nous le ferons certainement », a-t-il signifié.
«Le fait que ce procès sur la liberté d’opinion se soit soldé par cette condamnation ne nous satisfait pas. Nous, en tant que militants et au-delà de tout en tant que Burkinabè, attachés aux valeurs de liberté d’expression et à la liberté d’opinion, nous estimons que ce verdict n’est pas satisfaisant à cette étape parce que notre revendication reste la même, notamment concernant la liberté d’opinion au Burkina », a-t-il déploré.
Après le coup d’Etat perpétré le 30 septembre 2022 avec l’accord effectif de la population, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé de dépêcher une délégation à Ouagadougou pour rencontrer les nouvelles autorités ce 4 octobre. Mais cette nouvelle n’est pas du goût d’une partie de la population, qui reproche à cette institution sous-régionale de ne pas contribuer à lutter contre le terrorisme. Des manifestants sont donc sortis nombreux, non pas pour empêcher la venue de la délégation de la CEDEAO, ont-ils précisé, mais pour montrer à cette Communauté que le peuple reste fidèle aux militaires qui veulent reconquérir les localités du territoire national qui échappent à leur contrôle. Leur mécontentement se perçoit à travers leurs coups de sifflet et les drapeaux burkinabè et russe accrochés à leurs engins ou qu’ils brandissent.
A en croire cet autre manifestant, drapeau du Burkina Faso ceint au cou, ils ne sont pas sortis pour empêcher la CEDEAO d’accomplir sa mission mais, pour qu’elle sache que le peuple est uni pour accompagner le capitaine Traoré. « On nous a trop tués, donc on a décidé de prendre notre destin en main. Depuis 62 ans, nous ne sommes pas encore indépendants et cela, à cause de la CEDEAO. Elle doit prendre le destin de ses peuples en main et ne pas se contenter de faire ce que l’Occident lui dicte. Nous voulons qu’elle nous aide à réussir notre mission. Nous allons accueillir la délégation de la CEDEAO et lui dire d'être une CEDEAO des peuples et non des chefs d'État », a dit notre interlocuteur. Et ce dernier de poursuivre : « La CEDEAO doit se battre derrière les peuples, sinon elle n'a pas sa raison d'être. Nous sommes là pour prouver à la CEDEAO que le peuple burkinabè est derrière son armée. Depuis le 30 septembre, il y a eu un mariage entre le peuple burkinabè et son armée. Nous sommes là pour montrer notre engagement en faveur de la junte burkinabè. Nous sommes fiers de ce que les jeunes capitaines ont accompli. »
Le nouveau président, par un communiqué, a appelé la population « à faire confiance aux nouvelles autorités de la transition dans la conduite des affaires de l’Etat ». Il a assuré aux manifestants que l’intérêt supérieur de la Nation serait, en toutes circonstances, préservé.
Le calendrier scolaire qui avait été donné par le désormais ex-ministre de l’Education nationale, Lionel Bilgo, fixait la rentrée pédagogique à ce jour 3 octobre 2022. Avec le coup d’État du 30 septembre 2022 et les manifestations du 1er octobre 2022, nombreux sont les personnes (élèves, parents d’élèves) qui pensaient à un report de cette rentrée par les nouveaux décideurs du Burkina. Des informations sur les réseaux sociaux annonçaient déjà le report à une date ultérieure. Le ministère de l’Education nationale avait démenti cette information sur sa page Facebook un peu plus tôt dans la journée du 2 octobre. Tous sont restés dubitatifs jusqu’à ce que le capitaine Ibrahim Traoré lors de sa rencontre avec les secrétaires généraux à 15h annonce le maintien de la rentrée pour ce lundi 3 octobre. Ainsi, une équipe de Radars Info Burkina s’est rendue sur le terrain pour constater que la rentrée a eu lieu dans plusieurs établissements dont le complexe scolaire Marie Immaculée. D’autres établissements par contre ont décalé leur rentrée d’un jour pour accueillir les élèves.
Les enseignants, elle les a appelés à la rigueur au travail, à bien faire le travail et à donner le meilleur d’eux-mêmes au quotidien. Aux parents d’élèves elle a demandé de veiller à l’éducation des enfants à la maison car l’école seule ne pourrait le faire. À 08h00, ce fut la montée des couleurs. Après cela, la sirène a donné le signal invitant les élèves à rejoindre les classes. Dès aujourd’hui, c’est le début effectif des cours de la maternelle jusqu’en Terminale.
Le ministère 










