jeudi 5 février 2026

aainfla une« Nous essayerons de voir si c’est possible qu’on joue sur le prix du carburant parce que tout est basé sur cela. Si le prix du carburant augmente, tout augmente. Tout fonctionne à partir du carburant. Nous essayerons de voir (….) si c’est possible de réduire le prix, afin de relancer l’économie ». C’est ce qu’avait déclaré le Premier ministre, Me Apollinaire Joachimson Kyélem de Tambèla, après sa nomination, le dimanche 23 octobre 2022, au cours d’une interview accordée à radio Oméga en réponse à une question sur le faible pouvoir d’achat des Burkinabè et les mesures urgentes qu’il prévoyait. Mais, depuis la formation du gouvernement Kyélem le 25 octobre 2022, nous assistons à une inflation de plus en plus croissante et la plus récente est l’augmentation du prix du Super 91. Toutes les actions semblent être orientées vers la lutte contre l’insécurité.   La lutte contre la vie chère ne contribue-t-elle pas à la lutte contre l’insécurité ? Quelles mesures peuvent être prises en vue de réduire la vie chère au Burkina et d’alléger la souffrance des populations ? Que disent les défenseurs des consommateurs face à la nouvelle augmentation du prix de l’essence et au silence du gouvernement sur la vie chère ? Le président du Réseau national des consommateurs du Faso (RENCOF) et celui de la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) se prononcent.

Pour Adama Bayala, président du Réseau national des consommateurs du Faso (RENCOF), elle est insoutenable, inexplicable et « indigérable », cette nouvelle augmentation du prix de l’essence car en un an, le même régime a augmenté de 235 F les prix des hydrocarbures alors que le coût du baril a connu une baisse au niveau international. Ces augmentations ont pour conséquences l’augmentation des prix des transports et des prix des autres produits, la réduction du pouvoir d’achat des citoyens, l’exacerbation de la misère, l’explosion de la pauvreté et l’accroissement de la souffrance des populations, qui n’en peuvent déjà plus.

aainfla 2Sur la question de la lutte contre la vie chère, « nous avons la faiblesse de croire que toutes les actions de la présente transition semblent orientées vers la lutte contre le terrorisme, avec le redimensionnement des objectifs, des missions, au-delà des aspects sécuritaires, pour prendre en compte les aspects sociaux et humanitaires. Aujourd’hui, c’est une vérité de dire que l’inflation va précipiter le ralliement de nombre de citoyens aux terroristes parce que le visage des acteurs du terrorisme a changé, ce qui fait qu’on constate dans leurs rangs des nôtres qui, hier seulement, critiquaient, dénonçaient, fustigeaient le terrorisme. C’est du fait de la pauvreté qu’aujourd’hui, de nouveaux acteurs grossissent les rangs des terroristes. J’ai bien peur que nos autorités ne contribuent à nourrir le terrorisme, car c’est une vérité de dire que la lutte contre la vie chère contribue à la lutte contre le terrorisme. Malheureusement les autorités ne semblent pas l’avoir compris et perçu », a déclaré le président du RENCOF. « Nous sommes contre cette dernière augmentation et invitons le gouvernement à surseoir à cette mesure », a-t-il martelé.

De ce fait, il invite les autorités à procéder à un audit de la SONABHY, à situer les responsabilités pour que les auteurs de malversations en répondent. Il faut, toujours d’après lui, nationaliser le pan relatif au transport à la SONABHY.

« La SONABHY collabore aujourd’hui avec 2000 véhicules appartenant à des partenaires qui engrangent par litre 53F. Ainsi, les 11 millions de litres de carburants vendus sur le territoire burkinabè donnent au total 585 millions FCFA par jour, 17 milliards par mois et plus de 200 milliards par an », a-t-il affirmé. Pour lui, il y a une forme de déperdition et de dilapidation des ressources publiques, un manque à gagner.

« Il faut demander aux sociétés d’Etat comme l’ONEA et la SONABEL de s’acquitter de leurs factures. aainfla 3Il faut également que les autorités fassent montre de sagesse, de clairvoyance pour rassembler autour d’elles l’ensemble des acteurs et partenaires sociaux pour envisager des solutions consensuelles », a terminé Adama Bayala.

Selon le président de la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), Dasmané Traoré, il y a une inflation jamais égalée au Burkina et les dispositions ne sont pas effectivement prises par l’Etat de façon à atténuer la situation ou à suivre les décisions que l’Etat lui-même prenait de façon à ce que le consommateur puisse éventuellement bénéficier de cette assistance pour pouvoir résister.

« Par le passé, nous avons travaillé à arrêter un prix à ne pas dépasser pour l’ensemble des produits de première nécessité, en allégeant les taxes liées aux produits de grande consommation avec le ministère du Commerce, celui des Finances, les syndicats, les associations des importateurs, la Douane. En juin 2022, l’Etat, après concertations avec tous les acteurs concernés, avait pris la décision d’atténuer un tant soit peu la souffrance des consommateurs en injectant 14 milliards de FCFA. Mais jusqu’aujourd’hui nous ne savons pas si cette somme a été effectivement injectée car nous continuons de subir l’inflation, et l’augmentation récente du prix de l’essence en est une preuve », indique Dasmané Traoré.

« Nous n’avons jamais constaté une baisse des prix ; bien au contraire, l’inflation va de plus belle. C’est pourquoi nous souhaiterions que l’Etat veille à retrouver les 14 milliards de FCFA, si effectivement ils ont été débloqués, et à les réinjecter là où il faut », a-t-il conclu.

Flora Sanou

aastationLe vendredi 10 février 2023, le secrétaire général du Premier ministère, président du comité interministériel de fixation des prix des hydrocarbures, Abdou-Salam Gampéné, a annoncé, au cours du journal de 20h sur la Radiotélédiffusion du Burkina (RTB), une nouvelle hausse du prix du super 91 à la pompe, laquelle est entrée en vigueur le samedi 11 février 2023. Une équipe de Radars Info Burkina s’est rendue dans quelques stations de la ville de Ouagadougou pour recueillir les avis des uns et des autres sur cette nouvelle augmentation. Lisez plutôt.   

Pour certains, c’est une situation qui touche tous les pays du  monde, donc le gouvernement burkinabè ne pouvait qu’augmenter lui aussi le prix de l’essence, surtout que la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (Sonabhy) est endettée auprès de ses fournisseurs.

« Les gens ne comprennent pas cette question d’augmentation parce qu’ils ne sortent pas du Burkina. C'était prévisible ! 850 FCFA le litre, c’est même moins cher d’autant plus que le Burkina n’a pas de port sec ni de raffinerie. Les pays même où nous nous ravitaillons en possèdent, mais ils vendent plus cher leur carburant. C’est nous qui amenons le carburant et je suis rentré de Cotonou, au Bénin, rien qu'avant-hier. Ça vaut six mois que le prix du carburant a augmenté un peu partout dans la sous-région et la situation pourrait même empirer à cause de la dernière décision de la Russie relative à la réduction de sa production.L’Etat burkinabè subventionnait le prix du carburant et on peut dire qu'il a vraiment fait des efforts sur ce plan. Malheureusement, actuellement il y a beaucoup de problèmes à résoudre, comme l’insécurité. Il faut que les gens comprennent que c’est la situation actuelle qui commande cette augmentation. Si tout rentre dans l’ordre, les prix vont certainement diminuer », a argumenté Tidiane Ouédraogo, chauffeur routier international.

aachauffNombreux sont également les citoyens qui sont convaincus que cette récente hausse entre dans le cadre de l’effort de guerre demandé et qui estiment que si c’est le prix à payer pour que le Burkina retrouve la quiétude, ils sont partants.

Selon l'un de nos interlocuteurs ayant requis l’anonymat, lui et ses proches sont disposés à supporter cette situation, car la souveraineté ne s’acquiert pas facilement. « C’est l’effort de guerre qui exige cela, donc je ne vois pas ça en mal. C’est le prix à payer pour notre survie. C'est le prix de la liberté et nous, peuple burkinabè, sommes prêt à souffrir. Si notre salut doit venir de là, alors nous sommes prêts. Aucun sacrifice pour la patrie n'est de trop. L'essentiel, c’est que nous puissions sortir victorieux de cette guerre », a-t-il soutenu. 

Ousmane Kiemdé, entrepreneur, pense que la mesure est digeste si elle vise à éviter les ruptures de carburant et à permettre d’acquérir des moyens de combat.

« Pour le Faso, je suis d’accord ; c'est mieux que ce que nous avons vécu en décembre 2022. Les subventions des prix des produits pétroliers alourdissent les dépenses publiques et profitent uniquement aux commerçants. Or, la plupart de ces derniers sont dans le secteur informel, où l'Etat ne peut pas recouvrer les droits. Mieux vaut arrêter totalement les subventions pour éviter d'être des greniers pour les trafiquants internationaux de carburants. Par ailleurs, nous voulons des armes et des moyens pour lutter contre le terrorisme. C’est la contribution de chacun à l’effort de guerre. C’est l'effort que nous devons assumer pour soutenir le président dans ces moments difficiles. Notre souveraineté, c'est notre seule priorité. Seul le sacrifice de tous les Burkinabè peut libérer le pays et quels que soient les obstacles, nous les franchirons ensemble ; on y arrivera. On est prêt à tout supporter », a-t-il affirmé.

aaemployeePar ailleurs, il y a ceux qui pensent que cette augmentation est un fardeau car estimant que les Burkinabè peinent déjà à se trouver de quoi manger. « L’essence est primordiale. Cette augmentation ne nous arrange pas car elle va se répercuter sur les produits de première nécessité. C’est exagéré. Avec 1000 F d’essence, on ne peut pas faire grand-chose. On est en guerre et ça ne va pas dans le pays. Donc, il faut que le gouvernement revoie cette augmentation sinon on va davantage souffrir », a plaidé une employée de commerce.

À sa suite, Ousmane Ouangrawa, mécanicien, a exprimé son mécontentement en ces termes : « Avant, pour avoir 750 F et mettre l'essence c'était déjà compliqué. Arrivé au travail, il est difficile d'avoir une recette de 1000 F par jour. Pour avoir à manger, c’est un problème pour nous, n’en parlons pas d’argent de carburant. Malgré tout, on supportait mais cette fois ce sera trop dur parce que ça ne va pas dans le pays. Si l’Etat peut revoir ce problème, cela nous aidera ».

Pour un autre interlocuteur, fonctionnaire de son état, on ne doit pas comparer l’augmentation du prix du carburant au Burkina  à celle d’autres pays, car les populations n’ont pas les mêmes revenus.

« Les populations souffrent déjà assez. 100 F d’augmentation, c’est trop. Que ceux qui ont pillé la Sonabhy répondent de leurs actes ;  ils ne peuvent pas avoir fait cela et c’est le peuple qui doit payer. Augmenter de 25 ou 50 F, je peux comprendre. Mais jusqu’à 100F, je pense que c'est énorme. Quand les salaires ont augmenté ailleurs, est-ce que ç’a été le cas ici ? En plus, si vous comparez les différents prix de l’essence dans la sous-région actuellement, vous verrez qu’ils sont pratiquement identiques.  Pourtant dans certains pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, les salaires sont largement supérieurs aux nôtres. Dans tout ça, c'est le pauvre fonctionnaire qui va davantage souffrir »,  a-t-il affirmé.

Flora Sanou

Abdallah drLors du Conseil des ministres du 18 janvier 2023, le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Kargougou, avait fait une communication sur un plan de préparation et de riposte à une éventuelle épidémie de méningite au Burkina. Le 2 février 2023, le ministère de la Santé a annoncé, lors d’une conférence de presse, que le Burkina a déjà enregistré 145 cas suspects de méningite, dont 6 décès, du 1er  au 29 janvier 2023. Les conférenciers ont aussi relevé que le risque de survenue d’une épidémie de méningite au Burkina Faso ne peut être exclu avec certitude au regard de l’augmentation de germes épidémiogènes rares (NmC et NmX) et de l’influence du COVID-19 sur la surveillance des autres maladies. Pour en savoir davantage sur cette maladie, une équipe de Radars Info Burkina s’est entretenue avec Dr Abdallah Ouédraogo, médecin généraliste, ce jeudi 9 février au centre médical urbain Gounghin 6.

Radarsburkina.net : qu’est-ce que la méningite ?

Dr Abdallah Ouédraogo : C'est une inflammation des méninges. En effet, les méninges sont des enveloppes qui protègent le cerveau et la moelle épinière. Lorsque ces enveloppes sont enflammées par une infection, on parle de méningite.

Radarsburkina.net : qu’est-ce qui provoque la méningite ?

Dr Abdallah Ouédraogo : Les causes de la méningite sont multiples. Elle est essentiellement due à des virus, tout comme on peut avoir des bactéries et même des parasites. C’est donc une inflammation qui est due à une infection. L’origine de l’infection peut être des virus, des bactéries ou des parasites. L’idée selon laquelle en mangeant la mangue crue on peut être atteint de la méningite ne tient pas, sauf si la mangue contient des bactéries ou de virus. Toutes les choses qui peuvent faire rentrer des germes dans l’organisme humain peuvent causer la méningite.

Radarsburkina.net : Qui peut être affecté par la méningite ?

Dr Abdallah Ouédraogo : Tout le monde peut être affecté par la maladie mais les personnes les plus vulnérables sont les enfants et les personnes âgées, car leur cellule immunitaire n’est plus assez robuste (l’affaiblissement du système immunitaire) pour résister à la maladie surtout les enfants.

Radarsburkina.net : Quels sont les symptômes que présente une personne atteinte de méningite ?

Dr Abdallah Ouédraogo : Les signes sont différents, tout comme le diagnostic est différent quand il s’agit d’un nourrisson, d’un enfant ou d’un adulte.

La méningite se manifeste essentiellement par une raideur de la nuque. Autrement dit, la personne qui en est atteinte n’arrive plus à faire des mouvements de sa nuque d’avant en arrière. A cela s’ajoutent des symptômes comme les céphalées, la fièvre, des vomissements. Il y a également des symptômes techniques qui seront appréciés par le médecin à l’issue des examens du malade. Mais il faut retenir que les signes qui peuvent amener une personne à consulter sont les maux de tête, la raideur de la nuque, la fièvre et les vomissements pour ce qui concerne l’enfant et l’adulte. Souvent chez le nourrisson, on peut avoir d’autres symptômes, où l’enfant refuse de manger, sa nuque devient plus molle qu’avant (un bombement de la fontanelle).

Radarsburkina.net : Quelle est la saison épidémique de la méningite ? Autrement dit, à quelle période cette maladie se présente-t-elle ?

Dr Abdallah Ouédraogo : Comme c’est une maladie infectieuse, les périodes les plus critiques sont celles d’harmatan parce qu’il y a beaucoup de vent, de poussière et que  cette poussière est pourvoyeuse de bactéries. Ainsi, vu que l’on inhale cette poussière à travers les narines, une zone très proche des enveloppes du cerveau, plusieurs personnes au cours de cette période d’harmattan développent des infections bactériennes, donc virales, qui peuvent entraîner la méningite.

Radarsburkina.net : La méningite peut-elle favoriser d’autres maladies dans l’organisme ?

Dr Abdallah Ouédraogo : Une personne atteinte de méningite n’a pas un système immunitaire assez efficace pour combattre certaines maladies. Donc quand on a la méningite, on est beaucoup exposé à d’autres maladies dont la COVID-19.

Radarsburkina.net : La méningite se soigne-t-elle ?

Dr Abdallah Ouédraogo : C’est une maladie curative lorsqu’on la diagnostique tôt, lorsque le traitement est adapté parce que certaines personnes peuvent avoir les symptômes ci-dessus mentionnés et croire qu’elles souffrent du paludisme et cela, sans même se faire  par un médecin. Elles commencent un traitement du paludisme et la maladie commence à gagner du terrain.  Dans ce cas, le traitement est tardif et inadapté parce que la maladie a eu le temps de s’installer et de s’aggraver avant qu’on ne découvre que c’est la méningite. A ce stade, la guérison est difficile, même si elle est possible, il y a souvent des séquelles.

Radarsburkina.net : Quelles sont les pratiques préventives à observer pour se protéger contre cette maladie ?

Dr Abdallah Ouédraogo : La première solution pour éviter la maladie, c'est de se faire vacciner. Ensuite, étant donné que c’est une maladie qui se transmet d’une personne à une autre par la toux, la salive, les éternuements..., il faut se protéger des personnes qui sont infectées par cette pathologie. C’est d’ailleurs pourquoi des mesures barrières comme se laver les mains au savon, manger sain, porter un cache-nez, se mettre du beurre de karité dans les narines contribuent à éviter beaucoup de maladies comme la COVID-19 ainsi que d’autres maladies.

Entretien réalisé par Flora Sanou

vahageoffroyLors de son grand entretien avec une journaliste de la télévision nationale et un autre de Savane médias, diffusé le vendredi 3 février 2023, le chef de l’Etat burkinabè a réfuté l’idée d’un musellement de la presse nationale. Il a ajouté que le gouvernement n’a pas l’intention de retirer aux médias leur liberté d’expression ni de presse mais qu’il s’agit d’une des phases des opérations de lutte contre le terrorisme. Suite à cette sortie médiatique du capitaine-président, Radars Infos Burkina a voulu savoir l’appréciation qu’en fait les acteurs du secteur de la presse. A cet effet, l’une de ses reporters a réalisé un entretien avec Geoffroy Vaha, journaliste, directeur des rédactions de 3TV et de Wat Fm.

Radarsburkina.net : Que pensez-vous de la réponse du président Traoré sur la question du traitement de l’information par la presse, précisément en cette période de crise sécuritaire ?

Geoffroy Vaha : En la matière, je me baserai sur le constat le plus partagé : c’est que nous avons au Burkina une presse professionnelle et responsable. Et cette qualité dans le traitement est transversale aux différentes typologies d’actualités qui sont abordées, celle sécuritaire y compris. Le président aborde le journalisme sous la spécificité du reporter de guerre : celui qui a pour rôle de fournir au public des informations complètes et précises sur un conflit, donc logiquement qui se retrouve sur des zones sensibles. L’opportunité sera donnée de toucher du doigt certaines réalités et de les traduire au mieux ; je crois que c’est cela, l’idée. Cela est salutaire mais, pour l’instant, n’exclut pas que les autorités soient plus accessibles sur certaines questions qui préoccupent le citoyen et sur lesquelles les journalistes ne demandent qu’à les interroger.

Radarsburkina.net : Peut-on parler de liberté de presse au Burkina aujourd’hui, même si le président a soutenu que le gouvernement n’a pas l’intention de retirer la liberté de presse ?

Geoffroy Vaha : La liberté, quelle qu’elle soit, n’est jamais un acquis. C’est une lutte de tout temps. Il faut reconnaître que le contexte aujourd’hui pour le journaliste est devenu plus difficile, tant certains sont allergique à la critique, même quand elle est objective.

Je rappelle d’ailleurs le dernier éditorial des Organisations professionnelles des médias du Burkina Faso. Elles ont dit prendre « l’opinion nationale et internationale à témoin sur les graves menaces qui pèsent sur la presse au Burkina Faso et sur la nécessité de ne pas briser ce rempart si cher à la démocratie et à l’Etat de droit ». La préoccupation exprimée est assez claire pour qu’on puisse se faire une idée de la réponse à la question posée.

Radarsburkina.net : « Il faut que les gens prennent l’exemple de certains pays en guerre. La presse joue un rôle très important ; il faut avoir une technique de communication pour galvaniser le combattant parce qu’il risque sa vie pour la patrie, donc il n’y a pas de raison de parler pour le décourager », a affirmé le président Traoré. Est-ce à dire que les médias burkinabè communiquent pour décourager les combattants ?

Geoffroy Vaha : Nous sommes dans une guerre injuste imposée par des gens qui veulent faire disparaître l’Etat tel que nous le concevons. Les médias ont un rôle important à jouer et personne ne saurait trouver son compte dans la démoralisation des troupes. L’exemple de certains pays en guerre souvent évoqué pour interpeller les médias tient aussi pour l’autorité. Les points de presse du gouvernement ont disparu, les ministres se ferment aux médias, une distance se crée avec les espaces que leur offre les médias. Il y a des lucarnes qui leur sont offertes et qui sont désertées. Ça commence par là : accepter d’occuper ces espaces, expliciter sa dynamique, rassurer, galvaniser. Il faut aussi le dire. La critique objective doit avoir sa place parce qu’elle est constructive pour peu que la bonne oreille soit tendue. Le laudateur n’est pas plus utile. Les défis sont nombreux et énormes.

 Les médias, ici, assument assez bien leur responsabilité sociale, sont des artisans de la construction de la paix si chère, contribuent à la cohésion sociale et consolident les liens entre les communautés. Ils devraient plus être perçus comme des partenaires privilégiés dans cette lutte multidimensionnelle. Il y a plus tôt une méfiance qui ne se justifie pas. Il y a la réalité des activistes, qui ont été érigés en alternative de communication, diffusant des informations reçues de première main, ce qui s’est avéré plus dommageable. Mais ça, c’est un autre débat.

Radarsburkina.net : Quelle place occupent les médias privés sous cette transition, surtout qu’on se rappelle que lors de la visite du président à Bobo-Dioulasso le 3 janvier 2023, le journal « L’Express du Faso » titrait à sa Une : « presse privée déclarée persona non grata » ?

Geffroy Vaha : Les médias privés se battent comme ils peuvent, dans un genre de confinement de fait. La presse nationale est le canal logique de l’exécutif et cela est naturel. Le plus intrigant, et entre confrères nous en discutons, c’est l’impossibilité pour nous d’avoir un membre de l’exécutif sur nos plateaux. A cela s’ajoute le fait que les points de presses au SIG, qui permettaient des échanges directs avec l’autorité sur les questions de l’heure, ne se tiennent plus. Même s’agissant des Conseils des ministres, auxquels nous ne sommes plus conviés à leur terme, les contenus viennent souvent très tardivement.  Ce sont des préoccupations qui ont été soumises et j’ai foi que les choses évolueront positivement sur ce plan.

Radarsburkina.net : Que pensez-vous de la communication du gouvernement ?

Geoffroy Vaha : C’est une communication dont le maître mot semble être la prudence. Cela est compréhensible dans notre contexte, mais il est des degrés d’ouverture qui sont possibles. Et la presse devrait surtout être vue comme un partenaire. Et cela est essentiel.

Propos recueillis par Flora Sanou

aaBambara uneLa 29e édition de Investing in African Mining 2023 (Mining Indaba) se tient du 6 au 9 février 2023 dans la ville du Cap, en Afrique du Sud, sous le thème « Libérer les investissements miniers africains : stabilité, sécurité et approvisionnement ». Une délégation du Conseil burkinabè des mines, de la géologie et des carrières (CBMGC) séjourne dans cette ville du pays de Mandela à la faveur de cet évènement. Le vice-président du CBMCG, le Dr Cyrille Constant Bambara, qui conduit ladite délégation, donne les raisons de leur participation.

Radarsburkina.net : En quoi consiste un tel évènement ?

Dr Cyrille Constant Bambara : Investing in African Mining (Mining Indaba) est le plus grand événement sur le secteur minier organisé sur le continent africain. Il est à sa 29e édition en 2023 après une perturbation due à la COVID-19. Le thème de cette année est « Libérer les investissements miniers africains : stabilité, sécurité et approvisionnement ».

Mining Indaba 2023, c’est environ 7000 participants venus du monde entier. A Mining Indaba 2023 participent plus de 500 investisseurs miniers. Sont aussi présentes 530 sociétés minières. Sur le plan politique, 48 ministres africains ont rehaussé l’événement par leur présence. Ces statistiques ne prennent pas en compte les journalistes, les Organismes internationaux, les ONG, les observateurs, etc. C’est un rendez-vous incontournable du secteur minier. Au programme figurent de grandes conférences de haut niveau, des rencontres de travail, des travaux en commission, une grande exposition où vous trouverez pratiquement tous les investisseurs miniers, etc. Indaba est un lieu par excellence d’apprentissage mais aussi de partage d’expérience et surtout de réseautage.

Radarsburkina.net : Qu'est-ce qui motive la présence du CBMGC à ce grand rendez-vous des mineurs ?

aabambara 2Dr Cyrille Constant Bambara : Plusieurs facteurs ont motivé la présence de CBMCG à Indaba 2023. Le CBMGC est une organisation professionnelle œuvrant dans les secteurs des mines, de la géologie et des carrières. Le Conseil a pour objectif la promotion du secteur minier, de la géologie, des carrières et la protection de l’environnement.

Il veille à la promotion des secteurs des mines, de la géologie et des carrières et à l’amélioration de leur compétitivité́. Le CBMCG ambitionne de concilier les intérêts des investisseurs, des communautés locales et de l’Etat. Indaba cadre avec nos objectifs et on y rencontre tous les acteurs mondiaux qui interviennent sur la question.

Toutes les activités organisées dans ce cadre sont en droite ligne avec nos objectifs. Il fallait y donc être pour écouter, apprendre, comprendre, partager et retenir les bonnes pratiques. Sur certains aspects du secteur minier, nous avons partagé l’expérience du Burkina Faso, qui semble être en avance par rapport à certains pays africains. Nous avons retenu aussi de bons exemples qui pourront impacter notre action. Nous avons constitué un bon réseau de partenaires internationaux potentiels avec qui nous comptons développer des activités.

Il est question aujourd’hui au Burkina Faso de développement local, de contenu local, de réforme du cadre légal et réglementaire. Ainsi, au sortir de ce salon, le CBMCG pourra être plus précis dans ses contributions. De plus, à Indaba, est discuté l’avenir du secteur minier mondial et surtout africain. Donc, pour un pays africain, il faut y être pour pouvoir anticiper.

Dans ce monde, on ne peut pas avancer seul. Il faut des ouvertures vers les autres et CBMGC est sur la bonne voie.

Le thème de cette année qui est « Libérer les investissements miniers africains : stabilité, sécurité et approvisionnement » a été un facteur qui a motivé notre participation.

Plusieurs économies africaines dépendent de l’exploitation minière. Vous savez que le monde a été secoué par plusieurs crises dont la COVID-19 et présentement la crise ukrainienne. Ces situations ont eu des impacts sur la recherche minière, la hausse des prix du carburant, la hausse des prix du transport, des biens et services.

On assiste à une sorte d’incertitude dans tous les pays qui exploitent des ressources minières. Au Burkina Faso, en plus de ces chocs exogènes, nous vivons l’insécurité qui a entraîné le ralentissement, voire l’arrêt de la recherche, la fermeture de certains sites en exploitation, les difficultés d’approvisionnement en biens et services pour les mines en exploitation, des difficultés de lever des fonds pour investir, une baisse de la production, une baisse des recettes versées au budget national, etc.

Comment l’industrie minière mondiale et africaine ressentent et vivent ces difficultés ? Quelles sont les solutions proposées ou les bons exemples à prendre chez d’autres pour une exploitation minière profitable à tous ? Il fallait venir à Indaba pour trouver les réponses à ces préoccupations qui vont nous aider dans notre action.

Nous allons tenir compte de ces réponses dans nos activités et dans nos propositions pour que le secteur minier national reste le levier de développement socio-économique du pays.

Si vous prenez le cas de l’Afrique du Sud, le secteur minier de ce pays a été durement éprouvé par ces difficultés. Le pays a connu des difficultés d’approvisionnement en énergie, en carburant. Mais elle a su trouver des moyens pour les surmonter. Ces bonnes expériences peuvent inspirer le Burkina Faso.

Radarsburkina.net : Est-ce que le Burkina Faso est bien représenté à cette rencontre ?

Dr Cyrille Constant Bambara : Le ministre de l’Energie, des Mines et des Carrières a marqué de sa présence cette édition d’Indaba. Il était accompagné de ses proches collaborateurs. Le ministre a participé à un symposium ministériel où il a participé à un panel sur les risques et opportunités du secteur minier. Il a eu plusieurs rencontres avec diverses personnes et institutions. Il a été sollicité par plusieurs médias pour des interviews. Il a un calendrier très chargé ici en Afrique du Sud. Le Bureau national des Mines et de la Géologie (BUMIGEB) participe à l’exposition à travers un stand que nous allons visiter. Nous avons aussi rencontré plusieurs fournisseurs de biens et services miniers nationaux qui sont venus pour prospecter.

www.radarsburkina.net

aasoum uneLe cadre de concertation des Organisations de la  société civile (OSC) du Soum a tenu une conférence de presse ce samedi 4 février  à Ouagadougou. L’objectif, selon les conférenciers, c'est de sonner une fois de plus le tocsin sur la situation humanitaire qui prévaut dans cette province de la région du Sahel afin que les autorités mettent tout en œuvre pour sauver les populations qui y vivent.

Selon Idrissa Badini, porte-parole du cadre de concertation des OSC du Soum, cette province est en proie à une très difficile situation et les autorités du pays devrait lui porter une attention toute particulière.

En effet, à l’en croire, « rien n'est entré à Arbinda par voie terrestre depuis environ deux mois. La population a épuisé ses réserves et est au bord d'une catastrophe humanitaire si rien n'est entrepris au plus vite. C’est une situation vraiment désastreuse. Tenez : trois nourrissons sont décédés de faim, pour ne citer que ces cas », a-t-il déploré.

Toujours selon lui, malgré le ravitaillement de la province du Soum en produits sanitaires par le Programme alimentaire mondial (PAM), la situation sanitaire ne s’y est guère améliorée.

aasoum2« Les populations des villages environnants de Djibo, par exemple, n'ont accès à aucune structure sanitaire », a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « On ne sait pas les conditions dans lesquelles les femmes accouchent ni celles dans lesquelles les enfants vivent ni comment les malades se débrouillent ».

Au regard de tout cela, le cadre de concertation des OSC du Soum invité avec insistance l'État burkinabè  accroître ses efforts pour mettre fin à la catastrophe humanitaire en cours dans cette zone.

Pour y parvenir, il propose aux autorités de faire un ravitaillement dans l'urgence et qui soit adapté aux besoins minimums des populations de Djibo et d'Arbinda ; sinon le pire est à craindre.

Par ailleurs, il invite les autorités à développer des initiatives pour lever le blocus des voies imposé par les terroristes, car « ce n’est pas évident que la population puisse toujours compter sur le ravitaillement ».

« La souffrance est atroce ; nous en avons la certitude. C’est pourquoi nous lançons un cri du cœur pour le ravitaillement de ces populations. Nous exhortons toute bonne volonté, qu’elle soit administrative, religieuse ou coutumière, à venir au secours de la population du Soum. Le Soum doit vivre », a plaidé Aroun Maïga, ressortissant de cette province.

Flora Sanou

explosifs uneLa Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF) a mis la main sur un entrepôt frauduleux de produits prohibés le vendredi 3 février 2023 à Laarlé, un quartier de la capitale burkinabè sis aux encablures du marché appelé 10 Yaar. Cette découverte intervient quelques jours seulement après l’incendie du marché Sankaar yaaré, dont les raisons seraient l’explosion de dynamites à mine stockées dans une boutique dudit marché. Une équipe de Radars Info Burkina s’est rendue sur les lieux.

C’est dans un magasin de 16 tôles faisant office d'entrepôt, situé au beau milieu d’habitations, qu’ont été découverts de nombreux sacs de cyanure, des lots d’explosifs estimés à plus de 1 000 bâtons, communément appelés dynamites à mine, des amphétamines, des paquets de briquets, des cordons détonateurs...

Les amphétamines, produits de plus en plus prisés par la jeunesse soit pour développer les fesses chez les filles, soit pour rendre l'homme plus viril, stockés avec des produits comme le cyanure, sont très nocifs pour la santé selon un technicien de l’équipe de la Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF).

explosifs 2Interrogé, le propriétaire du magasin dans lequel était stocké ce cocktail détonnant dit n’avoir pas su que c’était de tels produits, sinon il n’allait pas louer son magasin. « C’est quand les contrôleurs sont arrivés, ils m’ont dit d’appeler mon locataire. Quand je l’ai appelé, ce dernier m’a demandé si c’était des gendarmes ou des  et je lui ai dit qu’ils ne sont pas en tenue mais ils souhaitent contrôler les marchandises qu’il a stockées. C’est ainsi qu’il a interrompu la communication et a éteint tous ses téléphones ».

Selon les témoignages d’une femme dont la cour est collée à l’entrepôt, c’est le mercredi 1er février que les produits ont été stockés. « C’est le 1er février que j’ai vu deux filles emballer des choses dont j’ignorais la nature pour les ranger dans le magasin. Je pensais que c’était une nouvelle boutique qu’on aménageait. Je me disais que cela nous faciliterait les achats. On ne pouvait pas imaginer ces choses. Dieu nous aime vraiment ».

Un autre témoin affirme : « C’est suite à l’incendie du marché de Sankaar yaaré le dimanche 29 janvier 2023 qu’un homme est venu prendre cette maison.  J’ai fait savoir à mon voisin (bailleur du magasin) que je n’étais pas content du fait qu’il loue son magasin à quelqu’un qui veut venir stocker ses marchandises puisque personne ne connaît la nature desdites marchandises. Je lui ai dit que je n’avais pas confiance. Nous avons tous découvert la vérité aujourd’hui. C’est une chance pour nous. Le pire nous serait arrivé ».

explosifs 3Selon le coordinateur de la lutte contre la fraude, Yves Kafando, c’est le vendredi 3 février que l’information est parvenue à son service. Les investigations ont été engagées illico presto, ce qui a permis de démanteler ce dépôt frauduleux.

À l’en croire, le propriétaire de ces produits prohibés est pour l’instant un inconnu qui est en fuite. «C’est un inconnu fugitif. Aucun de ses numéros ne passe. Mais les enquêtes se poursuivent afin de mettre la main sur lui », a-t-il affirmé.

Nommé en Conseil des ministres le 11 janvier 2023 et installé dans ses fonctions le 27 janvier 2023, l’inspecteur des douanes Yves Kafando s’était donné pour mission de mener avec rigueur, de concert avec ses collaborateurs, la lutte contre la fraude, afin de faire du Burkina un espace où la fraude sera réduite à sa plus simple expression.

Ainsi, cette saisie, M. Kafando la qualifie de baptême du feu pour lui et plus que jamais, il dit être déterminé et engagé avec son équipe à lutter contre la fraude.

En rappel, la Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF) a pour mission l’exécution de la politique nationale en matière de lutte contre la fraude fiscale, douanière, économique et environnementale.

Flora Sanou

contrôleprésenceAu Conseil des ministres du 25 janvier 2023, le gouvernement a adopté un rapport relatif à l’organisation d’une opération de contrôle de présence, de service fait et des éléments de rémunération des agents de l’Etat. Cette opération, selon l’exécutif, s’inscrit dans le cadre des mesures d’assainissement du fichier de paie et se fait tous les cinq (5) ans au plus, conformément à la norme Programme d’examen des dépenses publiques et d’évaluation de la responsabilité financière (PEFA). Elle vise également à s’assurer de la réalité des effectifs payés et de la régularité des éléments de rémunération perçus par chaque agent. Suite à cette décision, une équipe de radarsburkina.net a tendu son micro à quelques agents du public pour recueillir leurs avis. Tous pensent que l’opération causera un manque à gagner dans les caisses de l’Etat.

Sur le sujet, T.R., inspecteur en télécommunications, pense que les contrôleurs doivent s’intéresser à ce que les agents font dans les services avant de vouloir contrôler leur présence. « Il y a plusieurs agents qui ne viennent pas au travail ou qui quittent le service parce qu’ils n’ont rien à faire. Il y a certains qui n’ont même pas de bureau », affirme-t-il.  « On ne s’attaque pas à ça ! Est-ce que les gens vont venir s’asseoir pour ne rien faire ou bien c’est leur présence seulement que le gouvernement veut ? Est-ce que le travail est bien réparti ? Est-ce que les agents ont de quoi faire au bureau ? Est-ce que les chefs des services travaillent normalement à responsabiliser les agents ? Est-ce que les directeurs, les ministres jouent leur rôle ? » s’interroge notre interlocuteur.

Selon lui, c’est la réponse à ces interrogations qui permettra de savoir que tel agent n’a pas exécuté son travail ou qu’il ne vient pas au travail.

Il révèle qu’il y a plusieurs ministères où rien ne marche parce que quelquefois, il n'y a pas de budget pour travailler.

« Je ne sais pas comment ils vont résoudre le problème d’absentéisme mais il faut que les décideurs soient responsabilisés », a-t-il souhaité.

Par ailleurs, T.R. estime que cette opération va permettre de déceler les agents fictifs parce qu’« il y a certains qui sont décédés, d’autres ont eu un autre emploi mieux rémunéré, il y en  qui ont pris des disponibilités et sont partis sans signaler. Mais les salaires de toutes ces personnes continuent d’être virés dans leurs comptes ».

Pour K.T., conseiller d’éducation, il est bien de faire des contrôles pour vérifier si les agents sont toujours là. Cela permettra non seulement de déceler les postes vacants  mais aussi, en termes de finances, de mettre fin aux salaires qui étaient attribués injustement à des agents fictifs. Sa conviction est que cette opération de contrôle favorisera le service bien fait, car les agents seront amenés à bien faire leur travail. Cependant, il s’inquiète de la procédure de l’opération. « Si ce sont quelques agents du ministère de la Fonction publique ou des personnes qui seront recrutés pour sillonner dans les différents services sur toute l’étendue du territoire, l’opération pourrait réussir. Mais si c’est pour demander aux agents de venir au ministère comme cela a été le cas en 2015, ou si c’est pour aller dans les directions régionales ou provinciales, cela occasionnera beaucoup de déplacements des agents et au regard de la situation sécuritaire, les terroristes peuvent en profiter pour faire davantage du mal », a-t-il dit.

Quant à P.L., technicien supérieur en génie civile, il trouve l’initiative bonne. Cela va contraindre, d’après lui, certains bureaucrates à être disciplinés, à respecter les horaires de travail et à exercer convenablement leur tâche. « Lorsque nous prenons l’exemple d’un agent du privé qui demande une permission d’1h à son supérieur pour résoudre un problème dans un service public, ce dernier peut arriver trouver que l’agent qui doit s’occuper des dossiers est absent de son poste. La plupart du temps, c’est sans autorisation d’absence, ni cas de force majeure alors que cet agent est probablement assis en train de boire la bière. L’agent du privé sera obligé de repartir et le lendemain, c’est le même scénario », se justifie-t-il.

 A son avis, cette opération va permettre d’éviter ‘’les lourdeurs administratives’’, car l’absentéisme ne fait pas avancer un pays.

Tout compte fait, P.L. estime que l’Etat a sa part de responsabilité puisque certains agents n’ont pas d’occupations au bureau, même si cela n’est pas une bonne raison.

« Des agents viennent passer la journée en spectateurs. Ainsi, dès qu’il y a une opportunité d’activité hors du service, ceux-ci vont y aller. Un agent qui vient s’asseoir du matin au soir et n’a rien à faire, c’est comme si l’État le payait pour qu’il soit présent seulement », a-t-il soutenu.

Flora Sanou

manutentionnaire uneAprès son annulation en 2020 en raison de la COVID-19 et sa suspension en octobre 2022, le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), a finalement ouvert ses portes le vendredi 27 janvier 2023. Ce rendez-vous, le 16e du genre, n’est pas seulement l’affaire des artisans exposants. C’est aussi une occasion d’opportunités pour certains citoyens comme des mécaniciens, des étudiants reconvertis en manutentionnaires juste pour la circonstance. Une équipe de Radars Info Burkina présente sur le site la veille et le jour de l’ouverture officielle du Salon a pu rencontrer certains d’entre eux.

Le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) est une opportunité pour se faire de l’argent en un court laps de temps. C’est ce que nous confie Abdoulaye Sana, un mécanicien de profession reconverti en manutentionnaire le temps du Salon. « Je suis mécanicien mais à chaque édition du SIAO, nous venons ramasser les bagages des artisans pour les convoyer dans les différents pavillons aménagés pour les expositions », a affirmé le « mécano-manutentionnaire ».

Selon les dires de M. Sana, lors des éditions précédentes, il pouvait engranger 50 000 à 75 000 francs CFA en l’espace de deux jours. Et il n’est pas évident d’avoir cette somme dans son métier de tous les jours qu’est la mécanique au bout d’un mois. manutentionnaire 2« A chaque SIAO, je laisse mon activité de mécanique pour venir prendre les bagages des exposants et les acheminer jusqu’à leurs stands. Les prix, c’est 500 FCFA ou plus selon la quantité des bagages et la distance à parcourir. Je les transporte avec une petite charrette. Mais certains manutentionnaires portent les objets sur la tête », a expliqué notre interlocuteur.

Mais selon Abdoulaye Sana, à cette édition leur « business » n’est pas aussi florissant qu’à celles précédentes. « Cette année, il n’y a pas assez de clients. Je pense que c’est parce que l’évènement a été reporté que cela a découragé beaucoup de personnes. De plus, la cherté des stands fait qu’il n’y a pas eu plusieurs participants. Tout cela joue négativement sur notre business », a-t-il déploré. Qu’à cela ne tienne, il espère tirer son épingle du jeu, surtout aux derniers jours du Salon.

Visiblement, Abdoulaye Sana n’est pas seul dans ce business. En effet, parmi ces manutentionnaires du SIAO figurent des étudiants. Cependant, aucun d’entre eux n’a voulu s’exprimer à notre micro.

Ils sont nombreux, ceux qui profitent des manifestations de grande envergure pour se faire quelques sous. Et comme le dit un dicton, « il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens ».

Flora Sanou

aaschoolsLe péril terroriste continue de frapper de plein fouet le secteur éducatif au Burkina. Tenez : à la date du 30 novembre 2022, c’étaient 977 187 élèves qui étaient impactés par cette situation, selon le bilan réactualisé du Secrétariat permanent du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (SP/CONASUR). Dans son rapport statistique mensuel de données de l’éducation en situation d’urgence, le Secrétariat technique en situation d’urgence (ST-ESU), lui, révèle que ce sont 98 968 élèves qui sont de nouveau impactés, ce qui porte le nombre d’élèves affectés par la crise sécuritaire à 1 076 155 à la date du 31 décembre 2022. A la lumière de ces statistiques interpellatrices, que faire pour sauver le cursus scolaire de ces multiples élèves affectés par l’insécurité ? Le secrétaire général de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de la recherche et de l'Education (F-SYNTER), Souleymane Badiel, s’est exprimé à ce propos au micro de Radarsburkina.net.

L’éducation au Burkina Faso est fortement impactée par le terrorisme. Depuis le début des violences terroristes au Burkina, plusieurs écoles ont dû fermer leurs portes, contraignant  des élèves et des enseignants à rester chez eux. En effet, à la date du 31 décembre 2022, ce sont 1 076 155 élèves qui étaient touchés par l’insécurité, selon le rapport du ST-ESU. Dans la foulée, 31 594 enseignants sont également impactés par le terrorisme. Il faut aussi noter que près de 23% des infrastructures scolaires sont fermées sur le territoire national.

Que ce soit dans la région du Sahel ou celles du Nord ou de la boucle du Mouhoun, par exemple, il n’y a plus d’enseignement dans plusieurs écoles. Cela montre que l’éducation au Burkina est très éprouvée par l’insécurité.

Pour le secrétaire général de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de la recherche et de l'éducation (F-SYNTER), Souleymane Badiel, c’est une situation très préoccupante parce qu’elle touche 11 régions sur les 13 que compte le Burkina.

En dehors des régions du Centre  et du Plateau central, épargnées, toutes les autres sont affectées par la fermeture des écoles. Ainsi, pour sauver l’éducation au Burkina, il n’y a pas de solution miracle, estime le SG F-SYNTER. « La première solution, c’est de ramener la sécurité dans toutes les zones touchées par le terrorisme dans notre pays. C’est vraiment la solution sûre et sereine », a-t-il affirmé. Cependant, en attendant le retour de la sécurité, notre interlocuteur pense que l’Etat doit fournir plus d’effort pour venir en aide à ces élèves dont l’avenir est menacé.

Ainsi, il propose au gouvernement de renforcer les mesures d’accompagnement des élèves déplacés internes en matière de facilités d’inscription, de logement, de restaursoins et de soins  pour leur permettre de poursuivre leurs études.

De plus, il faut, toujours selon lui, augmenter les capacités des sites d’accueil et sécuriser les zones d’accueil pour éviter toute incursion terroriste.

En sus, il faut prendre des mesures pour accompagner le personnel de l’éducation qui est également touché par l’insécurité, car la conviction de notre interlocuteur est que « si on s’occupe uniquement des élèves en oubliant le personnel, on n’aura pas réglé efficacement le problème ».

Par ailleurs, M. Badiel estime les mesures prises ne doivent pas concerner uniquement les élèves en classe d’examen. « Il ne s’agit pas de prendre des mesures qui ne concernent que les élèves en classe d’examen. Il faut faire en sorte que les élèves des différents niveaux puissent poursuivre leur cursus scolaire » a-t-il souhaité. 

En rappel, selon le SP/CONASUR, le Burkina Faso comptait 1 882 391 Personnes déplacées internes (PDI) réparties dans 302 communes d'accueil à la date du 31 décembre 2022.

Flora Sanou

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