Mali : « Il faudra certainement à un moment donné s’arrêter et se demander ce qu’est l’Etat malien », Mélégué Maurice Traoré
Au Mali, un coup d’Etat a mis fin au régime d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) le 18 août 2020. Les militaires mutins promettent d’assurer la continuité de l’Etat et d’organiser des élections « dans un délai raisonnable ». La rédaction de Radars Info Burkina s’est entretenue avec Mélégué Maurice Traoré, président du Centre parlementaire panafricain et du cabinet Africa Consult & Performances, pour avoir sa lecture de la situation en cours au Mali et s’enquérir des éventuelles répercussions de ces événements sur le climat politique des pays voisins.
Radars Info Burkina (RB) : Président Mélégué Traoré, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Radars Info Burkina ?
Mélégué Traoré (MT) : Je dirige le Centre parlementaire panafricain à Ouagadougou, qui appuie tous les Parlements sur le continent. Je suis aussi le président du cabinet Africa Consult & Performances.
Nous faisons beaucoup de formations en légistique, en procédures parlementaires. La plupart des agents des protocoles d’Etat en Afrique de l’Ouest et Centrale sont formés dans ce centre. J’ai aussi été président de l’Assemblée nationale du Burkina, ministre et ambassadeur.
RB : Est-ce que la situation au Mali pourrait avoir des répercussions sur le Burkina Faso en termes de sécurité ?
MT : Cette situation était prévisible. Au départ, elle ne l’était pas. Mais ce genre de situation de crise qui traîne en Afrique se termine toujours par un coup d’Etat militaire ; surtout que le camp militaire de Kati au Mali est mythique à cause du nom Soundiata Keïta qu’il porte mais également parce que c’est la principale base militaire dans la zone. Je ne crois pas que cette situation aura un effet immédiat sur le Burkina Faso : ni au Burkina ni au Niger qui sont les deux pays voisins. Je ne pense pas qu’elle aura des répercutions.
RB : Ce changement de régime avec des militaires qui prennent une fois de plus le pouvoir au Mali pourra-t-il impacter véritablement la lutte contre le terrorisme ? Ces militaires mutins reprochent un certain nombre de choses au régime déchu, notamment la non-prise en compte d’un certain nombre de besoins matériels, militaires ainsi que la corruption.
MT : Je ne crois pas qu’il aura un impact. Je connais bien le Mali, j’ai des parents là-bas. Je connais quasiment tous les hommes politiques de ce pays, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité. Je crois que la question malienne est beaucoup plus profonde qu’un simple changement de gouvernants. C’est l’Etat malien qu’il faut refonder complètement. La question de la corruption au Mali est très profonde. C’est valable dans tous nos pays, mais je pense qu’au Mali elle est encore plus profonde. Il me semble qu’il faudra aujourd’hui une espèce de conférence nationale où les gens se posent les vraies questions, acceptent de répondre ensemble, mais en forgeant une vision commune de l’avenir. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Au Mali au niveau de la classe politique ainsi qu’au niveau de l’armée, chacun a son agenda. En plus, il y a une telle interférence entre la sphère militaire et la sphère civile dans ce pays que je ne crois pas que cette situation va changer grand-chose en ce qui concerne la lutte contre les terroristes. Toutefois, il est possible que si de nouvelles élections sont organisées et qu’il y a un nouveau gouvernement, ce gouvernement se donne vraiment un agenda national qui ne soit pas la sommation des préoccupations de groupes. C’est vrai que ça peut changer quelque chose. Sinon ce qui se pose actuellement comme problème au Mali, c’est la question même de l’Etat. Qu’est-ce que l’Etat malien exactement ? En quoi il existe véritablement aujourd’hui ?
En droit un Etat, c’est un territoire, une population, un système de gouvernement. Mais cette définition ne veut pas dire grand-chose du point de vue pratique. Un Etat, c’est aujourd’hui une gouvernance efficace et qui répond aux besoins des populations. Cela suppose également une vision commune de la classe politique. Il faut certainement qu’à un moment donné au Mali tout le monde accepte qu’il existe un seul Mali et non 2. Il n’y a pas un Mali à Bamako et un autre à Kidal. Tant que cette façon de faire n’aura pas changé, je crains qu’un simple changement de gouvernants ne puisse modifier les choses.
RB : A qui profite alors ce énième putsch ? A l’armée malienne ou aux groupes terroristes en présence sur le territoire ?
MT : Sûrement pas à l’armée malienne. Chaque fois qu’on a des changements de ce genre, ils profitent à ceux qui ne sont pas dans le mainstream de l’Etat, c’est-à-dire aujourd’hui les terroristes. Parce que quoi qu’on fasse, ce sont eux qui ont le plus grand intérêt à l’inexistence de l’Etat malien. En plus, un pays ne peut pas se développer par une série de coups d’Etat à répétition, par une succession de transitions. Il y a un minimum de continuum dans le temps qui permet à l’Etat d’exister et d’être efficace. Maintenant une situation de transition peut nous surprendre. Si c’est positivement, tant mieux. Mais je suis sceptique là-dessus.
RB : Certaines voix ont commencé à dire que certains chefs d’Etat ont commencé à trembler certainement, vu la situation au Mali. En effet, le président IBK venait d’être élu avec un pourcentage assez considérable à la tête du pays. Est-ce qu’on ne crée pas un précédent en faisant partir de la sorte un chef d’Etat récemment élu ?
MT : On peut certainement se dire que ça peut se produire ailleurs. Mais personnellement je ne crois pas que cela aura une influence quelconque. Vu la manière dont nos Etats sont gouvernés, ce n’est pas de là-bas que viendront les changements dans nos différents pays.
RB : Est-ce qu’on pourrait dire qu’Alpha Condé en Guinée et Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire, eu égard à l’évolution de la situation au Mali, doivent craindre pour leur régime ?
MT : Je ne le pense pas parce que nos pays sont certes voisins mais très différents du point de vue des traditions et pratiques politiques. Ça dépend toujours du chef de l’Etat et de la force du parti qui le soutient. Même si généralement l’expérience a montré que quand on renverse un chef de l’Etat on ne voit pas ses militants sortir pour le défendre. Donc il ne faut pas trop compter sur la force du parti. Mais il n’est pas sérieux pour l’opposition politique en Côte d’Ivoire de dire que juridiquement le président Ouattara n’a pas le droit de se présenter. Ce n’est pas vrai. Il n’a pas le droit de se présenter à l’élection présidentielle à venir, s’il ne s’était agi que d’une révision constitutionnelle. Mais si vous acceptez dès le départ qu’il s’agit d’une nouvelle Constitution, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas se représenter.
A propos de la limitation du nombre de mandats à deux, de mon point de vue ce n’est pas toujours très réaliste. En effet dans un pays africain où le mandat dure 5 ans, le président qui accède au pouvoir sait qu’il a au maximum 10 ans à faire. Les 5 premières années, il apprend. La deuxième moitié, il sait qu’il va partir si bien qu’il détourne le plus possible. Tout le monde a copié aux Américains la limitation du nombre de mandats sans trop y réfléchir. Aux Etats-Unis, un consensus était vraiment fait au sein de la classe politique et dans la société.
Mais dans les autres pays, personne n’a jamais discuté des deux ans.
Je pense que pour la Côte d’Ivoire, ils feront les élections. En Guinée également, tel que je connais Alpha Condé, il va les faire probablement. Ce n’est pas la situation au Mali qui peut impressionner Alpha Condé.
RB : Comment voyez-vous la suite des évènements au Mali ?
MT : Nous sommes dans des Etats souverains. Ce n’est pas la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui dirige le Mali. La CEDEAO n’a aucune compétence pour les affaires intérieures du Mali, l’ONU non plus. S’il y a des changements, ils ne peuvent venir que de la dynamique interne. La CEDEAO peut toujours dire ce qu’elle veut mais ce sont les Maliens qui décideront.
En ce qui concerne les intentions des militaires, pour le moment j’ai l’impression qu’ils ont des ambitions limitées, ce qui est déjà bien. Mais même quand ils auront fait de nouvelles élections comme ils le veulent, il faudra certainement à un moment donné s’arrêter et se demander ce qu’est l’Etat malien. Où est-ce qu’on veut aller ? La question de l’Etat malien restera posée.
Propos recueillis par Richard Tiéné et Aly Tinto


La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a pris hier mardi des sanctions contre le Mali. « Les militaires n'ont fait que répondre aux aspirations de la population. Les prétendues sanctions de la CEDEAO ne peuvent donc se justifier. Il revient aux peuples de prendre leur destin en main et à la CEDEAO de s'adapter aux aspirations des peuples si elle veut conserver sa crédibilité », a critiqué Me Apollinaire Kyelem. 
RB : Ce coup de force est-il un sursaut d'honneur dans l'armée malienne pour siffler la fin de la récréation après le récent rapport des experts de l'ONU qui accuse la direction de la Sécurité de l’Etat et plusieurs de ses hauts responsables d’avoir entravé le processus de paix ?
RB : Etes-vous optimiste quant à l'évolution de la situation ?

En matière d’obligations des parties à l’accord, au chapitre II, il est écrit à l’article 8 :
Le chapitre III de cet arrangement politique ficelé par l’opposition politique est, lui, consacré la gestion du pouvoir d’Etat après les élections.
Il a ajouté : «Ce terrorisme a plusieurs causes et il remonte à la dislocation de la Libye avec la circulation des armes et des combattants jusque dans le Sahel. C’est une contagion régionale, sahélienne. Mais il y a également des causes internes. Ce sont des inégalités territoriales très importantes qui ont été construites au cours des 30 dernières années à travers des politiques d’infrastructures largement centrées sur la capitale et quelques villes. Mais l’intérieur du pays a beaucoup été délaissé, si bien qu’il y a des populations jeunes de l’intérieur du pays qui vivent aujourd’hui dans un sentiment d’injustice qui les met en difficulté vis-à-vis du recrutement terroriste. Donc le terrorisme a aujourd’hui un pied endogène qui nous inquiète.»
4 août 1984 - 4 août 2020 : il y a 36 ans que le capitaine Thomas Sankara, après une année de prise du pouvoir, renommait l’ancienne Haute-Volta Burkina-Faso, le «Pays des hommes intègres », pour rompre avec le passé colonial. Le drapeau, l’hymne national, la devise ont connu également des changements. Radars Info Burkina a approché Mélégué Maurice Traoré, homme politique et diplomate de carrière, et Armand Son, sociologue, pour une lecture du changement de dénomination du pays et de son impact sociopolitique.
Au premier numéro du Club de la presse physique initié par le Centre national de presse Norbert-Zongo (CNP-NZ) le 1er août 2020, qui avait pour thème «Organisation des élections couplées de 2020 : Etat des lieux du processus électoral», Newton Ahmed Barry, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui en était l’invité, a abordé la question des propositions de réforme du fichier électoral faite à son arrivée à la tête de l'institution chargée de l'organisation des élections. Une situation qui avait en son temps occasionné une crise au sein de ladite structure.



Selon lui, leur candidat a une vision pour un Burkina Faso radieux et l’onction des Burkinabè. « C’est un programme quinquennal qui est proposé. Nous allons lancer le programme dans les jours à venir. Ce qui est important, c’est que sa vision prend en compte d’abord trois priorités fondamentales pour le Burkina Faso. La première, c’est celle du retour de la sécurité ; la deuxième, c’est celle de la réconciliation nationale et la troisième, c’est celle de la relance économique du pays. Ces grandes priorités sont déclinées en plusieurs autres priorités», a relevé Achille Tapsoba.
Il a profité de l’occasion pour s'exprimer sur l’accord politique électoral des partis de l’opposition. « Cet accord politique est à plusieurs niveaux. Il y a l’accord politique au niveau des partis de l’opposition, membres ou non du Chef de file de l’opposition politique (CFOP). La cérémonie officielle de signature de cet accord aura bientôt lieu. C’est une alliance politique qui se veut être à deux niveaux. Une alliance entre les partis politiques, qui décident de conjuguer leurs efforts au niveau du vote pour que le suffrage additionnel des uns et des autres permette à un des candidats de l’opposition qui émergera au second tour de l’empoter en définitive. Le deuxième aspect de l’alliance amène les partis en accord à se tenir disponibles et prêts à composer dans un gouvernement ultérieur. Il ne s’agit pas de se mettre ensemble pour gagner les élections, il faut également se mettre ensemble pour gérer le pays », a expliqué Achille Tapsoba.
Le week-end du samedi 25 au dimanche 26 juillet 2020 dans la capitale burkinabè a été marqué par de grandes activités politiques comme la tenue des congrès extraordinaires d’investiture des candidats des deux principaux partis de l’opposition à la présidentielle de 2020. Zéphirin Diabré et Eddie Komboïgo ont été investis officiellement candidats respectivement de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Radars Info Burkina a approché Parfait Silga, journaliste et analyste politique, pour avoir sa lecture des forces et faiblesses de ces partis pour la présidentielle à venir.
En ce qui concerne les forces des deux partis, «il y a d’abord leur structuration. Un parti gagne une élection par sa structuration. Je pense qu’après le parti au pouvoir, ce sont les deux partis les mieux structurés au Burkina. Avec l’arrivée d’Eddie Komboïgo à la tête du CDP, il y a un travail qui a été fait. Dans tout le Burkina, les sections ont été revitalisées », a expliqué M. Silga.










