Le Syndicat national des professeurs d’école (SYNAPEC) était face aux hommes de médias ce 25 août 2022 à Ouagadougou. L’objectif était « d’interpeller le gouvernement sur les inégalités que contient le nouveau statut particulier de l’enseignant et d’exiger la réparation de ces inégalités » à travers le reversement automatique et sans condition de tous les anciens Instituteurs adjoints certifiés (IAC) en catégorie B1 et de tous les Instituteurs certifiés (IC) en catégorie A3.
Ils étaient des centaines d’enseignants venus des quatre coins du Burkina à dénoncer une « injustice » qu’ils disent constater dans le nouveau statut particulier de ce corps adopté par le gouvernement en 2019.
En effet, selon les conférenciers, les ex-Instituteurs principaux (IP) et ex-Instituteurs principaux certifiés (CPI) ont bénéficié d’une période moratoire supplémentaire de 3 ans avec la possibilité de composer à 57 ans dans le nouveau statut, alors que les Instituteurs adjoints certifiés (IAC) n’ont pas bénéficié de cela ; mieux, beaucoup ne peuvent plus prendre part aux concours professionnels parce qu’ils ont dépassé l’âge limite qui est de 47 ans à cause de la suspension du concours professionnel par le gouvernement pendant quatre ans.
De plus, les enseignants recrutés sur la base du baccalauréat pour deux ans de formation seront classés en catégorie B1 et seront les supérieurs hiérarchiques d’enseignants plus anciens et expérimentés qu’eux à la fin de leur formation.
Ainsi, la catégorie C1, notamment celle des instituteurs adjoints certifiés, est mise en extinction, selon les conférenciers. Pour eux, il est illégal et illogique de mettre en extinction une catégorie sans qu'une mesure d'évacuation des agents de cette catégorie soit proposée.
C’est pourquoi le SYNAPEC soutient que « pour que les choses avancent dans les écoles primaires, c'est un impératif que l'État reclasse tous les Instituteurs adjoints certifiés (IAC) en catégorie B1 avant que les nouveaux ne descendent sur le terrain, et les Instituteurs certifiés (IC) doivent être reclassés en catégorie A3 ».
Par ailleurs, le syndicat prévient que si le reclassement automatique et sans condition de tous les IAC et IC n’est pas effectué, la rentrée administrative sera purement et simplement boycottée, que l’année scolaire 2022/2023 sera mouvementée et les cours sabotés.
À ce propos, le coordonnateur du SYNAPEC, région du Sud-Ouest, Salifou Josias Dondassé, a même déclaré : « Cette année, nous sommes déterminés à fermer les classes, même si c’est pour faire une année blanche, si toutefois l’injustice n’est pas réparée. »
Le SYNAPEC annonce également une marche-meeting pour septembre prochain dans les 13 régions du Burkina Faso pour exiger le reclassement automatique des Instituteurs adjoints certifiés (IAC) et des Instituteurs certifiés (IC).
En attendant, il dit avoir adressé une note au ministère de la Fonction publique et à celui de l’Education nationale pour demander la suspension de l’examen du Certificat supérieur d’aptitude pédagogique (CSAP), car la tenue de cet examen professionnel annoncée par le ministère de l’Education nationale est prévue le 20 septembre 2022 et devrait permettre de reclasser les enseignants de la catégorie B en A3.
L’activiste Anaïs Drabo a trouvé la mort dans un accident de la circulation sur la nationale n°1, le mercredi 6 juillet 2022. Son association Hope Isis, née quelques mois avant, se retrouve ainsi orpheline. Pour savoir ce que devient cette association, nous sommes allés à la rencontre de son président par intérim, Youssoufou Sombié, par ailleurs trésorier de l’association. Il assure que leur structure est certes éprouvée, mais continue ses activités la tête haute.
Présentez-nous l'association Hope Isis.
Hope Isis est une association qui, officiellement, a vu le jour en 2022. Elle existait déjà dans l’informel, mais on a eu les documents légaux en 2022.
Quels sont les objectifs de cette association ?
L'objectif de Hope Isis, c'est de venir en aide d'abord aux personnes déplacées internes et contribuer à aider le ministère en charge de l'Action sociale. On se dit que le ministère seul ne peut pas tout faire ; c’est pourquoi nous venons également en aide aux personnes démunies. Vous avez dû voir par moments qu'on est intervenu pour trouver des prothèses à des personnes vulnérables. C'est donc un peu dans ce sens que nous agissons. Mais c'est une activité qu'on a commencée depuis 2018 avec la défunte. On a commencé d'abord avec les mendiants au bord de la route, qui en son temps n'étaient pas trop nombreux. Souvent on passait, soit on donne des habits, ou bien des chaussures, en fonction de ce qu'on peut faire. Après, on est venu en aide aux veilles femmes qu'on accuse de sorcellerie qui sont à Tanghin. Ensuite à une association d'une sœur religieuse qui récupère les déficients mentaux. Nous leur avons apporté aussi une aide par moments. Mais c’est l'avènement des PDI qui a fait connaître plus l'association.
En juillet 2022, vous avez subi cet évènement malheureux, la disparition de la présidente de l'association. Comment est-ce que l'association vit cela ?
C'est vrai que la présidente était beaucoup plus active, parce qu’elle était plus « réseaux sociaux » et ça nous aidait beaucoup, en ce sens qu'elle faisait des publications et lorsqu'elle faisait ses publications on a des personnes sensibles qui nous venaient en aide. Ça, j'avoue que ça va nous manquer, mais pas au point d’entraver le fonctionnement de l'association. Nous avons quelques partenaires structurels, donc on va continuer à mener les activités selon nos possibilités et selon les apports que nous allons avoir. Pour le moment, j'assume l'intérim de la présidence, cumulativement avec mon poste de trésorier. Mais très incessamment on va tenir notre assemblée, pour essayer de renouveler les instances. L'association même est en train de grandir. On a eu l’adhésion de nombreuses personnes, même après le décès de la présidente. C’est le cas par exemple d’un réalisateur de cinéma qui nous a rejoints.
La présidente n'avait-elle pas de projets pour l'association, qui risquent d'en pâtir ou de disparaître avec son décès ?
On a travaillé de sorte à ne pas personnaliser certaines choses. Ce qui fait qu'on était chaque fois ensemble. Donc en permanence, on s'accompagnait pour suivre un peu certaines choses. Mais j'avoue que sa présence physique boostait certaines choses, puisqu'il se peut que certains aient accepté de nous accompagner dans des projets parce que c'était Anaïs Drabo. Ça, c'est sûr que ce sont des projets qui risquent d’en prendre un coup. Sinon, je sais qu'on a un projet avec le ministère de la Jeunesse et on est très avancé avec les techniciens dudit ministère.
Est-ce qu'il y avait des personnes vulnérables, comme des orphelins ou des PDI, qui étaient spécifiquement à la charge de l'association ?
Il n’y a pas de personnes à la charge de l'association de façon spécifique. Pour le moment, on a évité d'aller dans ce sens. Parce que lorsqu'on n'a pas de ressources assez permanentes, il ne faut pas donner l'espoir à ces gens et à un moment donné ne pas pouvoir continuer. Donc nous, on ne le faisait que périodiquement et en fonction des disponibilités. Par contre, on s’occupe d’orphelins de FDS, pour lesquels on est en partenariat avec Go-Paga.
En tant qu'intérimaire, quels sont vos objectifs immédiats ?
On était toujours en deuil. Mais je crois que le 40e jour, c’était avant-hier. Néanmoins on a pu tenir trois rencontres parce qu'il y avait quelques urgences. Il y avait un petit qui avait un problème de prothèse, donc rapidement on a pu gérer ça. Dans l'immédiat, nous avons un projet avec le réalisateur Derek : il s’agit d’une projection de film et de formation des enfants PDI au métier du cinéma. On envisageait commencer en août mais avec les pluies, on a un peu décalé. Parce que là on va faire des projections en plein air dans les sites des PDI en se disant que ça peut les égayer un tant soit peu et ensuite on va former les enfants au métier du cinéma et les amener en deux jours à produire un petit documentaire qu'on va projeter pour eux-mêmes. Ça, ça peut susciter cet espoir de métier du cinéma pour eux. Maintenant on verra ceux qui vont vraiment être efficaces et qui peuvent embrasser ce domaine, on va peut-être les accompagner. Un nombre limité pour le moment.
Est-ce qu'il y a des difficultés de façon spécifique que vit l'association ?
Oui, il y a des difficultés comme dans toute organisation, toute association. Mais on essaie de les surmonter au fur et à mesure.
Quel est votre cri du cœur ?
Mon cri du cœur, c'est la paix. Nous invitons les populations à soutenir le seul gouvernement que nous avons. Jusqu'à preuve du contraire, je ne pense pas qu'on ait deux gouvernements au Burkina Faso. Et c'est une lutte de longue haleine qui est engagée et il faut que chacun à son niveau puisse soutenir pour qu'on en finisse avec le terrorisme. L'autre aspect, c'est vraiment restaurer la cohésion sociale. Je le dis haut et fort : le Burkina a mal à sa cohésion sociale. Nous n'avons pas un problème de réconciliation et c'est même l'erreur. Lorsqu'on parle de réconciliation, c'est qu'on a deux protagonistes, soit c'est religieux, ou ethnique ou même politique mais qui sépare le pays. Jusqu'à preuve du contraire, je ne pense pas qu'on ait ça ici. Mais les gens déplacent ça sur les problèmes de personnes. Donc c'est d'abord un appel à soutenir le pouvoir en place et à contribuer activement même à la lutte contre le terrorisme. Et là je félicite mes esclaves de Gaoua, qui résistent au lieu de subir. Il faut que chacun mette dans sa tête que nous sommes tous en guerre. Et c'est maintenant qu'il faut se lever pour soutenir ces FDS. Si la paix revient, on pourra faire nos disputes politiciennes après. Donc c'est ce cri de cœur que j'ai à l'égard de la population. Parce que quand je regarde, chacun tire la couverture de son côté. On crée des mouvements par-ci par-là, c'est de nature même à soutenir la crise. Et je dirai que c'est même criminel. Parce qu’il n'y a personne qui ne soit pas affecté par le terrorisme au Burkina. Et si on laisse ce terrorisme prendre le pouvoir, on ira où?
Pour finir, je voudrais dire que notre association est ouverte à toute personne qui souhaiterait faire un don. On ne trie pas, on prend tout.
L’Association de défense des intérêts des consommateurs du Faso qualifie « d’insoutenables et d’intenables » les prix des hydrocarbures pour le consommateur. Elle a donc annoncé une campagne contre l’augmentation des prix des hydrocarbures ce 25 août 2022.
Pour l’Association de défense des intérêts des consommateurs du Faso, composée de l’Association des consommateurs du Burkina (ACB), de l’Organisation des consommateurs du Burkina (OCB), de la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), du Réseau national des consommateurs du Faso (RENCOF) et de Vigi consommateurs, rien ne justifie la récente augmentation des prix des hydrocarbures d’autant plus que le prix du baril a baissé, passant de 69 dollars en 2018 à 41 dollars en 2020.
« Nous ne l’acceptons ni ne l’accepterons. Nous appelons à une mobilisation générale de la population pour faire barrage à cette mesure qui prépare imparablement une nouvelle vague inflationniste », fulmine Ousséni Ouédraogo, secrétaire général adjoint de la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB).
L’Association de défense des intérêts des consommateurs appelle la population à la mobilisation générale et annonce un sit-in pour le lundi 29 août à la devanture du ministère burkinabè du Commerce. Pour elle, cette décision d’augmentation a été prise de façon unilatérale par le gouvernement sans l’avis des différents acteurs de la chaîne de production, de commercialisation et de consommation. « Comment peut-il après contrôler l’évolution des prix ? » questionne Ousséni Ouédraogo. Cette structure dit même suspecter le gouvernement de transition « de ramer contre le bonheur de la population ».
Le Premier ministre, dans son discours à la nation, a déclaré que le gouvernement n’avait pas d’autre choix que d’augmenter les prix, sous peine de voir une SONABHY incapable de remplir sa mission.
Mais l’association estime que la question ne devrait pas se poser avec la baisse du prix du baril sur le marché international parce que cela devrait permettre de réaliser des économies. « En l’absence d’audit indépendant, il est difficilement supportable d’entendre que l’Etat doit plus de 280 milliards à la SONABHY. A qui la faute ? Au contribuable ou à l’Etat ? Nous, nous pensons que c’est un problème de gestion. En 2015, nous avons appris par voie de presse que la SONABEL devait plus de 39 milliards de francs à la SONABHY. Incompréhensible, d’autant plus que le consommateur a toujours payé ses factures d’électricité», indique Ousséni Ouédraogo.
L’augmentation du prix du carburant touche directement les transporteurs routiers, plus précisément les petits transporteurs qui font déjà face à la concurrence. Interrogés sur une éventuelle augmentation du prix du transport suite à l’augmentation des prix du carburant, les transporteurs des petits cars communément appelés « Dina » reconnaissent avoir augmenté le prix du transport parce qu’ils ne pouvaient plus supporter les dépenses liées au carburant avec les mêmes tarifs.
« Nous n’avons pas d’autre alternative que d’augmenter un peu le prix du transport », nous confie Mahamadi Yaméogo, le regard évasif. Il explique : « Pour aller à Cinkansé, on se ravitaillait à 50 mille francs pour le carburant, mais maintenant il faut 70 mille francs d’essence pour ce trajet. Si on n’augmente pas, comment faire pour réaliser un bénéfice ? »
Même son de cloche chez Sisco Toyeri, chauffeur également de mini car à la gare de l’Est, pour qui l’augmentation des coûts du carburant constitue une difficulté pour eux. « Cela nous pénalise beaucoup, certains passagers ne comprennent pas, ils veulent qu’on garde le même prix. D’après eux, c’est du racket que nous faisons. Par exemple, avant on faisait l’aller-retour Ouagadougou-Pouytenga avec 20 mille francs d’essence. Or actuellement, il faut 30 mille francs de carburant. On a donc été obligé de majorer le prix du transport de 500 F».
Cette augmentation du prix du ticket a réduit le nombre de clients de certains chauffeurs de mini cars, comme nous le confirme Sisco Toyeri : « On revient juste du péage ; on n’a pas eu de clients. Ça fait deux semaines qu’on n’a plus de clients. Notre véhicule n’a aucun souci technique, seulement les voyageurs préfèrent prendre les cars. »
« Si c’est possible de revoir le prix du carburant à la baisse, cela nous arrangera. Il y a une augmentation tous azimuts des prix ; plus rien n’est régulé, comme si le pays n’était pas gouverné », clame Frédéric Ouédraogo.
Pendant que les autres expriment leur désarroi, un autre transporteur surgit et lance : « Ils peuvent ajouter jusqu’à 1000 francs s’ils le veulent, de toute façon qu’est-ce qu’on peut faire. Ceux qui veulent voyager vont le faire quel que soit le prix.»
Quel est le sort des usagers ?
Selon les transporteurs, certains clients comprennent, d’autres non.
« Nous savons que ce n’est pas facile, mais nous demandons aux passagers de comprendre et aux dirigeants de prendre les mesures idoines», indique Ablassé Yalgo, chauffeur de mini car.
Mahamadi Yaméogo, transporteur également, affirme que ses clients comprennent parce qu’ils voient la réalité du terrain, seulement ils ne sont pas contents.
Amaoulay Kinda, usager en partance pour Nagréogo, a constaté une augmentation de 500 francs sur le transport. Il dit comprendre la situation au vu des réalités. « Avant, on faisait l’aller-retour à 2000 francs, actuellement, c’est 2500 francs. Mais on comprend puisque qu’on voit que les prix du carburant ont augmenté », a-t-il dit.
Cette augmentation des prix du transport est-elle agréée par le syndicat des transporteurs?
Quand les autres transporteurs parlent d’augmentation, Albert Ouédraogo fait remarquer qu’il faut le mot d’ordre du syndicat avant de le dire. « En tant que chauffeur, si je dis que les prix du transport ont augmenté, le syndicat peut me demander des comptes. Je pense que si jamais les prix du transport augmentent, celui qui a un moyen de déplacement comprendra parce qu’il se ravitaille en essence et sait que les prix ne sont plus les mêmes », lâche-t-il.
Pour Mahamadou Kargougou, chef de la gare de l’Est, le syndicat ne s’est pas encore prononcé sur une quelconque augmentation des prix du transport. « Pour le moment, de façon officielle, ce sont les anciens tarifs qui sont en vigueur. Les grandes sociétés de transport nous font la concurrence et prennent nos clients. Si on augmente le transport, on risque de perdre les quelques clients qu’on pouvait avoir. »
Le chef de gare dit attendre la décision du syndicat pour d’éventuelles augmentations.
Le Togo est également en proie aux attaques de groupes armés terroristes. Les populations de la partie nord de ce pays, qui fait frontière avec le Burkina, sont victimes d'attentats depuis novembre 2021. Radars Info Burkina a joint des journalistes togolais pour mieux comprendre la situation. D'un ton unanime, ils ont décrié le manque de soutien conséquent aux pays attaqués et de solidarité vis-à-vis de ces derniers, toute chose qui fait évoluer la menace vers les pays longtemps épargnés.
Nous sommes le 9 novembre 2021 quand le Togo essuie pour la toute première fois une attaque terroriste sur son territoire. « C'est une attaque qui a eu lieu dans le village de Sanloaga, dans la préfecture de Kpendjal, région des Savanes, une région frontalière du Burkina Faso », affirme Pierre-Claver Kuvo, journaliste d'investigation au Togo, joint au téléphone. Il précise que lors de cette attaque, les forces armées togolaises avaient pu repousser les assaillants qui sont repartis du côté du Burkina Faso.
Quatre mois sont passés et la menace semblait ne plus être d’actualité. Les Togolais vaquaient alors à leurs occupations sans grand danger. Mais le scénario burkinabè qui, au début, en 2016, a connu des incursions de groupes armés terroristes à la frontière malienne, alors que le Mali était déjà sous emprise terroriste, n'allait pas tarder à se répéter au Togo. En effet, le 11 mai 2022, soit six mois après la première attaque, les terroristes vont s'en prendre de nouveau aux forces armées togolaises à Kpekankandi dans la même région et feront 8 morts et 13 blessés. Puis s'ensuivent une troisième attaque et même une quatrième dans la nuit du 14 au 15 juillet 2022, qui va s'avérer la plus meurtrière de toutes celles qu'a connues le Togo, jusqu'alors. « Cette fois-ci, ce fut une attaque dirigée contre des villages de Bombengou dans les cantons de Borgou, Blamonga, Lalabiga, Souktangou, Tchimouri, Lidoli, où les terroristes passaient d'une concession à une autre pour égorger les hommes », s'est indigné Galley Anani, rédacteur en chef du mensuel De Cive (Le Citoyen) et collaborateur de l'hebdomadaire L'Echiquier. Le président de « Publier ce que vous Payez-Togo », Pius Kossi Kougblenou, lie cette attaque à l’arrestation de personnes dont les animaux avaient été saisis et vendus, une situation à laquelle le gouvernement togolais avait tardé à réagir. Pour lui, cette situation a attisé la colère de certains individus. Sur cette affaire d’arrestation, le 27 juillet 2022, le gouvernement burkinabè soulignait que dix éleveurs burkinabè ont été interpellés avec leur bétail en territoire togolais par les autorités locales pour « des raisons d’enquête en lien avec les mesures sécuritaires » en vigueur au Togo. Deux d’entre eux ont été relâchés par la suite, ajoutait-il. Plus tard, la fédération des éleveurs du Burkina, par la voix de son secrétaire général, appelait le gouvernement burkinabè à agir pour leur libération. Cependant, sur le nombre de personnes arrêtées, cette dernière est en désaccord avec le gouvernement. Selon elle, c’est plutôt une quarantaine qui serait en détention. La fédération a alors plaidé pour que la rigueur de la loi s’applique si les faits qui leur sont reprochés sont avérés. « Mais si ce n’est pas le cas, qu’on les libère ».
Toutes ces attaques ont été perpétrées dans la région des Savanes, le plus souvent dans la préfecture de Kpendjal, selon les journalistes que nous avons joints. Et la dernière en date a été perpétrée le 22 août 2022, où les Forces armées togolaises avaient réussi à repousser les assaillants qui sont repartis du côté du Burkina, selon Labaali.com. Cette partie du Togo est très vite devenue une zone d'insécurité notoire. Les populations, qui jusque-là accueillaient des déplacés burkinabè qui fuyaient l'insécurité, sont à leur tour obligées de se réfugier dans les grandes villes comme Dapaong et autres. La zone est alors en état d'alerte. Que faire ? Etait-il prévisible que des villages du Togo tomberaient un jour entre les mains de groupes armés terroristes ? Les autorités s'étaient-elles préparées à cela ? « La plaie est ouverte et il faut la refermer et vite », lance Galley Anani.
Le gouvernement togolais a minimisé la menace, or la presse avait lancé des alertes
Pour Anani Galley, le Togo a minimisé la menace. « Il se sont dit : c'est seulement le Burkina, nous, nous ne pourrons pas être attaqués. Et voilà aujourd'hui le résultat », explique-t-il. Et de poursuivre : « Pendant qu'on regardait les autres pays, pendant qu'on voyait leurs citoyens tomber, tués par les terroristes il y avait des rapports qui indiquaient que le terrorisme menaçait certaines zones et qu'il fallait développer et construire des infrastructures dans ces zones pour que les populations ou les jeunes dans ces zones ne tombent pas dans le panneau de la violence extrémiste ». Le journaliste d’investigation Pierre Claver Kuvo explique en effet que la zone ciblée par les attaques est une zone très indigente du Togo. En outre, elle est en proie à des frustrations permanentes, qui sont des phénomènes qui donnent du poids à l’extrémisme violent. Il en veut pour preuves les manifestations dans cette localité, qui ont toujours été réprimées avec violence et les 70% de la population de la zone de Dapaong qui vivent dans la précarité. « Cela expose les populations à toutes sortes de risques », a-t-il estimé. Pourtant, explique-t-il, les rapports d’organismes et les investigations de la presse ont longtemps sonné l’alerte autour des dangers auxquels cette partie du Togo est exposée. Mais, estime Anani Galley, c’est le chef de l’Etat qui imprime la marche à suivre et ce dernier semble focaliser ses efforts ailleurs. Selon lui, l’autorité togolaise a fait le choix de s'investir à fond dans le dossier malien tout en oubliant que le mal était à sa porte.Cette attitude a détourné les attentions sur les réels dangers qui pouvaient guetter le pays. Une analyse partagée par Pius Kossi Kougblenou, qui estime que c’est une sorte de vengeance que les terroristes exercent contre le Togo, pour le fait que ses autorités veulent aider le Mali à les combattre. « Mais, se ravise-t-il, ce sont des analyses de premier degré. Il faut aller au-delà car le problème du terrorisme est une contagion régionale ».
Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest appelés à s’engager comme une seule entité
« Je n'ai pas compris que les trois pays, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin, ne soient pas capables de mutualiser leurs forces pour maîtriser le mal terroriste. Pourquoi chacun y va unilatéralement, alors que ces trois pays peuvent coordonner leurs actions, leurs enseignements et tout ? » se demande Anani Galley. A sa suite, Pius Kossi Kougblenou pense que la solution est endogène pour peu que les pays acceptent de se mettre ensemble comme une seule et même entité. « Malheureusement, ce qui nous divise, les intérêts égoïstes en l’occurrence, est plus fort que ce qui nous unit » soutient Anani Galley.
Pour le cas du Togo, même si la prise de mesures intervient un peu plus tardivement, certains de nos interlocuteurs saluent leur adoption et pensent que la situation peut encore se normaliser. C’est l’avis de Pierre Claver Kuvo pour qui une solution est encore possible. Il explique les mesures prises par le gouvernement togolais qui ont consisté à décrété, le 13 juin 2022, l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes et à voter un budget de 16 milliards de F CFA pour construire des infrastructures dans cette zone. Il ajoute que le gouvernement a aussi procédé à l’achat d’armes, d’aéronefs militaires et à une mobilisation ainsi qu’à un déploiement des forces de sécurité dans la zone. Enfin, le Togo s’est doté d’une loi de programmation militaire sur la période 2021-2025.
En rappel, le Togo a participé à l’opération régionale anti-extrémisme violent, « Koudanlgou 4 zone 2 », ayant regroupé le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Ghana. Une opération qui fait suite à 3 autres et s’est déroulée du 21 au 27 novembre 2021. « Elle a permis l’arrestation de 300 suspects », selon Pierre Claver Kuvo.
Deux sociétés immobilières partenaires d’affaires, que nous avons nommées société A pour la partie civile et société B pour les prévenus coupables, étaient face au Tribunal de grande instance Ouaga I ce mardi 23 août 2022. Le directeur général de la société B, KM, et son adjoint, SD, sont accusés par la société A, représentée par KD, du détournement de 111 millions FCFA, d’infraction de faux et usage de faux, d'intention d’escroquerie, de blanchiment de capitaux et d’établissement de fausses attestations provisoires d'attribution dans le cadre d’une convention de vente de parcelles.
Les faits remontent à 2019 où la société A et la société B ont convenu d’un partenariat qui consistait pour la société B à trouver des clients à la société A qui détenait un site non aménagé. La société B étant spécialisée dans la recherche de la clientèle et la vente des immeubles, en termes simples dans la spéculation immobilière, elle s’est mise au service de la société A en lui trouvant des clients.
Dans la convention, selon la société A, son partenaire d’affaires devait seulement trouver les clients. Ces clients devaient faire une souscription pour les parcelles moyennant une somme de 100 000 F pour garantir la parcelle, et une somme d’1 700 000 FCFA pour « les démarcheurs », à savoir la société B, avant de procéder au paiement de la parcelle à proprement parler qui coûtait 5 700 000 pour 300 m2, payables sur 12, 24 et 30 mois.
Dans la gestion, la société B a enregistré des clients en leur attribuant des attestations au nom de la société B et encaissé leur argent sans pour autant faire le versement. Ainsi, une somme de 111 millions a été soutirée aux clients par la Société B avec des décharges où figure le nom de la société A pour des parcelles que ceux-ci n’ont pu obtenir.
Cependant, selon les prévenus, la société A leur avait donné l’exclusivité de la gestion du site, à savoir trouver des clients, faire leur souscription, encaisser l’argent et procéder au versement auprès de la partie civile. Par la suite, la partie civile ne respectait plus le cahier des charges, et s’en sont suivis des problèmes dans la gestion.
Des clients victimes étaient présents aujourd’hui au tribunal pour confirmer les faits des prévenus coupables avec des décharges de paiement et des attestations d’attribution au nom de la société A alors que cette dernière ne reconnaît pas ces derniers, car ils ne figurent pas dans sa base de données. Les prévenus coupables n’ont pas pu justifier les 111 millions et ont reconnu les faits qui leur sont reprochés.
Les considérant coupables de faux et usage de faux d’attestations d’attribution provisoires de parcelle, de détournement d’argent, d’abus de confiance et de blanchiment de capitaux, le procureur a requis contre eux une peine d’emprisonnement de 5 ans ferme ainsi qu’une amende de 3 millions de francs CFA.
Pour l’heure, le tribunal n’a pas encore tranché. Le dossier a été renvoyé au 18 septembre 2022 afin de permettre d’approfondir les enquêtes et pour un apport de pièces justificatives, le cas échéant, par les deux parties.
L’Association des consommateurs du Burkina (ACB) a participé à une rencontre avec les responsables des sociétés de téléphonie mobile initiée par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). La faîtière des consommateurs a profité de l’occasion pour égrener les difficultés que rencontrent les consommateurs et les attentes de ceux-ci. Selon la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), qui fait partie de l’ACB, il faut commencer par « revoir les textes qui régulent les téléphones mobiles » car ce sont des textes qui existent depuis bien longtemps et qui n’avaient pas prévu une utilisation massive et quotidienne du téléphone.
Dasmané Traoré, président de la Ligue des consommateurs (LCB), a souligné que les difficultés que rencontrent les consommateurs ont été rappelées aux opérateurs de téléphonie mobile en présence de l’ARCEP. Leurs attentes ont également été exprimées. Les textes, fait-il remarquer, sont inadaptés au niveau de l’ARCEP et dépassés par endroits ; il faut donc songer à les relire.
« En termes de recommandations, nous avons demandé qu’il y ait de la modération, c’est-à-dire qu’ils améliorent la gestion de nos unités de communication d’autant plus que nous restons farouchement opposés au fait qu’on nous impose des délais pour utiliser nos unités et mégas. Concernant les envois intempestifs de messages, il faudra qu’on permette aux consommateurs de désactiver toute forme de message qu’ils trouvent inopportun à leur niveau. Il ne faudra pas qu’on nous envoie à longueur de journée des messages, car on a autre chose à faire et cela peut conduire le consommateur à être moins productif », affirme Dasmané Traoré.
Le consommateur est vulnérable et subit beaucoup d’injustices parce qu’il manque de véritables concurrents. « Au niveau des envois et réceptions, quand on envoyait autrefois 5 mille à quelqu’un, l’opérateur coupait 400 francs mais, aujourd’hui, il ne vous coupe que 50 francs, ce qui veut dire que sur les 50 francs, il a non seulement un bénéfice mais, en plus lorsqu’il récupérait 400, il en prenait trop et personne ne pouvait broncher et c’est comme une courge face à un couteau », indique le président de la Ligue des consommateurs du Burkina.
La LCB réclame donc l’arrivée d’un autre opérateur dans le paysage téléphonique burkinabè, ce qui va, selon elle, permettre davantage d’accélérer la concurrence qui pourrait être bénéfique aux consommateurs.
« C’est ce que nous avons demandé et j’espère qu’ils vont permettre à d’autres opérateurs de s’installer », ajoute M. Traoré.
Les difficultés liées à la qualité des réseaux ont aussi été relevées. « C’est vrai qu’il y a des cas d’exception dans certaines zones, où il est difficile aux opérateurs d’assurer la maintenance ; par contre, là où il n’y a pas de problème sécuritaire on ne devrait continuer à souffrir de dysfonctionnements du réseau ou d’une qualité médiocre de celui-ci. Cela est mentionné dans le cahier des charges à l’ARCEP », rappelle Dasmané Traoré.
A également été abordée la question du statut de la puce téléphonique. A ce sujet, la LCB a demandé que l’on dise clairement qui du client qui l’a acquise ou de l’opérateur qui l’a vendue en est le véritable propriétaire. Il faut qu’on statue sur cette question. « Si la carte Sim est la propriété du client, quelle est sa limite ? Si par contre elle est la propriété de l’opérateur, quelle est la limite de ce dernier également ? »
Toutes ces préoccupations ont été posées à cette rencontre et les différents interlocuteurs de l’ACB ont assuré qu’elles seront examinées et que des solutions y seraient trouvées.
Le Syndicat national des contrôleurs aériens et assimilés du Burkina (SYNCAB) observera une grève de 48h décrétée par l’Union des syndicats des contrôleurs aériens de l’ASECNA (USYCAA), à compter du 25 août 2022, si rien n'est fait pour satisfaire sa plateforme revendicative. Selon ladite structure syndicale, son préavis de grève n’a pas pour objet la démission du directeur général de l’ASECNA mais vise plutôt à exiger de meilleures conditions de travail pour plus de sécurité des vols. L’information a été donnée au cours d’une conférence de presse tenue ce lundi 22 août 2022 à Ouagadougou.
L’Union des syndicats des contrôleurs aériens de l’ASECNA (USYCAA) regroupe les syndicats des contrôleurs aériens des 17 pays membres de l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), dont bien sûr le Burkina Faso. Les contrôleurs aériens sont chargés de la gestion des vols, notamment des services de contrôle, de d’information et d’alerte.
Selon les conférenciers du jour, une plateforme revendicative a été déposée par leur syndicat auprès des autorités actuelles de l’ASECNA mais celle-ci n’a pas été prise en compte. Estimant que les acquis des aiguilleurs du ciel sont remis en cause, l’USYCAA a donc déposé un préavis de grève auprès de la direction générale de l’ASECNA depuis le 25 juillet dans le but d’avoir des séances de négociations mais jusque-là, à en croire les mécontents du jour, il n’y a pas eu de rencontre.
Selon le secrétaire général du Syndicat national des contrôleurs aériens et assimilés du Burkina (SYNCAB), Fulbert Bembamba, cette plateforme revendicative est axée sur 19 points, lesquels sont regroupés en deux parties. La première est liée au renforcement des capacités professionnelles.
« Le métier de contrôleur comporte beaucoup d’exigences et pour pouvoir les respecter, il y a des formations qui sont prévues. Mais nous avons constaté que depuis l’arrivée du DG actuel, plusieurs activités liées aux formations ont été remises en cause, et la COVID-19 a été le prétexte brandi. Cependant, les choses sont revenues à la normale et les mesures restrictives ont été levées au sein de l’agence. Toutefois, le DG de l’ASECNA ne veut pas reprendre les formations, qui sont pourtant nécessaires pour l'amélioration de la sécurité de la navigation aérienne. En outre, nous sommes dans un contexte de pays francophone, alors que l’anglais est la langue aéronautique. Il nous faut donc une formation conséquente et continue en anglais pour garder le niveau », a expliqué Fulbert Bembamba.
La seconde partie de la plateforme concerne des revendications faites depuis une quinzaine d’années mais qui n'ont pas été traitées dans le cadre du dialogue social ainsi que des revendications liées au plan de carrière, toujours selon M. Bembamba.
Mais à l’entendre, aucune avancée majeure n’a été observée concernant leur plateforme revendicative, d’où cette grève de 48 heures envisagée en vue d’obtenir satisfaction.
Toutefois, il précise que compte tenu du contexte difficile du Burkina Faso, les contrôleurs de la circulation aérienne du Burkina Faso, à l’instar de ceux des autres pays membres de l’ASECNA, fourniront les services de contrôle, d’information et d’alerte uniquement dans le cadre du service minimum. Ce service minimum concernera les vols VIP, militaires, humanitaires, de recherches et sauvetage, ainsi que des aéronefs en détresse.
Les conférenciers ont également annoncé qu’ils ont reçus par le ministre burkinabè des Transports ce jour même 22 août 2022. D’après eux, celui-ci voulait s’enquérir de l’avancée des éventuelles négociations entre l’Union des syndicats des contrôleurs aériens de l’ASECNA (USYCAA) et la direction de l'ASECNA en rapport avec le préavis de grève qui a été déposé depuis le 25 juillet 2022. Des perspectives ont été annoncées à l’issue de cette rencontre et des mesures seraient en cours pour la résolution de la crise, ont-ils signifié. « Le ministre nous a promis que des mesures seraient prises à la suite de la rencontre du comité des ministres extraordinaire qui se tient aujourd’hui même en rapport avec la crise. Des mesures sérieuses seront prises pour demander au directeur général de mener des négociations sincères avec le syndicat. Nous attendons de voir les résolutions afin de prendre les résolutions qui siéent », ont déclaré les tenants du crachoir.
Cette grève, si elle a lieu, aura inéluctablement un impact sur le trafic aérien, et le SYNCAB dit en être conscient. Cet impact sur le trafic aérien, ont reconnu ces derniers, peut être considérable, voire catastrophique s’il n’y a pas d’autres mesures qui sont prises car qui dit contrôleur aérien dit gestion tactique des vols. De ce fait, s’il n’y a pas de contrôleur aérien, il n’y a pas d’aéroport, d’où la maintien du service minimum.
En outre ce débrayage aura aussi, sans nul doute, un impact économique car il y a une centaine de vols par jour qui risquent d’être annulés. Mais les résultats qui seront issus de la plateforme revendicative vont permettre d’atteindre un niveau de service qui ne sera pas à comparer à l’impact économique, ont soutenu les conférenciers, qui disent espérer jusqu’à la dernière minute qu’il y aura un sursaut des responsables qui leur évitera d’aller en grève.
La Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) réaffirme son opposition à l’augmentation des prix du carburant décidée en Conseil des ministres le 17 août dernier à hauteur de 35 francs pour le litre de super 91 et de 30 francs pour celui du gasoil. Elle envisage des actions de plaidoyer auprès des acteurs pour que les prix soient revus à la baisse, mais prévient d’ores et déjà que si cette démarche ne produit pas les résultats escomptés, elle passera à la vitesse supérieure en organisant des sit-in pour se faire entendre par qui de droit.
C’est un truisme de le rappeler, l’augmentation des prix du carburant entraînera inéluctablement une hausse des prix des différents produits, ce qui va davantage éroder le pouvoir d’achat des consommateurs.
Ce que déplore la Ligue des consommateurs du Burkina Faso, c’est qu’il n’y ait aucun suivi de l’Etat pour éviter « tout le désordre auquel nous sommes confrontés et qui, dans le fond, contribue à extorquer le consommateur ».
En juin 2022, le gouvernement avait entamé des concertations avec différents acteurs afin d’apporter une subvention pour certains produits. Pour la LCB, cette subvention promise n’a pas encore vu le jour. « Depuis deux mois, nous n’avons rien senti et voilà que cette augmentation nous tombe encore sur la tête. Cela va davantage renchérir la vie du consommateur et c’est ce qui nous inquiète au niveau de la ligue », soutient-elle.
La LCB fait savoir que cette augmentation est contraire à la réalité du moment « d’autant plus qu’il n’y a rien qui est fait pour dissuader les acteurs et prendre des dispositions pour réduire le coût des produits de grande consommation».
L’Etat n’arriverait-il plus à supporter les subventions ?
« Nous ne pouvons affirmer cela », répond Dasmané Traoré, président de la Ligue des consommateurs du Burkina Faso. Mais, dit-il, il paraît qu’ « autour de nous, il y a des pays où les mêmes produits coûteraient relativement moins cher qu’au Burkina et cela avait entraîné des sorties de carburant au niveau national pour ces pays. Cette sortie de carburant signifie que la subvention que l’Etat a consentie est en train d’être exploitée par des individus hors de chez nous. Et là, c’est l’argent du contribuable qui est en train d’être dissipé par ces individus. Et si cela est avéré, il faudra que l’Etat prenne le contrôle pour le suivi dans le cadre de la distribution de ces produits de façon à ce que tout ce qu’il consent comme effort puisse être profitable au consommateur. Mais s’il consent des efforts et que malheureusement il n’y a pas de mécanisme pour protéger ses efforts, il va sans dire qu’il prêche dans le désert ».
En tout cas, la Ligue des consommateurs du Burkina Faso affirme qu'elle ne restera pas muette face à cette augmentation qu’elle juge de trop. D’ores et déjà, elle a émis un communiqué pour marquer son désaccord. « Nous allons entamer un plaidoyer de façon à ce que des mesures palliatives soient trouvées », indique Dasmané Traoré. Toutefois, prévient-il : « Si nous ne sommes pas entendus à travers le plaidoyer, nous passerons à des sit-in.»
Un mécanisme d'assurance agricole est mis à la disposition des agriculteurs burkinabè pour protéger leurs cultures contre les menaces climatiques. Il a été instauré par le gouvernement pour protéger les producteurs. L’assurance agricole, puisque c’est de cela qu’il s’agit, prend en compte les producteurs de maïs et de sorgho dans trois régions choisies pour la phase pilote. Elle est proposée à toute personne ayant une exploitation agricole et ne couvre pour le moment qu’un sinistre : la sécheresse. Radars Info Burkina s’est entretenu avec le patron de la Direction générale de la promotion économique rurale (DGPER), Mohamed Porgo,ce vendredi 19 août 2022 sur les avantages de cette assurance, tant pour les agriculteurs que pour le Burkina et sur le bilan des années déjà écoulées.
« L’assurance agricole est un instrument de gestion de risque agricole permettant aux ménages agricoles de transférer le risque au marché en souscrivant à une police d’assurance pour bénéficier d’une indemnisation en cas de survenance d’un sinistre », telle est la définition donnée par le premier responsable de la Direction générale de la promotion économique rurale (DGPER), le Dr Mohamed Porgo, de ce mécanisme.
Le risque couvert dans le cadre du mécanisme de l’assurance agricole du ministère de l’Agriculture est le risque de sécheresse.
C’est une assurance indicielle en expérimentation dans le cadre d’un projet dénommé Projet de gestion des risques agricoles et alimentaires (PRAA) et qui couvre les régions de la boucle du Mouhoun, du Centre-Ouest et de l’Est pour une phase pilote qui durera 3 ans.
D’après le DG Porgo, le mécanisme est fonctionnel depuis la campagne agricole 2020/2021.
Les spéculations concernées sont le maïs, le sorgho et le riz mais pour le moment, seule la première céréale citée est véritablement prise en compte.
La mise à l’échelle est prévue à partir de 2023 afin de prendre en compte l’ensemble des 13 régions du pays ainsi que d’autres spéculations.
Une période est indiquée pour la souscription. Selon le directeur général, « les producteurs peuvent commencer à souscrire une fois que le début de campagne est déclaré ». En effet, le mécanisme est doté d’un dispositif de déclenchement de début de saison basé sur la recherche des évènements pluvieux à partir 15 mai de chaque année.
Le début de la saison est déclaré dès lors que dans une période de 7 jours, il a été enregistré au moins trois 3 jours de pluie avec un cumul total (quantité cumulée sur les 7 jours) d’au moins 20 mm.
L’assurance agricole présente des avantages non négligeables, à en croire le premier responsable de la DGPER.
En effet, c’est un outil de gestion de risque qui permet de réduire la vulnérabilité du producteur aux chocs climatiques. Ainsi, le producteur souscrit à cette assurance pour un montant de 12 387 F CFA TTC à l’hectare dont 50% est subventionné par l’Etat (environ 6200 F CFA) et peut bénéficier d’indemnisation qui peut aller jusqu’à 130 000 F CFA en fonction de l’ampleur du sinistre subi.
L’avantage qu’elle présente pour l’Etat est qu'au-delà de la gestion des risques climatiques, l’assurance agricole est un instrument de stabilisation des revenus des producteurs et de renforcement de la stratégie de sécurité alimentaire des populations en zone rurale. C’est également un instrument de sécurisation de l’écosystème de financement agricole. De ce fait, cela peut inciter les institutions financières à davantage financer le secteur agricole, a affirmé le DG. C’est par ailleurs une extension du marché de risque au secteur agricole qui était jusque-là un marché manquant dans la finance agricole au Burkina Faso, a-t-il ajouté. Toujours selon Mohamed Porgo, les résultats des deux premières années d’expérimentation sont positifs. Pour corroborer ses dires, il a brandi les statistiques ci-après : « En 2020, les souscripteurs à l'assurance étaient au nombre de 369 avec 492 hectares dont 107 atteints par la sécheresse. En 2021, cet effectif est passé à 801 dont 432 nouveaux souscripteurs, soit un pourcentage de 117, 07% avec une superficie de 1305 hectares dont 194 touchés par le sinistre, ce qui donne un taux de variation de 165,29%. L’indemnisation de l'année 2020 s’élève à 4 761 450 FCFA pour les 107 cas de sinistre et elle est de 11 532 581 FCFA pour les 194 en 2021, soit une variation de 81,30%. »
« Au regard du bilan de ces deux premières années d’expérimentation du mécanisme agricole dans les trois régions pilotes, il y a une satisfaction globale avec les progrès qui ont été enregistrés d’une année à une autre. Les taux de souscription ont doublé entre deux années et pour cette troisième année, le mécanisme s’est étendu, en plus du maïs, au sorgho. Cependant, beaucoup d’efforts restent à faire pour améliorer le taux d’adhésion des producteurs au regard du potentiel disponible », a conclu le DGPER.