jeudi 5 février 2026

prcès guiroRenvoyé le 22 septembre dernier pour manque de pièces, le procès de l’ancien directeur général des Douanes Ousmane Guiro a repris ce 08 décembre 2022 à la chambre criminelle du tribunal de grande instance Ouaga II à 9h20. Mais il faudra encore attendre la prochaine session de la chambre criminelle pour statuer car le dossier a été renvoyé pour « une bonne administration de la justice ».

Ousmane Guiro est poursuivi pour « corruption passive, enrichissement illicite et violation à la réglementation des changes et recel ». Toutes les parties n’ont pas comparu à cette session du 08 décembre 2022. Selon le président du tribunal, il s’agit du Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC), un des constituants de la partie civile, représenté par Me Prosper Farama, absent pour non-réception des actes de notification qui devraient être reçus 10 jours avant l’audience, selon la loi.

Selon l’ancien bâtonnier Me Paulin Salambéré, conseil de l’accusé, le dossier a été renvoyé parce que toutes les parties n’ont pas été citées régulièrement, notamment la partie civile qu’est le REN-LAC.

« Le parquet n’a pas accompli toutes les diligences pour citer toutes les personnes qui doivent comparaître, y compris les conseils constitués dans le dossier. Nous avons demandé à la juridiction que le parquet accomplisse toutes les diligences que la loi prévoit ».

De vives discussions ont eu lieu sur la question de scellés de l’accusé

Me Salambéré a signifié à ce propos que dans le nouveau Code de procédure pénale, il est fait obligation au procureur général que lorsque l’audience de la chambre criminelle ne se tient pas au siège de la Cour d’appel, tous les dossiers, y compris les scellés, soient transportés au Greffe de la juridiction où se tient l’audience. Ce qui semble n’avoir pas été fait, selon lui. « Dans le dossier, nous n’avons pas vu que les scellés ont été transportés au Greffe du tribunal. Le greffier n’a aucun document qui dit qu’il a des scellés à son niveau ; or c’est lui qui en a la charge », a-t-il précisé.

« Nous avons demandé que le parquet fasse diligence pour que les scellés se retrouvent, comme la loi le prévoit, obligatoirement au greffe du tribunal. Il y a des écritures qui peuvent se faire. Ce n’est pas forcément que les sommes d’argent soient déposées au Tribunal car le greffier a également un compte trésor où il peut les déposer. Mais au moins l’écriture attestera que cela se trouve à son niveau », a expliqué l’homme de droit avant de marteler : « Ce sont des actes obligatoires et l’on ne peut pas y déroger ; ce n'est pas négociable ».

 L’Agent Judiciaire de l’État (AJE), lui, a déclaré que « la loi ne dit pas qu’il faut apporter les scellés. Comme c’est la Cour d’appel et que celle-ci siège dans une autre juridiction, les pièces à conviction doivent être transportées, parmi lesquelles les sommes d’argent », a-t-il expliqué. Mais faut-il les transporter pour toute la tenue de l’audience ? Qui va assurer la sécurité de cet argent ? » s’interroge l’AJE. Le parquet général a autorisé que les fonds soient déposés au Trésor public et les pièces justificatives sont disponibles donc pour lui, la demande du conseil de l’accusé n’a pas lieu d’être.

Ousmane Guiro avait été arrêté dans la nuit du 1er janvier 2012 puis limogé par décret présidentiel dès le lendemain, avant d’être placé sous mandat de dépôt le 6 janvier 2012.

Des enquêteurs de la gendarmerie nationale avaient mis la main sur des cantines contenant au total 1 milliard 906 millions 190 mille 604 francs CFA.

En juin 2015, le douanier avait été reconnu non coupable « d’enrichissement illicite » et avait écopé d’une peine d’emprisonnement de deux ans avec sursis et d’une amende de 10 millions de francs CFA.

Après le prononcé de la peine, le procureur général près de Cour d’appel avait fait appel, et le procès avait été renvoyé devant la Cour de Cassation en juin 2016.

Le 25 juillet 2022, le ministère de la Justice avait annoncé la reprise du procès. Le 22 septembre 2022, le procès avait effectivement repris et avait été renvoyé pour manque de pièces.

Ce 08 décembre 2022, le procès de l’ancien directeur général des Douanes Ousmane Guiro, a repris à la chambre criminelle du tribunal de grande instance Ouaga II à 9h20. Il a été de nouveau renvoyé à la prochaine session de la chambre criminelle pour « une bonne administration de la justice ».

Flora Sanou

enqrenlac uneLe Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a procédé à la publication des résultats de 2021 sur l’état de la corruption au Burkina Faso ce mardi 6 décembre 2022 à Ouagadougou.  Ce rapport est le résultat d’une enquête d’opinion des populations sur la fréquence de la corruption et sur ses facteurs déterminants. Il analyse également les actions de lutte anti-corruption des acteurs étatiques.

Trois mille (3000) personnes ont été sondées en 2021 (contre 2000 en 2020) dans 14 villes, dont 50,5% de femmes avec un taux de réponse de 100%, a informé le secrétaire chargé des études et des enquêtes du REN-LAC, Issouf Paré. 56, 3% des enquêtés avaient entre 18 et 35 ans et près de 88% étaient scolarisés. L’enquête a porté sur la perception des citoyens en matière de corruption dans un service public et les expériences de corruption captées par la fréquence de la corruption et les montants mis en jeu.

Selon les résultats du rapport 2021, 85,23% des enquêtés estiment que le phénomène est fréquent, voire très fréquent. Cette proportion était de 81,95% en 2020 et 75,7% en 2019.  Les services les plus corrompus en 2021 sont, par ordre de classement : la police municipale (51,3%), la douane (37,3%), la police nationale (31,8%), l’enseignement post-primaire (5,7%), la DGTTM (15,2%), la santé (15,2%), gendarmerie (12,1%), les impôts/domaines (10,4%), la collectivité territoriale (9,5%) et l’administration générale (9,3%).

enqrenlac2Il ressort également que les actions gouvernementales sur la lutte contre la corruption laissent à désirer. A cet effet, Issiaka Paré a indiqué dans sa présentation que 55,8% des enquêtés ne sont pas satisfaits des actions menées par le gouvernement pour lutter contre la corruption.

Au regard des constats, le REN-LAC a formulé des recommandations aux acteurs étatiques, à ceux non étatiques et aux services les plus corrompus pour une lutte anti-corruption efficiente.

Il s'agira pour le gouvernement de faire preuve d'une volonté politique réelle dans la lutte contre la corruption à travers l'exemplarité, la transparence et la redevabilité dans la gestion des affaires de l'État, d'organiser une véritable opération de lutte contre la corruption dans tous les secteurs d'activité en impliquant les structures étatiques et non étatiques pour une plus grande efficacité.

enqrenlac3En outre, il faudra auditer les secteurs de la défense et de la sécurité pour faire la lumière sur l'acquisition du matériel militaire et la gestion des primes des soldats dans le contexte de la lutte contre le terrorisme, réaliser des enquêtes et missions d'informations parlementaires sur les secteurs d'activité fortement touchés par la corruption pour élucider les allégations et soupçons, mais aussi veiller à la mise en œuvre des recommandations des différentes commissions d'enquêtes parlementaires et missions d'information parlementaire.

Par ailleurs, assainir la justice en engageant des procédures contre ses propres acteurs sur qui pèsent des soupçons de corruption et engager systématiquement des poursuites judiciaires contre les cas de corruption dénoncés.

 En ce qui concerne les acteurs non étatiques, il s’agit, entre autres, de renforcer le contrôle citoyen de l’action publique par des dénonciations, des interpellations et des actions judiciaires contre les faits de corruption, d’encourager les journalistes dans la production d’articles d’analyse, de reportages et d’enquêtes sur les faits de corruption.

S’agissant des services perçus comme les plus corrompus, le REN-LAC leur recommande de mettre en place un dispositif interne de prévention et de lutte contre la corruption par la création de Comités anti-corruption (CAC) pour des actions de sensibilisation et le traitement des plaintes des usagers, veiller au fonctionnement des conseils de discipline afin de sanctionner administrativement les brebis galeuses.

De plus, il faudra dématérialiser le paiement des actes administratifs et digitaliser le système de contrôle du trafic routier par les Forces de sécurité intérieure (FSI), fluidifier les prestations de service dans la délivrance des actes administratifs par le raccourcissement des délais et renforcer les capacités opérationnelles des polices en ce qui concerne la prévention et la répression des tracasseries et rackets routiers.

Flora Sanou

susprfiLe 3 décembre 2022, dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement burkinabè annonçait la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de la diffusion des programmes de Radio France Internationale (RFI) sur toute l’étendue du territoire national. Ce 5 décembre, nous avons recueilli l’avis du président d’Œil d’Afrik, porte-parole du Collectif des organisations de la société civile pour le Sahel (COSC/Sahel) et par ailleurs directeur général adjoint d’Horizon FM, Larba Israël Lompo, sur ce sujet. Il s’est également prononcé sur la réaction de Newton Ahmed Barry à cette décision gouvernementale et sur les menaces de mort contre ce dernier.

Selon Larba Israël Lompo, président d’Œil d’Afrik, la suspension de Radio France Internationale (RFI) n’est pas une surprise ; cela devait arriver tôt ou tard. « J’ai su que cela arriverait tôt ou tard le jour où le président Emmanuel Macron a appelé le groupe France Médias à jouer un rôle de désinformation au profit de sa politique en Afrique ». Et d’ajouter qu’il s'attendait à ce que ces médias français « s'engagent dans une démarche peu déontologique envers les régimes militaires en Afrique ». Mais de là à devenir le relais d'une propagande terroriste, c'est trop osé, a-t-il déclaré. Pour lui, il n’y a plus de juste milieu : soit on est des amis, soit on est des ennemis.

« Il faut seulement que nous comprenions que nous sommes dans une guerre bipolaire où, si tu n'es pas avec nous, nous nous allierons à tes ennemis et chacun dans cette guerre doit être traité soit en ami et allié, soit en ennemi», a-t-il souligné.

Tout compte fait, il est de ceux-là qui pensent que comme c’est le Conseil supérieur de la communication (CSC) qui est le régulateur agréé, c’est de  cette institution que devait venir cette mesure de suspension.

S’agissant de la réaction de Newton Ahmed Barry (NAB) qui a parlé de violation de la loi, Larba Israël Lompo dit le comprendre parce que celui-ci a fait une analyse professionnelle et juridique en tant qu'homme des médias.

Notre interlocuteur soutient également qu’à l’inverse de NAB, il ne s’attend pas « un respect strict de la loi et des procédures administratives de la part de dirigeants que la kalachnikov a plébiscités à la tête de l'Etat dans un contexte aussi difficile ».

Il déplore le fait que les sorties de Newton Ahmed Barry se fassent très souvent lorsque l'image de la France est écornée. « Nous avons tous suivi les dérives de communication de Macron envers les Africains et les Chefs d'État africains, je n'ai pas encore lu un texte d'indignation de sa part. Est-il au courant de l'interdiction infligée à RT-France par les autorités françaises ? A-t-il condamné cette jurisprudence ? » s’interroge-t-il.

De plus, pour lui, la liberté d'expression et la liberté de la presse n'existent que parce que le palais de Kosyam n'est pas occupé par les terroristes et si cela n'est pas encore arrivé, c'est parce qu'il y a une mobilisation générale de la population.

Par ailleurs, concernant les menaces proférées contre Newton Ahmed Barry suite à sa réaction sur la suspension de RFI, Larba Israël Lompo dit être inquiet et ajoute que si rien n’est fait, le Burkina est sur un chemin à l’issue incertaine.

« C’est dommage que nous nous retrouvions dans une situation de pensée unique.  Nous avons affaire à une nouvelle génération d'activistes dont la culture de la violence est en train de devenir leur principe de combat et de communication.  Si rien n'est fait pour les recadrer, le pays risque de basculer sur un chemin à l'issue incertaine », a-t-il prévenu.

Et de conclure : « Newton Ahmed Barry est un journaliste qui a fait une analyse technique. Alors, que celui qui n'est pas d'accord avec ce qu’il a dit écrive aussi pour exposer ses arguments. Nous n'avons pas besoin de revivre un 13-Décembre. »

Flora Sanou

edutour uneLe samedi 3 décembre 2022, la première édition de la tournée de l’éducation (Edutour)   a été lancée  à Ouagadougou par la tenue d’un panel sous le thème  «Se développer et développer autour de soi». L’objectif de cette activité est de combler le vide que l'enseignement classique a laissé dans l'éducation burkinabè en proposant des enseignements dans les domaines du leadership, de la citoyenneté, du développement personnel et de la bonne gouvernance.

Trois panélistes se sont entretenus avec l’auditoire sur le thème susmentionné. Il s’agit de Nafissatou Barro, de Nazi Kaboré et de Sylvestre Poda. Dans son exposé, la première citée a prôné le patriotisme car, selon elle, « quand déjà on est patriote, toutes les autres valeurs suivent ». Mme Barro a ajouté qu’il faut  « cultiver le patriotisme au quotidien dans toutes les  activités, car c’est ce qui permet à la jeunesse de prendre ses responsabilités dans la pratique et le respect de ses devoirs».  

Le deuxième orateur, l’écrivain Nazi Kaboré, lui, a soutenu que la réussite est une œuvre de longue haleine et que faire l’école ne suffit pas pour réussir. «Les jeunes, de nos jours, doivent travailler le plus longtemps possible afin de réussir leur vie. Et ce combat ne se limite pas aux études. D'ailleurs, ce type d'éducation-là prépare des gens à être des fonctionnaires et à travailler pour l'État. Or, on sait tous qu’il est impossible d'employer toute cette jeunesse dans la fonction publique, cela d’autant plus que la demande est largement supérieure au nombre de postes à pourvoir », a affirmé M. Kaboré. edutour 3Toujours selon lui, les jeunes doivent s’abreuver des valeurs authentiques de nos sociétés afin d'être des leaders plus tard et gagner le pari de l’employabilité. « Cette jeunesse doit se montrer consciente et travailler à pallier ce problème tout en développant des initiatives personnelles dans des secteurs autres que la fonction publique. Cela revient à dire concrètement qu'un jeune doit avoir nécessairement un but, un plan, la foi, une capacité relationnelle avec ses proches s’il veut réussir sa vie», a souligné l’écrivain.

La communication du troisième et dernier panéliste, Sylvestre Poda, l’initiateur d’Edutour, a porté sur le développement personnel. edutour 2D’après M. Poda, chaque jeune doit développer autour de lui une autodiscipline, tant dans les actions que dans la ponctualité, être constant afin de réaliser les grandes choses à son rythme et, enfin,  rester focus sur son objectif, quelles que soient les circonstances.

À la question de savoir ce qu’il faut entendre par le terme « réussite », le juriste international Abdoulaye Ouédraogo répond que c’est le fait d’« innover  dans ce qu’on a reçu au cours de notre parcours scolaire et de l’adapter à la réalité de l’employabilité, car l’innovation fait partie du développement personnel ».

Le ministre burkinabè de la Communication, Jean Emmanuel Rimtalba Ouédraogo, parrain de l’événement, a apprécié cette initiative d’Edutour et indiqué que le problème du chômage de la jeunesse  est l'un des grands défis de la société burkinabè et même une problématique  qui tient particulièrement à cœur au président Ibrahim Traoré. «J'ai particulièrement été ému que des modules portant sur la citoyenneté et la bonne gouvernance soient inscrits au programme de cette tournée éducative. Notre nation a davantage besoin de patriotes qui travaillent dans le sens de sa construction et non dans celui de sa destruction. Le contrat social doit être redéfini afin que nous puissions aller tous ensemble de l'avant», a-t-il indiqué. Le chef du département de la Communication n’a pas manqué de prodiguer des conseils aux jeunes, les invitant à la résilience, à la discipline, à avoir le sens de l’initiative et à se départir des mauvaises attitudes.

En rappel, Edutour  se veut une tournée dans certaines écoles et universités de Ouagadougou. 

Modou Traoré (stagiaire)

 

journmondLe 2 décembre, est célébrée la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), les dernières estimations mondiales de l’esclavage moderne révèlent que plus de cinquante millions de personnes dans le monde en 2021 vivaient dans des situations d’esclavage moderne. A l’occasion de cette journée, une équipe de Radars Info Burkina a échangé avec le président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), section du Kadiogo, Adama Nabaloum, sur la situation de l’esclavage sous la Haute-Volta et aujourd’hui au Burkina. Des propositions ont été faites par ce dernier pour combattre l’esclavage, toujours présent dans notre pays, même si c’est de façon plus subtile.

L’esclavage plonge ses racines dans l’histoire et existe encore sous de nombreuses formes. La traite d’êtres humains, la servitude pour dette et le travail domestique forcé sont quelques exemples d’esclavage.  

Selon Adama Nabaloum, le Burkina Faso a connu l’esclavage non seulement sous sa forme ancienne mais aussi sous celle moderne qui est toujours d’actualité. De ses explications on retient que la forme ancienne est celle sous laquelle des êtres humains étaient capturés puis vendus comme de la marchandise et traités comme tels par leurs maîtres. Mais aujourd’hui, cette forme ancienne existe de moins en moins, même s’il y a des communautés dans lesquelles demeure un lien de domination fort.

« L’esclavage se présentait au Burkina autour des royaumes. A l’issue des guerres, les captifs étaient traités comme esclaves par les rois. Mais après cette forme plus ou moins locale, il y a aussi eu la traite négrière qui n’a pas épargné le Burkina Faso. Ainsi, des personnes qui vivaient sur l’espace géographique de la Haute-Volta ont été transportées hors du pays pour servir d’esclaves dans d’autres continents », a précisé M. Nabaloum.

La notion d’esclavage moderne renvoie essentiellement à la traite des personnes et aux formes d’exploitation qui s’ensuivent, notamment l’exploitation dans le travail, l’exploitation sexuelle et les mariages forcés. Cette forme d’exploitation-là existe au Burkina, où des filles de ménage sont maltraitées dans leurs familles d’accueil, à en croire le président du MBDHP, section Kadiogo.

« Pour combattre efficacement les pratiques esclavagistes au Burkina, il faut s’attaquer au problème à la racine », souligne-t-il. Et de s’interroger : « Qu’est-ce qui peut amener aujourd’hui des parents à marier leurs enfants contre leur gré ou à confier ces derniers à des personnes qui ne se gênent pas de les maltraiter ?» 

Pour lui, quand on analyse les causes de ce phénomène, on constate que des filles très jeunes quittent leurs familles pour suivre d’autres personnes dans d’autres pays et cela, a priori pour des contraintes d’ordre économique.  « C’est la pauvreté qui explique cet état de fait », affirme le président du MBDHP/Kadiogo.

D’où la nécessité de commencer par combattre efficacement la pauvreté au Burkina en travaillant à améliorer les conditions de vie des familles d’origine de ces personnes, suggère M. Nabaloum. Il faut également continuer à sensibiliser les acteurs et renforcer l’éducation. Il ne faut pas non plus oublier la répression après la sensibilisation si l’on souhaite véritablement venir à bout de ce fléau, conclut notre interlocuteur.

Flora Sanou

corrigrejetDans les pays du Sahel, les populations exigent de plus en plus le départ de la France sur le plan militaire ainsi que sur celui diplomatique et cela, en raison de la crise sécuritaire. Ce sentiment est exacerbé depuis l'avènement de la transition au Mali. Au Burkina Faso, l'ambassade et les instituts français de Ouaga et de Bobo ont subi la colère de manifestants hostiles à la politique française au pays de Thomas Sankara. Si les institutions françaises se sentent ainsi menacées, qu'en est-il des citoyens français vivant au Burkina ? Lisez plutôt.

Dans notre quête d'informations, nous nous sommes d'abord rendu à l'ambassade de France où l'accès nous a été refusé au motife motif que nous ne disposons pas de pièces nous autorisant à accéder à l’enclave diplomatique. En effet, l'unique document en notre possession était la Carte nationale d'identité burkinabè (CNIB) sur laquelle notre profession de journaliste est clairement mentionnée. Ayant été déroutée, l'équipe prend la décision de se rendre à la Ruche, qui abrite désormais la bibliothèque de l'institut français et le campus France suite au saccage de l'institut, dans l'espoir d'y rencontrer un ou deux Français. A cet endroit, l'accès était également conditionné par un rendez-vous. Après avoir su ce que nous voulions, l'accueil nous a demandé simplement d'appeler campus France ou la bibliothèque de l'institut. Chose que nous avons refusé de faire. N'ayant pas eu gain de cause, nous mettons le cap sur le siège de l'institut français. Sur les lieux, les portails étaient hermétiquement fermés. Aucun service apparent. Vers la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), nous apercevons un Blanc. Il nous confie être un Français et dit se prénommer Julien, mais il nous informe qu'il n'est pas de l'institut français. Il ajoute être à Ouagadougou depuis plus de 10 ans mais n'a jamais senti une quelconque menace sur sa vie parce qu'il était français. A la question de savoir si l'on pouvait continuer la conversation, Julien répond par la négative. Mieux, il ne souhaitait pas apparaître dans les colonnes d'un média. Une mise en contact avec un des ses concitoyens n'était pas non plus envisageable.

Pour tenter de ratisser large, l'équipe de Radars Info Burkina s'est rendue dans des endroits habituellement fréquentés par des expatriés européens. C'est ainsi que nous sommes tombés sur deux Suisses à Karité bleu, à la Zone du bois. "Nous ne sommes pas francaises malheureusement. Votre reportage est fort louable en ce moment précis mais nous ne pouvons pas faire grand-chose pour vous parce qu'on n'a pas de contact de français ici", ont répondu les deux Suissesses. Elles ajoutent qu'elles ne se sont jamais senties mal au Faso. "Bien au contraire, la chaleur humaine au Burkina est très présente", ont-elles avoué. Pour elles, c'est clair que les Burkinabè savent faire la part des choses. À l'accueil du Karité bleu, on nous informe que les fréquentations baissent de plus en plus du fait de la situation sécuritaire actuelle. "Il ne manquait jamais de Blancs ici, particulièrement des Français. Mais de nos jours, surtout depuis que le Burkina est dans une phase de transition, ils se font de plus en plus rares", confie la dame à l'accueil. Selon elle, la situation dans laquelle se trouve le Burkina dessert la destination Burkina Faso et à entraîné le départ de beaucoup d'étrangers du pays, particulièrement les Européens. "Même dans la rue, on ne les voit plus comme auparavant", a-t-elle déploré.

Etienne Lankoandé

tahiroutraorLe Premier ministre burkinabè, Me Apollinaire Kyélèm, lors de sa déclaration de politique générale le 19 novembre dernier à l’hémicycle, a affirmé que l’enseignement devait faire place à l’éducation, car le système actuel est désincarné. En vue d’adapter l’enseignement aux réalités du Burkina, des réformes ont donc été proposées. A ce sujet, une équipe de Radars Info Burkina a échangé avec le coordonnateur national de la Coalition nationale pour l’éducation pour tous au Burkina Faso (CNEPT-BF), Tahirou Traoré, pour savoir quelle est son appréciation de cette question et recueillir ses suggestions sur lesdites réformes.

Selon le coordonnateur national de la CNEPT-BF, enseigner, c’est instruire (stricte transmission de connaissances) alors que l’éducation prend en compte l’instruction et les aspects liés aux comportements, aux habitudes, aux valeurs de la société et à la vie communautaire. « Quand on éduque quelqu’un, on cherche à le comprendre, à savoir qui il est pour l’amener à avoir un comportement responsable, tandis que l’enseignement est comme le système d’un entonnoir où on déverse les strictes connaissances », a-t-il déclaré. Concernant les réformes proposées par le PM, M. Traoré affirme que ce n’est pas du nouveau. « Ce sont des choses que nous avons entendues et lues. Depuis longtemps, on parlait d’adapter l’école au milieu. Autrement dit, l’école doit prendre appui sur le milieu pour transmettre les connaissances aux enfants, et ces connaissances doivent leur permettre de contribuer à développer leur milieu », a-t-il précisé.

Mais Tahirou Traoré déplore qu’aujourd’hui les taux d’achèvement au niveau du primaire soient d’environ  60% ; c’est dire que 40% des élèves ne terminent pas le cycle primaire. « Or, si l’école apprenait aux enfants à aimer leur milieu en leur apprenant effectivement à s’intéresser à l’agriculture, en faisant comprendre que l’agriculture fait partie des éléments qui contribuent à développer le milieu, même s’ils quittaient l’école, ils pourraient contribuer à développer l’agriculture auprès des leurs. Il en est de même pour l’élevage », soutient-il.

Pour lui, si on arrive à mettre en pratique les propositions du chef de la primature, cela contribuera à réduire les déperditions scolaires et même le taux de chômage. Et notre interlocuteur de poursuivre : « Si l’école avait pour fonction de former les enfants pour qu’ils puissent par exemple contribuer à développer l’élevage, l’agriculture, elle serait le meilleur outil de développement du Burkina car nous sommes un pays à vocation agricole et pastorale. Il y a des élèves qui arrivent à acquérir un certain savoir-faire, des compétences pratiques ; il n’y a rien de tel pour qu’ils puissent s’épanouir et contribuer à l’effort de développement de leur pays. Mais comment y arriver ? » s’interroge-t-il.

De l’avis de Tahirou Traoré, il faut refonder l’école burkinabè. Cela voudrait dire qu’il faut relire les curricula, travailler au changement des mentalités, à faire comprendre aux uns et aux autres que l’école que nous avons ici n’est pas la nôtre mais celle du Blanc.

« Le Blanc est venu avec son école pour travailler à obtenir des agents pour servir son administration. Mais l’école n’avait pas pour vocation de développer le milieu », indique-t-il.

Il y a un travail à abattre pour que cette vision puisse prendre corps et ce n’est pas du jour au lendemain. C’est possible, mais il faut le courage des enseignants et avoir les terres, les espaces qu’il faut, les aménager à côté des écoles pour que les enfants puissent avoir des cours d’agriculture, d’élevage, etc., cela requiert une réorganisation totale de l’école. Il faut recycler les enseignants en changeant leur perception des nouvelles matières qu’on veut inclure ou ouvrir des filières pour les former à l’agriculture et à l’élevage, a conclu M. Traoré.

Flora Sanou

luttewpsLa Journée mondiale de lutte contre le VIH est célébrée le 1er décembre de chaque année. Bien qu'il soit maintenant difficile de reconnaître une personne vivant avec le VIH, la maladie persiste au Burkina. A l'occasion de la célébration de cette journée en 2022, Radars Info Burkina a rencontré le coordinateur général de l'Association des jeunes pour la promotion des orphelins (AJPO), une structure qui a en charge plus de 800 séropositifs.

L'Association des jeunes pour la promotion des orphelins (AJPO) a été créée en 1991 par des élèves et étudiants du quartier Wemtenga de Ouagadougou, pour venir en aide aux orphelins et enfants vulnérables. L'Association a plusieurs programmes, notamment dans la santé communautaire, les actions de lutte contre le VIH-SIDA, de veille citoyenne et de protection sociale. Son siège social est dans la commune rurale de Saaba et elle a des antennes, notamment à Ouagadougou, à Pô et à Manga.

Le ccordonateur général, Larba Ouédraogo, a confié qu'en matiere de lutte contre le VIH-SIDA, l'AJPO oeuvre d'abord pour la sensibilisation des populations, compte aujourd'hui 3 centres de dépistage qui offrent le dépistage VIH de façon quotidienne, deux centres de prise en charge des personnes vivant avec le VIH, avec une file active de près de 800 personnes vivant avec le VIH.

Une séroprévalence nationale toujours importante

Selon Larba Ouédraogo, du fait qu'au stade actuel il n'y a plus de cas grabataire de personnes vivant avec le VIH, de personnes qui ont la peau sur les os, la génération actuelle ne semble pas consciente de l'existence de la maladie. Pourtant sur le plan national, le taux de séroprevalence atteint 0,7 actuellement. Pour lui, ce taux est en baisse considérable, certes, mais il faut relever encore l'importance de la maladie dans l'écosystème sanitaire au Burkina. En effet, le Burkina a atteint autrefois un taux de prévalence d'environ 8. Pour Larba Ouédraogo, si aujourd'hui ce taux est à 0,7, on peut dire qu'il y a eu une baisse, mais il ne faut pas baisser la garde, car des poches de concentration existent et il faut redoubler de vigilance.

Il loue les actions de l'Etat sur le terrain qui continuent d'oeuvrer dans la lutte contre cette maladie. "Aujourd'hui, toute personne qui est dépistée séropositive est immédiatement mise sous ARV. Et les les produits sont disponibles et gratuits. Là où il faut mettre l'accent aujourd'hui, c'est peut-etre sur comment faire pour que toute personne qui est infectée puisse connaître sa sérologie. Parce que lorsque quelqu'un est séro-ignorant, il peut avoir des comportements à risque", a-t-il souligné.

La raréfaction des partenaires, une préoccupation pour l'AJPO

"En fin d'année 2021, nous avons dépisté au total 18 963 personnes, parmi lesquelles 86 cas positifs. Au 31 décembre 2021, nous étions à 755 personnes vivant avec le VIH qui sont suivies de façon régulière par les centres de l'AJPO" , a expliqué Larba Ouédraogo. Il ajoute que l'AJPO bénéficie de l'appui du budget de l'Etat, à travers le SP-CNLS, de l’appui du FAFPA et surtout du Fonds mondial. Cependant, sa crainte est que les partenaires dans le domaine se font de plus en plus rares. "De plus en plus nous avons des soucis de financement pour maintenir nos actions de lutte contre le VIH. Car si vous vous retrouvez avec un seul partenaire ou deux, imaginez vous si ces partenaires également baissent la garde et qu'ils vous disent qu'ils n'ont plus rien pour vous donner. Qu'allez vous faire ? Donc ça c'est une grosse difficulté", a-t-il fait savoir. Pour la journée du 1er décembre 2022, l'AJPO entend mener une campagne de dépistage, comme il est de coutume, particulièrement à l'université Saint-Thomas d'Aquin, mais également au sein de leurs sites habituels pour des séances de sensibilisation et de dépistage pour tous ceux qui vondront le faire.

Etienne Lankoandé

dedic une"L'Afrique n'a pas besoin de Poutine : contre le 'poutinisme', un poison pour le continent''. Tel est le titre de l’œuvre d’Adrien Poussou, ancien ministre de la Communication et de la Réconciliation nationale en République centrafricaine, expert en géopolitique, éditeur et patron de média. Il a présenté l’œuvre ce 30 novembre 2022 à Ouagadougou. L'auteur y dénonce à la fois la dangerosité et la vacuité de la stratégie militariste de Poutine sur le continent ainsi que la tendance des Africains à se mêler des querelles de circonstances de certains acteurs occidentaux. Dans l'intervalle, il dresse un véritable réquisitoire contre l'incapacité de Paris à changer son logiciel sur l'Afrique, resté figé dans les rapports fixés par le Code noir : de maîtres à esclaves.

Le choix du Burkina pour la présentation de cet ouvrage pour la toute première fois s’explique d’abord par le fait que des Burkinabè ont versé leur sang en 1997 pour que la paix et la stabilité reviennent en République centrafricaine, selon l’auteur.

Ensuite, il dit être panafricaniste convaincu, croit sincèrement en l’unité africaine et se réclame de Thomas Sankara. Enfin, la troisième raison est subjective car c’est une manière pour lui d’aider le capitaine Ibrahim Traoré à réussir sa mission afin qu’on puisse reconnaître qu’en Afrique, les jeunes peuvent être compétents et réussir là où les vieux ont échoué.

L’un des sujets de l’ouvrage est la dénonciation des méthodes Poutine car l’Afrique occupe une place de choix dans la stratégie de la nouvelle Russie, explique l’auteur.

En effet, celui-ci pense que c’est pour les ressources de l’Afrique que Vladimir Poutine veut coopérer avec les Etats africains.  « La France doit partir ou pas, est-ce pour autant qu’il faut faire venir la Russie ? » s’interroge-t-il.

Selon lui, ceux qui demandent à la France de partir voudraient que la Russie la remplace mais la substitution des allégeances ne pourra pas changer les problèmes que nous avons sur le continent.

dedic 2Or, « nous sommes encore trop nombreux en Afrique à donner foi aux balivernes de ceux qui prétendent nous libérer du joug néocolonial alors que ces supposés libérateurs cherchent eux aussi à nous dominer », a-t-il déploré. La seule manière pour le Burkina de réussir cette lutte contre le terrorisme donc, c’est de compter sur ses propres forces au lieu de faire appel à une puissance étrangère, a-t-il déclaré. Car, « nulle ne vient relever une nation qui s’abandonne si ce n’est de la mettre à son service », a-t-il ajouté, citant Michel Joubert.

Disant être un homme averti sur le partenariat russe en fonction des expériences de son pays, Adrien Poussou entend tirer la sonnette d’alarme car, fait-il remarquer, « entre le chien qui a vu le lion et celui qui ne l’a pas vu, il y a une différence dans leur manière de courir ».

Ces mercenaires russes ne sont pas la solution, dit-il, et c’est pourquoi « il faut que les autorités burkinabè prennent toute la mesure de ce danger et qu’elles y mettent un terme » car ce n’est pas à Paris, ni à Moscou encore moins à Washington de ramener la sécurité au Burkina.

L’autre sujet abordé est « la Constitution ici et maintenant de l’Etat fédéral panafricain ».

Le dernier chapitre du livre, intitulé « Le temps est venu de changer radicalement » y est consacré. Dans ce chapitre, on peut lire : « Voici donc venu le temps des actions pour une Afrique unie et prospère. Voici venu le temps des bâtisseurs. Voici venu le temps des grandes réalisations qui changeront la vie de tous les jours des populations africaines.

Voici venu le temps des pionniers de l’avancée économique, scientifique, technologique, culturelle du continent à la suite repensée de la philosophie sociale des pères du panafricanisme. Voici venu le temps de l’action par l’intégration africaine.

Le temps pour mettre en œuvre la véritable unité africaine dans une démarche déterminée, irréversible, vers l'instauration de l'État fédéral panafricain.

Voici venue la séquence des dirigeants clairement au fait des enjeux d'un monde devenu global et qui croient fermement que la construction de l'État fédéral panafricain est une question de survie pour les populations africaines.

Voici venus pour nous, citoyens africains, d'ici et d'ailleurs (les dirigeants politiques en tête), le temps et la responsabilité de verser au débat et à l'action nos idées, nos convictions, nos moyens et notre adhésion totale aux valeurs d'entraide ainsi que de solidarité…

Voici venu enfin, et plus que jamais, le temps des dirigeants rassembleurs, intègres, imaginatifs, conscients de la nécessité de bâtir un continent économiquement fort, socialement solidaire et ouvert sur le monde ».

Par ailleurs, « il faut qu’on soit prêt à se sacrifier pour que les choses changent », a insisté Adrien Poussou.

Flora Sanou

reportsncLe 24 novembre dernier, le gouvernement a annoncé le report de la Semaine nationale de la culture (SNC) en raison du difficile contexte sécuritaire actuel du pays, de la nécessité d’une remise en état des infrastructures et des équipements, ainsi que des contraintes budgétaires actuelles. Cette décision fait suite à une évaluation de l’état des préparatifs de l’événement ainsi qu’à une rencontre entre le ministère de la Communication et les acteurs culturels le 14 novembre 2022. Suite à ce report, une équipe de Radars Info Burkina s’est entretenue avec quelques acteurs du domaine de la culture, en l’occurrence Sayouba Guiré, fondateur de la troupe Naaba Abga, et le Dr Lassina Simporé, archéologue et gestionnaire de patrimoines culturels. Ils se prononcent sur le sujet.

Sayouba Guiré, fondateur de la troupe Naaba Abga (troupe de danse traditionnelle) et du centre Guiré Naaba Abga (centre de chorégraphie), a été lauréat de la SNC en danses chorégraphique et traditionnelle en 2016 et en 2018. Depuis 2018, sa troupe est lauréate en danse traditionnelle. Il dit regretter ce report au regard des dépenses qu’il a déjà eu à effectuer au titre des préparatifs de cette grand-messe culturelle. 

« Nous étions déjà prêts pour la SNC (location de la salle, décors, tenues…). Nous étions prêts à aller à Bobo puisqu’on était à deux jours de la manifestation et les préparatifs nous ont coûté très cher. Quand tu consacres des mois à la préparation d’un événement et que finalement il est reporté, c’est à la fois énervant et décourageant », déplore notre interlocuteur. .

En cas d’annulation, si le gouvernement pouvait au moins rembourser l’argent injecté dans les préparatifs, ce serait un soulagement pour nous autres, selon M. Guiré. Mais il s’empresse d’ajouter : « L’État dit toujours qu’il va le faire, mais ce n’est jamais le cas. »

Par ailleurs, il dit comprendre qu’avec la situation nationale il ne soit pas facile d’organiser cette manifestation mais  propose que tous les acteurs de la chaîne discutent pour trouver une date convenable ou laisser en stand bye l’événement en attendant que la situation s’améliore pour le relancer.

Le Dr Lassina Simporé, archéologue, gestionnaire de patrimoines culturels et enseignant-chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo, lui, s’est plus attardé sur les raisons invoquées par le gouvernement burkinabè pour justifier ce report.

A son avis, si l’État a reporté la SNC, c’est peut-être qu’il n’avait pas le choix ; peut-être que c’était le moindre mal. Mais qu’à cela ne tienne, il soutient qu'on devrait tenir la SNC justement à cause du contexte sécuritaire particulier actuel. « Il ne faut pas perdre du vue que ceux qui attaquent notre pays recherchent justement ce genre de décision », a-t-il fait remarquer.

Pour lui, il fallait tenir coûte que coûte cet événement culturel majeur pour montrer la résilience de l’État et éviter qu’on ait l’impression, surtout à l’extérieur, que la situation du Burkina est si catastrophique qu’on ne peut plus rien faire.

En ce qui concerne « la nécessité d’une remise en état des infrastructures », le Dr Simporé pense qu’il faut rayer cet argument. « Nous qui connaissons la situation de la SNC depuis qu’elle s’est installée à Bobo-Dioulasso, nous disons que les artistes ne sont pas encore mis dans de bonnes conditions pour prester, certes, mais les choses ont évolué. La SNC pouvait bien se tenir comme ce fut le cas de la dernière édition, en attendant de meilleures conditions », a-t-il affirmé.

De plus, il est possible  que le report soit lié « aux contraintes budgétaires actuelles », selon l’enseignant-chercheur. Cependant, celui-ci dit être  étonné parce qu’il s’agit d’une « activité du budget de l’Etat en année paire. Ce sont des choses à faire et à exhiber comme preuve que le pays vit malgré tout ».

S’agissant de l’annonce tardive de ce report, l’avis de Lassina Simporé est que les cadres qui étaient chargés d’assurer la continuité du service auraient dû donner l’information plus tôt pour éviter les désagréments.  « Par exemple, nous avions anticipé des cours en prévision de la tenue de la SNC, organisé des réservations et des arrivées d’amis à Bobo-Dioulasso sans  compter les  longs moments de répétitions et  d’autres types de dépenses », a-t-il ajouté.

Pour lui, le report des manifestations culturelles et artistiques, dont la SNC, est une perte pour l’économie burkinabè, mais si le gouvernement  a opté de le faire malgré tout, c’est qu’il a ses raisons.

Flora Sanou

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