jeudi 5 février 2026

ppc uneJour 2 de l’audition du général Gilbert Diendéré ce mercredi 10 novembre 2021 au Tribunal militaire de Ouagadougou, délocalisé à la salle des banquets de Ouaga 2000. Il a fait face aux questions des avocats de la partie civile. Une fois de plus, la tension est montée et sur les faits du 15 octobre 1987, la vérité du général n’est pas celle qu’attendait la partie civile.

« Vous avez le droit de répondre ou de garder le silence. Mais si vous répondez, allez au bout de vos réponses. C’est le droit des avocats de vous poser des questions et de faire des observations pour éclairer le tribunal. Il n’y a pas de questions bêtes ou idiotes », a rappelé Me Urbain Méda à l’accusé Gilbert Diendéré. Ce dernier est principalement accusé d’avoir contribué à asseoir le Front populaire après les évènements du 15 octobre. Et justement, une question a été posée par la partie civile aux général Diendéré sur la légalité du CNR.  « En quoi le CNR était légal ? Il n’y avait pas d’ordre légal à cette époque-là. Le CNR est venu aussi par un coup de force en 1983. Quand vous dites que le CNR était le régime légal, c’est que le Front populaire aussi était légal. Car ils sont venus de la même manière », a répondu ce dernier.

Cette question était relative à l’ETIR (l’Escadon de transport et d’intervention rapide) et à la FIMATS (la Force d’intervention du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité). Et selon Gilbert Diendéré, il se disait que ces deux camps avaient pour objectif d’attaquer le CNEC (le Centre national d’entraînement commando) afin de pouvoir atteindre le capitaine Blaise Compaoré. « Il se disait aussi que ces camps ont été créés pour contrer le CNEC, car on dit que le CNEC est acquis à la cause de Blaise », ajoute-t-il.

Plusieurs avocats de la partie civile ont fait remarquer que le général Diendéré n’a vu et ne s’est adressé le jour des faits qu’à des témoins qui sont morts. ppc 2« Arzouma Ouédraogo dit Otis est mort sur la route de Gaoua. Il a tenté de s’enfuir. Il a donc été abattu sur la route par les soldats qui l’escortaient pour la prison. Nabié Nsoni, Hamadou, Pathé Maïga  et Karim Tapsoba (Ndlr; celui qui est venu enlever les corps de Thomas Sankara et de ses compagnons pour aller les enterrer) sont morts de maladie, Gaspard Somé est mort accidentellement sur la route de Djibo. Jean-Baptiste Lingani est mort suite aux événements de 1989 où il avait tenté de perpétrer un coup d’État contre Blaise », a expliqué celui-là même que l’on considère comme la « boîte noire » des événements du 15 octobre 1987. Et selon lui, ce n’est pas de sa faute s’ils sont morts. « Diéndéré n’est pas Dieu pour décider qui va mourir. S’il y a des morts, ce n’est pas le fait du général Diendéré », appuie Me Paul Kéré de la défense.

 « Je m'attendais à un général-président qui s'assume, qui nous dit clairement les choses. Mais non, ce n'est pas le cas », fait remarquer Me Ferdinand Nzepa. « Maître, vous êtes venu avec une idée arrêtée. Si vous vous attendiez à ce que Gilbert Diendéré assume ce qu'il n'a pas fait, c'est non. Même si ce sont mes hommes qui ont commis cet acte d'indiscipline, je ne vais pas l'assumer parce que je suis général. Ils n'ont reçu l'ordre de personne », répond le général Gilbert Diendéré. Il poursuit : « Si vous vous attendiez à ce que je dise que c'est Blaise Compaoré qui m'a donné l'ordre de faire ça ou ça, je dis non non et non, deux points à la ligne ». ppc 3Selon Me Prosper Farama, le général Diendéré a toujours eu la même ligne de défense. « Votre ligne de défense semble me dire : ‘’Je n’y suis pour rien’’. C’est pour dire ‘’ça s’est passé au Conseil et ce sont mes éléments qui ont fait mais je n’en sais rien’’. David Ouédraogo a été tué au Conseil par vos éléments mais vous n’y êtes pour rien. Dabo Boukary a été torturé à mort au Conseil par vos éléments. Encore vous n’y êtes pour rien. Vos éléments ont fait le coup d’Etat le 16 septembre 2015, là aussi vous n’y êtes pour rien. Est-ce que vous ne pensez pas que cette ligne de défense est usée, mon général ? » questionne Me Farama. « Non elle ne l’est pas si c’est la réalité », répond Gilbert Diendéré. Mais entre-temps, la tension est montée d’un cran entre les deux hommes. Tout est parti de la restitution des faits. Selon Me Prosper Farama, le récit fait par l'accusé Gilbert Diendéré après qu'il a entendu les coups de feu depuis l'ENAM et qu’il a rebroussé chemin sur le Conseil de l'entente est ambigu.

« Vous m'en voyez désolé mais si avec les explications vous ne comprenez pas, cela me donne à dire que vous êtes borné », lance le général Diendéré.

« Avec tout le respect que je vous dois, quelqu’un qui vous écoute toute une année ne vous comprendra pas (...) si je suis borné, c'est que vous, vous êtes taré », réplique Me Prosper Farama, avocat de la partie civile, avant que le président du tribunal, Urbain Méda, ne recadre les deux hommes en les invitant à des propos courtois. Pour Me Guy Hervé Kam, « Golf » n’a rien fait pour empêcher la survenue des événements du 15 octobre 1987.

Mais le général dit avoir fait ce qui était en son pouvoir. Il évoque des informations qui mettent en cause des unités qui supportaient le camp Sankara. « Je pense que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est peut-être parce que les éléments de Blaise Compaoré ont appris que pendant que nous étions en réunion, Vincent Sigué de la FIMATS est allé acquérir de l’armements au camp de l’ETIR à Kamboinsin. Et moi-même j’ai vu ce matériel militaire au niveau du camp de la FIMATS après les évènements. Je me suis dit que c’est un élément de l’ETIR qui a donné ces informations aux éléments du Conseil », a souligné le général Diendéré. C’est, selon lui, ce qui a amené les éléments de Blaise à prendre les devants. En ce qui concerne le « complot » de 20h contre le camp de Blaise Compaoré, le général dit ne pas en avoir eu vent.

Questionné par Me Séraphin Somé sur les explications à donner aux familles en tant que chef de la sécurité des lieux où les 13 personnes ont été assassinées. Le général répond : « J’ai fait le nécessaire. J’ai fait tout mon possible. Je vous assure qu’aucun ennemi venant de l’extérieur ne pouvait attaquer l’intérieur du Conseil. Mais l’attaque est venue de l’intérieur et ça, personne ne pouvait contrecarrer cela ». Me Paul Kéré soutient que « Gilbert Diendéré a agi en bon soldat ».

L’interrogatoire de Gilbert Diendéré se poursuit le jeudi 11 novembre avec l’intervention de la défense.

Sié Mathias Kam

ffilip uneLa 9e édition du Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP)  se tient du 10 au 13 novembre 2021 à Ouagadougou sur le thème «Au carrefour des crises sanitaire, sécuritaire, politique et des mutations technologiques, construisons des médias résilients au service des citoyens africains». Au programme des activités figurent un colloque international, un concours et une exposition photos, caricature et dessin de presse, ainsi qu’une projection de films et surtout la soirée gala de récompenses. L'ouverture officielle du Festival a eu lieu ce 10 novembre au Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) sous le parrainage du président de l'Assemblée nationale, représenté par le vice-président Dramane Nignan.

Les objectifs du FILEP, c'est : poser le débat, susciter la réflexion et proposer de meilleures conditions d'exercice de leur profession aux journalistes et de leurs activités aux défenseurs des droits de l'Homme. D'où le choix du thème de cette édition. Dans sa déclaration à  la cérémonie d'ouverture,  le président du comité d’organisation, Sidiki Dramé, a rappelé le contexte dans lequel se tient  l'édition 2021 du FILEP en ces termes : «Nous évoluons dans une Afrique où les crises politiques et institutionnelles remettent en cause les acquis démocratiques chèrement conquis par les peuples organisés.  Le FILEP se tient dans un contexte où des journalistes, à travers l'Afrique, continuent de travailler dans la peur, menacés par des despotes déguisés en démocrates. Nous tenons le FILEP 2021 dans un contexte où les tenants du pouvoir économique entendent définir les contenus médiatiques à la place des professionnels. Le FILEP 2021 se tient à un moment où certains journalistes sont traînés à longueur de journée dans les palais de justice et jetés en prison juste pour avoir dénoncé la mal gouvernance dont souffrent la plupart de nos États. » ffilep 2D’après lui, il est inadmissible que 30 ans après la déclaration de Windhoek, qui consacrait l'indépendance,  la liberté et  le pluralisme dans les médias, l'on continue à harceler, à intimider et à violer allégrement les droits les plus élémentaires des journalistes.

Le FILEP 2021 est parrainé par le président de l'Assemblée nationale du Burkina, Alassane Bala Sakandé. Son représentant à la cérémonie d’ouverture, le vice-président Dramane Nignan, a félicité les organisateurs de l’événement de pouvoir tenir cette édition malgré le difficile contexte national. Il a également invité les festivaliers à mener des réflexions qui  permettront aux médias de mieux y faire face. Le ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, Ousséni Tamboura, a également congratulé les acteurs des médias pour leurs efforts au quotidien, tout en leur rappelant leur responsabilité en matière de traitement de l’information.

Plus de 200 festivaliers prennent part à cette biennale de la liberté d’expression et de la presse organisée par le Centre national de presse Norbert Zongo.  Du 10 au 13 novembre, ces derniers, venus de 20 pays, vont réfléchir sur la problématique de la survie des médias et  de leur résilience aux multiples crises.  La clôture du FILEP est prévue pour le samedi 13 novembre avec  une  soirée gala de récompenses dont le trophée  le plus convoité est le prix  africain du journalisme d’investigation Nobert Zongo.

Barthélemy Paul Tindano

pprc uneL’audition des accusés du procès Thomas Sankara et ses 12 compagnons assassinés le 15 octobre 1987 se poursuit. A la barre ce mardi 9 novembre 2021, le général Gilbert Diendéré (lieutenant au moment des faits et chef de corps adjoint du CNEC) comparaît pour répondre de quatre chefs d’accusation : attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, recel de cadavre et subornation de témoin. « Je ne reconnais pas les faits », a-t-il plaidé. Ce premier jour de passage du général Diendéré a été houleux.

Selon les dires de celui qu’on surnomme « Golfe », le 15 octobre 1987, il a convoqué une réunion d'urgence entre la garde rapprochée du président Thomas Sankara et celle du ministre Blaise Compaoré pour « désamorcer la bombe » due aux nombreuses ‘’rumeurs’’ sur une tentative d'arrestation de Blaise Compaoré par Thomas Sankara d’un côté et une tentative de coup d'État de Blaise Compaoré de l’autre côté. « Ce sentiment avait créé une certaine méfiance entre les deux corps et il était important pour moi de rappeler à l'ordre les soldats, de nous départir de la politique, des rumeurs et d’assurer la sécurité des personnalités », raconte Gilbert Diendéré. A cette réunion, fait-il remarquer, Hyachinte Kafando était absent. Après cette réunion qui a duré de 9h à 12h voire 13h, Gilbert Diendéré raconte qu'il s'est rendu à son domicile pour le déjeuner. Il serait revenu au Conseil de l'entente vers 15h pour se changer et se rendre au terrain de sport, sis à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM). Et c'est du terrain qu'il aurait entendu des tirs. « J'ai rebroussé chemin pour savoir ce qui se passait. Arrivé sur les lieux, j'ai vu des soldats au niveau du bâtiment "Togo" qui m'ont dit que les tirs viennent du secrétariat », précise-t-il. Il poursuit : « J'ai vu Nabié N’soni et Arzouma Otis Ouédraogo. J'ai demandé à N’soni ce qu'ils venaient de faire, puisque les corps étaient là. Il m'a répondu que Thomas Sankara voulait arrêter leur chef et eux, ils ont pris les devants. Où est Blaise ? Est-il informé ? Il m'a dit qu'il s'en fout ». pprc 2C'est alors que le général Diendéré, appelé aussi « boîte noire », aurait rebroussé chemin vers la villa "Togo" pour se changer, endosser une tenue militaire et ensuite rendre compte au commandant Jean Baptiste Lingani de ce qui s'était passé.

S’agissant du chef d’accusation de complicité d’assassinat, là encore Diendéré soutient qu’il n’a pas participé à la préparation de cette forfaiture. « Les actes que j'ai posés, c’était après l'assassinat des 13 personnes. Comment ces actions peuvent-elles constituer une complicité d'assassinat ? » Selon lui, c’est la garde rapprochée de Thomas Sankara qui devait réagir après l’attaque contre son chef. « Les autres soldats postés à leurs postes respectifs au Conseil de l'entente étaient là pour sécuriser le Conseil contre les attaques extérieures », a précisé le général Gilbert Diendéré, qui soutient même que des soldats auraient pris la fuite après les coups de feu, car « la situation qui avait prévalu avant l’attaque faisait qu’il y avait de la méfiance entre les soldats ».

pprc 3En ce qui concerne l’accusation de recel de cadavres, le général s’explique : « Je me demande pourquoi je suis mêlé à ça. Le 15 dans la nuit, les corps ont été récupérés par le régisseur de la MACO, Tapsoba Karim pour être enterré. C'est un ancien militaire du CNEC qui avait été nommé par le capitaine Thomas Sankara. Je n'étais pas au courant. Ce n'est que le lendemain matin que Tapsoba est venu me tendre une liste des noms des cadavres. Je ne connaissais pas les cadavres, à part Sankara que j'ai vu dans sa tenue de sport. Il m'a dit qu'il a écrit des étiquettes et les a déposées sur chaque tombe. C'est à partir de ces étiquettes que les tombes ont été identifiées par les familles et autres », se défend l’officier supérieur. Sur le fait que certains affirment qu’il aurait reçu l’ordre de Blaise Compaoré d’enlever lui-même les corps, le général est catégorique : « Blaise Compaoré a affirmé avoir donné des instructions. Il n’a nullement fait mention de mon nom dans le dossier ». Sur ce point, les échanges ont été tendus entre le parquet et le général Diendéré suite à une question du procureur militaire relative à une déclaration de Blaise Compaoré. « Allez-y vous adresser au capitaine Blaise Compaoré pas à Gilbert Diendéré », a répondu l’accusé au procureur. Cette réponse a suscité le courroux du procureur, qui a exigé « le respect de sa personne ». Sur ce, l’audience a été suspendue pour «permettre aux esprits de se calmer».

Pour ce qui est du dernier chef d’accusation qui pèse sur  l’accusé « Golfe », à savoir la subornation de témoin, ce dernier affirme qu’il a simplement dit à Tondé Ninda, dit Pascal, qu’Eugène Somda a soutenu devant le juge d’instruction, en sa présence, que « lui, il aurait été empêché d’accéder au Conseil de l’entente par Zitenga Abdrahmanne ». Tout ce qui a alors suivi, il n’en est pas le commanditaire.

« Pourquoi n'avez-vous pas constitué une troupe pour riposter, car vous ne saviez pas qui attaquait ? » lui demande le parquet. « L'attaque avait eu lieu. Il n'y avait plus rien à faire. Pensez-vous que des gens venus tuer le président et ses compagnons allaient se laisser arrêter ? Non. Pour éviter un bain de sang et éviter d’avoir plus de morts, la riposte n'a pas été envisagée », a répondu le général. Il a poursuivi : « Au moindre faux pas, j'aurais été la 14e victime. J'ai cherché à me protéger et à renforcer la sécurité dans la ville de Ouagadougou à travers un renfort venu de Pô ».

Sur une question du parquet concernant Hyacinthe Kafando, Gilbert Diendéré a chargé Yacouba Isaac Zida. « Isaac Zida a organisé la fuite de Hyacinthe Kafando. Il me l’a dit en pleurs, la main sur la Bible. Il m’a aussi dit que s’il était libéré (Ndlr : il avait été arrêté lors du putsch de septembre 2015), il ne ferait plus la politique », a affirmé le général Gilbert Diendéré à la barre.

Hyacinthe Kafando est longuement cité dans le dossier comme étant celui qui a ouvert le feu en premier au Conseil de l’entente. Il est accusé d’assassinat et d’attentat à la sûreté de l’Etat. Du fait de son absence, il sera jugé par contumace. Me Prosper Farama de la partie civile s'impatiente de prendre la parole pour démontrer les contradictions dans les propos de Gilbert Diendéré. « Comment des soldats peuvent être postés uniquement pour la sécurité extérieure ? Ce qui se passe à l'intérieur ne les intéresse donc pas ? Nous sommes impatients de prendre la parole. Pour nous, il a été le superviseur direct des opérations sur le terrain », a martelé l’avocat

L’interrogatoire de Gilbert Diendéré se poursuit demain mercredi 10 novembre avec les questions de la partie civile.

Sié Mathias Kam

ffilep uneLe 9e  Festival international de la liberté d’expression et de la  presse (FILEP)  se tient du 10 au 13 novembre 2021 à Ouagadougou. En marge de cette biennale organisée par le Centre national de presse Norbert Zongo et Savane médias, une grande foire se tient pour la première fois.  Cette activité  vise non seulement à promouvoir les produits locaux, mais aussi à  créer un cadre de communion entre les organes de presse et la population. L'ouverture officielle de celle-ci a eu lieu  dans la soirée du lundi 8 novembre au siège du FESPACO en présence du vice-président du Conseil supérieur de la communication, Aziz Bamogo, parrain de l’activité.

L'organisation de la foire est assurée par Savane médias. Et  sur le site du FESPACO, on peut trouver des produits alimentaires, vestimentaires,  cosmétiques et bien d'autres. Les exposants, venus du Burkina Faso et d'autres pays de la sous-région, profiteront de l’occasion non seulement pour promouvoir leurs produits, mais aussi pour les écouler. C'est une foire riche en couleurs et en sons, selon le coordinateur,  Emmanuel Abissi. ffilep 2«Chaque soir, il y aura de l'animation, des prestations artistiques et des projections cinématographiques. Il y a également  au programme un plateau télé sur place », a-t-il déclaré. Mais déjà,  certains exposants font de bonnes  affaires. Gaoussou Baya est tradipraticien. Il vend des produits à base de plantes contre les inflammations,  les démangeaisons, les douleurs articulaires et les dermatoses. Pour lui, la foire se passe bien puisque ses produits s'achètent bien.ffilep 3Même son de cloche dans un autre stand partagé par Levis Kaboré et Patrice Souly, vendeurs de vêtements prêt-à-porter. En face de ce stand se trouve celui de Sassane, venue du Niger. Elle vend des produits cosmétiques et de la tisane. Mais depuis qu'elle est arrivée, elle dit n’avoir encore rien vendu mais nourrit l'espoir  que les prochains jours seront meilleurs. Le parrain de cette foire organisée en marge du FILEP, Aziz Bamogo,  félicite les organisateurs et invite la population à y participer massivement. «En premier lieu, je félicite les organisateurs pour cette innovation, parce que les années antérieures il n'y avait pas de foire. Je pense que c'est une façon d'ouvrir les préoccupations liées à la liberté de la presse à la population de façon générale de faire partie du FILEP qui est devenu une sorte de marque de la ville de Ouagadougou. Je voudrais aussi saluer la participation des nombreux pays de la sous-région que j'ai pu voir à travers les expositions  (...). Ce qu'il faut, c'est encourager la population à se rendre à la foire pour voir ce qui est proposé, mais aussi pour pouvoir échanger avec les acteurs de la presse », a-t-il insisté. Quant au FILEP lui-même, il se tiendra du 10 au 13 novembre prochain.

Barthélemy Paul Tindano

sdb uneAprès avoir été suspendu le jeudi 4 novembre dernier, le procès Thomas et ses 12 compagnons a repris ce lundi 8 novembre 2021 au tribunal militaire de Ouagadougou, délocalisé à la salle des banquets de Ouaga 2000. 7e accusé à être auditionné, Mori Aldiouma Jean-Pierre Palm était de nouveau à la barre pour répondre aux questions de la partie civile. Il lui est reproché d'être à l'origine du sabotage de la table d'écoute qui était à la gendarmerie et contenait des stockages audio sur la préparation du coup d'État contre le Conseil national de la révolution (CNR). L’accusé ne reconnaît pas les faits. Quant à Tondé Ninda Pascal, dit Manga Naaba, soldat de 1re classe, qui lui a succédé à la barre, a reconnu partiellement les charges qui pesaient contre lui, à savoir subornation de témoin. 

La partie civile a poursuivi l’interrogatoire de l’accusé Mori Aldiouma Jean-Pierre Palm ce 8 novembre. Après quelques questions, elle a fait observer que l’accusé les fait « tourner en rond », car selon Me Olivier Badolo, depuis que les auditions ont commencé, Jean-Pierre Palm n’a rien dit qui laisse entrevoir qu’il a été au courant de la guéguerre qui existait entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré et qui a conduit au coup d’État ou encore qu’il a contribué à faire asseoir le régime de Blaise Compaoré après le coup d’État de 1987. sdb 2« Il tente de manipuler le tribunal », a lancé Me Olivier Badolo. En effet, l’accusé Mori Aldiouma Jean-Pierre Palm a esquivé toutes les questions ayant trait à la chose politique car, a-t-il affirmé, « j’ai été mis dans la politique malgré moi ». Cette double face intrigue la partie civile d’autant plus que le capitaine Palm au moment des faits était membre du Conseil national de la Révolution (CNR) et qu’il a occupé des postes stratégiques avant et après le coup d’État du 15 octobre 1987. « Capitaine de gendarmerie que vous étiez à l’époque, vous entendez des coups de feu et vous ne cherchez pas à savoir ce qui se passe ? Vous ne cherchez pas à vous rendre à la gendarmerie ? » questionne Me Farama. « J’étais en tenue civile, sans arme et en plus, je ne savais pas pourquoi ça tirait. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Quand il y a des coups de feu, le premier réflexe enseigné, c’est de se planquer et ensuite voir d’où vient le danger pour envisager la possibilité d’intervention. Mais je ne suis pas Rambo », a répondu l’accusé.

« Président, je n'ai détruit aucune preuve. Cette table d'écoute, personne ne pouvait la débrancher sans passer par l'ONATEL. Et puis on n’avait pas besoin des Français pour arrêter l'écoute. Il suffisait d'appuyer sur un bouton. Cette table n'était pas un instrument de stockage mais un instrument d'intervention. Le pouvoir n'avait pas intérêt à détruire cette table, qui servait à sa sécurité. En plus, il ne servait à rien de détruire cette table à la gendarmerie et de laisser celle de la police. Ce sont les mêmes écoutes. Donc cette accusation n'a pas de sens », a répondu l’accusé à l’une des questions du président du tribunal, Me Urbain Méda.

sdb 3Tondé Ninda dit Pascal, alias Manga Naaba, était le deuxième inculpé à passer à la barre ce lundi. Soldat de 1re classe à la retraite, il était le chauffeur de Gilbert Diendéré jusqu’à sa retraite. Il est accusé de subornation de témoin.

On reproche à cet accusé d'être allé au domicile d’Abdramane Zitenga pour lui suggérer de dire la vérité. Cette vérité consistait à affirmer qu’il n’était pas au Conseil de l’entente lorsque le capitaine Sankara et ses compagnons ont été tués. Il aurait soutenu que c’est le général Gilbert Diendéré qui l’aurait envoyé. C’est cette conversation au cours de laquelle il conseillait Abdramane Zitenga qui lui vaut aujourd’hui son inculpation dans le dossier, puisque son « ami » a pris le soin d’enregistrer leur discussion, qu’il a remise au juge d’instruction.

A la barre, Tondé Ninda dit Pascal, alias Manga Naaba, affirme n’avoir pas été envoyé par le général pour parler à Abdramane Zitenga. Il aurait utilisé le nom du général pour faire plus crédible. Mais pour le procureur, il aurait subi une pression de la part du général Diendéré, à qui il rendait en permanence visite à la MACA, ce qui a fait varier ses déclarations. Mais, a confié l’accusé à la barre, il n’a jamais été envoyé par Gilbert Diendéré chez Abdramane Zitenga. Son audition s’est ainsi terminée.

A sa suite, c’est le général Gilbert Diendéré qui sera appelé à la barre. Chef de corps adjoint au CNEC au moment des faits, il est accusé d'attentat à la sûreté de l'État, de complicité d'assassinat, de recel de cadavres et de subornation de témoins. Son interrogatoire débute le mardi 9 novembre 2021 au tribunal militaire, délocalisé pour la circonstance à la salle des banquets de Ouaga 2 000.

Sié Mathias Kam

diebre uneLes choses vont vite du côté de la salle des banquets de Ouaga 2000, où se tient le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons. Trois accusés ont été auditionnés ce jeudi 4 novembre 2021. Le médecin-commandant  Alidou Jean Christophe Diebré reconnaît avoir « établi, signé et délivré trois certificats de décès portant la mention « mort naturelle » en janvier 1988, soit trois mois après le drame du 15 octobre 1987, à trois veuves, dont Mariam Sankara. Médecin-chef de l’infirmerie de la présidence du Faso, le colonel major Hamado Kafando a, lui, « établi, signé et délivré un certificat de décès avec mention ‘’mort accidentelle’’ » en 1991. Les deux toubibs sont poursuivis pour faux en écriture publique. Mori Arzouma Jean Pierre Palm, capitaine au moment des faits, quant à lui, est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Ce dernier a affirmé avoir fait 16 ans sous le régime de Blaise sans travailler alors qu’il était payé.

« Je reconnais avoir commis une faute professionnelle », a affirmé Alidou Jean Christophe Diebré à la barre. En effet, il a reconnu un manque de rigueur déontologique car sans autopsie, il est difficile d’être situé sur les causes d’un décès. Mais, clame-t-il à la barre, « c'est un acte humanisme que j'ai posé. J’ai voulu rendre service et faire parler mon cœur ». Cette mention « mort naturelle », il dit l’avoir faite sur le certificat de décès de Sankara, car il n’avait pas d’autre alternative. « Pour le commun des mortels, "mort naturelle" choque mais pour moi qui suis médecin c'est normal, car la mort est un phénomène naturel. "Mort naturelle" n'est pas une cause de décès. C'est un diagnostic de décès. La cause est déterminée par une autopsie », a-t-il expliqué.diebre 2

« Avez-vous subi une pression quelconque pour délivrer ce certificat ? »  lui a-t-on demandé. L'accusé est clair à ce propos : il ne l'a pas fait sous « l’instigation de qui que ce soit ». « Personne ne peut me faire écrire ou m’instruire de faire ce que je ne veux pas, pas même la hiérarchie militaire. Et sur ça, je reconnais être indiscipliné », répond-il. Qualifié d'accusé "irrepenti" (quelqu'un qui est capable de récidiver) par Me Olivier Somé car ayant soutenu que s’il avait l’occasion d’aider il le referait, l'accusé réplique : « J'ai posé un acte d’humanisme. Si le papier ne leur a pas servi, je leur présente toutes mes excuses. Je demande pardon », a-t-il conclu.

Après Diebré, le médecin-chef de l’infirmerie de la présidence du Faso, Hamado Kafando, était à la barre pour les mêmes chefs d’accusation. Il a porté la mention « mort accidentelle » sur le certificat de décès de Bonaventure Compaoré en 1991, soit 4 ans après les évènements. diebre 3« Pour moi, ce n'était pas un papier qui devait se retrouver sur la place publique. Je l'ai établi dans un but précis. C’était pour que les ayants droit aient leurs droits, c'est tout. J'ai mis la mention ‘’mort accidentelle’’, car tout le monde avait connaissance des évènements du 15 octobre 1987 », soutient-il à la barre. Tout comme le Dr Diébré, il n'a pas eu recours à une autopsie avant de conclure que c'est effectivement "d'un accident" que Bonaventure Compaoré était mort. En outre, tout comme son collègue, il a été formel : il a établi un certificat de décès et non un certificat médical de décès. Pour l'avocat de la famille Compaoré, Me Olivier Somé, la mention « mort accidentelle » "banalise" la mort de Bonaventure Compaoré comme si c'était un homicide involontaire. « J'ai établi un document pour aider la famille. Mon acte ne constitue pas une infraction car la mort est réelle, donc le document est sincère », a conclu le médecin-chef.

Après les deux médecins, c’est le colonel major Jean Pierre Aldiouma Mori Palm (NDLR : capitaine au moment des faits) qui était à la barre. Il est accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

Il a déclaré qu’il se trouvait chez son petit frère Eric Palm dans la matinée du 15 octobre 1987 et souffrait de maux de dents. Dans la soirée, il est conduit par un ami, Julien Ayi, dans un centre médical pour y recevoir des soins. C’est en chemin, vers le mur du Scolasticat, qu’il dit avoir entendu des tirs. Ils auraient alors trouvé refuge chez les parents de Me Mireille Barry, étudiante à l’époque, jusqu’au matin. Et c’est après s’être rendu au Conseil de l’entente que Jean Pierre Palm dit qu’il a su ce qui s’était passé la veille.

Rappelons que l’accusé, avant le 15 octobre, avait été affecté à Bobo-Dioulasso comme commandant de la gendarmerie. Mais il n’y prendra jamais fonction car le 16 octobre, l’ordre fut donné par Blaise Compaoré qu’il devait rester sous le commandement du commandant Boukary Lingani. Ensuite le 16 novembre 1987, soit un mois après l’assassinat de Thomas Sankara, Palm est nommé chef d’état-major de la gendarmerie nationale. D’aucuns l’accusent d’avoir conduit des Français pour débrancher une table d’écoutes contenant des preuves accablantes d’enregistrements et d’avoir ordonné ou supervisé des arrestations ainsi que des tortures. « On peut ne pas aimer les Blancs, mais il ne faut pas inventer des choses. Ils étaient là pour faire l'inspection de la transmission de la gendarmerie », a déclaré Jean Pierre Aldiouma Mori Palm pour sa défense. Et d’ajouter plus loin que durant les 27 ans de présidence de Blaise Compaoré, il a passé 16 ans sans travailler alors qu’il était payé. Il s’est justifié en déclarant que c’est « l’autorité politique qui ne l’a pas affecté à un poste ».

L’audition de l’officier de gendarmerie Jean Pierre Palm reprend le lundi 8 novembre à 9h.

Sié Mathias Kam

tosk uneLe procès Thomas Sankara et 12 autres a repris ce mercredi 3 novembre au tribunal militaire, délocalisé pour la circonstance dans la salle des banquets de Ouaga 2000. Aujourd’hui, c’était au tour de la défense de prendre la parole pour poser ses questions à son client Bossobè Traoré. Faut-il le rappeler, le sieur Traoré est accusé de complicité de coup d’État et de complicité d’atteinte à la sûreté de l’État. De l’avis de la partie civile, c’est lui la taupe qui aurait fourni tous les renseignements nécessaires au commando qui a assassiné Thomas Sankara et ses compagnons ce jeudi noir du 15 octobre.

La partie civile ne conçoit pas que le commando Arzouma Otis Ouédraogo, qui avait dans sa ligne de mire Bossobè Traoré, n’ait pu l’atteindre qu’au bras. Mieux, elle ne s’explique pas le fait que l’accusé ait été par la suite évacué en France pour de meilleurs soins par ceux-là mêmes qui voulaient attenter à sa vie. Pour l’accusé, « il serait devenu un héros s’il était mort » mais comme il est vivant, on le traite de « traître ».

ttosk 2Selon lui, le type de fusil utilisé par le commando Arzouma Otis Ouédraogo est un fusil à pompe.  Le parquet fait remarquer que ce type de fusil a des balles de type chevrotine (munition composée de grenaille de plomb).Ce sont des fusils de calibre 12-76mm. L’accusé est catégorique : c’est l’arme qu’a utilisée « Otis » pour abattre ses collègues Der Somda et Abdoulaye Gouem et lui tirer sur le bras. Pourtant, le parquet a affirmé que selon l’expertise balistique, les balles retrouvées sur les corps de Der Somda et Abdoulaye Gouem étaient de calibre 7-62mm. « Un fusil à pompe ne peut pas tirer une balle de calibre 7-62mm. Seuls les fusils d’assaut de type kalachnikov ou des fusils HK G3. Donc ce n’est pas un fusil à pompe que tenait Otis », a déclaré le parquet. Il a également fait remarquer que le rapport du Centre national d’entraînement commando (CNEC) dressé par Bossobé Traoré montre clairement qu’il a été touché au coude par une balle qui lui a traversé tout l’avant-bras et est ressorti à la main droite. Pourtant, l’accusé maintient qu’il a été blessé alors qu’il était couché au sol avant de prendre la fuite. Pour le parquet, cette version n’est pas plausible car étant à plat vendre, le tir ne saurait avoir son bras puis sortir par sa paume, selon toute vraisemblable, le tir a été effectué de dos.

tosk 3Pour la défense ce matin, l’évacuation de Bossobè Traoré n’avait rien d’exceptionnelle. De plus, pour l’avocate de l’accusé, Me Maria Kanyili, il n’était pas de mèche avec ceux qui ont perpétré le coup d’État comme le laisse entrevoir la partie civile. Me Maria Kanyili a fait des observations à la suite de son interrogatoire : « Il n'est pas le seul survivant. Ses deux chefs, à savoir Laurent Ilboudo et Drissa Sow, sont vivants et ils n'ont rien eu pendant l'attaque. Il n'avait pas de moyen personnel de communication, mis à part une Motorola qui était l'apanage de ses chefs. S'il était informé du coup d'État et qu'il avait fourni les informations comme les autres le prétendent, il ne serait pas allé au service ce jour-là mais aurait trouvé un motif pour s’absenter. Son évacuation en France a suivi toutes les procédures normales et un ordre a même été signé par le ministre de la Santé d'alors. Il n'a pas bénéficié de largesses pour être évacué en France. Il était le seul blessé. C'est en 2004 qu'il a été indemnisé à la suite de la Journée du pardon avec bien d'autres ». C’est ainsi que prit fin l’audition de Bossobé Traoré.

A la demande de Me Victoria Nébié, l’audience a été suspendue et reprend demain jeudi à 9h par l’interrogatoire du médecin-militaire Alidou Jean Christophe Diembré, directeur central du service de santé des forces armées populaires au moment des faits.

Sié Mathias Kam

proc uneLe procès Thomas Sankara a repris ce mardi 2 octobre 2021, à la salle d’audience délocalisée de Ouaga 2000. L'interrogatoire de l'accusé Nabonsseouindé Ouédraogo s’est poursuivi. La parole est revenue à la partie civile en début d'audience. L’accusé soutient n’avoir pas participé à l’attaque contre Sankara. Ce soldat de 1re classe confie s’être abrité de 16h à 9h du matin dans une piscine au moment de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons. Le sergent en service au CNEC au moment des faits, Bossobé Traoré, lui a succédé à la barre. Il est le seul de la garde rapprochée du président Thomas Sankara à être mis en accusation. On peut retenir que les déclarations de ces deux accusés ont été les plus floues depuis le début du procès.

Nabonsseoindé Ouédraogo à la barre. Un accusé qui a nié presque toutes ses déclarations devant le juge d’instruction et dont les propos devant le tribunal sont jugés « peu cohérents » par les avocats de la partie civile. En effet, des contradictions ont été observées sur certaines de déclarations de l’accusé en présence de son avocat. « Ce jour-là (ndlr le 15 octobre 1987), Hyacinthe Kafando, est arrivé au Conseil de l’entente vers 15h. Il est monté à l’étage. Environ 1h après, il est redescendu et a pris la direction du secrétariat. Peu après, il y a eu des tirs qui se sont généralisés. J'ai entendu un coup qui est celui d'une DCA (Défense contre l'aviation)  peu après 30mn du début des tirs. Quand j’ai entendu les tirs, j’ai cherché un refuge dans une piscine située à 20 mètres de mon lieu de poste de garde (le poste 520) avec mes trois collègues », explique l’accusé Nabonsseouindé Ouédraogo. proc 2Il précise être resté dans cette cachette jusqu’au petit matin à 9h car les tirs n’avaient pas totalement cessé. « Le matin quand je suis sorti de la cachette, j'ai rallié le domicile de Blaise Compaoré sans demander un quelconque renseignement à un frère d'armes. C'est du domicile de Blaise que j'ai appris ce qui s'était passé », ajoute-t-il. Il poursuit après insistance du président du tribunal : « C'est Hyacinthe Kafando qui m'a informé de l'assassinat du président Thomas Sankara et ce n'était plus un secret ». Suite à ces déclarations, la partie civile, par l’entremise de Me Prosper Farama, s’est interrogée : « Comment un commando juste après le départ de ses chefs, entend des tirs mais ne court pas à la rescousse de ces derniers mais cherche un refuge. Mieux il reste dans sa cachette jusqu'à 9h pour ensuite aller retrouver ses mêmes chefs en danger le lendemain au domicile de Blaise Compaoré ? Comment étiez-vous sûr de les retrouver au domicile de Blaise Compaoré ? » proc 3L'accusé réplique qu'un soldat en cas de coup de feu doit chercher un refuge, être prudent. « Non seulement vous vous contredisez, mais il n’y a pas de cohérence dans ce que vous dites », réplique Me Farama à l’accusé. « Soit vous mentez, et vous mentez mal, soit c’est un manque de respect », a poursuivi l’avocat, après avoir relevé plusieurs contradictions dans les réponses fournies par l’accusé. « Vous essayez de vous défendre mais votre stratégie de défense est bancale », conclut Me Farama. Pour le moment, c’est le seul accusé qui, contrairement aux autres, faisait partie du service de sécurité de Thomas Sankara.

Le sergent Bossobé Traoré est accusé de complicité d’assassinat et de complicité d’attentat à la sûreté de l’État. A la barre, il a indiqué qu’il était de garde le 15 octobre 1987 au Conseil de l’entente. « Au moment où le commando est venu, j’étais posté avec deux autres militaires à l’arrière du bâtiment où Thomas Sankara tenait une réunion. Des hommes cagoulés sont venus nous dire ‘’haut les mains’’. Il y a un de ces hommes Arzoma Otis Ouédraogo qui nous a désarmés. Puis, il nous a fait coucher à plat ventre. A l’aide de son fusil à pompe, il a d’abord tiré sur mes deux collègues avant de m’avoir au bras. J’ai ensuite pris la fuite et il a tiré une deuxième fois à terre. J’ai vu la poussière qui s’élevait. Arrivé à la porte du secrétariat, il a tiré une deuxième fois mais c’est la porte qu’il a touchée. C’est ainsi que j’ai pu m’échapper. C’est des étudiants que j’ai vu dehors qui m’ont secouru avant qu’une dame ne m’envoie à l’hôpital Yalgado. Et de là-bas j’ai été évacué en France pour de meilleurs soins », retrace le sergent Bossobé Traoré. Là encore la partie civile s’interroge : « Comment quelqu’un qui a voulu attenter à votre vie peut vous envoyer en France pour des soins ? » ; « comment un commando tireur d’élite a pu vous rater par trois fois ? » ; « comment il a pu avoir vos collègues qui étaient juste à côté de vous et vous il ne vous a eu qu’au bras ? Ces étudiants n’ont-ils pas entendu des tirs pour se réfugier au lieu de trainer par là ? » A toutes ces questions, les réponses de l’accusé n’ont pas convaincu la partie civile. Et Me Prosper Farama de conclure: « On devrait vous appeler Bossobé Traoré la chance ».

L'audience reprend demain mercredi toujours avec l'interrogatoire de Traoré Bossobé. La parole sera à la défense.

Sié Mathias Kam

xavier uneIl y a 7  ans, le peuple burkinabè a décidé de prendre son destin en main.  Après 27 ans de règne sans partage, Blaise Compaoré, qui voulait modifier la Constitution de son pays afin de se maintenir au pouvoir, est chassé. C’était le 31 octobre 2014. À la faveur de l’insurrection populaire qui a balayé le régime Compaoré, de nombreux changements sont intervenus dans le pays. A l’occasion de l’an VII de l’insurrection, Radars Info Burkina s'est entretenu avec  Xavier Belemgnegré, journaliste et rédacteur en chef de la Radio nationale, au sujet de cet épisode de l’histoire politique du Burkina.

La  première leçon que l'on peut tirer de ces événements, selon Xavier Bélemgnegré,  c'est l’indispensable limitation  du nombre de mandats présidentiels, car c’est un excellent indicateur du niveau de démocratie d’un pays. Il affirme à ce propos : «L'une des conditions de processus démocratique,  c'est l'alternance. Et l'alternance, c'est ne pas le changement d'idéologie ou de concept. (...) Mais un changement de personnes. Et donc l’alternance au pouvoir est un acquis important de cette insurrection populaire. Parce que je ne sais pas si un président va oser, en tout cas après deux mandats ici  au Burkina Faso, au regard de ce que nous avons vécu et au regard aussi de la situation que nous vivons en Afrique de l'Ouest, continuer après son deuxième mandat». Pour le rédacteur en chef de la Radio nationale, la liberté d'expression que connaît le Burkina Faso actuellement est aussi le fruit de l'insurrection populaire de 2014. xav 2«Quand vous regardez un peu au niveau des médias publics, par  exemple, il y a un espace de liberté  maintenant. Les journalistes de ces médias ont acquis davantage de liberté   dans le cadre de leur travail au quotidien. La Radio nationale était plus ou moins la voix du gouvernement. Mais depuis 2014, les choses ont évolué. Vous avez des émissions interactives où on critique le gouvernement. Donc c'est encore un bonus pour la démocratie», a-t-il déclaré. La liberté d'expression  est également  un acquis pour les Organisations de la société civile  (OSC ), car celles-ci ont un espace pour exiger une certaine fermeté dans la gouvernance. Même la réorganisation de l'Autorité supérieure de contrôle d'Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) et  la relecture de ses textes sont à mettre à l’actif de l’insurrection.

En outre, selon notre interlocuteur du jour, dans l'administration publique il y a eu un changement considérable, car actuellement l'administration burkinabè  n'est plus aux ordres d’un certain nombre de personnes comme c’était le cas auparavant. Il y a par ailleurs un changement de mentalité des fonctionnaires et de la population  de façon générale grâce à cette alternance. Ainsi, on assiste maintenant à des sessions de redevabilité des élus   municipaux, notamment des maires, car les conseils municipaux  ont l’obligation de rendre compte aux populations des actions qu’ils ont eu à mener. Un autre acquis de l'insurrection populaire, selon le journaliste, c'est l'accroissement de l’indépendance de la justice. Par exemple,  le président du Faso n’est plus le président du conseil supérieur de la magistrature comme c’était le cas par le passé. «Je me dis que les juges ont cette indépendance à la fois morale et financière. En effet,  avec l'insurrection les choses se sont  beaucoup  améliorées sur le plan de leur traitement salarial», a-t-il ajouté.

Cependant, que l'arbre ne cache pas la forêt. Certes il y a eu des acquis énormes à la faveur de l'insurrection populaire, mais il y a aussi des dérives. Pour Xavier Bélemgnegré, beaucoup ont mal compris le "plus rien ne sera comme avant".  «Beaucoup de nos concitoyens se croient tout permis maintenant. Ainsi, les premiers moments de l’après-insurrection n'ont pas  été faciles pour les autorités. Pendant la transition, il y avait des grèves tous azimuts dans l’administrations publique. Certains   ont voulu qu'on augmente leurs salaires et d'autres  cherchaient  des avantages. Ça fait que cette liberté, de mon point de vue, les gens en ont abusé dans leurs revendications au point que cela s’apparentait même à du libertinage», a-t-il regretté. Selon lui, même l'insécurité que connaît le Burkina Faso actuellement est en partie liée à l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 : «Si le régime autoritaire était toujours là,  les gens allaient avoir peur. Mais comme on a tué  le mythe, les gens se croient tout permis». A son avis, c'est l'insurrection populaire qui a  favorisé également l'incivisme, et  la violence est allée à l'extrême.

Barthélemy Paul Tindano

ttrial uneL’interrogatoire des accusés dans le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et ses 12 compagnons s’est poursuivi ce jeudi 28 octobre 2021 au tribunal militaire de Ouagadougou. Après le militaire-chauffeur Yamba Elysée Ilboudo qui a plaidé « coupable » avant que son avocate le fasse plaider « non coupable », le caporal Idrissa Sawadogo a été appelé à la barre pour être auditionné. « Je ne reconnais pas les faits », a-t-il déclaré ce jeudi 28 octobre. Aussitôt qu’il a fini, le troisième accusé est passé à la barre. Il s’agit du soldat de 1re classe Nabonswendé Ouédraogo. Lui non plus ne reconnaît pas les charges qui pèsent contre lui. Aucun de ces deux comparants n’a corroboré les propos tenus par Yamba Elysée Ilboudo à la barre. Ils sont même allés jusqu’à traiter celui-ci de « malade ».

Auditionné pendant deux jours, Yamba Elysée Ilboudo a dit sa part de vérité à la barre. Cette vérité ne passe pas dans le rang des autres accusés. Deuxième accusé à être appelé à la barre, Idrissa Sawadogo, soldat de 1re classe au moment des faits, ne reconnaît pas les charges qui pèsent contre lui. Cité par Elysée Yamba Ouédraogo comme ayant fait partie du convoi qui a investi le Conseil de l’entente le soir du 15 octobre 1987, l’homme a tout nié en bloc. ttrialL 2Il était chargé de la sécurité rapprochée du ministre de la Justice d’alors, Blaise Compaoré, et au moment des faits le soir du 15 octobre 1987, il était de garde au Conseil de l’entente. Selon ses dires, il aurait reçu l’ordre de son chef Hyacinthe Kafando, peu après 15h, de se rendre au domicile de Blaise Compaoré pour y renforcer la sécurité. Il dit s’être exécuté mais précise qu’une fois arrivé sur les lieux, sans y avoir pénétré, il a entendu des coups de feu, donc a rebroussé chemin pour Tanghin-Dassouri pour voir sa maman vers 17h. Toujours selon l’accusé, par cette visite qui a duré une quinzaine de minutes, il voulait simplement prendre des nouvelles de sa génitrice malade. « La maman d’Idrissa souffrait de tension et si cette dernière avait pris connaissance des tirs qui avaient eu lieu au Conseil, elle pouvait s’en inquiéter », a soutenu son avocate, Me Aouba Zaliatou.

« C’est aux alentours de 18h que je suis revenu chez Blaise poste de Delta nord. Peu après, je suis reparti au Conseil. Je suis arrivé et j’ai signalé mon retour à mon chef Hyacinthe Kafando. Il m’a dit d’aller occuper mon poste. Je suis reparti à mon poste 520 au Conseil », raconte-t-il. Il affirme n’avoir pas participé au coup d’Etat contre Sankara et ses 12 compagnons et donc ne pas se reconnaître dans les déclarations de Yamba Elysée Ilboudo. Pour lui, s’il avait participé au coup d’Etat contre Thomas Sankara, il aurait été décoré plus tard. Or, ça n’a pas été le cas.

ttrial 3A sa suite, l’accusé Nabonswendé Ouédraogo est passé à la barre. Soldat de 1re classe, commando du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô, il est poursuivi pour les mêmes chefs d’accusation que ces deux prédécesseurs, à savoir complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et assassinat. L’accusé a plaidé non coupable et ne reconnaît pas les faits. « Personnellement, ça m’a surpris (ndlr l’assassinat de Thomas Sankara). Je n’étais au courant de rien », a-t-il confié. Il dit qu’il était au poste de garde 520 le 15 octobre 1987. C’était le poste de garde du pied-à-terre de Blaise Compaoré au Conseil de l’entente. C’est de là, poursuit-il, qu’il a aperçu Hyacinthe Kafando qui était au bas de l’étage avec des hommes en train de causer à côté d’un véhicule. Peu après, ils ont démarré et vers le secrétariat du Conseil de l’entente où se tenait une réunion avec Thomas Sankara, il a entendu des tirs. Nabonswendé Ouédraogo dit alors s’être abrité avec d’autres pour se protéger des balles. Il a tout de même précisé n’avoir pas vu ou entendu Hyachinte Kafando donner des ordres à Idrissa Sawadogo, contrairement à ce que celui-ci a affirmé pendant son audition. Mieux, il ajoute qu’ils étaient trois soldats de garde au Conseil et qu’Idrissa Sawadogo n’en faisait pas partie à sa connaissance. « Ce qu’Elysée Yamba a dit est très grave. Je lui ai dit que ses déclarations peuvent nous envoyer en prison. Depuis ses déclarations, je ne lui adresse plus la parole. Je le fuis pour éviter qu’il vient dire ce que je n’ai pas dit. Je ne sais pas comment qualifier ses déclarations. Il est malade », a-t-il lâché. L’avocate d’Idrissa Sawadogo, Me Aouba Zaliatou, a souhaité que la chambre puisse faire recours au détecteur de mensonge si cela est nécessaire.

L’audience a été suspendue et reprendra le mardi 2 novembre 2021 avec la suite de l’interrogatoire de Nabonswendé Ouédraogo par la partie civile avant que la parole soit donné à la défense ou au parquet.

Sié Mathias Kam

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