jeudi 5 février 2026

vanessadiasso« Dans cette situation de confusion et de violence au Burkina, le travail des journalistes est véritablement difficile », lance la rédactrice en chef de Burkina Info, Vanessa Diasso. Dans les lignes qui suivent, elle nous donne sa version des situations périlleuses que la télévision Burkina Info a vécues durant les deux premiers jours du coup d‘Etat perpétré par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) du capitaine Ibrahim Traoré.

En ces situations de violence et de confusion au Burkina, le travail des journalistes est véritablement difficile. Depuis hier, pour accéder au média c’était assez compliqué, vu sa situation géographique. Nous sommes non loin des résidences présidentielles et ministérielles et du palais présidentiel. C’est une zone stratégique. Pour arriver au service hier il nous a fallu emprunter certaines artères qui n’étaient pas bloquées. C’est comme ça que nous avons pu accéder au média. Arrivé on a tenu une conférence de presse rapidement afin de déployer les agents. Certains sont allés faire le constat de la fermeture des lieux de commerce, d’autres sont allés en ville pour voir comment les gens appréhendaient la situation. On a essayé de tenir les sessions puisqu’on a une dizaine de sessions par jour. Au fur et à mesure les journalistes revenaient. Pour ceux qui devaient monter leur élément, il y en a qui ont fait des extraits rapidement. C’est dans cette situation que la journée de vendredi s’est passée.

Pour ce qui est de la journée d’aujourd’hui samedi, il y a la voix un peu tremblotante parce qu’on était vraiment dans la peur. Ce matin on est venu à 8h. On a également tenu la conférence de rédaction. Comme il y a eu une déclaration hier nuit, on est revenu sur cette déclaration pour recueillir des réactions. Donc nos éléments se sont déployés, vu qu’il y avait une sorte d’accalmie le matin. Au cours même de la matinée lorsque les tirs ont repris il a fallu écrire dans le groupe WhatsApp de la rédaction pour indiquer à ceux qui sont en ville dans des zones où il y a une sorte d’accalmie, d’y rester pour ne pas s’exposer. Au fur et à mesure que les évènements se déroulaient, en fonction des points où ils étaient, les journalistes essayaient de nous envoyer des informations. Il y en a qui étaient au centre-ville où ils disaient qu’il y avait des artères qui étaient bloquées ; d’autres dans certains quartiers indiquaient qu’ils entendaient des tirs et c’est comme ça qu’on échangeait et on leur demandait de ne pas s’exposer. Par la suite lorsque les tirs ont cessé, des reporters ont essayé de revenir à la rédaction. Ils ont donc procédé au montage de leurs éléments. Ensuite on a vu qu’il y avait des militaires qui se positionnaient aux alentours du média. Burkina Info était pratiquement quadrillé et les tirs ont commencé à s’intensifier. Finalement, on a dû se coucher au sol par mesure de prudence, vu que ce sont les précautions que donnent les agents de sécurité et on s’est éloigné des vitres. Actuellement on constate une accalmie, Dieu merci, mais on est toujours au sein du média vu qu’on n’a pas la possibilité de sortir. C’est dans cette situation que se passe la journée ici. Il faut signaler qu’aujourd’hui il devait y avoir deux journalistes présentateurs. Malheureusement le deuxième n’a pas pu venir à la télé. Donc c’est le journaliste qui est là depuis ce matin qui se tape les différentes sessions et c’est lourd comme travail. C’est difficile, surtout en ces moments.

Radarsburkina.net

aubingebreLes Ouagavillois se sont réveillés sous des coups de feu dans la matinée du 30 septembre 2022. Cette journée a été confuse avec des coups de feu qui ont retenti dans le quartier résidentiel Ouaga 2000. Aucune information n’était disponible jusqu’à 19h où un groupe de soldats, avec à sa tête le capitaine Ibrahim Traoré, a annoncé la déchéance du président Paul Henri Sandaogo Damiba. Le 1er octobre  dans la matinée, les choses semblaient être rentrées dans l’ordre jusqu’à ce que la situation devienne de nouveau confuse. Le rédacteur en chef de la télévision BF1, joint au téléphone par la rédaction de Radars Info Burkina, relate l’évolution des faits.

Il faut dire que le 30 septembre 2022,  aux environs de 12h30- 13h, des soldats lourdement armés ont occupé le carrefour  qui va en direction de la présidence du Faso, le palais présidentiel  devant la télévision, avec des chars, des blindés, positionnés en direction de la présidence.

 Entre temps autour de 13h, ils ont commencé à tirer en direction des forces spéciales qui se trouvent du côté de la présidence.

Il y a eu des ripostes entre temps, notre siège  a commencé à trembler, nous sommes rentrés sous les tables sous nos bureaux pour nous protéger pendant une trentaine de minutes. Quelques instants après, le crépitement des armes a cessé. Ainsi, nous avons demandé à toute l’équipe d’évacuer les lieux, de regagner leur domicile. On a dû interrompre le journal de 13h que nous préparions. Les équipes qui étaient déjà sur le terrain pour des productions, pour des constats terrains, on leur a dit clairement de se faire déposer chez eux à la maison par les chauffeurs. Nous avons demandé aux chauffeurs de rentrer avec les véhicules de reportage chez eux en attendant que la situation se calme.

On a espéré qu’aujourd’hui la situation irait mieux pour qu’on puisse reprendre le service. Ce matin on a encore déployé les équipes, on est arrivé pour préparer le journal de 13h. C’est là encore qu’aux alentours de 12h, un renfort est arrivé au niveau du carrefour. Des soldats massivement positionnés avec des armes lourdes une fois de plus. Entre-temps il y en a même qui se sont positionnés tout autour de nos murs, couchés sur le gazon en position de tir et là on a compris que le danger était imminent avec les informations qui nous parvenaient des sources proches des forces de défense et de sécurité nous disaient qu’il Y a risques d’affrontements parce que visiblement les éléments fidèles au président Damiba ne sont pas prêts à se laisser faire et qu’il y a une riposte qui se préparait. On a compris dès lors qu’on était encore en danger une fois. Donc tout de suite on a dû stopper la préparation du journal, on a encore demandé à l’équipe de regagner chacun son domicile. Voilà un peu la situation. Hier on n’a de pu travailler, aujourd’hui également c’est une situation assez difficile pour nous. Il faut le dire, ce n’est de du tout facile pour l’équipe. On a bien envie de faire notre travail, de couvrir mais là on se retrouve dans une situation assez complexe qui nous pose une fois la question de notre positionnement géographique. Est-ce qu’il faut penser à délocaliser le siège de la télé parce qu’à chaque situation trouble de ce genre nous nous retrouvons confrontés à une situation pareille. Rappelez-vous de 2015 où des confrères, des agents du personnel de la télévision Bf1 a été victime de violences par des éléments des forces de défense et de sécurité. Donc c’est une situation compliquée que nous vivons actuellement et là, c’est vraiment dommage pour la liberté de la presse.

Radarsburkina.net

alexsankaraDans les lignes qui suivent, Alexandre Sankara, homme politique burkinabè, s’exprime sur le coup d‘Etat perpétré le 30 septembre par une partie des éléments du MPSR contre l’ex-président Damiba. Selon M. Sankara, la tentative de certains militaires restés fidèles au lieutenant-colonel de réinstaller ce dernier dans le fauteuil présidentiel est une entreprise vouée à l’échec. Il en appelle donc à un soutien des nouvelles autorités.

Nous avons assisté, dans la journée du 30 septembre 2022, à un scénario qui a plongé les uns et les autres dans la psychose parce que le peuple burkinabè était angoissé quant à l’issue du bras de fer qui opposait les différentes factions militaires. Mais hier dans la soirée, nous avons tous écouté la déclaration du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) II. En gros, on constate que les jeunes qui avaient fait le coup d’Etat de janvier 2022 ont pris leurs responsabilités et mis dehors le président Damiba, invoquant comme principale raison la déviation de celui-ci de la mission première qui les avait conduits à mettre fin au régime du président Kaboré, à savoir la lutte contre l’insécurité. Nous apprécions de prime abord les bonnes déclarations, les bonnes intentions du capitaine Ibrahim Traoré et de ses camarades, mais nous attendons de les voir au pied du mur. Par prudence, nous préférons éviter de jubiler. Je constate que ces jeunes militaires, dans la déclaration qu’ils ont faites, ont pris un certain nombre de décisions qui, à mon avis, sont très salutaires. Ils ont donné un aperçu de ce qu’ils envisagent de faire : entre autres, de larges concertations avec les forces vives pour une transition inclusive. C’est ce que nous, en tout cas à “Ensemble pour le Faso“ ou au niveau du “Front patriotique“, revendiquions principalement. Nous apprécions donc positivement ces bonnes intentions. Il est vrai qu’aujourd’hui, nous assistons à des poches de résistance de certaines unités ; il semble même qu’il y ait des tirs en ville et que les forces spéciales basées à Kamboinssin et qui sont restées fidèles au président déchu, Paul Henri Damiba, soient en train de monter sur Ouagadougou pour inverser la tendance et réinstaller ce dernier. A mon avis, cela est voué à l’échec, car ça risque  de conduire à un bain de sang, vu que ça va entraîner un affrontement entre différentes factions militaires. Les conséquences aussi sur les civils ne sont pas prévisibles, ça va être désastreux et j’appelle ces militaires à la retenue. J’exhorte surtout le peuple et la population burkinabè à soutenir les nouvelles autorités, à sortir massivement dire non au rétablissement du président Damiba. Il faut que le peuple apporte un soutien franc aux nouvelles autorités, à ces jeunes qui nous ont appris que  dès le départ, ils avaient prévenu le lieutenant-colonel Damiba qu’il était sur la mauvaise voie. A les écouter, ils ont tenté de régler la question à l’interne. Malheureusement Damiba ne les a pas écoutés, ce qui les a amenés à perpétrer ce 2e coup d’Etat en espérant que cette fois-ci, ils auront le soutien du peuple pour parachever la mission pour laquelle ils ont pris le pouvoir en janvier, à savoir restaurer l’intégrité territoriale du Burkina et non restaurer un quelconque ordre ancien.

Radarsburkina.net

educationtransformation uneA l’étape actuelle, l’éducation burkinabè fait face à d’énormes problèmes dus à la crise sécuritaire sans précédent, surtout avec un grand nombre d’élèves déplacés internes : 708 000 élèves PDI au 31 mai 2022, selon la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). A l’orée de la rentrée scolaire, Radars Info Burkina est allé à la rencontre du secrétaire général de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l'éducation et de la recherche (F-SYNTER), Souleymane Badiel, pour en savoir davantage sur les problèmes fondamentaux de l’éduction au Burkina. Les échanges ont surtout porté sur la question des élèves déplacés internes.

Selon Souleymane Badiel, le système éducatif burkinabè est à la croisée des chemins car les problèmes y sont énormes. Malheureusement, face à cette énormité de préoccupations, on ne voit pas de détermination politique avec des engagements qui peuvent rassurer que des politiques sont mises en œuvre ou que des mesures sont prises en vue de résoudre convenablement ces préoccupations, s’empresse-t-il de faire remarquer.

A cette rentrée scolaire et universitaire, il estime qu’il y a trois grands problèmes qui plombent le système éducatif burkinabè.  Le premier problème est celui sécuritaire, dont tout le monde voit les conséquences dommageables, à la fois pour l’ensemble de la société et pour l’éducation. Le deuxième problème est l’impact de la vie chère qui fait que cette rentrée est à la limite cauchemardesque pour beaucoup de parents d’élèves. La troisième préoccupation est la remise en cause des droits sociaux. Ces éléments, mis ensemble, montrent que le système éducatif est en train de plonger davantage, selon notre interlocuteur.

educationtransformation 2La situation des élèves déplacés internes semble pire que l’on ne l’imagine, à en croire M. Badiel, qui ajoute que le gouvernement ne présente aucune solution. « Par exemple concernant les Personnes déplacées internes (PDI), quelle est véritablement la solution que le gouvernement propose à cette rentrée pour les élèves qui sont touchés par cette situation ?» s’interroge-t-il.  Et d’ajouter : « Ce que nous avons vu sur le terrain dans un premier temps, c’est que dans au moins 3 provinces de la région de l’Est par exemple, l’Etat n’a pas été capable d’organiser les concours de l’entrée en 6e et de l’entrée en 2nde. Qu’est-ce que cela signifie ? Que l’Etat lui-même indique par cet acte qu’il est incapable d’ouvrir les établissements dans ces trois provinces à cette rentrée 2022-2023.»

Le deuxième élément concernant cette question, selon Souleymane Badiel, est qu’il y a une circulaire du secrétaire général du ministère de l’Education nationale qui invite les responsables administratifs au niveau déconcentré à informer, à demander aux chefs d’établissements et aux personnels d’accueillir dans la mesure du possible les élèves déplacés internes qui viennent à eux dans les établissements.

 C’est une fuite de responsabilités, a-t-il soutenu, parce que la situation que cela a engendré aujourd’hui, c’est que tout le monde converge vers les établissements publics en se présentant comme PDI. Et les établissements n’ont aucun moyen de faire la part des choses entre qui est réellement déplacé interne et qui ne l’est pas. Cela va induire une augmentation des effectifs dans les établissements sans commune mesure avec les normes éducatives à cette rentrée 2022-2023.

Ainsi, rien que sur ce plan, le gouvernement ne va pas dans le sens effectivement de mettre en route des mesures permettant de répondre correctement à cette situation ; bien au contraire, ce vers quoi il avance va créer plus de problèmes : à la fois en termes de qualité de l’éducation et d’accès à celle-ci, a déclaré M. Badiel.

 Quand on dit simplement aux responsables d’établissements de faciliter l’inscription des élèves PDI sans tenir compte des conditions dans lesquelles ils vivent, cela ne sert à rien. Ces élèves vivent comment ? Comment font-ils pour aller à l’école ? Comment paient-ils leurs frais de scolarité ? Ce sont autant de question auxquelles il n’y a pas de réponse, selon le SG de la F-SYNTER, Souleymane Badiel.

Sur cette question de conditions de vie des PDI, Plan international et plusieurs Organisations non gouvernementales (ONG) ont tenu une conférence de presse le 20 septembre dernier sur la réponse humanitaire apportée aux enfants PDI. Il en est ressorti que le montant alloué par les bailleurs de fonds humanitaires entre janvier et août 2022 représente à peine environ 177 francs CFA par mois et par enfant déplacé en âge d’être scolarisé.

Partant de ce constat, Souleymane Badiel estime que dans ces conditions les enfants, surtout qu’il n’y a plus de cantines dans beaucoup d’établissements, risquent de se retrouver confrontés à toutes sortes de maux comme la délinquance juvénile, le risque de recrutement par les groupes armés terroristes, etc. Et le pire, c’est que ceux qui ont atteint l’âge d’être scolarisés n’ont pas de place dans les établissements. C’est pourquoi le SG de la F-SYNTER souligne que le gouvernement actuel n’avance pas de solutions qui rassurent que le système éducatif va s’améliorer. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil du système éducatif à cette rentrée scolaire 2022-2023 si ce n’est que le système est en train de s’enfoncer davantage, clame M. Badiel.

A la question de savoir si on peut sauver cette rentrée scolaire des PDI à l’étape actuelle, il dit être optimiste. En effet, pour notre interlocuteur il est vrai que la situation liée à l’insécurité est particulièrement préoccupante, mais tout est une question de volonté politique. Il y a des possibilités d’aller vers des solutions correctes et le plus rapidement possible. 

Pour améliorer la situation et sauver l’éducation au Burkina, le SG de la F-SYNTER a fait des propositions.

« Si on veut sortir notre système éducatif et la recherche de l’ornière dans laquelle ils se trouvent, il faudra poser les bases d’une refonte du système éducatif de sorte qu’il s’adapte à nos réalités et prenne en compte tous les aspects qui doivent permettre d’en faire une éducation populaire, démocratique au service de notre nation ».

 C’est possible et il suffit qu’on crée les conditions de sorte que tous les acteurs apportent leur contribution en termes d’analyse, de réflexion et que ces propositions soient prises en compte, car jusque-là les organisations font beaucoup de propositions mais le plus souvent, elles ne sont pas prises en compte.

Pour terminer, le SG de la F-SYNTER reconnaît que le Burkina et son système éducatif sont dans une situation très difficile. Mais pour lui, il faut garder espoir et ne pas être fataliste. Le peuple doit se mobiliser davantage, s’organiser et prendre son destin en main, a-t-il suggéré, au lieu de reposer sur des groupuscules qui répondent à d’autres injonctions que des politiques à même de répondre aux attentes des populations.

Pour cette rentrée scolaire, Souleymane Badiel invite les parents d’élèves, les étudiants, les travailleurs et les organisations à savoir qu’il n’y aura pas d’avancée significative dans le secteur de l’éducation en termes de résolution des problèmes en dehors d’une mobilisation et d’une prise en charge conséquente de ces problèmes par l’ensemble de ses acteurs.

Flora Sanou

aides ménagèresLes aides-ménagères sont le plus souvent confrontées à des difficultés dans l’exercice de leurs tâches. Elles subissent  des traitements dégradants, ploient sous la surcharge de travail et reçoivent une rémunération en deçà de l’effort fourni. Selon le Centre de recherche et d’action sur les droits économiques, sociaux et culturels (CRADESC), en 2018 on dénombrait 59 158 travailleurs domestiques au Burkina, dont 75% de femmes. Face à toutes ces difficultés que vivent ces personnes, le Burkina Faso a adopté la convention C189, laquelle définit les droits et les devoirs des travailleuses domestiques. Malheureusement, cette convention peine à être ratifiée.

La situation des aides-ménagères est assez préoccupante, selon Marie Yonli, membre de l’Association des femmes juristes (AFJ) du Burkina Faso. « Elles se retrouvent seules entre quatre murs, donc n’ont pas l’occasion d’échanger avec leurs camarades pour engager des actions, prendre des initiatives. Elles n’ont pas d’heure de repos. Ce sont elles les premières à se lever le matin et les dernières à se coucher la nuit. A cause de la précarité de leur emploi, elles n’ont pas de moyen de déplacement ni de cadre pour se rencontrer et mener des activités. Celles qui sont logées chez leur employeur n’ont pas de jour de repos en tant que tel. De plus, elles sont victimes de toutes sortes de violences : sexuelles, morales, physiques, etc. D’où la nécessité de textes qui les protègent », a-t-elle détaillé.

L’Association des femmes juristes s’est fixé pour mission d’accompagner les travailleuses domestiques en vue de  la ratification de la convention C189, qui est une norme internationale, et de l’adoption d’une loi spécifique qui va mieux les protéger. Cette convention, qui est un ensemble de textes adoptés au niveau international qui encadrent le travail des domestiques, a été adoptée il y a 25 ans par le Burkina Faso.

D’après Marie Yonli, au niveau national, c’est le Code du travail qui encadre le travail de façon générale. Les travailleuses domestiques sont donc aussi régies par ledit code, mais certains aspects spécifiques à ces dernières n’y sont pas pris en compte.

« Il y a aussi le décret 807, qui a été pris en 2010  pour encadrer le travail des gens de maison (jardiniers, chauffeurs, aides-ménagères). Ce texte non plus n’est pas complet car même s’il encadre la rémunération, les congés,  les heures de repos et les contrats de ce personnel, il ne prend en compte ni la question des  libertés syndicales ni celle de la protection sociale », précise Mme Yonli.

Dans cet accompagnement que l’AFJ envisage d’apporter aux aides-ménagères, il est aussi prévu la formation et la sensibilisation à un certain niveau pour mieux accompagner ces dernières. «Aujourd’hui, il y a des gens qui engagent des travailleuses domestiques et 1 à 2 mois après, celles-ci désertent et c’est la galère encore pour l’employeur.  Nous pensons que si elles sont bien encadrées, bien formées, bien sensibilisées, chacun va jouer sa partition : les travailleuses domestiques vont travailler correctement, avec une certaine compétence,  et les employeurs également vont honorer leurs engagements », a-t-elle indiqué.

L’AFJ mène le combat avec les aides-ménagères et souhaite vivement que l’Etat burkinabè prenne les  dispositions nécessaires à la ratification de la convention C189 et qu’il adopte une loi spécifique encadrant le travail des domestiques.

Nafisiatou Vébama

sachetplast uneLes caniveaux sous le pont en face de la maison de la Femme à Ouagadougou sont bouchés par des déchets plastiques. Après chaque pluie, les riverains sont surpris que les eaux stagnent devant leurs portes. « L’eau ne quitte jamais nos portes en saison des pluies », se plaignent certains riverains. Une situation qui n’est pas sans rappeler la problématique de la gestion des sachets plastiques.

Les sachets plastiques sont devenus, au fil des ans, incontournables dans l’économie burkinabè. Ils entrent dans pratiquement tous les achats de produits. Cependant après usage, ces sachets constituent un sérieux problème pour l’environnement urbain. Et malgré les efforts de conscientisation, les jets en plein air de sachets continuent de proliférer à Ouagadougou. Conséquence, les terres se dégradent davantage, les canaux d’évacuation des eaux se bouchent, ce qui occasionne, entre autres, des inondations. Les services publics et privés consentent des efforts pour en appeler à la saine gestion des déchets plastiques. Est-ce peine perdue, du gaspillage d’énergie et de ressources ou des actions porteuses de fruits ? Difficile d’y répondre, d’autant plus que les déchets plastiques continuent d’envahir tous les coins et recoins de la capitale. Même les édifices publics n’échappent pas à l’insoumission des sachets plastiques très entêtés. C’est le cas du pont du boulevard des Tensoba, situé en face de la maison de la Femme de Ouagadougou. Les déchets plastiques y ont élu domicile au point d’obstruer les caniveaux sous le pont, bloquant le passage à l’eau. Il faut y faire un tour après une pluie pour se rendre compte du caractère préoccupant de la situation.

Quand les riverains veulent se dédouaner

Pourtant, les actions en faveur d’une ville propre sont la chose qui manque le moins : opération « mana mana », brigade verte, recyclage des sachets plastiques non biodégradables, opération zéro sachet plastique sont en effet légion.

sachetplast 2Malheureusement, le constat est que des caniveaux et des ponts comme celui devant la maison de la Femme de Ouagadougou continuent d’être le « nid » des sachets plastiques. En ce lieu, les eaux stagnent devant les portails des cours riveraines après chaque pluie. Hamidou Ouédraogo a son atelier à une centaine de mètres du pont. « Il y a des jours où nous ne pouvons pas accéder à l’atelier parce que l’eau a inondé les lieux », confie-t-il. sachetplast3Quelle est l’origine du problème ? Hamidou l'ignore. La quantité de pluies cette année ne peut pas l’expliquer parce qu’Hamidou et ses voisins ont vécu les mêmes situations en 2021 où il y a eu moins de pluies. Pour lui, cela est peut-être lié au fait que cette zone est basse, ce qui y ramène l’eau des zones élevées. Pourtant, il suffit de jeter un coup d’œil sous les caniveaux pour comprendre de quoi il retourne. Ils sont bouchés par des déchets plastiques et l’eau n’arrive plus à s’écouler convenablement.

Ouagadougou en danger

Malgré la quantité d’eau tombée sur Ouagadougou, les eaux pluviales n’ont pu emporter toutes les ordures plastiques entassées sous les caniveaux de ce pont. Dans les caniveaux qui longent le boulevard des Tensoba, les petits espaces entre les dalles sont aussi obstrués par des sachets plastiques à chaque passage des eaux de pluie. Pour Cyrille, vendeur de poupées dans les encablures de la maison de la Femme, le phénomène de jet de sachets plastiques et des ordures ménagères à Ouagadougou est très inquiétant. Et certaines personnes, selon lui, se disent qu’à l’arrivée des pluies, les eaux de ruissellement vont emporter les sachets plastiques. « Ouagadougou est en danger si on ne s’attaque pas à ce problème », a-t-il averti. Pour lui, les inondations observées ne sont liées ni aux fortes pluies ni à l’insuffisance de caniveaux. « Cela est lié au comportement incivique des citoyens ».

Etienne Lankoandé

dgessL’annuaire statistique de l’éducation préscolaire au Burkina Faso montre une image précise de la situation de l’éducation préscolaire pour l’année 2020-2021. La Direction générale des études et des statistiques sectorielles (DGESS), qui en est l’auteur, indique une forte baisse des effectifs des élèves et des écoles fonctionnelles dans le Sahel, une forte croissance du nombre d’enseignants, une augmentation du nombre de salles de classe dites « sous paillotes » au public ainsi qu’un fort accroissement du nombre d’écoles privées.

Au Burkina Faso, le nombre d’élèves pendant l’année scolaire 2020-2021, a connu une faible croissance de façon générale. En effet, selon le rapport de la Direction générale des études et des statistiques sectorielles (DGESS), l’effectif des élèves en 2020/2021 de l’enseignement primaire est de 3 289 736, dont 49,5% de filles, contre 3 240 347 en 2019-2020, soit une hausse de 1,5%. Le taux de croissance de l’effectif des élèves dans le privé en 2020-2021 était 24,4%. Il a augmenté de 31,4% et celui du public de 2,3% entre 2016/2017 et 2020/2021.

Au niveau régional, les effectifs d’élèves ont baissé dans cinq régions par rapport à l’année dernière. En effet, on constate une forte baisse dans les régions du Sahel et de l’Est avec respectivement 15,4% et 8,7%. Cela est lié en partie à la fermeture d’écoles dans certaines localités en raison de l’insécurité. Par contre dans les autres régions, les effectifs d’élèves ont augmenté, comparativement à l’année précédente.

S’agissant du personnel enseignant, on enregistre une hausse. En effet, la DGESS relève un effectif de 92 911 agents pour l’année 2020-2021, contre 87 304 en 2019/2020, soit une augmentation de 6,4% dont une forte croissance du personnel féminin. En effet, l’effectif de femmes enseignantes a augmenté de 27,2% contre 21,8% pour celui des hommes entre 2016/2017 et 2020/2021.

L’effectif des enseignants du privé est de 22,9% de l’effectif total au niveau national en 2020/2021. L’accroissement de l’effectif des enseignants est de 10,7% dans le privé, contre 5,2% dans le public par rapport à l’année scolaire 2019/2020. La variation de l’effectif des enseignants selon les régions présente d’énormes disparités entre 2019/2020 et 2020/2021. Elle est de 11,7% dans le Centre-Nord et de -26,3% au Sahel.

De plus, le rapport révèle une hausse du nombre d’écoles fonctionnelles en général, une forte baisse du nombre d’écoles fonctionnelles dans le Sahel et une forte croissance dans le privé en 2020-2021. En effet, le nombre d’écoles fonctionnelles en 2020-2021 était de 15 077, avec une part du privé de 30,1%, alors qu’en 2019-2020, ce nombre était de 14 863, soit une augmentation de 1,4%. En outre, le Taux d’accroissement moyen annuel (TAMA) dans le privé entre 2016/2017 et 2020/2021 a été de 4,6% contre -2,2% au public. Le nombre d’écoles fonctionnelles a baissé dans les régions du Sahel (42,5%) et de l’Est (11,1%), eu égard à la persistance de la crise sécuritaire.

Par ailleurs, les salles de classe fonctionnelles dans le public et le privé au cours de l’année 2021-2021 étaient au nombre de 66 466. Selon les rédacteurs du document, il ressort une baisse de 2,0% des salles de classe fonctionnelles au public et une augmentation de 3,3% au privé. Entre 2016/2017 et 2020/2021, le nombre de salles de classe fonctionnelles au privé a augmenté de 23,2%, contre une baisse de 2,2% dans le public.

Pour ce qui est du nombre de salles de classe dites « sous paillotes » au cours de l’année scolaire 2020-2021, l’on dénombre 6 925, dont 4 237 au public et 2 688 au privé, soit une augmentation de 13,3 % au public et une baisse de 2,4% au privé par rapport à l’année précédente.

De plus, le document indique qu’au niveau national, 10,2% des salles de classe sont « sous paillotes ». Cette proportion est plus élevée dans la région du Nord avec 18,5% et moins élevée au Centre avec 2,9%.

Cependant, ces effectifs semblent ne plus être d’actualité. En effet, selon le rapport mensuel du Secrétariat technique de l’Education en situation d’urgence (ST-ESU), publié le 6 mai 2022, le nombre de fermetures au niveau des écoles primaires passe de 3 206 à 3 623. Ces fermetures font suite aux attaques et/ou aux menaces terroristes. Elles représentent 20,33 % des écoles primaires affectant 579 970 élèves, dont 278 121 filles (47, 95%), ainsi que 17 107 enseignants, dont 5 950 femmes (34,78%).

Flora Sanou

colèreSortir de ses gonds, perdre son sang-froid, certaines situations sont des occasions qui ont tendance à nous mettre en colère. Qu’est-ce que la colère ? Quelles en sont les causes et les conséquences ? Comment faire de cette émotion une force constructive ? Dr Aloys Kaboré, psychologue, apporte des éléments de réponse.

Radars Info Burkina

Comment peut-on définir la colère ?

Dr Aloys Kaboré

La colère est une émotion libérée par une hormone que nous exprimons lorsque nous sommes dans une situation qui nous irrite, c’est-à-dire qui n’est pas confortable. A ce moment, le cerveau nous met en sécurité en libérant une hormone pour que nous puissions faire face à la menace. Par exemple lorsque nous insultons une personne et que celle-ci réplique avec une douleur, le cerveau voit cela comme une menace à la survie de la personne et libère une hormone pour lui permettre de se défendre. C’est une mise en sécurité du cerveau par une force pour nous permettre de faire face à une menace que nous venons de subir, à une situation que nous n’aimons pas. Et des fois, la colère est le faible de certaines personnes.

Radars Info Burkina

Quelles sont les causes de la colère ?

Dr Aloys Kaboré

Avant qu’un enfant naisse, il traîne déjà les émotions de son père. En effet, si le père était en colère les 9 mois ayant précédé l’union sexuelle, l’enfant est déjà touché par la colère. Pendant la conception, l’enfant est atteint par la colère de ses parents. De plus, pendant la grossesse il sera touché par la colère de ses parents. Le jour de sa naissance et les six premières années, il sera touché par la colère de l’environnement. Après cela, c’est la société qui le contraint à se mettre en colère par exemple avec des embouteillages sur la route, des mots blessants au travail, des crispations à la maison, etc La colère est d’abord d’origine familiale.

Radars Info Burkina

Quelles peuvent être les conséquences de la colère ?

Dr Aloys Kaboré

Quand on se met en colère, le cerveau nous donne des forces (l’hormone se met en mouvement) pour nous mettre dans une position d’attaque. Ainsi, l’hormone libérée devrait être consommée mais une fois qu’elle ne l’est pas, elle se retourne contre nous-mêmes et devient un corps émotionnel. C’est dire que chaque jour, on en aura besoin dorénavant pour survivre. Cela va intoxiquer le corps et va finir par devenir la somatisation. Le cerveau va convertir cette hormone qui est continuellement là et l’expédier vers le corps, ce qui va entraîner la maladie psychosomatique. La maladie psychosomatique est une maladie que l’esprit inflige au corps, un trouble psychique qui se répercute sur l’état physique.

La deuxième conséquence qu’engendre la colère est que l’on aura besoin continuellement de l’hormone pour exister et cela conduit dans le sombre (personne avec des visages colériques). La colère est très toxique pour l’organisme.

Radars Info Burkina

La colère peut-elle être saine ?

Dr Aloys Kaboré

Quand une colère est constructive, elle est saine. La vie est tellement dure que cela nécessite de se mettre souvent en colère.

La colère participe souvent à la réalisation de nos projets. Une grande partie de l’humanité a été construite grâce à des colères mais que l’on appelle l’orgasme ou le combattif ou encore l’agression masculine. La colère saine est le principe de l’agressif dans le bon sens, du combatif, pour pouvoir construire la vie. Par exemple quand les gens vont à la retraite, le cerveau organise une cessation de vie (ces derniers usaient de la colère pour pouvoir travailler). A ce niveau, la colère peut être saine mais je préfère plus l’appellation agression positive car une colère n’est jamais saine.

Radars Info Burkina

Si la colère est une émotion vive que nous pouvons regretter, se pourrait-il qu’elle soit parfois libératrice ?

Dr Aloys Kaboré

La colère ne nous libère pas vraiment parce que les hormones que nous libérons pour pouvoir nous énerver nous intoxiquent, nous condamnent davantage. La colère ne nous libère pas, elle engendre beaucoup de souffrance.

Radars Info Burkina

Comment faire de sa colère une force constructive ?

Dr Aloys Kaboré

Si on peut ne pas se mettre en colère, ce serait mieux car la colère peut aider à se construire mais elle détruit par la suite. Donc le plus important, c’est d’éviter de se mettre en colère quand on peut parce qu’elle est toxique.

Radars Info Burkina

Comment éviter la colère ?

Dr Aloys Kaboré

Le monde est tellement cruel aujourd’hui qu’il est difficile d’éviter la colère. Il faut être à un niveau de spiritualité élevé pour ne pas se mettre en colère ; c’est une culture, un apprentissage de haut niveau.

Interview réalisée par Flora Sanou

triialI.N., âgé de 24 ans, est accusé d’avoir soustrait frauduleusement la somme de 75 mille francs, une moto et quatre téléphones au domicile de M. Ouédraogo. Il a déposé la moto volée chez l’un de ses amis du nom d’A.D. pendant plusieurs jours. Cet ami et lui ont comparu ce jour 27 septembre 2022 devant le Tribunal de grande instance Ouaga II. I.N. a été condamné à  36 mois de prison, dont 18 ferme, et à une amende de 500 mille francs assortie de sursis. A.D., lui, a relâché pour infraction non constituée. La salle d’audience s’est donc mise à résonner au son des applaudissements des parents de I.N. qui manifestaient leur joie. Ceux-ci ont été immédiatement repris par le tribunal qui les a confiés au procureur, lequel a rappelé à l’auditoire les règles du tribunal. Ils ont été également convoqués à se présenter devant le parquetier.

I.N., à la barre ce 27 septembre 2022, est accusé de vol de moto, de téléphones et d’une somme de 75 mille francs CFA. Il reconnaît partiellement les faits et indique n’avoir pris que la moto et ce, devant une porte dans un quartier autre que celui où se trouve le domicile de la victime.

« Je ne reconnais pas les faits, j’étais à l’hôpital avec ma vieille et je n’avais pas d’argent pour honorer ses ordonnances ; il n’y avait personne non plus pour m’aider. J’ai donc vu une moto devant une cour, je l’ai prise et je suis allé la donner à mon ami en lui demandant de la garder pour moi jusqu’au lendemain. Je ne lui ai pas dit que c’était une moto volée », explique I.N.

La victime, elle, affirme que la moto était dans son domicile que I.N. a cambriolé en emportant ses quatre téléphones et sa moto avec 75 mille francs qui étaient sous la selle.

La victime habite à Pazanni alors que I.N. indique avoir pris la moto à Tanghin. « Peut-être que c’est quelqu’un d’autre qui a déposé la moto et moi je l’ai prise », clame I.N.

Et le procureur de lui répliquer : « Donc quelqu’un d’autre a volé les téléphones et la moto et lui qui est voleur ne sait pas qu’il y a des voleurs pour laisser la moto devant une cour pour que vous veniez la prendre ? Je comprends pourquoi vous dites cela ! C’est pour ne pas nous dire comment vous avez cassé la porte pour vous introduire dans le domicile de M. Ouédraogo. »

S’agissant d’A.D., l’ami de I.N. chez qui il avait déposé la moto volée, en plus d’être accusé de complicité, il lui est reproché d’avoir volé 14 caisses vides de boissons, des bouteilles de boissons d’une valeur de 23 mille et un régulateur. Mais ce dernier ne reconnaît pas les faits et clame son innocence.

À la barre voici ce qu’il a déclaré : «  Je ne reconnais pas les faits. C’est à cause de la moto que je me suis retrouvé au commissariat et une dame que je ne connais pas est venue raconter qu’on lui a dit que c’est moi qui ai pris ses casiers de bouteilles. J’ai demandé qu’on me présente la personne qui m’accuse et ils ont refusé. »

L’avocat qui défendait A.D. a demandé qu’on relaxe son client pour infraction non constituée. Aucune caisse ni bouteille n’a été retrouvée chez lui lors de la perquisition. Rien ne prouve non plus sa culpabilité, a-t-il affirmé.

Le tribunal a donc décidé de relâcher I.D. et les parents de celui-ci n’ont pu contenir leur joie. Ils l’ont donc exprimée par des applaudissements et des cris de joie, ce qui leur a valu une convocation auprès du procureur.

I.N. écope d’une peine de prison de 36 mois, dont 18 ferme, et de 500 mille francs CFA d’amende assortie de sursis.

Nafisiatou Vébama

daboboukJustice a été rendue à Dabo Boukary, étudiant en 7e année de médecine et militant de l’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB) assassiné en mai 1990. Les militants de l’ANEB se réjouissent du procès tenu et du verdict après 32 ans, même s’ils estiment qu’il y a eu des non-dits dans l’affaire. Pour eux, ce procès est une victoire d'étape de la lutte et cette lutte va continuer pour la défense des intérêts matériels et moraux des étudiants.

« Après 32 ans de lutte, c’est une victoire d’étape pour nous, militants de l’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB), pour l’ensemble des étudiants et pour tous ceux épris de justice », affirme Ibrahim Haro, militant de l’ANEB, section Ouaga.

Même son de cloche chez Fernand Wilfried Bazo, président de l’Association nationale des étudiants burkinabè, section Koudougou, qui pense que la tenue de ce procès et le verdict qui en a découlé ne sont que le fruit du couronnement de plusieurs années de lutte. « Il faut le rappeler, cela fait 32 ans qu’il est tombé et durant tout ce temps, toutes les générations d’étudiants qui se sont succédé ont toujours maintenu le flambeau de la lutte pour qu’il y ait la lumière et la vérité sur ce dossier de cet étudiant qui a été crapuleusement assassiné par les dignitaires du pouvoir de la IVe république », dit-il.

Satisfait du verdict, mais …

« En ce qui concerne le procès, on voit qu’il y a beaucoup à faire parce qu’il y a des autorités qui ont été citées lors du procès tels que Salifou Diallo et également le cabinet de la présidence, donc Blaise Compaoré est une personnalité citée dans le dossier et on pense que s’il y a des actions à mener concernant cette question, on le fera », affirme Ibrahim Haro. Il estime que toute la vérité n'a pas été dite lors des audiences, mais qu’ils se réjouissent du verdict rendu en attendant le verdict final, car les accusés ont le droit de faire appel dans un délai de 15 jours.

La lutte au sein de l’UGEB n’est pas finie

Le verdict est rendu mais pour l’UGEB, la lutte n’est pas finie. Déjà, il y a la tombe de Dabo qu’il faut retrouver et remettre en état. « La tombe a été identifiée, mais elle est dans un état de disparition c’est-à-dire qu’on ne peut pas connaître facilement le lieu où il a été enterré.  Nous allons poursuivre le combat pour que la tombe puisse être réhabilitée », déclare Ibrahim Haro.

En outre, « comme le président de l’UGEB l’a dit, les actions au sein de l’UGEB vont se poursuivre. La journée du 19 mai était donc dédiée journée de l’étudiant burkinabè. Cette journée, c’était pour demander justice et vérité sur le cas Dabo Boukary. C’est aussi une journée pour rendre hommage à Dabo Boukary et elle revient d’une manière générale sur les actions que l’Union générale des burkinabè mène. Ce sont des journées qui font un point aux étudiants sur ce que l’UGEB fait », précise Ibrahim Haro.

Pour ce militant, l’UGEB ne mène pas une lutte spécifique à un dossier, c’est une lutte pour défendre les intérêts moraux et matériels et elle est engagée aux côtés du peuple, donc tant que le peuple sera toujours en souffrance, « je pense que l’Union ne peut pas se faire parce qu’on a eu une victoire d’étape. Pour nous, tous les acquis que nous engrangeons sont des victoires d’étape parce que le jour où on dira qu’on a eu la grande victoire, c’est le jour où l’étudiant burkinabè se sentira capable de répondre aux exigences du moment. Nous sommes dans le système LMD qui a connu une dégradation profonde à travers le décrochage des promotions et le nouveau régime d’études qui massacre autant d’étudiants sur le campus. Il y a beaucoup d’arguments pour dire que nous ne pouvons pas renoncer à la lutte parce que nous avons eu justice pour notre camarade Dabo Boukary ; au contraire, nous devons  poursuivre la lutte pour que les étudiants qui viendront puissent savoir qu’il y a eu un étudiant qui s’est engagé aux côtés de l’UGEB pour la défense des intérêts matériels et moraux des étudiants alors qu'il était en 7e année de médecine. Il aurait pu se taire et finir son année,  mais il a su porter le flambeau et nous devons lui rendre hommage  ».

L’Union générale des étudiants du Burkina est donc décidée à évoquer d’autres difficultés que vivent les étudiants. « Comme le disait Me Farama, la plus belle chose qu’il faut rendre à un martyr, c’est de continuer le combat qu’il a eu à faire au moment où il était vivant. Je pense que nous allons poursuivre le combat jusqu’à ce que la victoire finale nous soit donnée. Donc nous allons continuer la lutte », conclut-il.

Nafisiatou Vébama

  1. Les Plus Récents
  2. Les Plus Populaires
  1. Articles vedettes