Les épreuves du baccalauréat 2023 au Burkina ont lieu du 20 juin au 7 juillet. En attendant la proclamation des résultats du premier tour, prévue pour le vendredi 30 juin 2023, une équipe de Radars Burkina a rencontré deux élèves qui reprennent cet examen pour la troisième fois pour l’un et la deuxième fois pour l’autre. Ils nous livrent leurs témoignages sur leurs années d’échec. Si pour le premier, c'est le problème de niveau et le tract qui l’ont desservi, le second, lui, reconnaît que c’est son impréparation qui lui a porté préjudice.
Marcel Ouédraogo, 22 ans, est à sa 3e tentative de décrocher le premier diplôme universitaire, série G2. Il confie n’avoir pas été à la hauteur la première année. « Les années antérieures, je n’avais pas le niveau », a-t-il admis. Et d’ajouter qu’à sa deuxième tentative, il avait des difficultés, surtout dans les matières techniques, sans compter le tract consécutif à la peur d’échouer.
La présente session, il déclare l’avoir préparée de façon rigoureuse. « L'examen de cette année, je l'ai préparé très sérieusement en ayant à cœur de l'obtenir », a-t-il indiqué. Nonobstant cela, il dit avoir été confronté à des difficultés, lors de la composition, dans des matières comme les mathématiques et la philosophie, mais il s’empresse de préciser qu’il a fait de son mieux.
Gêné que certains de ses condisciples aient réussi au Bac avant lui, Marcel admet néanmoins avoir toujours bénéficié des encouragements de ses géniteurs, contrairement à certains apprenants dont les parents menacent de ne plus payer les frais de scolarité de leurs enfants en pareille situation. S’agissant de ses chances de succès cette année, notre interlocuteur déclare : « C'est un examen et l'on ne peut pas être à 100% sûr, cela d’autant plus qu’avec certains correcteurs il faut s'attendre à tout. Je prie donc Allah qu'il touche leur cœur afin qu'ils soient tolérants », a-t-il affirmé. Pour ce candidat, les études universitaires ne sont pas à l’ordre du jour puisque, lâche-t-il, « après le Bac, j’arrêterai les études pour me ‘’chercher’’ ».
Quant à Mathieu Bouda, 24 ans, il dit passer le Bac A4 pour la deuxième fois. De son propre aveu, cela est dû à son impréparation et à son manque d'entraînement. « Pour la présente session du baccalauréat, j’ai eu des difficultés en français, en philosophie, en anglais et en mathématiques. Les sujets n’étaient pas du tout abordables », a-t-il affirmé. Toutefois, il espère que Dieu « mettra sa main » (NDLR : interviendra) pour que le succès soit enfin au rendez-vous cette année. S’il obtient le Bac, Mathieu compte opter pour la filière Transport et logistique.
Le vendredi 23 juin 2023, un car de la société STAF a acheminé des poussins de Ouagadougou jusqu’à Bobo-Dioulasso. Une journaliste de Radars Burkina présente dans ce bus en a fait le constat. Reportage.
Il était 8h06 mn quand nous quittions la gare de l’Ouest de la Société de transport Aorêma et frères (STAF) à Ouagadougou avec comme destination Bobo-Dioulasso. Bien que le car dans lequel nous avions pris place soit destiné au transport des personnes, on pouvait y constater la présence de cartons de poussins.
Des poussins dans un des cars d'une si grande société de transport ? Cela est peut-être étonnant, mais c’est la stricte vérité. Les passagers de ce car de 8h (immatriculé 7280T1-03) ont été contraints de supporter la présence de ces poussins avec leur odeur fétide et leurs piaulements sur une distance de plus de 350 km pendant 7 heures de route avec des arrêts à n’en point finir. Nous avons approché deux passagers pour leur demander ce qu’ils pensaient de la présence de ces poussins.
« Il a fallu que je me mette du clou de girofle dans la bouche pour pouvoir tenir. J'ai eu des nausées tout au long du voyage. L'odeur des poussins m'a trop fatiguée », a lâché une passagère.
Un autre passager a confié avoir été très indisposé par cette présence aviaire et regrette cette attitude d’une grande société comme STAF. « On se serait cru dans un poulailler. Pire, on avait l’impression d’être à un concert de poussins, tant les piaulements étaient agaçants, sans compter la puanteur », a-t-il déploré.
À la suite d’échanges avec ces passagers, l’auteure de ces lignes a pu approcher l’un des assistants-chauffeurs. « Convoyeur (assistant du chauffeur), pourquoi avez-vous mis des poussins dans le car avec les passagers ? Ça sent mauvais et l’odeur nous fatigue beaucoup. » À cette interrogation, le convoyeur a répondu : « L’intéressé est monté dans le car avec ses poussins sans qu'on le sache ». « Donc vous ne connaissez pas le propriétaire des poussins ? » avons-nous insisté. Réponse du convoyeur par la négative. Et d'ajouter qu'il n'y a pas d’autre place pour mettre ces poussins. Une réponse qui laisse croire que le transport d’animaux dans les véhicules destinés au transport de personnes est normal.
Une fois à destination, les cartons de poussins ont été sortis par un autre « convoyeur » qui a affirmé que c’était une commission et que le propriétaire est resté à Ouagadougou.
Selon l’article 12 de l’arrêté interministériel N-2016-0005/MTMUSR/MDNAC/MATDSI portant obligation d’installation de dispositifs de limitation de vitesse et de contrôle des temps de conduite et de repos dans les véhicules de transport routier et interdiction du transport mixte, « le transport mixte de personnes et de marchandises est interdit sur tout le territoire national sauf autorisation expresse du ministre chargé des Transports et du ministre de la Sécurité ». L’article 13 du même arrêté dispose : « Il est interdit à tout transporteur de transporter des marchandises diverses, dans les véhicules de transport de personnes ou de voyageurs ». La société de transport STAF ignore-t-elle l’existence de ces textes ? Certainement pas. Les premiers responsables de cette société sont donc invités à veiller au respect des lois et aux bonnes conditions de voyage des clients.
Le procès sur l’affaire « appel à incendier le palais du Moogho Naaba » a repris aujourd’hui mercredi 21 juin 2023 au Tribunal de grande instance Ouaga I. Les prévenus sont les leaders de la société civile Marcel Tankoano, Abdoul Karim Baguian dit Lotta, Désiré Guinko, Boukary Conombo, Boukary Tapsoba, Souleymane Belem, Pascal Zaïda, Karim Koné ainsi que les journalistes Alain Traoré dit Alain Alain et Lookman Sawadogo.
Au nombre de dix, ils sont tous poursuivis pour « association de malfaiteurs, divulgation de fausses informations, incitation à un attroupement armé ou non armé… » Seuls deux des prévenus ont été auditionnées par le tribunal ce jour. Il s’agit de Marcel Tankoano, accusé d’être le « cerveau » de ce projet, et de Désiré Guinko.
Devant le tribunal, le sieur Tankoano n’a reconnu aucun des faits qui lui sont reprochés. Même les déclarations qu’il a faites lors de ses interrogatoires, lues par le procureur et le président du tribunal, il dit ne pas s’en souvenir, arguant qu’il n’était pas normal : « J’avoue que je n’étais pas normal ; j’étais très malade. »
Quatre personnes ont comparu à la barre pour témoigner sur le projet d’incendie de palais du souverain. Toutes ont déclaré avoir été contactées par Marcel Tankoano pour faire l’enregistrement d’un premier audio qui devait être mis sur le dos des pro-Russes et visant à appeler les gens à aller incendier le palais du Moogho Naaba. Le second audio devait inviter la population à sortir contrer ceux qui allaient s’en prendre au palais.
Selon les deux témoins devant le parquet, aucun d’entre eux n’a exécuté la mission qui lui avait été confiée par Tankoano. C’est après la diffusion des informations sur les réseaux sociaux que Marcel Tankoano leur a transféré les audios via WhatsApp pour qu’ils les partagent en vue de mobiliser la population.
« Tout ce qui a été dit contre moi est faux, M. le président. Je ne reconnais pas avoir fait ce qui a été relaté ici. Ces déclarations sont graves », a clamé Marcel Tankoano en réponse aux déclarations des témoins. Selon lui, ce n’est ni plus ni moins qu’un complot contre sa personne.
« Interrogé sur la provenance de l’argent qu’il a partagé dans le cadre de ce projet d’incendie du palais royal, M. Tankoano a déclaré devant le procureur lors des interrogatoires préliminaires être un homme d’affaires et un entrepreneur politique », a indiqué le ministère public lors des observations.
À la barre, Désiré Guinko, le 2ᵉ prévenu à avoir comparu ce jour, dit ne pas savoir ce pour quoi il était là, car il n’a rien à se reprocher. « J’aimerais que le tribunal me dise ce que je fais ici. Je n’ai rien à me reprocher. Je ne suis lié ni de près ni de loin à cette affaire d’enregistrements d’audios qui appellent à incendier le palais du Moogho Naaba. Je ne me reconnais pas dans cette affaire gravissime », a-t-il soutenu.
La conférence Afrique 2023 de Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP) s’est tenue du 8 au 10 juin 2023 à Dakar, au Sénégal. A cette occasion, Elie Kaboré, membre de PCQVP et directeur de publication du journal en ligne minesactu.info, a été élu représentant de l’Afrique de l’Ouest francophone au Comité de pilotage Afrique (CPA) de PCQVP. Dans cette interview, le nouveau porte-parole de l’Afrique de l’Ouest francophone répond aux questions de Radars Info Burkina.
Radars Burkina : À quoi renvoie Publiez Ce Que Vous Payez (PCQVP) ?
Élie Kaboré : PCQVP est la campagne mondiale pour une industrie extractive ouverte et responsable qui travaille à faire en sorte que les revenus du pétrole, du gaz et de l’exploitation minière soient utilisés pour stimuler le développement des pays. Sa force réside dans sa capacité à coordonner des actions aux niveaux national et mondial en maximisant son impact afin que chacun bénéficie de ces ressources naturelles, aujourd’hui et demain. Elle a pour domaines de travail la transition énergétique, la transparence des contrats et des revenus, le genre, la lutte contre la corruption, l’impact environnemental et social, l’ITIE (l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives) et le renforcement de l’espace civique.
Radars Burkina : Qui peut être membre de PCQVP ?
Élie Kaboré : Peut en être membre toute organisation de la société civile œuvrant dans le domaine des industries extractives, des droits humains ou de la promotion de la bonne gouvernance qui accepte de se conformer aux dispositions des textes de PCQVP. C'est une organisation mondiale qui compte plus de 1 000 organisations membres. Ces organisations, toutes de la société civile, se sont regroupées en coalition nationale dans chaque pays. L’Afrique compte 29 coalitions nationales.
Radars Burkina : Quel est le rôle du Comité de pilotage Afrique (CPA) ?
Élie Kaboré : Le CPA est l’organe de gouvernance continentale qui donne des orientations stratégiques et apporte son soutien à la mise en œuvre de la campagne à travers le continent. Il est constitué de 4 représentants des sous-régions Afrique de l’Ouest anglophone (Ghana, Liberia, Nigeria et Sierra Leone), Afrique de l’Ouest francophone (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, Guinée-Bissau, Mauritanie, Mali, Niger, Sénégal et Togo), Afrique centrale (Cameroun, Gabon, Madagascar, République démocratique du Congo, République du Congo et Tchad) et enfin Afrique Australe et de l’Est (Malawi, Mozambique, Tanzanie, Kenya, Afrique du Sud, Ouganda, Zambie et Zimbabwe).
Radars Burkina : Quels sont les objectifs de la Conférence Afrique organisée par PCQVP ?
Élie Kaboré : Conformément à la Charte Afrique, document constitutif de PCQVP en Afrique, l’un des principaux objectifs de la conférence Afrique est d'élire de nouveaux représentants du Comité de pilotage Afrique. C’est justement à cette occasion que j’ai été élu, à l’unanimité, par les représentants des pays d'Afrique de l’Ouest francophone pour un mandat de 3 ans.
Radars Burkina : Quel est le rôle du CPA ?
Élie Kaboré : Il a pour rôle d’élaborer et de mettre en œuvre un projet de stratégie de plaidoyer, de contrôler la conformité des Coalitions nationales, de représenter la coalition chaque fois que nécessaire, y compris en émettant et en signant les déclarations, d’appuyer la sensibilisation faite, etc.
Radars Burkina : Félicitations, M. Kaboré, et bonne mission.
Ce jour, lundi 19 juin 2023, c'est la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose, une maladie génétique du sang. A l’occasion de cette journée célébrée le 19 juin de chaque année, Hilary Khatya Pengd Wendé Ilboudo, patiente drépanocytaire d’hémoglobine SC, 24 ans, étudiante en fin de cycle en master énergies renouvelables, nous livre un témoignage sur ce mal silencieux qui ronge plus d’un.
« Tout a commencé par une chute à l’âge de 5 ans », relate Hilary Ilboudo. C’est ainsi que des examens révéleront qu’elle est drépanocytaire SC et cela fait bientôt 20 ans qu’elle apprend à vivre avec cette maladie. D'après elle, chaque changement de temps entraîne des crises et des douleurs intenses « A chaque changement de climat, en période de fraîcheur, en saison pluvieuse et même lors des temps d’extrême chaleur, mon corps me rappelle ma particularité. La maladie se manifeste par une douleur intense appelée crises vaso-occlusives ; si ce n’est pas l’articulation de la main, c’est celle du pied ou les deux qui sont douloureuses. Les douleurs sont difficiles à décrire : ce sont des grincements comme si on frottait deux pierres l'une contre l'autre ou comme si on te sciait les os. Les douleurs peuvent durer quelques jours ou une semaine, voire plus. On te voit pleurer mais personne ne sait véritablement où tu as mal. En période de crise, même une main posée sur moi, ça augmente ta douleur », nous explique-t-elle. Pour calmer ses douleurs, elle dit recourir à des antidouleurs ou se rendre dans un centre médical en cas de persistance. Vivre avec cette maladie, c’est aussi un défi pour l’insertion sociale. C’est pourquoi elle exhorte les responsables des établissements et les employeurs à être ouverts à leur état et à faciliter leur insertion en milieu professionnel car, dit-elle, « nous avons des rêves, des objectifs de carrière à atteindre ». Aux autorités elle a adressé cette requête : « En cette journée de lutte contre la drépanocytose, par ma voix, nous, patients drépanocytaires, demandons une subvention des médicaments, des vaccins et même de certains examens, car la drépanocytose est une maladie de riches. Pourquoi je dis cela : rien que le suivi médical et les produits pharmaceutiques nous coûtent entre 200 000 et 300 000 FCFA par an », a-t-elle affirmé. Par ailleurs, elle invite tous les patients drépanocytaires à s’armer de courage et à faire fi des préjugés. « A tous les patients drépanocytaires d’hémoglobine SS ou SC, je souhaite un mental de fer. Ne laissons pas les préjugés dus à la méconnaissance de notre combat nous affaiblir. Nous sommes malades de drépanocytose, mais avant tout, nous sommes la personne que nous choisissons d’être : ingénieur, comptable, juriste… Du reste, apprenons à mieux nous connaître, afin de réduire nos crises du mieux que nous pouvons et d’éviter toutes les complications qui pourraient en découler »,g a-t-elle conseillé. Hamidou Rouamba, médecin généraliste que nous avons rencontré, s’est prononcé sur les précautions à prendre par les drépanocytaires pour mener une vie saine. Selon lui, des mesures d’hygiène peuvent réduire la fréquence des crises vaso-occlusives et les conséquences de la drépanocytose sur la santé. Ainsi, les personnes atteintes de drépanocytose doivent boire 8 à 10 verres d'eau par jour, c’est-à-dire au moins 1,5 l d’eau par jour pour un adulte, entre 1 et 2 l pour un enfant, ou boire davantage en temps chaud ou lors d’activités physiques ou sportives. Elles doivent éviter d'avoir trop chaud, trop froid ou d'être trop fatiguées. En outre, elles doivent éviter les activités physiques intenses ou violentes, dormir suffisamment, rester vigilantes sur les signes d’anémie, de crise vaso-occlusive ou de fièvre, réduire le niveau de stress, avoir une alimentation équilibrée et diversifiée, éviter la réduction du taux d’oxygène dans le sang et respecter leur calendrier de vaccination.
Il est fortement conseillé de manger au moins cinq fruits et légumes par jour, pour leur apport nutritionnel riche en fibres, en vitamines et minéraux. Les fruits, il n’en manque pas à Ouagadougou tout comme dans les autres villes du Burkina. Certains étals de fruits donnent simplement envie d’en consommer au regard des belles couleurs qu’ils présentent. Cependant, force est de reconnaître que des produits chimiques sont utilisés par les vendeurs/euses pour accélérer le processus de mûrissement de la plupart des fruits. Cette pratique n’est pourtant pas sans effets sur la santé humaine.
Autrefois, c’est le carbure de calcium, plus connu sous l’appellation « carbure », qui était utilisé dans le processus de maturation des fruits. Aujourd’hui, il est remplacé par l'éthéphon, communément appelé Callel 480 SL. Le produit est mesuré et mélangé à de l’eau en fonction de la quantité des fruits. Le mélange ainsi obtenu est aspergé là-dessus et les fruits recouverts d’une bâche ou de pagnes pendant deux à quatre jours et le pari est gagné.
Il intervient dans le mûrissement de fruits comme la banane douce, la papaye, la mangue et l’avocat pour ne citer que ceux-ci.
Le Callel 480 SL est un régulateur de croissance de maturation, concentré soluble. Il est doté de propriétés systémiques et dérive de l'acide phosphorique.
Une jeune fille, une vacancière vendant aux côtés de sa mère, nous a confié que « certains fruits comme les mangues et les avocats arrivent non mûrs » quand nous lui avons demandé dans quel état leurs fruits sont achetés avant d’être vendus. Sans pour autant le nommer, elle a affirmé qu’un produit est utilisé dans le processus de maturation. Excepté cette jeune fille, aucune vendeuse n’a voulu s’exprimer sur le sujet.
Bien qu’indispensables à la santé, les fruits sont de plus en plus impropres à la consommation parce que leur maturité a été forcée. Leurs nutriments deviennent, dans ce cas, de moindre qualité et ils perdent de leur saveur.
En outre, même s’il est de moins en moins utilisé pour faire mûrir des fruits, le « carbure » semble encore utilisé pour accélérer la cuisson des pois de terre en vue de réduire les coûts en bois de chauffe.
Aux abords des voies publiques ou dans les quartiers, l'on constate que les pois de terre sont vendus chaque jour par les restauratrices « par terre ». Dès 6 h chez certaines et à partir de 12 h chez d’autres, cette légumineuse surnommée « journée continue », compte tenu du fait que ceux qui en consomment peuvent tenir pendant d’interminables heures, est prête au bonheur de la clientèle.
Or, dans les familles, le pois de terre est généralement préparé au-delà d'un jour pour une bonne cuisson.
Ainsi, on ne peut s’empêcher de se demander comment ces femmes arrivent à faire cuire les pois de terre pour les vendre au quotidien. Une question à laquelle nous n’avons pu obtenir de réponse adéquate.
Même si certaines vendeuses ont confié qu'elles mettent le pois de terre au feu la nuit en y ajoutant de la potasse, ce temps suffit-il pour que dès 6 h du matin il soit prêt ? À l'issue d'échanges avec une ancienne du domaine, celle-ci a révélé que pour « accélérer la cuisson, généralement c'est le carbure qui est utilisé comme potasse et en 2 h tout au plus, c’est prêt ».
Dans la foulée, une autre dame présente lors des échanges a également témoigné que lors des préparatifs d'une cérémonie de baptême, pour accélérer la cuisson de la viande, une plaquette de paracétamol a été déversée dans la marmite.
Un problème de santé public auquel les services d'hygiène et de santé doivent véritablement s’attaquer pour préserver la santé des citoyens, car ces pratiques tuent à petit feu.
Recourir aux produits chimiques pour accélérer la cuisson d’aliments ou le mûrissement de fruits est très nocif pour la santé, indique le Dr Ousmane Ouédraogo, nutritionniste. Selon lui, l’usage du carbure dans la préparation de certains repas est un danger pour la santé.
« En effet, le carbure peut provoquer une intoxication pouvant entraîner des migraines, des troubles de la concentration et de la mémoire, des vertiges et des nausées, une irritation de la peau, des lésions des muqueuses du nez et des yeux, des symptômes respiratoires et des crampes musculaires ou encore des troubles de l'humeur et une fatigue inhabituelle », a-t-il énuméré.
L'éthéphon (callel 480 SL) utilisé dans le processus de maturation forcée des fruits et légumes est également dangereux pour la santé humaine. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2022, l'éthéphon a été classé comme légèrement dangereux. « Il peut provoquer la diarrhée, des crampes d'estomac ou l'augmentation de l'appétit », a précisé le médecin qui préconise plutôt la technique biochimique pour faire mûrir les fruits, car c’est une méthode naturelle.
Le 15 juin de chaque année est célébrée la Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées. Elle est orientée sur la question de santé publique et de droits des personnes aînées. À l’occasion de cette journée, une équipe de Radars Infos Burkina a effectué une visite à l’Association nationale des retraités du Burkina (ANRB), ce jeudi 15 juin 2023, pour s’imprégner des difficultés des retraités au Burkina. Jean-Baptiste Ilboudo, secrétaire général de l’ANRB, à la retraite depuis 2009, a bien voulu nous accorder une interview.
Radars Burkina : Pouvez-vous nous donner le nombre de retraités au niveau de l’ANRB ?
SG ANRB : Nous sommes dans les 13 régions et pour l’instant nous n’avons pas l’effectif exact. Nous avons demandé aux présidents des conseils régionaux des 13 régions de faire le point pour que nous puissions connaître le nombre total de retraités. Mais de façon approximative, il y a 60 mille retraités sur l’ensemble du Burkina qui perçoivent des pensions versées par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et par la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO).
Radars Burkina : Comment vivez-vous aujourd’hui après plusieurs années de travail ? La période de retraite se passe-t-elle bien ou avez-vous des difficultés ?
SG ANRB : La retraite se prépare et je prends à mon compte ce que le Général Tiémoko Garango, qui fut ministre des Finances du Burkina Faso en 1966 ou 1967, avait dit, à savoir que « la retraite commence le premier jour où tu commences à travailler ». C’est dire que psychologiquement, le travailleur doit se préparer au fait qu’un jour, il doit partir. Il y a eu des cas malheureux où des gens qui devaient aller à la retraite ne voulaient pas partir. Il y a des cas concrets où on a été obligé de fermer, changer les serrures de leurs bureaux pour qu’ils ne viennent plus parce que même admis à la retraite, ils continuaient de venir au travail. Ce sont des gens qui ne se sont pas préparés psychologiquement, et dans le cas où le cadenas a été changé, l’intéressé n’est plus revenu. Malheureusement quelques mois après, il est décédé. Et l’autre aspect est que si vous êtes à la retraite et que vous vivez toujours en location, il y a un problème. Donc il faut vous préparer non seulement psychologiquement et matériellement à partir un jour à la retraite. Pour ma part, tout se passe bien, j’étais déjà préparé à cette nouvelle vie.
Radars Burkina : Avez-vous des difficultés par rapport à la pension que vous percevez ?
SG ANRB : Il faut dire qu’il y a des pensions qui sont vraiment très faibles et cela met les pensionnés dans une situation de précarité. C’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas joindre les deux bouts, ce qui est vraiment dommage pour des gens qui ont passé toute leur vie à servir le pays soit dans le public soit dans le privé, et surtout quand on sait qu’à cet âge-là il y a beaucoup de problèmes de santé (tension, diabète, etc.). Il y a des retraités qui sont vraiment dans des situations précaires. Certains ont, par exemple, une pension mensuelle de moins de 100 mille francs, ce qui ne vaut même pas le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) au Burkina lorsqu’on divise par trois. Pire, il y en a qui perçoivent moins que ça, notamment les pensions de réversion c’est-à-dire les pensions dont les veuves bénéficient de leurs maris retraités décédés.
Radars Burkina : Avez-vous des difficultés pour l’établissement du certificat de vie ?
SG ANRB : Il faut savoir que le certificat permet de vérifier si le pensionné est toujours en vie avant de reverser la pension. À la CNSS, c’est deux fois par an qu’il est demandé tandis qu’à la CARFO, c’est une fois l’an. Or l’établissement se fait soit à la mairie ou dans les préfectures. Techniquement c’est une préoccupation car ici encore en ville ça va mais dans les villages, l’on est obligé de prendre un tricycle pour aller prendre les retraités, les amener à la mairie pour établir les certificats de vie. Nous avons vu le Directeur général de la CNSS, pour poser le problème et il a promis de réfléchir sur la question.
Radars Burkina : Avez-vous à faire face aux soins sanitaires ?
SG ANRB : La pension ne permet pas, dans certains cas, de rendre visite régulièrement au médecin. C’est pourquoi l’association a demandé depuis 1999 l’établissement de la visite médicale annuelle pour les retraités pour permettre à ceux qui n’ont pas les moyens de se retrouver au moins une fois par an devant le médecin. C’est pour cela que la visite médicale gratuite qui est à sa 9e édition a été instituée pour permettre de soigner. C’est vrai que toutes les pathologies du retraité ne sont pas prises en considération ; néanmoins il y a la tension, la glycémie, les problèmes de reins et pour les femmes les lésions précancéreuses. Cependant le problème que cela pose, c’est qu’on diagnostique la maladie mais on n’aide pas le retraité à se soigner. Néanmoins nous disons que mieux vaut savoir de quoi tu souffres pour vivre en fonction de ta maladie. Il y a eu des cas où des gens ont eu l’occasion de savoir de quoi ils souffrent à l’occasion des visites médicales, des gens qui ont découvert qu’ils avaient le diabète mais ne savaient pas, des problèmes cardiaques, donc ils vivaient comme si de rien n’était or ils étaient malades. C’est aussi ça l’avantage, même si on ne peut pas te soigner on te dit de quoi tu souffres et ça te permet de vivre en fonction de ta maladie.
Radars Burkina : Y a-t-il des moments où un pensionné n’arrive pas à avoir son dû ?
SG ANRB : Une fois que tu t’es présenté et que tu as ton certificat de vie, ta pension est garantie. Mais nous sommes en train de voir un système de bancarisation, c’est-à-dire qu’au lieu qu’on transporte l’argent par les caisses, qu’on puisse virer directement via les mobiles money. Une convention a été déjà signée à cet effet entre le DG de la CNSS et Orange Burkina.
Radars Burkina : Quels souhaits avez-vous à émettre à l’endroit des autorités ?
SG ANRB : Notre souhait, c’est qu’on améliore les conditions des retraités. On profite de l’occasion pour dire à quel point on est content parce que notre appel a été entendu par rapport à la construction d’un centre gériatrique à Ouagadougou, qui va ouvrir ses portes d’ici la fin de l’année et s’occupera en particulier des personnes âgées, mais le centre de Bobo, dont la première pierre a été posée. Nous plaidons pour que dans ces centres on puisse prendre en totalité, comme dans certains pays, en charge les personnes retraités.
En outre, nous souhaitons qu’on indexe la pension au coût de la vie. C’est-à-dire lorsque le coût de la vie augmente, que la pension aussi augmente et qu’à défaut on les indexer sur les salaires lorsque ceux-ci augmentent.
Par ailleurs, pour la signature du certificat de vie, il y a un déséquilibre puisque c’est une fois par an à la CARFO et deux à la CNSS. Donc on souhaite qu’on puisse le faire une fois par an à la CNSS comme à la CARFO et trouver une formule pour le cas des gens qui ne peuvent pas se déplacer et trouver une formule en ce qui les concerne.
Souvent pratiquée chez le bébé mais aussi chez l’adulte, la circoncision, encore appelée posthectomie par les urologues, est un acte chirurgical qui consiste à enlever totalement ou partiellement le prépuce (la peau qui recouvre le gland de la verge). Elle est pratiquée parfois pour des raisons culturelles, religieuses et/ou hygiéniques soit à l’indigénat, soit dans les structures sanitaires selon le choix des parents ou de l’adulte. Quels sont les enjeux de la circoncision ? Pourquoi est-il nécessaire de la pratiquer à l’hôpital ? La non-circoncision a-t-elle des conséquences négatives pour un garçon ? Radars Info Burkina s’est intéressé au sujet.
Il n’est pas rare d’entendre certains parents soutenir l’idée selon laquelle leurs enfants seront toujours circoncis à l’indigénat au détriment de la circoncision médicale. Mais qu’est-ce qui justifie ce refus ?
Samiratou Koné, mère de trois garçons, donne ses raisons. Selon elle, la circoncision à l’hôpital ne facilite pas la guérison de la plaie et cela fatigue les enfants. « J’ai fait la circoncision de mon premier enfant à l’hôpital mais la plaie ne s’est pas vite cicatrisée (trois semaines) », a-t-elle confié. C’est pourquoi pour ses petits frères, ajoute-t-elle, « j’ai préféré le faire avec les ‘’Wazam’’ (personnes qui font la circoncision des enfants à l’indigénat) ». Interrogée sur les risques qui pouvaient découler de cette pratique, elle estime que ces « chirurgiens traditionnels » prennent les précautions nécessaires avec le matériel et les produits qui conviennent. En plus de l’aspect de guérison, c’est une question d’esthétique qu’elle relève. « Souvent à l’hôpital on ne coupe pas bien le prépuce et le sexe de l’enfant devient vilain à voir alors qu’avec les ‘’wazams’’, c’est bien taillé et beau à voir », a-t-elle indiqué.
À l’opposé de dame Koné, Clémence Bambara, elle, dit n’avoir pas confiance aux « chirurgiens traditionnels » parce que certains d’entre eux utilisent le même matériel pour faire l’opération mais aussi ne sont pas formés. « À l’hôpital, les médecins prennent les dispositions nécessaires pour circoncire parce que c’est leur travail. Il y a l’assurance avec l’opération médicale », a-t-elle expliqué. Donc pour elle, il est nécessaire de recourir à « la circoncision médicale pour éviter tout risque ». Mais quel est l’avis des professionnels de santé ?
Selon Gaston Nana, infirmier au Centre médical urbain (CMU) au secteur 15 de Ouagadougou, il est nécessaire de pratiquer la circoncision à l’hôpital car étant donné qu’il s’agit d’une intervention chirurgicale, elle nécessite l’intervention d’un personnel qui s’y connaît et un endroit approprié.
« La circoncision n’est pas une intervention chirurgicale compliquée, mais généralement elle se pratique sous anesthésie locale. C’est pourquoi il faut quelqu’un qui maîtrise les contours de l’anesthésie en vue de choisir le type d’anesthésie adapté au patient. Il faut également un endroit adapté, propre, avec le matériel et le personnel nécessaires d’où la nécessité de se faire circoncire à l’hôpital », a-t-il expliqué.
À la question de savoir quels sont les avantages de la circoncision, M. Nana répond : « Des études menées ont permis d’affirmer avec certitude que la circoncision diminuera plus les risques d’infections urinaires chez un nourrisson. Elle permet également avec bien sûr un pourcentage très bas, de diminuer le risque du cancer du pénis même si ce cancer est rare, il existe tout de même ».
En outre, l’agent de santé a précisé que la circoncision peut également contribuer à diminuer le risque d’infections sexuellement transmissibles comme le VIH, car les cellules du prépuce sont sensibles aux IST. « Toutefois, elle n'est en aucun cas une protection valable contre le sida. Ce n’est pas une barrière efficace contre les IST. Une hygiène de base suffit à se protéger des infections. Il est donc important que les hommes décalottent et lavent la face interne du prépuce tous les jours puisque c’est là effectivement que peuvent se loger certaines bactéries », a-t-il précisé.
Par ailleurs, à l’en croire, l’épaississement du revêtement cutané du gland à la suite de la circoncision pourrait réduire les problèmes d'éjaculation précoce, même si ce trouble résulte davantage de causes psychologiques que physiologiques. « On peut penser que cette opération permet de faire durer les rapports sexuels, en raison d’une petite perte de sensibilité du gland mais elle n’est en aucun cas une solution aux problèmes d’éjaculations précoces », a-t-il dit.
Au regard des avantages de la circoncision, la non-circoncision a-t-elle des conséquences négatives pour un enfant ou un adulte ?
De l’avis de Gaston Nana, ne pas être circoncis peut comporter des inconvénients. « En se basant sur les avantages de la circoncision, un enfant non circoncis pourrait courir les risques d’infections urinaires, de cancer de pénis ou encore les risques de maladies sexuellement transmissible », a-t-il affirmé.
À noter également que la circoncision est entreprise pour marquer une certaine identité culturelle ou appartenance religieuse. De ce point de vue, elle peut être un avantage ou un inconvénient si elle n’est pas faite, selon lui.
Pour finir, M. Nana a soutenu que la circoncision faite à l’indigénat est un risque parce qu’il faut un endroit adapté et propre, une consultation anesthésique au préalable, un personnel qui s’y connaît. Il faut également du matériel adapté car lorsque ce matériel est souillé et que l’opération est faite à l’indigénat, cela peut être source d’infections.
Le Burkina Faso est en proie à une crise sécuritaire sans précédent depuis près de 8 ans. Celle-ci semble avoir accouché d’une crise de confiance entre les acteurs des médias et la population en ce qui concerne la production de l’information. Sur la question, des chercheurs, des acteurs de médias et des citoyens se sont exprimés. Reportage
Dans le contexte burkinabè, l’activisme des groupes armés sur le territoire national a coulé la gloire du journalisme burkinabè débouchant sur une crise d’identité professionnel ont déclaré le 24 mai 2023 lors d’un colloque scientifique à l’Université Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou en visioconférence Dr Sobzanga Edouard Sawadogo enseignant chercheur à l’Université Norbert Zongo et Hamidou Sangla doctorant en science de l’information et de la communication à l’Université Joseph Ki-Zerbo. « Le droit d’informer de manière rigoureuse et complète que l’on confère aux journalistes est critiqué par l’opinion dominante. Traités d’apatrides, les menaces et les critiques contre ces journalistes se multiplient sur les réseaux sociaux numériques avec les agissements des internautes. L’identité professionnel du journaliste est remise en cause » ont-ils indiqué.
Dr Sawadogo et M. Sangla se sont interrogés de savoir « pourquoi les médias et journalistes burkinabè sont traités d’apatrides dans ce contexte d’extrémisme violents » ? En réponse, ils estiment que l’avènement du discours conspirationniste et la remise en cause d’identité professionnel sont à l’origine du traitement du journaliste burkinabè d’apatride.
Aussi ils disent avoir cherché à comprendre l’orientation du discours des journalistes en analysant certaines productions sur l’insécurité et des raisons de la méfiance que nourrit la société mais aussi du discours des acteurs sur les réseaux sociaux numériques notamment Facebook.
« Dès le début de la crise en 2016, les médias burkinabè ont eu un langage centré sur les entrepreneurs de la violence. Lors de la survenue d’un évènement de la propagande de ces groupes armés, attentat ou incursions dans une localité du pays, les médias dans leur ensemble analysent la situation et font parfois une rétrospective des évènements similaires écoulés. Ils permettent aux citoyens à partir de la critique de mieux comprendre les facteurs de la crise. Cependant pour l’opinion publique, les médias sont les relais des groupes armés terroristes. Pour l’Etat également, ils participent plus ou moins à l’installation de la psychose chez les populations et sèment le doute sur les capacités de l’armée burkinabè à faire face à la crise et exposent donc les militaires engagés à la lutte contre l’extrémisme violent ce qui les démoralisent. » ont-ils expliqué.
Ainsi, l’Etat a donc affiché sa volonté de rester maitre de l’espace public pour contrôler la circulation de l’information. De ce fait l’avènement d’un nouveau lexique issu de la crise, a entrainé l’avènement d’une nouvelle identité des journalistes burkinabè à savoir le journalisme de communication. Or le rôle du journaliste est d’informer et non communiquer. Finalement, le journaliste burkinabè a aujourd’hui le traumatisme des évènements terroristes mais aussi de leur nouvelle identité acculée par la société « les apatrides » ont conclu Dr Sawadogo et M. Sangla.
Mais que disent les acteurs des médias et leurs lecteurs sur cette problématique ?
Selon le président du comité de pilotage du Centre de presse Norbert Zongo (CNP-NZ), Inoussa Ouédraogo, il y a plutôt une incompréhension entre les journalistes et les populations. « Je ne parlerai pas de manque de confiance entre les populations et les journalistes. Je pense qu’ils sont incompris. En effet, quand il y a un manque de confiance, il y a rupture. Mais dans le cas du Burkina, je n’ai pas le sentiment que le public cherche à rompre avec les médias ou les journalistes parce que les Burkinabè continuent de consommons les informations journalistiques » a-t-il indiqué.
Cependant il y a une attente d’une partie de la population vis-à-vis des journalistes, a-t-il poursuivi. Pour lui, ces derniers voudraient que les journalistes ne parlent que de bonnes nouvelles. Ils en ont peut-être marre des informations sur la guerre et ses conséquences. C’est pour cela on a l’impression qu’on s’attaque aux journalistes.
Il a proposé aux médias et organisations professionnelles de médias de sensibiliser davantage les populations sur les rôles et fonctions du journaliste car dit-il, « certains pensent très souvent que nous nous mêlons de ce qui ne nous regarde pas ou qu’on cherche des poux sur un crâne rasé. Pourtant, le journaliste ne fait que son travail. Les populations doivent comprendre que ce qu’elles attendent de nous n’est pas le rôle du journaliste mais celui des communicateurs.
« Il y a des incompréhensions. Le rôle de l’autorité, c'est d’assurer la sécurité de tous les citoyens. C’est un droit constitutionnel. Par exemple, si je suis une autorité et qu’on me fait le point sur la prise en charge de tous les déplacés internes, je deviens comme un père de famille à qui on informe que tous les enfants ont mangé tandis que l’aide-ménagère m’interpelle sur la situation d’un enfant qui n’a pas eu à manger. L’autorité doit plutôt remercier la personne qui lui a donné l’information et prendre des dispositions pour que l’enfant puisse manger. Une mère qui entend cette information ne peut pas en vouloir à la servante elle va la remercier et chercher à manger pour son enfant. C’est de cette même façon que nos autorités doivent prendre en compte le travail du journaliste. Quand nous disons qu’il y a des insuffisances, ce n’est pas parce que nous sommes contre l’autorité. C’est parce que nous voulons que ces insuffisances soient corrigées pour améliorer leur gestion. C’est pourquoi je parle d'incompréhension », a-t-il expliqué.
Pour lui, l’objectif du journaliste n’est pas de faire du mal mais de contribuer à la guerre, à apporter des solutions aux problèmes que le pays traverse et de ce point de vue en dénonçant les insuffisances, la mal gouvernance.
« Nous sommes des patriotes au même titre que tous les autres Burkinabè. Les discours qui consistent à traiter certains de patriotes et d’autres de non patriotes ce sont des discours diviseurs. Or dans le contexte actuel du Burkina nous avons besoin de discours de rassemblement, qui unit tout le monde, qui appelle tout le monde partout où il est à être suffisamment responsable et à contribuer à sa façon à la lutte contre le terrorisme » a-t-il terminé.
Daouda Sawadogo directeur de publication du journal en ligne Éclair infos soutient qu’il y a un problème de méfiance entre les journalistes et les populations et non une crise de confiance.
Selon lui, les journalistes sont traités de tous les noms face à un certain nombre de sujets qu'ils ont à et cela ne date d’aujourd’hui. Mais qu'à cela ne tienne, ils arrivent toujours à avoir des informations auprès des citoyens qui ne tardent pas à communiquer ou à opiner sur la situation nationale quand bien même aujourd'hui, il y aurait des textes qui essaient de limiter les opinions, en l'occurrence la mobilisation générale et la mise en garde. Ceux-ci sont un peu prudents quant à leur opinion sur la situation nationale.
En outre, il se pose un problème de compréhension car selon lui, ceux qui qualifient les journalistes de non patriotes, pour la plupart, ne savent pas la fonction réelle du journaliste, les règles qui régissent la profession. Ainsi les journalistes sont traités de tout et de rien. « Ceux qui insultent les journalistes ne sont pas instruits pour la plupart ou ont un faible niveau d'instruction, ce qui ne leur permet pas de distinguer le travail du journaliste de celui du citoyen lambda. Ce sont ceux mêmes qui souhaitent s'exprimer devant les micros lors des manifestations ».
De plus, parlant des difficultés lors des collectes d’informations en cette période de crise, il estime que cela dépend du sujet que l’on traite. « Je me rappelle que lors d’une manifestation de soutien à la place de la nation lors du premier coup d'État (24 janvier 2022), lorsque le président Damiba est arrivé au pouvoir, il y a un groupuscule de personnes qui nous ont pris à partie que nous sommes des journalistes français, que pourquoi nous ne nous exprimons pas en mooré ? Avec tant de question, ils nous ont dit que nous sommes des infiltrés. Je leur ai fait comprendre que nous sommes tous Burkinabè, ce n'est pas parce que nous faisons du journalisme, nous tenons des micros que pour autant on sera qualifié d’infiltrer » a-t-il témoigné.
Pour lui, le journaliste est un citoyen d'un pays et il travaille sur la base de règles et en cas d'infractions il est interpellé par le conseil supérieur de la communication.
Donc, « que des individus opinent sur des sujets traités par les journalistes, ils ne sont pas juges et toutefois qu'un journaliste viendrait à manquer à une obligation, il sera rappelé à l'ordre par les régulateurs de l’information.
Par ailleurs, pour faire raisonner ces personnes qui pensent que les journalistes sont des apatrides, il propose de les sensibiliser sur les règles qui régissent la profession du journaliste. « Le journaliste n'est pas un ennemi de la nation. Il pratique un métier qui obéit à des règles. S'il manque à une de ses obligations (éthique et la déontologie) il peut être rappelé à l'ordre mais s'il respecte on ne peut nullement le reprocher sur son travail. Cependant, que les uns et les autres s'enflamment sur des sujets traités par les journalistes, c'est leur opinion et d'ailleurs tout travail peut être critiqué. C'est aux journalistes aussi de ne pas s'apitoyer en disant qu'ils sont victimes. Nous ne sommes pas victimes, c'est la réalité de notre profession » s’est-il exprimé.
Toujours sur cette problématique de crise de confiance entre médias et populations, Lamine Traoré, correspondant du journal VOA Afrique, tout en rappelant que les journalistes évoluent dans un contexte difficile aujourd’hui, pense que tant qu’ils sont professionnels dans le traitement de l’information, ils sont patriotes.
De ce fait, leur demander d'être patriotes sème une confusion. « Je ne sais pas ce qu'on leur demande exactement. Ce que je sais c'est qu'il faut être un journaliste professionnel. Mais si un journaliste est professionnel est-ce qu'il n'est pas patriote » s’interroge-t-il.
De sa conviction, « quand on essaie d'être professionnel, il n'y a pas plus grand patriotisme que ça. Donc les gens peuvent opiner là-dessus comme ils veulent mais il notifie que nous sommes dans une grave crise sécuritaire non maîtrisée par les forces de défense et de sécurité et c'est la même chose pour les journalistes qui essaient de s'adapter pour faire leur travail. C'est une guerre asymétrique selon les autorités, dit-il, et les journalistes doivent être davantage professionnel.
Dans cette entrevue, il n’a pas manqué de relever les difficultés actuelles pour obtenir l’information.
« C’est difficile aujourd'hui d'avoir des informations. Aujourd'hui même les sources officielles sont rares pour les journalistes non seulement pour les locaux mais aussi ceux qui travaillent à l’inter. Les espaces de liberté ont été réduits. Cela fait que les sources d'informations se tarissent. Par exemple au niveau des conseils des ministres les journalistes avaient accès pour poser certains nombres de questions. Dernièrement ils ont repris quelques points de presse du gouvernement organisés par le service de l’information mais ce n'est pas aussi régulier que ça c'est quand le gouvernement veut communiquer. Pourtant c'était un cadre organisé, institutionnel hebdomadaire à la limite, à des temps passés récents. C'est difficile également sur le terrain parce que certains pensent que les médias internationaux sont dans une mauvaise démarche dans ce contexte où à tout vent on parle d'impérialisme » » a-t-il confié.
Et d’ajouter qu’« on traite certains médias et journalistes qui travaillent à l'international d'impérialistes ».
« Cependant ce n'est pas tout le monde. On arrive parfois à expliquer notre démarche, notre façon de faire, certains le comprennent » a-t-il reconnu.
Tout compte fait, il pense que les journalistes qu'ils soient à l'International ou au plan local doivent continuer à travailler de façon professionnelle.
Dans la foulée, Sandrine Bado, journaliste à Mousso News pense qu’il y a une certaine méfiance des populations vis-à-vis des journalistes sur le terrain. « Ils se méfient au début mais quand tu trouves la façon de leur expliquer les choses, ça passe ».
Interrogé sur ce qu’il pense des médias et de leurs productions actuellement au Burkina un citoyen affirme : « A vrai dire, c'est mieux qu’on ferme tous les médias sauf la télévision et radio nationale. Après le terrorisme ils vont continuer leur travail ».
Un autre citoyen pense qu’il n'y a pas de crise entre les journalistes et les populations mais ce sont plutôt « les autorités qui ont choisi de diaboliser les journalistes et certaines composantes de la population parce qu’elles veulent maîtriser la communication sur la crise sécuritaire. Le journalisme, c'est l'information juste, ce qui n'est pas toujours du goût des dirigeants ».
L’on retiendra qu’il n’y a pas une crise de confiance entre les médias et les populations comme estiment certaines personnes, il y a plutôt un problème de compréhension, une méfiance, une méconnaissance du métier du journalisme par ces personnes.
Le mercredi 7 juin 2023, le dossier sur l’affaire « appel à incendie du palais du Mogho Naaba », impliquant le journaliste Lookman Sawadogo, l'animateur Alain Traoré dit Alain Alain et 8 acteurs de la société civile, à savoir Marcel Tankoano, Abdoul Karim Baguian dit Lota, Désiré Guinko, Pascal Zaïda, Boukaré Conombo, Boukaré Tapsoba, Oumar Sawadogo et Souleymane Bélem, a été retenu pour jugement puis renvoyé par la suite au 21 juin prochain pour « une bonne administration de la justice »
Suite à la décision du tribunal de renvoyer le procès, les conseils des mis en cause ont demandé la mise en liberté provisoire de leurs clients, soutenant qu’ils ont tous la volonté de répondre des faits qui leur sont reprochés et qu’ils ne vont jamais fuir la justice, leurs domiciles étant connus. Comme si cela ne suffisait pas, l'un des avocats a même juré que si ses clients sont mis en liberté provisoire, ils répondront chaque fois que la justice aura besoin d’eux. Un autre a proposé au tribunal de saisir leurs passeports s’il estime que les prévenus vont tenter de quitter le pays.
A la suite de cette demande formulée, le procureur a jugé que les éléments qui ont été développés par les conseils n'étaient pas suffisants pour accorder une liberté provisoire car les faits pour lesquels les détenus sont poursuivis sont graves.
A l’en croire, « jusqu'à aujourd'hui celui qui a procédé à l'enregistrement de la vidéo est toujours en fuite ». A cela, un des conseils réplique : « Il y a la possibilité que le parquet fasse appel à une dissociation. Je n’invente pas la procédure pénale. Mais à l’ordre de dissociation on peut tenir ce procès. Quand le procureur va finir d’attraper ceux qu’il veut dans la ville, qu’il cherche un autre procès pour juger ces personnes. On ne peut pas nous dire d’attendre qu’il finisse de ramasser ceux qu’il veut ».
Tout compte fait, le procureur soutient qu’accorder une liberté provisoire est un risque. « Le risque que nous prenions en libérant ses prévenus, c'est le risque de concertation frauduleuse avec les témoins. Certaines personnes peuvent supprimer certaines preuves. Pour le moment chacun ne sait pas ce que l'autre a dit pendant les enquêtes. Le ministère public veut une manifestation de la vérité donc il faut que ces prévenus soient maintenus en détention. Cette détention n'est pas excessive, des gens pourraient les rejoindre », a-t-il révélé.
Isaac Ndorimana, avocat totalisant 20 ans d’ancienneté au Barreau du Burkina, défenseur de Pascal Zaïda et Tapsoba Boukary, à sa sortie d'audience, dit être déçu de la décision du tribunal car ce refus de mise en liberté provisoire n’a rien de juridique ni de judiciaire. « Je suis totalement déçu de la décision du tribunal parce que c’est encore deux semaines à souffrir dans les lieux de la détention sans être jugés pour savoir à quelle sauce ils seront mangés », a-t-il déclaré. Pour lui, le parquet pouvait accorder cette liberté provisoire car cela n’influera pas sur la procédure du jugement en cours.
« Je pense que le tribunal pouvait quand même leur accorder la liberté provisoire car cela n’allait en aucune façon perturber la procédure en cours », a-t-il affirmé, précisant que nul ne peut s’opposer à la décision du tribunal d’un ton triste. « Comme le tribunal a le pouvoir souverain de décider, nous ne pouvons que nous incliner et profiter de ce laps de temps qui est donné pour aller approfondir la préparation de la défense de nos clients ».
A la question de savoir si c’est un procès politique, Me Ndorimana répond : Nous ne pouvons pas encore dire que c’est un procès politique. Mais on dit ‘’chasse le politique par la porte, il revient par la fenêtre. Pourquoi pas? Mais moi en tant que professionnel du droit, je m’interdis de penser que c’est un procès politique. Néanmoins, au cours des débats, nous allons souligner le fait que ces gens sont proches de la politique, font la politique depuis plusieurs régimes. La plupart d’entre eux faisaient partie des leaders d’opinion et les leaders d’opinion sont des personnes qui cherchent à établir la rigueur du pouvoir et les libertés publiques ».
Selon Maître Abdoul Latif Dabo, l'un des conseils, les arguments avancés par le procureur pour justifier le refus de la mise en liberté provisoire ne sont pas fondés. « Le procureur considère que si on laisse ces gens sortir, ils vont empêcher les témoins de dire la vérité, tenter de corrompre les témoins. Corrompre quel témoin dans la mesure où le témoin a déjà fait une déposition ? Or quelqu’un qui a déjà déposé sur PV s’il vient et qu’il se rétracte, lui-même on peut le sanctionner. Ces arguments ne peuvent pas prospérer.
De plus, Souleymane Belem, l'un des prévenus, n’a pas comparu ce mercredi 7 juin 2023 au tribunal. » Selon Me Bado, le parquet n’a pas convoqué ce dernier. « En répondant à une de nos questions visant à vérifier si cette personne a été convoquée afin qu’on l’informe que le dossier passait ce matin, on nous a fait comprendre qu’elle n’a pas été convoquée. Donc on demande de renvoyer le dossier pour faire venir quelqu’un qui est absent et à qui vous n’avez même pas dit de venir pour qu’on le juge ? Vous apprécierez. Pourquoi c’est cette seule personne qu’on laisse en liberté alors qu’on a enfermé les autres ?»
C’est également l'un des éléments sur lesquels les conseils se basent pour demander la libération provisoire des détenus. « C’est pour cela que nous avons dit que nous voulons qu’on rétablisse l’équité entre les personnes poursuivies. Soit tout le monde est dehors, soit tout le monde doit se trouver là où il doit être afin qu’on puisse le juger conformément à l’égalité et à l’équité », a-t-il pesté.
Rappelons que ces personnes mises en cause sont poursuivies pour « incitation à un attroupement armé ou non armé, mise en danger de la personne d’autrui et diffusion de fausses informations ».